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Contre-discours dans l'espace public (contemporain)

Counter-discourse in the public space (contemporary)

Revue Semen

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Publié le mercredi 12 février 2014 par Julie Abbou

Résumé

La notion de « contre-discours » est généralement mobilisée en sciences du langage dans les travaux relatifs à l’argumentation. Nous souhaiterions dans ce numéro de Semen prolonger la réflexion en adoptant un point de vue à la fois discursif et, résolument, communicationnel sur le/les contre-discours défini(s) très provisoirement comme tentative de définition d’un espace discursif spécifique. La question du/des contre-discours s’inscrirait alors dans une réflexion plus large relative au « fonctionnement discursif de l’espace public ». L’espace public qui nous concerne est à considérer « comme lieu d’exercice de la parole publique, comme lieu de production et de circulation sociale du sens et comme lieu de débats relatifs à la mise en discours du social ». Dans cette perspective, nous souhaitons interroger la capacité de la notion de « contre-discours » à contribuer à « une topographie discursive » de l’espace public et du discours social ; nous souhaitons interroger la capacité de la notion à rendre compte des conflits, controverses, ruptures et convergences qui, à la fois, alimentent et soutiennent l’espace public.

Annonce

Éditeur : Julien Auboussier, maître de conférences (71e), Université de Franche-Comté auboussier_julien@hotmail.com

Argument

La notion de « contre-discours » est mobilisée en sciences du langage dans les travaux relatifs à l’argumentation. Cette dernière se fonde sur la confrontation entre un discours et un contre-discours : le « Proposant » conteste le discours de « l’Opposant » devant un « Tiers » que l’on souhaite convaincre (Plantin 1996). L’étude de la polémique comme contre-discours (Kerbrat-Orecchioni 1980), notamment, a ainsi permis d’éclaircir quelque peu la notion de « contre-discours » dans le cadre des sciences du langage et de l’analyse de discours (Amossy, Burger 2012).

Nous souhaiterions dans ce numéro de Semen prolonger la réflexion en adoptant un point de vue à la fois discursif et, résolument, communicationnel sur le/les contre-discours défini(s) très provisoirement comme tentative de définition d’un espace discursif spécifique.

La question  du/des contre-discours s’inscrirait alors dans une réflexion plus large relative au « fonctionnement discursif de l’espace public » (Delforce 2010, 70). L’espace public qui nous concerne est à considérer « comme lieu d’exercice de la parole publique, comme lieu de production et de circulation sociale du sens et comme lieu de débats relatifs à la mise en discours du social » (idem, 58-59). Dans cette perspective, nous souhaitons interroger la capacité de la notion de « contre-discours » à contribuer à « une topographie discursive » de l’espace public et du discours social (Angenot 1989, 2006) ; nous souhaitons interroger la capacité de la notion à rendre compte des conflits, controverses, ruptures et convergences qui, à la fois, alimentent et soutiennent l’espace public.

Appréhender l’espace public comme réalité discursive, c’est reprendre la leçon de Foucault pour qui le discours est ce par quoi et pour quoi les acteurs sociaux luttent (Foucault, 1971). La notion de contre-discours, dès lors qu’elle s’inscrit dans une réflexion sur l’espace public, pose donc directement la question du pouvoir (que celle-ci soit posée en termes de domination, d’idéologie ou encore d’hégémonie). Traiter des contre-discours (progressistes comme réactionnaires), c’est traiter de l’acceptabilité sociale des contre-discours, de leur « charme » (Angenot 2006), de leur « impertinence sémantique » (Ricœur 1975). C’est aussi s’attacher aux processus de coercition discursive qui participent de la distinction, dans l’espace public, entre dicible et indicible, légitime et illégitime.

Dans cette perspective, un contre-discours ne prend sens que si son analyse prend en compte le cadre communicationnel dans lequel il s’inscrit (déterminations sociales, rapports de pouvoir…). Tout discours est intervention : la lutte des discours peut donc être considérée « comme une forme socialement construite de la lutte des acteurs » (Delforce, Noyer 1999). Ainsi, les contributions pourront s’inscrire dans la problématique des problèmes publics (Cefaï 1996), de la visibilité (Voirol 2005) ou encore de la lutte pour la reconnaissance (Honneth 2000). La liste n’est pas exhaustive et illustre que le point de vue à la fois discursif et communicationnel privilégié peut se déployer dans l’interdisciplinarité.

