AccueilPratiques touristiques, discours et représentations autour des usages recréatifs contemporains de la ruralité

Pratiques touristiques, discours et représentations autour des usages recréatifs contemporains de la ruralité

Tourist practices, discourses and representations around the contemporary recreative uses of the countryside

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Publié le jeudi 30 janvier 2014 par Rémi Boivin

Résumé

Les universités d’Angers (France) et de Ningbo (Chine) proposent une manifestation scientifique autour des phénomènes de tourisme et de loisirs dans les espaces ruraux, afin de saisir les rapports entre ces deux objets considérés comme sources privilégiées de réflexions et d’échanges. Le tourisme dit rural a déjà fait l’attention de nombreux chercheurs et depuis longtemps, Michel Bonneau proposant dès 1984 un « bilan de trente année de recherches géographiques » sur la question. Il n’est donc pas tant question de proposer ici un nouveau colloque sur les manifestations contemporaines de ce phénomène, que de réfléchir aux discours et représentations autour des usages recréatifs de la ruralité. Trois axes d'analyse sont privilégiés : les représentations et discours sur la campagne ; les logiques entrepreneuriales et les stratégies de mise en tourisme des espaces ruraux ; ce que le tourisme dans les espaces ruraux veut dire aujourd'hui.

Annonce

Argumentaire

Les universités d’Angers (France) et de Ningbo (Chine) proposent une manifestation scientifique autour des phénomènes de tourisme et de loisirs dans les espaces ruraux, afin de saisir les rapports entre ces deux objets considérés comme sources privilégiées de réflexions et d’échanges. Le tourisme dit rural a déjà fait l’attention de nombreux chercheurs et depuis longtemps, Michel Bonneau proposant dès 1984 un « bilan de trente année de recherches géographiques »[1] sur la question. Il n’est donc pas tant question de proposer ici un nouveau colloque sur les manifestations contemporaines de ce phénomène, que de réfléchir aux discours et représentations autour des usages recréatifs de la ruralité.

En 2010, le Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt présentait sur son site internet les dernières « tendances » du « tourisme rural », arguant que ce dernier « propose une multitude de formules pour tous les publics et tous les budgets… et en plus c’est tendance, alors n’hésitez-plus ! »[2]. Selon cette source, le tourisme dit rural c’est donc le « tourisme à la ferme », l’ « oenotourisme », le « glamping » (« glamour + camping »), l’ « agritourisme », etc., autant de manifestations du « goût de la nature et des choses vraies » (ibid.). Cette profusion des termes et des catégories pose la question de sa pertinence dans un premier temps, et mérite que les chercheurs s’attardent à déconstruire - pour montrer ou non sa pertinence - ce qui devient aujourd’hui un impensé, le sens de ce retour temporaire aux origines, à la « nature ».

Alors que les produits étiquetés « bio », issus du « terroir » se multiplient, c’est la présumée « authenticité » de la campagne (un paysage marqué par l’agriculture, des champs, des prés, des bois, des hameaux)[3] qui est d’abord en question. Plusieurs auteurs démontrent ce qui est en fait un artefact : « et l'authentique ? Le trompe-l'œil est là aussi, dans l'habitat cette fois, avec ces demeures anciennes restaurées (fermettes, bastides, chaumières, granges ou vieux moulins), dont le spectacle nous est quotidiennement offert à la télévision au fil d'une série de brefs reportages » (Urbain, 2008, p. 11)[4]. Dans cet ordre d’idée, la campagne est de plus en plus une construction urbaine car investie de pratiques touristiques de citadins : « nous ne retournons pas à la campagne. Nous ne la retrouvons pas. Nous la découvrons, cherchant celle dont nous jouirons comme d'un autre monde : un ailleurs, en quête d'un "coin perdu" et non retrouvé » (ibid., p. 17). Ce d’autant plus que plusieurs géographes voient même dans les espaces ruraux une entrée spatiale en voie de disparition ; la France ayant par exemple complétée son urbanisation, presque plus aucune localité n'échappant désormais à une mise en réseau indexée sur l'urbanité (Lévy, 2013)[5]. D'autres proposent d’intégrer le rural à une France « périphérique », voire « invisible » (Guilluy, 2010)[6], regroupant également les petites villes et une partie du périurbain des principales métropoles. Dans ces débats, encore en cours, il y a ainsi des espaces « ruraux », lieux de déclassement pour les uns, aires de recréation socialement distinctive pour les autres. La manifestation scientifique permettra de faire le point sur ces différentes recherches, à partir des pratiques touristiques.

