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Faire le deuil des enfants

Grieving children

Séminaire général du LESC (université Paris Ouest Nanterre)

LESC (université Paris Ouest Nanterre) general seminar

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Publié le lundi 10 février 2014 par Luigia Parlati

Résumé

Perdre un enfant est de peu d’importance dans certaines sociétés où l’on ne les pleure pas, et où les mères semblent peu affectées par la mort de ceux qu’elles ont mis au monde. Dans d’autres, c’est notamment le cas aujourd’hui en Europe, ce serait au contraire insoutenable, et il n’existerait pas de pire perte que celle d’un enfant ; le chagrin serait sans fin et l’oubli impossible. Cet état de fait est néanmoins récent ; la mort prématurée des nouveaux-nés n’a pas toujours été motif de deuil, et a fait l’objet de pratiques funéraires diverses. Ces variations culturelles et historiques suscitent réflexion et constitue ici le sujet d’une collaboration entre ethnologues et psychanalystes, qui vise à dépasser les dichotomies tranchées.

Annonce

Perdre un enfant est de peu d’importance dans certaines sociétés où l’on ne les pleure pas, et où les mères semblent peu affectées par la mort de ceux qu’elles ont mis au monde (cf. Scheper-Hughes, Death without weeping, 1993, et les débats qu’elle a suscités). Dans d’autres, c’est notamment le cas aujourd’hui en Europe, ce serait au contraire insoutenable, et il n’existerait pas de pire perte que celle d’un enfant ; le chagrin serait sans fin et l’oubli impossible. Cet état de fait est néanmoins récent ; la mort prématurée des nouveaux-nés n’a pas toujours été motif de deuil, et a fait l’objet de pratiques funéraires diverses.

Ces variations culturelles et historiques suscitent réflexion et constitue ici le sujet d’une collaboration entre ethnologues et psychanalystes. Cependant, nous ne voulons pas reproduire un nouveau grand partage ; entre ceux qui pleurent leurs enfants et ceux qui ne le font pas. Notre objectif est plutôt d’aborder ce sujet en posant trois séries de questions, qui permettent à la fois de mettre en rapport de manière fine des matériaux d’origines diverses et d’en soulever les enjeux généraux.

La variabilité du deuil : Les ethnologues décrivent un deuil conventionnel – à la fois du point de vue des pratiques funéraires et de l’expérience psychologique –, qui nourrit un modèle homogène ou fondé sur des dichotomies simples (eux/nous, enfants/adultes, passé/présent etc.). À l’inverse, il nous semble que l’étude des deuils d’enfants permet de mettre en relief et de saisir des variations continues ; variations individuelles que l’on peut observer sur le terrain ou dans la clinique, mais aussi variations suivant l’âge. Quelles sont les différences selon que décède un nouveau-né, un jeune enfant, un adolescent, ou encore selon qu’une femme accouche d’un enfant mort-né ou avorte ? Par ailleurs, une mort n’est pas toujours isolée. Elle prend place dans une série de décès (ou de naissances) : s’il s’agit du premier-né ou d’un cadet, d’un accident isolé ou d’une répétition vécue comme affliction, etc., que peut-on dire du deuil ? Enfin, ce dernier varie également suivant la relation qui unit les vivants au défunt : beaucoup de travaux ont privilégié le deuil des parents, mais qu’en est-il des grands-parents ou des germains ? 

La personne de l’enfant : Le fœtus et le nouveau-né ont un statut liminal qui représente une voie d’analyse du deuil des enfants dans différentes sociétés : tant qu’il n’est pas pleinement humain, la mort d’un enfant ne causerait pas de deuil, et parfois même ne ferait pas l’objet des pratiques funéraires coutumières. Ce statut semble cependant moins dessiner une ligne de démarcation entre ce qui suscite le chagrin et ce qui est vite oublié, qu’une zone grise que nous aimerions interroger. Dans quelle mesure un enfant est-il pleuré dans l’intimité des couples et des familles, même s’il meurt avant d’être reconnu comme personne sociale ? Comment l’expérience du deuil découle de l’affection que l’on a eu le temps de développer pour un enfant ? À l’inverse, un enfant est-il pleuré également parce qu’il porte un projet, une part rêvée de soi, une virtualité anticipée ? Est-ce lorsqu’un tel « mandat générationnel » est absent, que la perte d’un nouveau-né est vécue comme supportable ou anodine ? 

