AccueilConstruire l’empire

Construire l’empire

Construir el imperio

Empire building

Circulations ibériques à l’échelle globale

Circulaciones ibéricas a escala global (siglos XV-XVIII)

Iberian circulation on a global scale

*  *  *

Publié le jeudi 02 janvier 2014 par Luigia Parlati

Résumé

À l’époque moderne, le Portugal et l’Espagne sont aux premières loges de la « première mondialisation » et les sujets des rois ibériques migrent et circulent vers d’autres continents emportant leur culture, leur religion, leurs goûts, leurs préjugés, leurs intérêts, leurs pratiques et représentations de l’altérité. Les travaux les plus récents s’écartent des approches à l’échelle nationale ou des schémas centre-périphéries pour mettre l’accent sur ce qui cimente l’empire et en fait un espace polycentrique : les circulations de toutes sortes donnent en effet corps aux monarchies planétaires de l’époque moderne. Le propos de ce dossier est donc d’analyser de manière plus précise les circulations qui relient les hommes et les espaces et font des monarchies de véritables constructions politiques, sociales et culturelles. Nous nous attacherons plus aux « circulations ordinaires », celles qui concernent l’ensemble des sujets des monarchies espagnoles et portugaises (et parfois leurs voisins).

Annonce

Argumentaire

À l’époque moderne, le Portugal et l’Espagne sont aux premières loges de la « première mondialisation » et les sujets des rois ibériques migrent et circulent vers d’autres continents emportant leur culture, leur religion, leurs goûts, leurs préjugés, leurs intérêts, leurs pratiques et représentations de l’altérité. Les rencontres et les échanges de toutes sortes, souvent violents, entre les Ibériques et les autres peuples entraînent la formation de nouveaux mondes. La recherche historique sur les mondes ibériques met en lumière la complexité des relations sociales, culturelles et politiques introduite par l’expansion des XVe et XVIe siècles. Les travaux les plus récents s’écartent des approches à l’échelle nationale ou des schémas centre-périphéries pour mettre l’accent sur ce qui cimente l’empire et en fait un espace polycentrique : les circulations de toutes sortes donnent en effet corps aux monarchies planétaires de l’Époque moderne. Le propos de ce dossier est donc d’analyser de manière plus précise les circulations qui relient les hommes et les espaces et font des monarchies de véritables constructions politiques, sociales et culturelles. Nous nous attacherons plus aux « circulations ordinaires », celles qui concernent l’ensemble des sujets des monarchies espagnoles et portugaises (et parfois leurs voisins).

Les coordonnateurs de ce numéro de la revue Diasporas, Guillaume Gaudin (Université de Toulouse 2), spécialiste de l’Espagne impériale, et Jaime Valenzuela Márquez (Pontificia Universidad Católica de Chile), américaniste, souhaitent proposer une vision globale, articulée et complémentaire des empires ibériques à l’époque moderne depuis une perspective européenne comme extra-européenne. En ce sens, il s’agit de favoriser le dialogue entre hispanistes et américanistes, spécialistes des empires portugais et espagnol. Les contributions doivent s’inscrire dans les perspectives offertes par l’histoire sociale, politique ou culturelle. De la sorte, ce numéro thématique servira de point de départ d’une nouvelle réflexion comprise dans le cadre du « Nodo construcción y representación de un espacio imperial » appartenant au réseau de recherche international Red columnaria.

Construire des espaces de mobilité transatlantique

Les phénomènes migratoires et démographiques spécialement pour l’Amérique espagnole ont très tôt retenu l’attention des historiens : quelle fut l’ampleur du choc démographique de la Conquête ? Combien d’Espagnols migrèrent vers l’Amérique ? Cependant, les travaux plus récents abordent le sujet à une autre échelle en incluant tous les espaces de l’empire à leur analyse : la grande mobilité sociale et spatiale des Hispaniques (J.P. Zuñiga, 2002), le retour vers la péninsule Ibérique et les connections entre les « villes jumelles » des deux côtés de l’Atlantique (I. Altman, G. Salinero), la fréquence des allers et retours voire de « ré-émigration » (A. Jacobs), ou des travaux moins connus sur la présence d’Indiens et de métis en Europe (Ripodaz Ardanaz, 1986). Le thème des circulations méditerranéennes entre également dans notre réflexion sur les espaces de la mobilité impériale (J. Dakhlia, W. Kaiser, B.Vincent, 2012-2013).

Le champ de la recherche sur les mobilités, du quantitatif au qualitatif, a porté de riches et abondants fruits. Mais les registres de passagers de la Casa de la Contratación ou les archives notariales des deux côtés de l’Atlantique ont-ils livré toutes les clés de l’histoire des mobilités dans l’empire ? De nouvelles pistes, de nouvelles sources ou de nouvelles problématiques émergent-elles autour de cette question classique des circulations humaines dans l’espace atlantique et au-delà ? Surtout, comment peut-on penser les mobilités à une échelle impériale en incluant les divers espaces péninsulaires, méditerranéens, atlantiques ou asiatiques ?

