AccueilEntre déprise, reprise et emprise : vivre le vieillir

Entre déprise, reprise et emprise : vivre le vieillir

Between detachment, resumption and ascendancy: living growing old

Colloque international et interdisciplinaire

International and interdisciplinary conference

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Publié le vendredi 03 janvier 2014 par Julie Abbou

Résumé

Ce colloque international inaugure l’opération de recherche APROVICO (Analyse du PROcessus de VIeillissement par la méthode des COhortes) du projet « Structuration des mondes sociaux » (SMS) du LAboratoire d’EXcellence (LABEX). Réalisée dans le cadre d’un travail interdisciplinaire réunissant sociologues, anthropologues, géographes, médecins, historiens, linguistes et philosophes, ce colloque a pour objectif de développer et d’enrichir la réflexion autour des expériences du vieillissement et de ses modes d’expression. Il s’adresse à la fois à des chercheurs en sciences humaines, sociales et médicales, à des professionnels et des institutionnels exerçant dans le champ du vieillissement.

Annonce

Argument

Ce colloque international inaugure l’opération de recherche APROVICO (Analyse du PROcessus de VIeillissement par la méthode des COhortes) du projet « Structuration des Mondes Sociaux » (SMS) du LAboratoire d’EXcellence (LABEX). Réalisée dans le cadre d’un travail interdisciplinaire réunissant sociologues, anthropologues, géographes, médecins, historiens, linguistes et philosophe,s ce colloque a pour objectif de développer et d’enrichir la réflexion autour des expériences du vieillissement et de ses modes d’expression. Il s’adresse à la fois à des chercheurs en sciences humaines, sociales et médicales, à des professionnels et des institutionnels exerçant dans le champ du vieillissement.

Point de départ de ce colloque

Le point de départ de ce colloque, et plus largement de l’opération de recherche qui le sous-tend, pourrait se décrire ainsi : face à l’allongement de la longévité et l’entrée massive ces prochaines années des baby-boomers dans le grand âge, il est important d’améliorer les savoirs sur les dynamiques de vieillissement. Les études longitudinales, à l’image de celle qui est à l’origine de ce colloque, devraient y contribuer en prenant notamment en compte les différentes étapes du vieillir et ses transformations selon, en particulier, les catégories sociales et le genre. Si les données existantes sur les populations âgées, tant quantitatives que qualitatives, permettent de saisir une photographie de personnes issues des différentes catégories d’âge à un moment T1 (Clément et Lavoie, 2005 ; Membrado et al., 2005 ; Membrado, 2009 ; Membrado et Salord, 2009 ; Membrado, 2010 ; Meidani et Membrado, 2010), force est de constater que l’on sait peu de choses sur ce qu’elles étaient à 60 ans, sur leurs conditions de vie, de santé, leurs réseaux, leurs modes d’habiter.

Contexte scientifique

Une conception biomédicale du vieillissement, associée à des préoccupations d’ordre économique et politique, a fini par construire une image négative du vieillissement, largement critiquée par les sociologues  depuis une vingtaine d’années (Charpentier et al. 2010, Clément et al. 1995 ; Lalive D’Epinay, 2000 ; Caradec, 2004). En effet, depuis le milieu du XXe siècle, la vieillesse oscille entre deux pôles qui s’opposent et se complètent : les « jeunes-vieux », les séniors, et les « dépendants ». L’interprétation la plus optimiste du vieillissement, celle qui se fonde sur le gain de vie acquis, met en scène un modèle hégémonique du « bien vieillir ». A l’aune de l’allongement de l’espérance de vie, ce modèle révèle les limites d’une réflexion techniciste et laisse entrevoir les insuffisances et les dénis d’une pensée sur le vieillissement traçant les contours des approches réductionnistes, sexistes et âgistes, qui contribuent à masquer la complexité et la diversité des expériences du vieillir.

Mais penser le vieillir c’est faire rentrer la discordance réflexive dans le panorama des consensus normatifs socioéconomiques et politiques qui se voudraient hégémoniques, c’est rétrocéder aux aînés des valeurs repoussées par les dictats de productivité marchande et de performance, c’est reconsidérer l’aménagement de l’espace et du temps, c’est repenser les réseaux sociaux de nos aînés, c’est questionner la notion de l’autonomie et des « pertes » qui la traversent.

En proposant la notion de la déprise Barthe, Clément et Drulhe en 1988 vont chercher à répondre aux théories de la vieillesse marquées par la notion de désengagement qui émerge aux USA dans les années 1960. Puis Clément et al., en 1996, et en 1999, aux côtés de Mantovani (1999), plus tard avec Membrado (2010), ou encore Meidani et Membrado en 2010 ne cesseront d’alimenter la notion avec des données issues des études sociologiques stimulantes qui peaufineront la réflexion. Au-delà de l’équipe toulousaine, la notion sera accueillie avec enthousiasme par d’autres chercheurs français qui la reprendront (Caradec, 2008).