Singularités rituelles : Les rites funéraires, tout contraignants et conventionnels qu’ils soient, sont toujours réinvestis par les participants à chaque occasion : performances singulières liées aux enjeux relationnels et émotionnels de chaque décès particulier, ils peuvent également connaître des « ratés ». L’étude des rituels dans leur singularité, car ils comportent toujours une part d’accidentel, peut utilement être mise en regard de la manière dont les thérapeutes occidentaux bricolent des pratiques – que l’on peut qualifier de « rituelles » – pour accompagner le deuil de leurs patients : expérimentations assumées, dont l’efficacité est souvent en question, qui offrent ainsi le pendant de rites plus établis mais toujours actualisés.

Organisation : Olivier Allard & Despina Liolios

Programme

Matinée

10h - Introduction : Despina Liolios (Département Anthropologie, UPOND)

  • 10h45 - Drina Candilis (UFR Etudes Psychanalytiques. Université de Paris 7 - Diderot) : « La mort en ce jardin ».
  • 11h30 - Clémence Jullien (Doctorante UPOND – LESC) : « ‘Tu veux que ton enfant meure ?’ La santé materno-infantile mise à mal : tensions et accusations intercommunautaires à Jaipur (Rajasthan, Inde) ».

12h15 - Discussion. Avec la participation de Brigitte Baptandier et Philippe Erikson.

Après-midi

  • 14h - Olivier Allard (Université de Picardie & Centre EREA/LESC) : « l’affliction de la répétition et le deuil de la durée ; faire face à la mort des enfants chez les Warao du Vénézuela ».
  • 14h45 - Julianna Vamos (Psychologue clinicienne - psychanalyste, Maternité des Bluets- Paris) : « Accomplir le geste d’un accueil, celui de ta mort : un dispositif thérapeutique à la maternité pour accompagner la mort périnatale ».
  • 15h30 - Matthew Carey (Université de Copenhague) : « Un amour sans larmes : le deuil parental dans la montagne marocaine ».

16h15 - Discussion. Avec la participation de Michèle Baussant et Grégory Delaplace.

 

 

 

 

Perdre un enfant est de peu d’importance dans certaines sociétés où l’on ne les pleure pas, et où les mères semblent peu affectées par la mort de ceux qu’elles ont mis au monde (cf. Scheper-Hughes, Death without weeping, 1993, et les débats qu’elle a suscités). Dans d’autres, c’est notamment le cas aujourd’hui en Europe, ce serait au contraire insoutenable, et il n’existerait pas de pire perte que celle d’un enfant ; le chagrin serait sans fin et l’oubli impossible. Cet état de fait est néanmoins récent ; la mort prématurée des nouveaux-nés n’a pas toujours été motif de deuil, et a fait l’objet de pratiques funéraires diverses.

Ces variations culturelles et historiques suscitent réflexion et constitue ici le sujet d’une collaboration entre ethnologues et psychanalystes. Cependant, nous ne voulons pas reproduire un nouveau grand partage ; entre ceux qui pleurent leurs enfants et ceux qui ne le font pas. Notre objectif est plutôt d’aborder ce sujet en posant trois séries de questions, qui permettent à la fois de mettre en rapport de manière fine des matériaux d’origines diverses et d’en soulever les enjeux généraux.

 

La variabilité du deuil : Les ethnologues décrivent un deuil conventionnel – à la fois du point de vue des pratiques funéraires et de l’expérience psychologique –, qui nourrit un modèle homogène ou fondé sur des dichotomies simples (eux/nous, enfants/adultes, passé/présent etc.). À l’inverse, il nous semble que l’étude des deuils d’enfants permet de mettre en relief et de saisir des variations continues ; variations individuelles que l’on peut observer sur le terrain ou dans la clinique, mais aussi variations suivant l’âge. Quelles sont les différences selon que décède un nouveau-né, un jeune enfant, un adolescent, ou encore selon qu’une femme accouche d’un enfant mort-né ou avorte ? Par ailleurs, une mort n’est pas toujours isolée. Elle prend place dans une série de décès (ou de naissances) : s’il s’agit du premier-né ou d’un cadet, d’un accident isolé ou d’une répétition vécue comme affliction, etc., que peut-on dire du deuil ? Enfin, ce dernier varie également suivant la relation qui unit les vivants au défunt : beaucoup de travaux ont privilégié le deuil des parents, mais qu’en est-il des grands-parents ou des germains ?

