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Citoyenneté et intégration européennes sept et dix ans après

European Citizenship and Integration 7 and 10 years after

European Citizenship and Integration 7 and 10 years after

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Publié le mercredi 29 janvier 2014 par Luigia Parlati

Résumé

Pour les pays des dernières vagues d’intégrations, 7 et 10 ans après, les situations restent bien différentes. Les attentes des Européens étaient grandes et des désenchantements aujourd’hui s’expriment. Une crise idéologique profonde semble secouer certains pays, en particulier lorsque les institutions nationales sont moins reconnues ou légitimées, comme en Bulgarie. Le colloque proposé par un consortium européen d’une dizaine d’universités et instituts sera décliné en plusieurs thématiques et dans plusieurs villes : 16 avril 2014, Sofia (Bulgarie), L’Europe face à ses nouveaux citoyens : des mobilisations aux élections ; 23 avril 2014, Banska Bystrica (Slovaquie), Coopérations, Intégrations et Voisinages ; 15 mai 2014, Cluj-Napoca (Roumanie), Le rôle des médias dans le développement d’une identité européenne ; 8 juillet 2014, Szeged (Hongrie), Entre intérêts et valeurs : bilan et défis de l’intégration en Europe centrale 

Annonce

Présentation

Pour les pays des dernières vagues d’intégrations, 7 et 10 ans après, les situations restent bien différentes. À la première dichotomie évidente (inégalité/disparité) entre le Nord et le Sud se juxtaposent des différences entre l’Est et l’Ouest (que les Fonds structurels ont eu pour mission de tenter de réduire). Les attentes des Européens étaient grandes et des désenchantements aujourd’hui s’expriment. De plus, ces évolutions ont mis en évidence la réalité et l’intensité des disparités internes au sein de chaque État membre, qui s’imposent à tous les citoyens et qui constituent un fondement, avec les conséquences de la crise depuis 2008, à la fois de mise en place de solidarités élargies et de tendances à des replis identitaires et/ou nationalistes. Une crise idéologique profonde semble secouer certains pays, en particulier lorsque les institutions nationales sont moins reconnues ou légitimées, comme en Bulgarie.

Ainsi, en particulier pour les anciens pays satellites de l’URSS, cette intégration européenne, ce « retour en Europe » pour beaucoup, après la création d’un nouvel État pour quelques-uns, s’inscrit dans un processus plus ou moins long. Il a fallu en effet mettre en place des négociations, des mises aux normes, des transformations souvent profondes des droits, des réglementations voire des institutions. Une « Européanisation » institutionnelle, en quelque sorte, qui s’est inscrite dans une mutation que beaucoup d’analystes ont qualifié de « transition », économique et démocratique.

Il est donc possible de se demander si ce processus d’intégration de l’« acquis communautaire » est bien légitime pour les citoyens de ces pays. Cette intégration est-elle profonde ou superficielle ? Quels effets ont eu ces harmonisations, voire ces uniformisations, institutionnelles, y compris le Processus de Bologne pour l’enseignement supérieur, l’application des directives, la réalisation des programmes communautaires et en particulier l’utilisation des fonds structurels de « convergence » ?

On remarque souvent que l’Union européenne jouit, pour ses nouveaux ressortissants, d’une image plutôt positive, en particulier parmi les jeunes générations qui dénoncent en même temps les supposées dérives bureaucratiques. Mais si une défiance envers les institutions nationales s’installe dans le même temps, alors le choix européen est par défaut plus que par conviction. Dans les pays plus au nord, Schengen et l’Euro sont des preuves concrètes, inscrites dans le quotidien, de cette européanité bien que les preuves soient souvent considérées comme relativement rares. La charge symbolique de l’Union européenne reste faible et les quotidiens renvoient surtout aux nations…

L’Union européenne a mis en place une citoyenneté supplémentaire, à défaut d’être supplétive, avec des droits réels mais sans devoirs intégrés dans les mentalités. La légitimation du dispositif institutionnel ne va pas de soi et de nombreux citoyens vivent leur appartenance communautaire comme un ensemble de contraintes plutôt que comme un processus volontaire. Dans l’exemple des citoyens bulgares, par exemple, les délais imposés pour l’adhésion à l’espace Schengen contribuent à maintenir une situation subie comme celle d’un positionnement centre/périphérie.