Mais comment pourrait-on caractériser la déprise ? Il s’agit là d’un travail de réorganisation et d’aménagement de la trajectoire de la vie et parfois même de la personne qui s’appuie sur une série de tentatives de substitution d’activités ou de relations. Ces dernières surgissent après diverses expériences de ruptures (retraite, veuvage, deuil) et d’incapacités (accident, chute), qui accentuent le sentiment de la fragilité et de la perte d'emprise sur le monde, induisant le sentiment de ne plus être en mesure d’accomplir ce qui se faisait quand les forces et l’envie étaient là. Au sein de ce travail de négociation et de recomposition de soi avec soi, les autres, et l’environnement qui opère par sélection, économie des forces et réorientation, les personnes cherchent à se ménager en expérimentant par tâtonnement ce qui peut encore se faire. Des telles stratégies de reconversion qui visent à garantir une certaine économie des forces constituent aussi un moyen de préserver son intégrité face à l’irréversibilité du temps.

La notion de déprise met en avant notamment l’absence de linéarité dans ces parcours où déprises et reprises se donnent la main. Pour le dire autrement, les transitions plus ou moins importantes qui animent le vieillir, sont traversées par des négociations qui disent la déprise. Mais ce processus n’est pas univoque : si le vieillissement se caractérise par des ruptures, il implique aussi des reprises, parfois mêmes des emprises. Marqués par leur hétérogénéité, les parcours de nos aînés interpellent : si l’espérance de vie sans incapacité augmente dans les tranches d’âge les plus élevées, les inégalités sociales et de genre persistent (Clément et al. 2000).

La déprise dit aussi la pluralité de l’expérience du vieillir. Ainsi il existe des formes de déprise plus inquiètes (Clément et Mantovani, 1999) où la proximité de la mort devient angoissante. Dans ces cas de figures, le rapport à l’entourage familial est souvent problématique et le sentiment de ne plus maîtriser ses propres choix de vie conduit à des attitudes de repli. Ecartée du monde, la personne a l’impression de ne plus appartenir à la société et ne se vit plus en insécurité ; situations qui s’accompagnent souvent d’un sentiment d’inutilité. Le tout débouche sur une vision du monde très négative qui s’exprime sous le registre de la plainte, illustrant de processus de déprise non maîtrisés. Lorsque la vieillesse rime avec la maladie, les déprises sont souvent ultimes. Parmi les indicateurs de ces déprises, on trouve les signes d’une altération du rapport au temps et à l’espace ainsi qu’une forte tendance à la désorientation (atteintes neurologiques). Il n’est pas rare non plus que ces formes de déprise (inquiètes, non maîtrisées, ultimes) aillent de pair avec des formes de dépression.

Mais ce qu’il convient de souligner ici c’est que s’il y a pertes, il peut y avoir aussi satisfactions. Ce processus est d’autant plus présent en ce début de XXIe siècle marqué par l’augmentation de la longévité dans nos sociétés occidentales. Dans un tel contexte la déprise donne lieu à des recompositions qui ressemblent plutôt à une emprise (voire un surinvestissement), ancrée sur un processus de sélection des activités et des liens, notamment pour certains « jeunes anciens » qui en ont les moyens physiques et matériels, voire patrimoniaux. Ainsi de plus en plus on voit se dessiner ce souci des plus âgés à se ménager pour pouvoir continuer à maintenir ce qu'ils privilégient comme un formidable travail visant à se déprendre de certaines activités pour rester pleinement engagés dans d’autres, jugées plus importantes, lorsque les contraintes professionnelles ne sont plus là, quand les enfants ne sont plus à la maison etc. Par conséquent, l’essai de compréhension des expériences de vieillesse gagne en pertinence en intégrant le processus de vieillissement dans un univers social plus large, dans lequel la vieillesse n’est pas réduite aux aléas de la santé mais constitue partie prenante de la trajectoire sociale individuelle dans ses interactions avec les autres et avec l’environnement. Soulignons que, généralement, le processus d’emprise (au même titre que celui de la déprise) s’exprime dans la sérénité et le sentiment de la continuité, rappelant avec force que les formes du vieillir sont dépendantes des conditions de vie présentes et des trajectoires passées.