L’objet de ce colloque n’est ainsi pas de réunir une nouvelle fois des contributions visant à caractériser un tourisme « rural » pensé comme un tout monolithique, mais de s’interroger sur ce qui caractérise aujourd’hui les usages recréatifs de la ruralité définie comme englobant des espaces à faible gradient d’urbanité. Les individus urbains investissent avec leurs pratiques touristiques ces espaces ruraux, y apportant leurs représentations, réinventant de la sorte ces espaces. Quelles formes prennent ces modes d’habiter ? En retour, que nous apprennent ces pratiques sur les sociétés dont elles sont le produit autant que le reflet. Il conviendra dès lors de réfléchir aux manières selon lesquelles les campagnes sont réinventées, voire recomposées. En ce sens ce ne sont pas seulement les seules mobilités temporaires que nous étudierons, mais également les discours et les stratégies qui circulent sur et autour des espaces ruraux. Les agents des sphères publiques et privées agissent tout autant par des discours et des stratégies de développement que les touristes par leurs pratiques sur la ruralité et l’image qui en émane ; chacun ayant des intérêts (emplois, visibilité, financements, etc.) à véhiculer des exposés, que ce colloque analysera.

La manifestation, parce qu’elle est organisée en Chine, souhaite également interroger les autres types de relations qui se nouent ailleurs dans le monde entre le tourisme défini comme un système et les espaces ruraux dans leurs diversités. Le cas chinois montre par exemple, pour une fraction des « touristes chinois », un souhait de « tourisme des racines aux lieux « d’origine de la nation chinoise » (David, 2007)[7], dans un contexte où le religieux et le politique définissent un autre cadre de pensée de relation entre tourisme et espaces ruraux. Qu’en est-il ailleurs en Asie (du nord-est par exemple avec l’esthétique des jardins, loin des loisirs et notamment du jardinage à la mode en France) et dans le monde ? Il en va de même avec la question des aires naturelles protégées, le parc naturel ayant été inventé non pas en Europe, dans le foyer originel du tourisme, mais aux Etats-Unis au 19ème siècle, puis ayant circulé comme une nouvelle référence par la suite dans le monde (Equipe MIT, 2005)[8]. Ainsi, en quoi l’accès au tourisme des sociétés qualifiées d’ « émergentes » se caractérise-t-il par des pratiques « nouvelles » concernant les espaces ruraux ? Quels sont les ressorts de ces « innovations » ? Bien que tenant compte des préceptes de Passeron (1987) au sujet du « nouveau », y a-t-il de « nouvelles » pratiques touristiques ou seulement un agencement différencié de modalités déjà explorées (découverte, jeu, repos, sociabilité, soin de soi, etc.) ? Plus globalement, quels sont les usages sociaux et spatiaux des espaces ruraux des sociétés émergentes ?

Les principaux questionnements auxquels ce colloque souhaite tenter de répondre sont les suivants :

1- Les représentations et discours sur la campagne

  • Dans les pays où le tourisme à la campagne a plusieurs décennies, que représente la campagne pour ceux qui la pratiquent ? Quels sont les profils sociaux de ces individus touristes ? Quelles sont leurs images de la campagne et des espaces ruraux ?
  • Qu’induit la hausse du temps libre dans les pays accédant aujourd’hui au tourisme sur les représentations de la campagne ? Existe-t-il de nouvelles sociabilités en lien avec la rupture par rapport au quotidien dans ces cas ? Y-a-t-il une dimension esthétique de la vie rurale ou un/des souhait(s) de retour aux « origines » ?

2- Les logiques entrepreneuriales et les stratégies de mise en tourisme des espaces ruraux

  • Comment peut-on caractériser les différentes formes de participation des populations locales au développement du tourisme ? Que génère comme emplois pour les ruraux, mais aussi les urbains, l’activité liée au phénomène touristique ? Quelles sont les stratégies économiques, marketing, etc. déployés par les entrepreneurs aux fins de valorisation touristique des espaces ruraux ?
  • Comment et qui adapte la vie « rurale » aux exigences urbaines ? En quoi les résidences secondaires sont-elles représentatives de cette urbanisation de la campagne ? Quelle est et que représente la diversification des offres touristiques ?
  •  Existe-t-il des concurrences entre les lieux et des stratégies interterritoriales de développement touristique ? Comment chaque échelon rural essaye-t-il de se distinguer (par la résidentialisation et des politiques vers les séniors par exemple) ? Quelles sont les formes de développement local en lien avec les différentes politiques publiques ?

3- Ce que le tourisme dans les espaces ruraux veut dire aujourd’hui

  • Quelles sont les différentes transformations des espaces ruraux en lien avec les politiques issues de la décentralisation (en France notamment) ? Quand la campagne devient-elle une forme de périurbain ? Comment peut-on qualifier l’amplitude des mobilités entre les métropoles et les espaces ruraux ?
  • Les campagnes des pays nouvellement touristiques : le changement de qualité des lieux s’opère-t-il ? A quel « moment » apparaît le tourisme à la campagne ? Quand les excursions en famille à la campagne deviennent-elles des déplacements touristiques ? Y-a-t-il un changement de nature des mobilités ?
  • Qui vient se recréer à la campagne ? Observe-t-on des évolutions des pratiques de campagnes ? Y-a-t-il un lien entre crise économique et tourisme dans les espaces ruraux, et ainsi l’arrivée de nouvelles populations pour de nouvelles pratiques ?