 

La personne de l’enfant : Le fœtus et le nouveau-né ont un statut liminal qui représente une voie d’analyse du deuil des enfants dans différentes sociétés : tant qu’il n’est pas pleinement humain, la mort d’un enfant ne causerait pas de deuil, et parfois même ne ferait pas l’objet des pratiques funéraires coutumières. Ce statut semble cependant moins dessiner une ligne de démarcation entre ce qui suscite le chagrin et ce qui est vite oublié, qu’une zone grise que nous aimerions interroger. Dans quelle mesure un enfant est-il pleuré dans l’intimité des couples et des familles, même s’il meurt avant d’être reconnu comme personne sociale ? Comment l’expérience du deuil découle de l’affection que l’on a eu le temps de développer pour un enfant ? À l’inverse, un enfant est-il pleuré également parce qu’il porte un projet, une part rêvée de soi, une virtualité anticipée ? Est-ce lorsqu’un tel « mandat générationnel » est absent, que la perte d’un nouveau-né est vécue comme supportable ou anodine ?

 

Singularités rituelles : Les rites funéraires, tout contraignants et conventionnels qu’ils soient, sont toujours réinvestis par les participants à chaque occasion : performances singulières liées aux enjeux relationnels et émotionnels de chaque décès particulier, ils peuvent également connaître des « ratés ». L’étude des rituels dans leur singularité, car ils comportent toujours une part d’accidentel, peut utilement être mise en regard de la manière dont les thérapeutes occidentaux bricolent des pratiques – que l’on peut qualifier de « rituelles » – pour accompagner le deuil de leurs patients : expérimentations assumées, dont l’efficacité est souvent en question, qui offrent ainsi le pendant de rites plus établis mais toujours actualisés.

Organisation : Olivier Allard & Despina Liolios

Programme

 

Matinée 

 

10h - Introduction : Despina Liolios (Département Anthropologie, UPOND)

 

10h45 - Drina Candilis (UFR Etudes Psychanalytiques. Université de Paris 7 - Diderot) : « La mort en ce jardin ».

 

11h30 - Clémence Jullien (Doctorante UPOND – LESC) : « ‘Tu veux que ton enfant meure ?’ La santé materno-infantile mise à mal : tensions et accusations intercommunautaires à Jaipur (Rajasthan, Inde) ».

 

12h15 - Discussion. Avec la participation de Brigitte Baptandier et Philippe Erikson.

 

Après-midi

 

14h - Olivier Allard (Université de Picardie & Centre EREA/LESC) : « l’affliction de la répétition et le deuil de la durée ; faire face à la mort des enfants chez les Warao du Vénézuela ».

 

14h45 - Julianna Vamos (Psychologue clinicienne - psychanalyste, Maternité des Bluets- Paris) : « Accomplir le geste d’un accueil, celui de ta mort : un dispositif thérapeutique à la maternité pour accompagner la mort périnatale ».

 

15h30 - Matthew Carey (Université de Copenhague) : « Un amour sans larmes : le deuil parental dans la montagne marocaine ».

 

16h15 - Discussion. Avec la participation de Michèle Baussant et Grégory Delaplace.

 

 

 

Lieux

  • salle 308F du LESC - 21, allée de l’université
    Nanterre, France (92)

Dates

  • vendredi 31 janvier 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • deuil, enfants, ethnologie, psychanalyse

Contacts

  • Olivier Allard
    courriel : olivier [dot] allard [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Olivier Allard
    courriel : olivier [dot] allard [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Faire le deuil des enfants », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 10 février 2014, http://calenda.org/275636