A partir de ces concepts de déprise et d’emprise, il s’agit donc de décrire un processus « normal » et normalisant, fortement hétérogène, susceptibles de rendre intelligibles des formes ordinaires du vieillir. Selon les trajectoires de vie et les profils sociodémographiques des aînés, ces formes mettent en jeu tantôt des relations fortes à l’entourage familial tantôt des velléités d’indépendance, construites souvent de longue date. Ainsi, déprise et emprise résultent de stratégies d’ajustement à des contraintes de tout ordre : physiologique, social et relationnel dont la probabilité d’apparition et la spécificité se conjuguent différemment selon les individus. Par conséquent, l’expérience du vieillir peut être décrite tant comme une tension entre le sentiment des limites, corporelles et cognitives, et la volonté d’assurer une continuité dans sa construction identitaire ; que comme un désir de s’assurer une présence différente au monde.

Problématique et axes du colloque

Dans la lignée des travaux de l’équipe toulousaine sur le vieillissement, le colloque se propose donc de questionner la notion de déprise, conçu ici comme outil descriptif des expériences du vieillir, cherche à tester sa pertinence pour les plus jeunes de nos aînés et vise à trouver les indicateurs qui pourrait permettre de mesurer les différentes configurations qui la constituent : formes de déprise, de reprise et d’emprise. En accord avec ce constat, le regard sociologique que nous proposons ici analyse le vieillissement comme un processus, comme une série de transitions tant biographiques que relationnelles (Caradec, 2000). Inspirés des travaux américains sur les life course analysis, nous nous proposons d’analyser ces transitions sans se fixer sur telle ou telle catégorie d’âge (séniors, 3e âge, 4e âge etc.).

Compte tenu des perspectives analytiques esquissées ci-dessous, trois axes ont été retenus pour ce colloque :

  • 1er Axe - Trajectoires résidentielles et temporalités : habitat et repères temporels ;
  • 2e Axe - Parcours de santé : entre autonomie et dépendance, fragilité et vulnérabilité ;
  • 3e Axe - Réseaux et sociabilité : autour des configurations de l’aide ;
  • 4e Axe transversal  - La place des enjeux politiques, méthodologiques et pluridisciplinaires dans l’étude du vieillir et des inégalités sociales

Ces dimensions forment une résultante qui se traduit par la mise en évidence des différentes formes du vieillir et des mécanismes de déprise, reprise et emprise qui les constituent.

Comment peut-on saisir, comprendre et restituer ces expériences singulières du vieillir ? D’une part au travers de la parole de nos aînés et notamment  de leurs récits ; d’autre part, au travers le rapport au corps, à la santé, à l’espace, au temps et à l’Autre – un rapport dit, décrit, mesuré ou observé.

Axe 1 - Trajectoires résidentielles et temporalités : habitat et repères temporels

Les trajectoires résidentielles, les mobilités, la perception du « chez soi », les modalités d’appropriation ou d’évitement de l’espace, la structuration d’une journée type, les rythmes sociaux constituent des repères saisissants du vieillir. En France, la valorisation du « maintien à domicile », promue tant par les politiques publiques que le discours gérontologique qui les sous-tend, a supporté et diffusé une représentation « statique » des « populations âgées ». Ce côté « statique », au sens propre comme au sens figuré du terme, va à l’encontre des trajectoires résidentielles dont rendent compte les parcours des personnes vieillissantes. L’analyse de ces trajectoires indiquent la nécessité de prendre en compte les modifications sociotechniques, les mobilités migratoires complexes et les formes de secondarité qui en découlent, sans omettre les nouvelles pratiques de l’habitat, plus ou moins transformé, ou encore les conditions d’accessibilité de l’espace. Si le droit de cité des populations âgées se décline couramment comme droit d’usager, droit à accéder et à se mouvoir, les cités gérontophobes deviennent le lieu de la confrontation de soi au regard de l’autre, accompagnant ajustement de l’identité sociale et des pratiques individuelles. Le tout indique la fabrique de ce droit de cité à géométrie variable, illustre les différentes configurations du « chez soi » et dit la prolifération des référentiels territoriaux qui les compose.

Tandis que la relation à l’environnement se modifie, les rapports au temps se complexifient aussi. Ces rapports diversifiés révèlent des clivages générationnels mais aussi des disparités entre différents âges et groupes sociaux mettant à rude épreuve les solidarités intergénérationnelles. Ces mutations, plus ou moins brutales, subtiles ou  insidieuses, qui interfèrent sur le rapport au temps, ont un impact direct sur la reconfiguration des rythmes sociaux du quotidien de nos aînés. La recomposition des journées se fait alors le signe par excellence de ce temps qui passe nous rapprochant de l’expérience de la mort. Institution de la mémoire, objet ajusté à l’érosion réelle ou supposée des capacités comme à la métamorphose des liens sociaux, le vieillir-même est soumis à l’épreuve du temps, tant dans sa dimension matérielle que symbolique. La complexification et la diversification des rapports au logement, au temps et au patrimoine immobilier ne cessent de rappeler ces enjeux qui nous incitent aujourd’hui à questionner la notion de l’emprise qui peut, parfois, accompagner l’avancée en âge.