Il est intéressant de noter que, dans le cadre de cette « Européanisation » des nouveaux pays membres, on évoque toujours cet « acquis communautaire » (le terme étant repris même en anglais et dans les langues locales) alors qu’il s’agit de mettre en œuvre un processus qui a pris une cinquantaine d’années pour certains et qui doit être effectué en, au plus long, dix ou quinze ans pour les nouveaux membres.

7 et 10 ans après, il faut donc se rendre à l’évidence des différences, voire de l’abîme qui sépare les « nouveaux » États européens des « anciens ». Pour les premiers, l’Union européenne semble parfois être une sorte de « club » plus ou moins réservé aux vieilles démocraties occidentales. Mais alors que la question de leur adhésion ne faisait aucun doute, la déception est bien visible chez les nouveaux citoyens européens.

Cela n’est pas contradictoire avec l’importante confiance souvent témoignée envers les institutions européennes, à mettre en relation avec la défiance des citoyens envers leurs propres institutions… et qui d’ailleurs ne pousse pas ces derniers à voter massivement pendant les élections européennes. Certains journalistes bulgares préconisent de mettre leur pays sous tutelle directe et temporaire de la Commission européenne, pour répondre à la crise qui traverse le pays depuis l’hiver 2012-2013, mais il ne s’agit pas en fait d’une preuve de légitimation mais d’une réaction pragmatique… et provocatrice.

Évidemment, la question de l’intégration et de la citoyenneté européennes va bien au-delà des considérations politiques, diplomatiques, institutionnelles voire journalistiques, toute la société, chaque citoyen, chaque résident est concerné. Il s’agit aussi d’analyser intégration et citoyenneté avec l’évolution des comportements et des usages, les migrations et les mobilités, le développement de communautés avec les réseaux sociaux, les permanences des connexions à l’Internet, l’évolution des médias traditionnels ou encore les usages des programmes de télévision… Migrants et free movers européens s’inscrivent dans un contexte « surmoderne » et c’est peut-être ainsi que cette citoyenneté européenne complémentaire aux citoyennetés nationales est une « super/post-citoyenneté », dans une super/post-démocratie ?

L’évolution des nationalités dans la diversité des États européens doit être articulée avec celle des citoyennetés et de l’intégration, d’une part, et avec la question des identités (locales, régionales, nationales, européenne[s], etc.), d’autre part. Processus identitaires et engagements citoyens révèlent aussi la capacité des citoyens à se construire comme tels.

L’intégration européenne est un processus complexe et long. À défaut de pouvoir constater l’émergence d’un espace public européen, des convergences existent qui permettent d’envisager la connexion d’espaces publics au sein de l’Union et la réalisation d’une citoyenneté active. Pour cela, il faut qu’au sein de chaque pays, les citoyens nationaux fassent le choix de la découverte de ces espaces, et non celui de l’ignorance et du rejet.

Quatre appels à contributions

1) 16 avril 2014, Sofia

L’Europe face à ses nouveaux citoyens : des mobilisations aux élections

Sous la direction d’Anna Krasteva et Ildiko Otova

À quelques semaines des élections européennes, la session proposée à Sofia a pour objectif de permettre des échanges sur les nouvelles mobilisations, contestation et participations des citoyens pour construire un espace de citoyenneté européenne.

  • Quels moyens, quels projets, quelles réalités ?
  • En particulier, il est proposé de décrire et d’analyser les formes conventionnelles et non conventionnelles de participation citoyenne et politique.
  • Ces nouveaux engagements aboutissent-ils à de nouvelles formes d’abstentions ?
  • Quelles relations peut-on établir entre ces exercices de la citoyenneté, les participations et les mobilités ? Par exemple, les européens mobiles construisent-ils des identités particulières et adoptent-ils des comportements spécifiques ?
  • Dans ces contextes, où en est la démocratie digitale et l’e-citoyenneté, s’agit-il d’une transformation radicale ou seulement d’un avatar technique ? Les usages du numérique et des écrans transforment-ils radicalement les citoyennetés ?
  • Les élections européennes et les nouvelles citoyennetés : comment intégrer ces dernières dans le processus de représentation communautaire ?
  • Enfin, la question des identités et des citoyennetés européennes : quelles articulations, quelles réalités et quelles perspectives ?