Construire des appartenances dans l’empire et formuler une identité hispanique

Une autre question classique est celle des identités ou des appartenances dans le cadre d’empires multiethniques et métissés. Qu’est-ce qu’être espagnol, créole, Indien, métis, mulâtre, étranger, etc. dans les mondes ibériques ? Tamar Herzog a récemment renouvelé ce thème délicat en interrogeant les notions de « naturaleza », « vecindad » et « extranjeros ». Pour l’Amérique espagnole, il s’agit d’une question constamment débattue et actualisée (J. Valenzuela y A. Araya Espinoza, 2010). Pour la péninsule, la réflexion sur les conversos et les morisques (et leurs diasporas) enrichit cette problématique (N. Muchnik), tout comme les recherches sur la pureté de sang (E. Soria Mesa) ou l’hispanité (J. Álvarez Junco, 2001). De la sorte, nous pouvons nous poser la question suivante : les circulations et la forme impériale et composite des monarchies ibériques ont-elles tendance à éclater les identités, multiplier les appartenances ou à forger une identité hispanique dominante et forte ?

Construire un espace politique impérial reposant sur les savoirs

Nous souhaiterions apporter un éclairage sur un autre facteur de cohésion et de maintien politique des empires planétaires portugais et espagnol : la construction des savoirs, fruit de la mobilité des acteurs politiques de l’empire (De Castelnau, Regourd, 2005 ; de Castelnau L'Estoile, Copete, Maldavsky et Zupanov, 2011). Dans le même temps, d’importantes recherches sur les administrations hispaniques démontrent le caractère réticulaire de l’organisation sociopolitique de l’empire (JL Castellano, JP Dedieu, 1998; M. Bertrand, Z. Moutoukias, 2002). L’analyse de réseaux apparaît dans de nombreux cas comme un instrument de premier plan pour comprendre comme se construit ou circule le savoir.

Nous savons que les agents du roi (tant civils qu’ecclésiastiques) sont particulièrement mobiles. De plus, ils doivent rendre compte de leurs activités au roi dans des rapports annuels, des mémoires, des descriptions, parfois des ouvrages qui forment un ensemble de savoirs et de représentations témoignant des pratiques ordinaires du savoir. Nous souhaitons donc mettre au jour ces « porteurs » du savoir ordinaire : existe-t-il des groupes ou des personnages qui concentrent la production des savoirs ? Quels sont les canaux et les réseaux de production ? La mobilité (associée à la nouveauté et l’inédit) est-elle un facteur déclencheur d’écriture de production des savoirs ?

Nous écarterons ici les grandes figures de l’érudition pour préférer des agents « ordinaires » du pouvoir.

Construire l’empire avec les indigènes : déplacements, contraintes et circulations

Nous souhaitons enfin inclure pleinement le monde indigène dans cette perspective impériale. Ce thème est également pleinement intégré à l’historiographie : le choc démographique, le regroupement dans des reducciones, les recompositions sociopolitiques (J. Poloni-Simard, 2000). Néanmoins, nous proposons d’aborder un objet d’étude peu travaillé concernant les acteurs soumis aux dynamiques politiques de cette période et, dans le même temps, lié aux circulations : la « desnaturalización », l’esclavage et les déplacements forcés des indigènes réfractaires à la domination coloniale dans l’espace américain (J. Valenzuela, 2013). Il s’agit de traiter d’un vaste et complexe ensemble de déplacements et de migrations des indigènes, fruits de leurs propres stratégies de survie, d’adaptation et de négociation dans le cadre colonial. Nous pensons une fois de plus que cet aspect peut être abordé par la comparaison avec les déplacements forcés et les expulsions péninsulaires (juifs et morisques).

Calendrier et informations pratiques

La date limite de réception des propositions d’articles (max. 250 mots) est fixée

au 15 février 2014.

La revue accepte les propositions en français, espagnol et portugais, mais les articles seront publiés en français et éventuellement en espagnol.

1er novembre 2014 : réception des articles (40 000 signes)

Juin 2015 : sortie du numéro thématique

Coordinateurs du numéro thématique 

Guillaume Gaudin (Unversité de Toulouse 2/Framespa),
Jaime Valenzuela Márquez (Pontificia Universidad Católica de Chile/ Instituto de historia)

guillaume.gaudin@univ-tlse2.fr

jvalenzm@uc.cl

Dates

  • samedi 15 février 2014

Mots-clés

  • empires ibériques, Espagne, Portugal, Amériques, circulations, histoire impériale, époque moderne

Contacts

  • Guillaume Gaudin
    courriel : guillaume [dot] gaudin [at] univ-tlse2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Guillaume Gaudin
    courriel : guillaume [dot] gaudin [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Construire l’empire », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 janvier 2014, http://calenda.org/272550