Axe 2 - Parcours de santé : entre autonomie et dépendance, fragilité et vulnérabilité.

Si le temps construit, aménagé, rythmé par les interventions de proches et des professionnels, nous informe sur les figures sociales et politiques de la vieillesse, ces processus de restructuration de l’architecture identitaire qui caractérisent l’avance en âge, trouvent dans la santé et le rapport au corps un lieu d’expression singulièrement opportun. De ce point de vue, le corps est aussi un médium de l’expérience réflexive du vieillissement. Au-delà de la mise en mots les difficultés en matière de santé, qui auront piloté sa vie (pathologies cancéreuses, Alzheimer etc.) et qui s’ajoutent aux nœuds biographiques (retraite, veuvage, etc.), trouvent leur expressions dans une foule de détails ethnographiques observés qui disent tous les petits arrangements avec ces corps qui s’épuisent peu à peu. Cependant, ces données ethnographiques ne peuvent pas se réduire à la seule cartographie de ces trajectoires de la maladie, de la dépendance ou de la fragilité et des parcours d’accommodation qui en découlent. Au-delà des déprises et des reprises qui jalonnent l’avance en âge, ces mises en récits et ces mises en scène de soi disent la dimension identitaire du vieillir.

Le processus de vieillissement vient ainsi interroger la notion de l’autonomie, conditionnée par des parcours de santé diversifiés, mais pas seulement. Si l’introduction de la question de l’autonomie place la santé, le handicap et/ou la maladie chronique au sein du vieillir et des mécanismes décisionnels qui agissent en son sein, l’autonomie implique aussi la question des ressources. Semés par des inégalités sociales et des disparités genrées, ces réalités médiatisent le rapport au corps et appellent à des considérations plus amples des représentations sociales qui les animent. Ainsi, le curseur se déplace nous incitant à explorer les configurations d’aide et les tensions qui les traversent, notamment celles qui placent l’aide apportée à nos aînés au cœur de cet équilibre fragile entre cure et care. Soulignons aussi que ces configurations rencontrent parfois une logique marchande de ces corps, plus ou moins périmés par l’âge, logique en pleine expansion.

Ces rapports « des vieux et des vieilles » à la santé et leurs corps ne sont que très rarement le seul résultat de la matérialité de ces sujets et de leurs parcours biographiques. Ces rapports aux corps et à la santé témoignent aussi de l’importance de cette part du social dans laquelle baigne tout sujet. Ils nous invitent alors à nous pencher plus avant sur ce contexte de relations qui œuvrent à la co-production de la santé, de la vieillesse, de la fragilité, de la dépendance et de l’autonomie, pour lesquels les figures du sujet vieillissant, individuel et collectif, ne se rejoignent jamais complètement. Tout corps fragilisé par l’âge, la maladie ou le handicap reste en effet empreint des liens avec les autres dont il convient de rendre compte avec précision dès qu’il est question d’étudier la vieillesse.

Axe 3 - Réseaux et sociabilité : autour des configurations de l’aide

Force est de constater que l’image de la vieillesse déficitaire, où invisibilité et immobilité se combinent, demeure particulièrement prégnante. Dans cette perspective, l’avancée en âge rime avec le rétrécissement graduel des rapports à l’autre, des espaces et des temps pour soi jusqu’au confinement dans la sphère de l’intime (domicile, maison de retraite, etc.). A l’opposé de ces représentations réductrices, l’examen des réseaux sociaux du vieillir offre des figures plus complexes et plus diversifiées des vieillesses plurielles, individuelles et collectives. A l’opposé des élaborations en extériorité du vieillir, nous incitons les communicants à considérer la pluralité de l’expérience dont rendent compte les personnes vieillissantes en s’attachant à montrer comment, non seulement les lieux et les temps, mais aussi les autres se font les médiateurs des expériences du vieillir.