C’est à partir de ces quelques questionnements liminaires que sont attendues des communications scientifiques dans le champ des sciences humaines et sociales (sociologie, géographie, économie, histoire, etc.) et des sciences de gestion. Le caractère international du colloque implique par ailleurs la volonté de réfléchir sur les spécificités culturelles, politiques, économiques et sociales des différents terrains de recherche mobilisés.

Modalités de soumission

Chaque communication devra mobiliser des terrains d’études originaux et fera état de la problématique puis des choix méthodologiques ayant permis le recueil des matériaux empiriques. Les croisements et comparaisons internationales sont les bienvenues. Les propositions de communications seront expertisées anonymement par les membres du Conseil scientifique. Une navette, si nécessaire, sera proposée entre l’auteur ou les auteurs puis le comité scientifique. Les communications seront présentées en 20 minutes. Un temps d’échange sera proposé après chaque communication.

Les propositions de communication comporteront le titre (en français et en anglais), un résumé (200 à 300 mots) et d’une liste de mots clés en français et en anglais. Figureront également les coordonnées des auteurs et l’identité du correspondant (dans l’éventualité de plusieurs auteurs).

Les propositions de contributions doivent être adressées au plus tard le 20 mars 2014 à :

philippe.violier@univ-angers.fr

benjamin.taunay@univ-angers.fr

shiwei_shen@163.com

Un ouvrage scientifique issu du colloque accueillera les contributions en chinois, en français ou en anglais. L’ouvrage sera publié aux éditions l’Océan (Pékin) ou aux Presses de l’Université du Zhejiang (Hangzhou). Les auteurs qui souhaitent voir leur article publié doivent le soumettre au plus tard le 15 juillet 2014.

Les jeunes chercheurs et doctorants sont engagés à soumettre. Les articles proposés ne doivent pas avoir déjà été publiés. Les contributions seront reçues par les coordinateurs de la publication qui les rendront anonymes, leur affecteront un numéro et les transmettront à deux lecteurs. Les auteurs recevront une première réponse (article accepté sans modifications, article accepté avec modifications mineures, article accepté avec modifications majeures, article accepté avec modifications fondamentales, article refusé) au 15 septembre 2014.

Comité scientifique

  • Bao Jigang (géographie, Canton, Chine)
  • Camus Sandra (sciences de gestion, Angers)
  • Clergeau-Allain des Beauvais Cécile (sciences de gestion, Angers)
  • Coëffé, Vincent (géographie, Angers)
  • David, Béatrice (anthropologie, Paris 8)
  • Etcheverria Olivier (géographie, Angers)
  • Grefe-Moreau Gwenaelle (sciences de gestion, Angers)
  • Guibert Christophe (sociologie, Angers)
  • Segui-Llinas Miguel (géographie, Majorque, Espagne)
  • Shen Shiwei (géographie, Ningbo, Chine)
  • Stock Mathis (géographie, Sion, Suisse)
  • Su Yongjun (histoire, Ningbo, Chine)
  • Taunay Benjamin (géographie, Angers)
  • Violier Philippe (géographie, Angers)
  • Xiang Yixian (géographie, Ningbo, Chine)

Structures organisatrices

  • Université d'Angers (UFR Ingénierie du Tourisme du Batiment et des Services)
  • Université de Ningbo (Institut sino-européen du tourisme et de la culture)

Notes

[1] BONNEAU, M., (1984) « Tourisme et loisirs en milieu rural en France : bilan de trente années de recherches géographiques », Revue de géographie de Lyon, Volume 59, n°1, pp. 51-61.

[2] www.agriculture.gouv.fr/Le-tourisme-a-la-campage-les

[3] LE CARO, Y., (2007) Les loisirs en espace agricole. L’expérience d’un espace partagé. Presses universitaires de Rennes, Collection Géographie sociale.

[4] URBAIN, J.-D., (2008) Plaisirs verts. Désirs de campagnes et passions résidentielles. Payot (première édition : 2002).

[5] LEVY, J., (2013) Réinventer la France, Trente cartes pour une nouvelle géographie. Fayard.

[6] GUILLUY, C., (2010) Fractures françaises. François Bourin éditeur.

[7] DAVID, B., (2007) « Tourisme et politique : la sacralisation touristique de la nation en Chine », Hérodote, n° 125.

[8] EQUIPE MIT, (2005) Tourismes 2, Moments de lieux. Belin

Lieux

  • 818, rue de Fenghua
    Ningbo, Chine (315211)

Dates

  • jeudi 20 mars 2014

Mots-clés

  • pratiques touristiques, discours, représentations, tourisme, tourisme rural, usages recréatifs, ruralité, campagne

Contacts

  • Benjamin Taunay
    courriel : benjamin [dot] taunay [at] univ-angers [dot] fr

Source de l'information

  • Benjamin Taunay
    courriel : benjamin [dot] taunay [at] univ-angers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pratiques touristiques, discours et représentations autour des usages recréatifs contemporains de la ruralité », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 30 janvier 2014, http://calenda.org/274724