2) 23 avril 2014, Banska Bystrica

Coopérations, Intégrations et Voisinages

Sous la direction de Radovan Gura et Gilles Rouet

  • L’évolution politique et administrative de l’Union européenne est bien particulière. Une organisation multiniveau existe de facto avec toujours des bilatéralités et des anciennes et nouvelles multilatéralités en son sein. L’évolution et les perspectives de l’Union européenne, notamment en matière de coopération, doivent tenir compte des réalités de ces multilatéralités. L’exemple de l’accord Visegrád est, sur ce point, très intéressant.
  • On peut également se demander quel est désormais le rôle des représentations diplomatiques des États membres au sein de l’Union européenne. Est-ce que cela contrarie ou aide le projet européen, favorisant ou non les projets collectifs ?
  • En particulier, les diplomaties éducatives, culturelles et économiques au sein de l’Union européenne constituent des bilatéralités qui ne sont pas nécessairement au service de l’intégration européenne ou encore de la politique de voisinage de l’Union européenne. Des approches croisées des politiques extérieures, pour l’Europe, de différents États membres sont suggérées.
  • L’évolution de l’UE semble aboutir à des convergences, des harmonisations et/ou des uniformisations dans différents domaines législatifs ou réglementaires (nationalité, économie, éducation, droit social, etc.) mais des différences persistent (conditions de travail, niveau de vie, conditions de logement, systèmes de santé, politiques sociales, etc.) et contrarient une intégration européenne, en particulier sociale.
  • Enfin, il est intéressant de tenter une mise en perspective du processus et de la réalité de l’intégration européenne avec l’évolution de la politique de voisinage (considérant les multilatéralités), de la prise en compte des valeurs commune et de la recherche de sécurité globale.

3) 15 mai 2014, Cluj-Napoca

Le rôle des médias dans le développement d’une identité européenne

Sous la direction de Ioana Hritcu et Sergiu Miscoiu

Au cours des dernières décennies, la question de l’identité des citoyens européens, liée aux valeurs, principes et actions de l’Union européenne, a été particulièrement importante pour ses décideurs. En premier lieu du fait de l’écart important, largement reconnu, entre la participation des citoyens aux élections locales et nationales et l’intérêt et l’implication de ces derniers dans des processus similaires au niveau européen. Ensuite, parce que stimuler le sentiment d’appartenance à l’Europe pourrait fournir au projet européen une « nouvelle vie », dans le contexte de la crise de 2008 et la vague nouvelle d’euroscepticisme. Cette ambition est d’autant plus importante pour les États membres d’après 2004 qui ont rencontré de nombreux problèmes de transition structurelle et culturelle et ont été confrontés sans préparation aux « vieux » dilemmes européens sur la souveraineté nationale, les modèles de développement socio-économique et le management des diversités culturelles et ethniques.

Les mass-médias ont été identifiés comme étant un outil indispensable pour l’édification de la citoyenneté européenne et l’identification des Européens avec l’Union. Cependant, à côté des médias pro-européens, par exemple les radios et télévisions des entreprises publiques sous le contrôle des gouvernements nationaux ou de réseaux européens spécifiques, comme Euronews, les médias anti-européens ou eurosceptiques ont également prospéré (certains tabloïds britanniques en sont un exemple spécifique). En outre, les médias en ligne, aujourd'hui une source très influente d’informations pour la plupart des Européens, représentent de plus en plus l’UE comme partie d’un establishment politique qu’ils critiquent souvent, d’autant plus après la crise financière de 2008.

4) 8 juillet 2014, Szeged

Entre intérêts et valeurs : bilan et défis de l’intégration en Europe centrale

Sous la direction de Carine Guemar et Peter Kölnerr

La session proposée à Szeged tente d’articuler intérêts et valeurs dans le contexte de la construction européenne.

Le premier thème est relatif à la solidarité européenne envers les nouveaux États membres et au risque de l’installation d’une Europe à plusieurs vitesses, les disparités sociales mettant en cause toute réelle intégration sociale.

  • La construction européenne est aussi le cadre de l’émergence d’une Europe des régions. Mais s’agit-il de régionalisme ou de régionalisation ? Comment s’exprime l’identité européenne sur le plan local et quelles sont les réalités locales de la participation des citoyens européens ?
  • Il est également proposé d’articuler valeurs et constitutions et d’analyser les identités constitutionnelles nationales par rapport au patrimoine constitutionnel commun. La position des textes et des dispositions constitutionnelles nationales peut constituer un instrument de réserve ou bien devenir un outil d’intégration.
  • Cette articulation s’exprime également avec la question de la protection des droits fondamentaux en Europe. En particulier, la protection des minorités reste un problème spécifique en Europe centrale et il faut s’interroger à la fois sur les notions, sur les procédures et sur les moyens juridiques de protection, et pour quels droits exactement.
  • Dernière thématique, la mobilité est-ouest : la réglementation européenne semble défaillante et on peut relever un manque de volonté politique. Ainsi cette mobilité est à la fois devenue un enjeu pour des comportements abusifs au sujet de la légitimité européenne et un argumentaire populiste dans certains discours politiques nationaux.