A ce constat s’ajoute l’accomplissement d’activités ordinaires ou extra-ordinaires, où se mettent en œuvre les modalités de sociabilité, les rapports entre soi et le monde, les configurations d’aide. Autrement dit, ce que disent le mieux ces activités, ce sont les ancrages sociaux de ces figures vieillissantes. Revisitées sous l’angle des réseaux sociaux, ces activités  mettant en jeu des enjeux de sociabilité propres au vieillir. Les travaux sur la déprise montre bien qu’aussi singulière soit-elle, cette expérience du vieillissement demeure commune, pointée par des transitions qui incitent l’individu à réorganiser ses activités et l’univers relationnel qui les supportent. Ainsi, le vieillir croise inlassablement l’expérience de soi et le regard de l’autre ; et c’est au sein de ce croisement qui conditionne l’espace relationnel, que l’expérience singulière se matérialise. En effet la relation à l’autre, telle qu’elle opère au sein du parcours de vieillissement, constitue un des analyseurs le plus pertinents de cette multi-dimensionnalité de l’expérience du vieillir.

De ce point de vie la déprise implique un amalgame des réaménagements, des réorientations et des recompositions de son rapport à soi, à son environnement relationnel, symbolique et matériel. En essayant de préserver l’essentiel, la vieille personne préfère se déprendre de certaines de ces activités pour rester pleinement impliquées dans d’autres qu’elle estime primordiales. Ce processus est composé par des lignes de tension multiples, parfois même des contradictions. Certaines d’entre elles évoquent ce va-et-vient entre la mise à distance et l’attachement au monde, d’autres oscillent entre choix et contraintes. Qu’elle que soit la ligne de tension, l’environnement social peut affermir, voire légitimer, l’ostracisme et, ce faisant, participer à une forme d’exclusion de nos aînés.

Axe 4 transversal - La place des enjeux politiques, méthodologiques et pluridisciplinaires dans l’étude du vieillir et des inégalités sociales

Enjeux politiques : Ce rapide détour d’horizon montre bien la nécessité de considérer le contexte dans l’analyse du vieillir en essayant de restituer la spécificité française et son ancrage socioculturel et politique et en examinant les politiques publiques qui traversent le champ de la vieillesse.  Pour le dire autrement, au-delà des dimensions précitées, l’expérience du vieillissement témoigne également de la façon dont les sociétés prennent en compte la pluralité des trajectoires de vie et intègrent dans leur organisation, matérielle et symbolique, le rapport à la finitude. De ce point de vue, une des ambitions de ce colloque est de rompre avec ce regard ethnocentrique qui n’a pas fini d’altérer les expériences du vieillir. 

Enjeux méthodologiques et pluridisciplinaires : Les communications s’inscrivant dans tel ou tel axe s’intéresseront à la mise en mot et la mise en corps du vieillir, autrement dit, aux récits de nos aînés tels qu’ils sont mobilisés non seulement dans les entretiens mais aussi au sein des discours médiatiques ou encore des séances d’observations. L’objectif ici est de rendre compte des modes de présentation et de mise en scène de la personne vieillissante, structurantes des jeux et enjeux identitaires. Par ailleurs, elles pourront interroger la propension à enfermer les récits de vie de nos ainés dans la production «socialement » commandée de « discours autobiographiques » et d’inventaire nostalgiques d’événements passés. Les phénomènes d’« impositions normatives » dans la production discursive ou la mise en scène de soi seront également examinés. Les discours techniques, biomédicaux, scientifiques ou profanes insinués dans la genèse de l’identité (narrative ou autre) seront pareillement considérés. De ce point de vie, il convient d’être attentif aux « effets » que produisent sur notre réflexion sur le vieillir, les différents « médias » d’observation ou d’énonciation des données. Récits de vie, questionnaires administrés en face-à-face ou par courriers, arrêts sur image ou approches longitudinales ne recouvrent pas les mêmes exigences méthodologiques et épistémologiques. L’étude du contexte de la production de soi reste un enjeu de recherche capital dans les sciences humaines et sociales. Elle nous invite à réfléchir avec une acuité renouvelée sur les façons dont les différentes disciplines s’emparent d’un objet tel que la vieillesse, pour construire leur base empirique. Ce dernier constat pose également les jalons de la réflexion pluridisciplinaire et des défis méthodologiques qu’elle se lance.

Inégalités sociales : L’expérience du vieillissement est plurielle. Elle est aussi diverse que le sont les parcours de vie de ces hommes et de ces femmes, paramétrés par des positions sociales multiples et des univers affectifs, représentationnels et existentiels tout aussi variés. De ce point de vue, les expériences du vieillir sont traversées par des inégalités sociales. Nous invitons les communicant-e-s à prêter une attention particulière aux problématiques des inégalités sociales, telles qu’elles peuvent apparaître dans le champ de la vieillesse et des parcours de vie. Au sein de l’univers des inégalités nous encourageons les intervenant-e-s à développer leur réflexion dans une problématique genrée montrant dans quelle mesure, en quoi et comment les expériences du vieillir sont traversés par les rapports sociaux des sexes.

C’est à travers ces trois registres de l’expérience du vieillir, les repères spatiotemporels, l’autonomie, et les réseaux que nous souhaitons soumettre à la réflexion collective l’expérience du vieillissement, revisitée sous l’angle de la notion de la déprise, de l’emprise et/ou de la reprise. De déprise à reprise en passant par l’emprise, les propositions de communications attendues sauront questionner les surprises que réserve la pensée analytique lorsqu’il s’agit de comprendre ce que vieillir veut dire. Si vieillir c’est s’accommoder aux transformations induites par le temps qui passe, aux creux des accommodations qui accompagnent l’avancée en âge, le « vouloir » se décroche parfois du « pouvoir ». Mais cette expérience, loin d’être disqualifiante témoigne d’une prise de « distance » aux choses qui s’aménage.

Nous incitons les communicant-e-s à rendre intelligibles ces parcours d’accommodation, en insistant sur les stratégies actionnelles mises en places pour pallier ces « pertes » et préserver l’essentiel. Dans ce cadre il s’agit de rendre compte de ces « arts de faire » en questionnant leurs inscriptions dans le temps et l’espace, le rapport à soi et aux autres. En s’éloignant des figures incapacitantes et/ou exogènes du vieillir une attention soutenue sera accordée aux disparités genrées conçues comme mode de différenciation et hiérarchisation opérant au sein du sociétal.

Les propositions de communications devront donc s’inscrire dans l’un ou l’autre des axes décrits ci-dessus tout en réservant une place de leur réflexion au déploiement des questionnements autour des enjeux de contextualisation, de méthodologie et/ou de pluridisciplinarité.

Modalités de soumission                               

La date limite d’envoi des propositions de communication est le 28 Février 2014, 12H.

Les propositions sont à envoyer à l’adresse mail suivante : deprise2014@gmail.com

Le format des propositions est de 2 500 à 3000 signes (espaces compris) et présente l’objet de la recherche, la problématique, la méthodologie et les résultats.

Il convient d’indiquer en tête de page : les prénom et nom, fonction et appartenance institutionnelle des auteurs (mentionner s’il s’agit d’une recherche de thèse en cours) ainsi que l’adresse électronique à utiliser pour les échanges. Les auteurs sont invités à signaler  l’intitulé de l’axe auquel ils se réfèrent.

Nous vous remercions de bien vouloir nommer votre fichier de la façon suivante : nom.prenom.axen°.doc

Les propositions seront sélectionnées en fonction de leur qualité scientifique et de l’originalité du matériau empirique mobilisé.

Les auteurs seront informés des résultats de la sélection mi-mars 2014.

Des textes courts (20 000 à 30 000 signes) seront attendus pour FIN MARS 2014 afin de permettre un travail de discussion plus approfondi et d’envisager, pour certains textes, une publication.

Les bulletins d’inscriptions sont à renvoyer AVANT le 21 Mars 2014 : inscription.colloque.deprise@gmail.com

Quelles sont les suites à prévoir à ce colloque ?

Cette manifestation donnera lieu à un projet de publication organisée en trois temps :

  • La publication sous forme d’ouvrage basé sur une sélection des meilleures communications (parmi les plénières et ateliers du colloque)
  • La diffusion interne des actes du colloque au sein de la lettre du LISST-CERs et sur le site du LABEX _ SMS _APROVICO _2
  • La publication d’un numéro spécialisé dans une revue anglophone qui ciblera les communications réalisées en amont dans le cadre de Workshop du Comité Scientifique.

Ce colloque par sa dimension internationale et pluridisciplinaire permettra de conforter et de développer les collaborations déjà initiées en France comme à l’étranger.

Il soutiendra un objectif de promotion de la recherche sur le vieillissement auprès du vivier de doctorant-e-s en assurant auprès de ces dernier-e-s encadrement et ouverture de collaborations avec les réseaux fédératifs de recherche générés et/ou perpétués par la manifestation scientifique.