Langue des communications

  • Sofia : Bulgare, Anglais, Français
  • Banska Bystrica : Anglais, Français, Slovaque
  • Cluj : Anglais, Français, Roumain
  • Szeged : Français

Langue des contributions

Anglais, Français

Propositions de contributions

Les propositions de contributions (titre, résumé de la proposition, présentation personnelle de l’auteur) sont à adresser avant le 10 mars 2014 à Gilles Rouet, (gilles.rouet@gmail.com) et,

  • - pour la première session de Sofia à Anna Krasteva (anna.krasteva@gmail.com)
  • - pour la deuxième session de Banska Bystrica à Radova Gura (radovan.gura@umb.sk)
  • - pour la troisième session de Cluj-Napoca à Sergiu Miscoiu (miscoiu@yahoo.com)
  • - pour la quatrième session de Szeged à Peter Kollner, peter.kollner@irsi.u-szeged.hu et à Carine Guemar, carine.guemar@irsi.u-szeged.hu.

Merci de préciser la session choisie.

Les langues de la contribution écrite et de la présentation orale seront le français ou l’anglais à Sofia, Banska Bystrica, Szeged et Cluj-Napoca, l'anglais uniquement à Cracovie.

Les contributeurs retenus seront avisés dès le 30 mars 2014 et les textes devront ensuite être adressés avant le 15 juin 2014, pour la publication.

Comité scientifique et d’organisation 

  • Annie Bartoli, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Anne-Coralie Bonnaire, Université Paris Descartes et de Leipzig
  • Ivaylo Ditchev, Université St Clément d’Ohrid, Sofia
  • Serge Dufoulon, Université Pierre Mendès France, Grenoble
  • Antoniy Galabov, Nouvelle Université Bulgare, Sofia
  • Carine Guemar, Institut des études internationales et régionales, Université de Szeged, Université de Montpellier I et Institut Français de Hongrie
  • Petia Gueorguieva, Nouvelle Université Bulgare, Sofia
  • Maya Grekova, Université St Clément d’Ohrid, Sofia
  • Radovan Gura, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Philippe Hermel, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Ioana Hritcu, Université de Cluj-Napoca
  • Svetla Koleva, Académie des Sciences Bulgare, Sofia
  • Peter Köllner, Institut des études internationales et régionales, Université de Szeged
  • Anna Krasteva, Nouvelle Université Bulgare, Sofia
  • Péter Kruzslicz, Institut des études internationales et régionales, Université de Szeged
  • Christophe Lips, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Sergiu Miscoiu, Université de Cluj-Napoca
  • Miroslaw Natanek, Institute of European Studies, Krakow
  • Dariusz Niedźwiedzki, Institute of European Studies, Krakow
  • Ildiko Otova, Nouvelle Université Bulgare, Sofia
  • Grzegorz Pożarlik, Institute of European Studies, Krakow
  • Gilles Rouet, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, Université de Banska Bystrica, Institut Français de Bulgarie
  • Maria Rostekova, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • François Soulages, Université Paris 8, RETINA.International
  • Natasza Styczyńska, Institute of European Studies, Krakow
  • Peter Terem, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Antony Todorov, Nouvelle Université Bulgare, Sofia
  • Gérard Wormser, Sens Public

 

Lieux

  • 3 place Slaveykov
    Sofia, Bulgarie (1000)
  • Kuzmányho 1
    Banská Bystrica, République slovaque (97401)
  • 1, rue E. de Martonne
    Cluj-Napoca, Roumanie (400090)

Dates

  • lundi 10 mars 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • intégration européenne, construction européenne, politique de voisinage, identité, citoyenneté, participation, mobilisation

Contacts

  • Gilles Rouet
    courriel : gilles [dot] rouet [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Gilles Rouet
    courriel : gilles [dot] rouet [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Citoyenneté et intégration européennes sept et dix ans après », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 29 janvier 2014, http://calenda.org/274679