Lieu et dates de la manifestation

Toulouse, Maison de la Recherche _ Université de Toulouse II – Le Mirail

Colloque : 10, 11 & 12 avril 2014

Workshops : 7_8_9 avril 2014

Comité scientifique

Le Comité scientifique possède une mission d’évaluation des projets de propositions qui lui seront envoyé. Il sera composé de :

  • Eric Gagnon (PR associé, Université de Laval à Québec)
  • Dario Spini (Directeur du centre lémanique d’études des parcours de vie, Université de Lausanne et Genève)
  • Jean-François Bickel (Maître d’enseignement et de recherche, Université de Fribourg)
  • Stefano Cavalli (Chercheur au CIG de Genève)
  • Dominique Argoud (Maître de conférences en sociologie, Université de Paris 12, Paris)
  • Françoise Bouchayer (Chercheure en sociologie SHADYC, EHESS-CNRS, Marseille)
  • Sylvie Carbonnelle (Socio-Anthropologue, Institut de Sociologie Université Libre de Bruxelles, Belgique)
  • Vincent Caradec (Professeur de sociologie Université de Lille 3, Lille)
  • Bernard Ennuyer (Sociologue, directeur d’un service d’aide à domicile, Paris)
  • Nancy Guberman (Professeur à l’UQAM, Université du Québec à Montréal, QUEBEC)
  • Serge Guérin (Professeur associé à l'université Lyon-II, enseignant au CNAM, Lyon)
  • Christian Lalive D’Epinay (Professeur honoraire à l’Université de Genève, SUISSE)
  • Jean-Pierre Lavoie (Chercheur, Université Mac Gill, Montréal, QUEBEC)
  • Françoise Leborgne-Uguen (Pr en sociologie Université de Bretagne Occidentale, Brest)
  • Patrice Leclerc (Consultant à BrigitteCroffConseil, Lyon)
  • Isabelle Mallon (Maître de conférences en sociologie, Université Lumière Lyon 2, Lyon)
  • Jean Mantovani (Chargé d’Etude Sociologue à l’Observatoire Régional de la santé Midi-Pyrénées)
  • Anastasia Meidani (Maître de conférences en Sociologie, Université de Toulouse II, Toulouse)
  • Monique Membrado (Chercheure en sociologie LISST-CNRS, Toulouse)
  • Madeleine Moulin (Professeur de Sociologie, directeur de GRAVITES, Institut de Sociologie, ULB, Belgique)
  • Jim Ogg (Sociologue, chercheur associé à l’INED & « senior research fellow » à la Young Foundation, Londres, Angleterre)
  • Simone Pennec (Maître de conférences Université de Bretagne Occidentale, Directrice de l’Atelier de Recherche Sociologie, Brest)
  • Ségolène Petite (Maître de conférences en sociologie à l’Université de Lille 3, Lille)
  • Alain GRAND, Professeur Santé publique, INSERM UMR 1027
  • Jean DOUBOVETZKY, médecin, chercheur associé au laboratoire LISST-Framespa de l’UTM, fondateur d’ARESIP _ DIPEX International
  • Pierre Aïach, directeur de recherche honoraire à l’INSERM et membre d'Iris

Organisation du colloque

  • Anastasia Meidani (Maître de conférences en sociologie à l’Université de Toulouse II)
  • Véronique Feyfant (Doctorante LISST-CERs, Chargée d’étude LABEX SMS _ APROVICO 2)
  • Jean-François Barthe (Fondateur School)
  • Céline Gouzon (Chargée d’étude LABEX SMS _ APROVICO 2 _ LISST-CERs)

Coordination

MEIDANI AnastasiaEnseignante Chercheure – MCF UTM – Département de Sociologie & Anthropologie, LISST_ CERs _ UMR 5193, ameidani@free.fr & ameidani@univ-tlse2.fr  

Thèmes scientifiques

Vieillissement, qualité de vie, santé, autonomie, risques, vulnérabilités, handicap, genre, inégalités sociales et politiques publiques

Partenaires

  • LISST-CERs _ UMR 5193, UTM_ CNRS _LABBEX _ SMS _ APROVICO
  • School, Université de Toulouse II
  • UMR 1027, INSERM
  • Aresip, Framespa UTM _ ARESIP _ DIPEX

EQUIPES DE RECHERCHE, UFR, ORGANISMES RATTACHES A LA MANIFESTATION :

  • LISST-CNRS (Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Société, Territoire), UMR 5193
  • MSH de Toulouse
    • Réseau Thématique Fédératif n°19, (RT19), « Santé, Médecine, Maladie et Handicap » de l’Association Française de Sociologie (AFS)
    • Réseau Thématique Fédératif n°7, (RT7), « Vieillesses, vieillissement et parcours de vie » de l’Association Française de Sociologie (AFS)
  • Comité de Recherche 6 (CR6) « Parcours de vie et vieillissement », de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF)
    • Réseau Fédératif de recherche Santé, Société
    • Observatoire régional de la Santé de Midi-Pyrénées (ORSMIP)
    • INSERM UMR 1027, Equipe 1 : Vieillissement et maladie d'Alzheimer : de l'observation à l'intervention
    • FNG, Fondation Nationale de Gérontologie
    • CNAV, Caisse nationale d’assurance vieillesse
    • CNSA
    • CNRPA
    • CORERPAMidi-Pyrénées
    • Mairie de Toulouse
    • Conseil Général Haute-Garonne
    • Conseil Régional Midi-Pyrénées
    • IONIS
    • Gérontopôle
    • Aresip, Association pour la Recherche sur les Événements de Santé et leurs Impacts Personnels
    • School
    • DIPEX International _ Database of Individual Patient Experiences _UK

Frais de participation

Plein tarif  (statutaires : Enseignants-chercheurs, professionnels, chargé d’étude, etc.) : 50€

Tarif étudiants/doctorants : 10€

Contacts

  • Véronique FEYFANT _ Gestion Colloque 2014 _ LABEX _ SMS _ APROVICO => Tél. +33 (0)6 48 60 37 44 & +33 (0)5 65 42 00 26 courriel : feyfant@wanadoo.fr
  • Marie-Ange PARISOT _ Secrétariat _ Gestion LISST-CERs => Tél. +33 (0)5 61 50 36 70 & Fax : +33 (0)5 61 50 38 70 , courriel : maparisot@univ-tlse2.fr
  • Anastasia MEIDANI _ Gestion Colloque 2014 _ LABEX _ SMS _ APROVICO => Tél. +33 (0)6 10 52 77 23 (communication pour l’étranger) courriel : ameidani@univ-tlse2.fr (communication pour l’étranger)

BULLETIN D’INSCRIPTION

(inscription obligatoire)

Date limite d’envoi du bulletin d’inscription : 21 Mars 2014

Coordonnées (compléter toutes les rubriques)

Civilité :

 

NOM :

 

Prénom :

 

Organisme :

 

Adresse :

 

CP :

 

 Ville :

 

Pays :

 

Téléphone :

 

Fax :

 

Email :

 

 

Inscription obligatoire (cocher les cases)

Colloque :

Etudiants:  

(fournir une copie de la carte étudiant)

incluant le programme, les résumés, les pauses

 

 

10 €

 

Plein Tarif :

 

 

 

50 € 

 

Inscriptions optionnelles (cocher les cases)

Repas de gala du Vendredi Soir 11 Avril 2014

35 €

Déjeuners

Jeudi 10 Avril 

13 €  

 

Vendredi 11 Avril

13 €  

 

TOTAL GENERAL

 

…………………….€

Préférences alimentaires

Végétarien :

Poisson pas de viande:

Autre (préciser) :      

                             

 

 

Vous serez présents les (cocher les case correspondantes) :

Colloque

Workshop

10 avril 2014 :

11 avril :

12 avril :

7 avril 2014 :

8 avril :

9 avril :

 

Hébergement

Vous trouverez une liste d’hôtels ici :

 

Modalités de paiement

 Bon de commande -

 Chèque bancaire – (en EURO, à joindre au bulletin d’inscription)

Les chèques doivent être libellés à l’ordre de « Agent Comptable de l’Université de Toulouse-Le-Mirail » et tirés sur une banque française.

Pas de possibilité de paiement en espèces ou par carte bancaire

(Pour les personnes venant de l’étranger nous contacter directement)

Annulations :

 

Les annulations doivent être reçues par email/fax/courrier AVANT le 28 Mars 2014.

Aucun remboursement ne sera possible après la date butoir.

Merci de compléter et retourner ce formulaire accompagné du règlement ou d’un bon de commande AVANT le 21 Mars 2014 à :

L’intention de :

Marie-Ange PARISOT

LISST-CERs

Colloque DEPRISE _ LABEX _ SMS _ APROVICO _ 2014

Maison de la Recherche

Université de Toulouse Le Mirail
5, allée Antonio Machado
31 058 Toulouse _ Cedex Tél : +33 (0)5 61 50 36 70 & Fax : +33 (0)5 61 50 38 70

Courriel : feyfant@wanadoo.fr & maparisot@univ-tlse2.fr& inscription.colloque.deprise@gmail.com

             

Lieux

  • Maison de la Rehcrche – Université de Toulouse II – Le Mirail - 5, allée Antonio Machado
    Toulouse, France (31)

Dates

  • vendredi 28 février 2014

Mots-clés

  • vieillissement, vieillesse, vieillir, qualité de vie, santé, autonomie, expériences, réseaux sociaux, habitat, trajectoires, temporalités, dépendance, care, cure, risques, vulnérabilités, handicap, genre, inégalités sociales, politiques publique

Contacts

  • Anastasia Meidani
    courriel : ameidani [at] univ-tlse2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Anastasia Meidani
    courriel : ameidani [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Entre déprise, reprise et emprise : vivre le vieillir », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 03 janvier 2014, http://calenda.org/272752