Si l’on accepte l’idée selon laquelle la logique technocratique dominante conduit à la disparition d’un univers discursif contradictoire (Gobin 2011), penser la possibilité du contre-discours dans l’espace public revêt une importance capitale : c’est interroger le dynamisme et la vitalité de l’espace public contemporain, sa capacité à concilier entente et conflit (Ramoneda 2011).

Propositions thématiques

À partir de ce cadrage, nous encourageons les propositions d’articles consacrés aux questions suivantes :

la définition de la notion de « contre-discours » et ses diverses acceptions disciplinaires

Si les sciences du langage, dans le cadre des analyses argumentatives, ont contribué à définir le contre-discours, l’analyse de discours et les autres sciences sociales se limitent souvent à un usage non-réflexif de la notion. Or, celle-ci « ne va pas de soi » et exige, sans nul doute, un effort définitoire. Notamment : où se loge la consistance contre-discursive ? dans la langue, le discours, le contexte… ?

le potentiel heuristique de la notion dans la compréhension de l’espace public

Le potentiel heuristique de la notion et ses applications possibles dans la compréhension de l’espace public contemporain sont à discuter ; et c’est bel et bien l’objectif de ce numéro : interroger sans a priori sa pertinence et son applicabilité. La notion relève-t-elle de la coquille vide ou offre-t-elle une vraie ressource dans l’analyse de l’espace public et du discours social ?

la dialectique discours/contre-discours

L’« intimité conflictuelle » (Terdinam 1985) qui lie discours et contre-discours est naturellement à analyser. Le contre-discours s’oppose-t-il toujours à un discours clairement identifiable ? Le contre-discours peut-il échapper à la domination discursive qu’il conteste ? est-il condamné à confirmer les dominantes de l’interdiscours desquelles il cherche à se dissocier ? Une attention particulière pourrait, par exemple, être portée aux contre-discours suscités par les discours institutionnels.

la configuration et la circulation des contre-discours

Appréhender l’espace public dans une perspective diachronique (prise en compte de la temporalité) et historique (pris en compte du contexte socio-historique) doit permettre l’identification des processus de figement, de convergence, d’opposition, bref de circulation sociale des contre-discours. Cette perspective peut permettre, par exemple, l’identification de phénomènes de « neutralisation » (Krieg-Planque, 2010), de « lissage » (Oger, Ollivier-Yaniv, 2006) ou encore de « dilution » de la conflictualité (Auboussier, 2011).

l’articulation du contre-discours au pouvoir et à l’idéologie

A quel ordre du discours viennent s’opposer les contre-discours ? Le contre-discours semble, par nature, s’inscrire dans une axiologie politique, morale ou éthique. Bien souvent, le contre-discours tente de s’imposer, depuis l’utopie (Ricœur 1984), comme dévoilement et dénonciation de l’idéologie. A ce titre, les contributions se réclamant de la Critical discourse analysis seront aussi les bienvenus.

Echéancier

  • Propositions d’article, avec résumé (environ 2500 signes, espaces compris) : 10 avril 2014.
  • Signification aux auteurs : 15 juin 2014.
  • Remise des textes à l'éditeur et à la revue pour évaluation interne et navette : 15 octobre 2014.
  • Publication prévue : avril 2015.

Contact : auboussier_julien@hotmail.com

Références bibliographique

  • AMOSSY R. (2010), L’argumentation dans le discours, Paris, Colin.
  • AMOSSY R, BURGER M. (2011), « Polémiques médiatiques et journalistiques », Semen, n°31, p.7-24
  • ANGENOT M. (2006), « Théorie du discours social », in Contextes [en ligne], n°1. Consulté le 21 décembre 2013. URL : http://contextes.revues.org/index51.html
  • ANGENOT M. (1989), « Hégémonie, dissidence et contre-discours. Réflexions sur les périphéries du discours social en 1889 », in Etudes littéraires, vol. 22, n°2, p. 11-24.
  • AUBOUSSIER J. (2012), « La dilution du discours antimondialisation dans les discours de presse », in Mots. Les langages du politique, n°97, p. 129-141.
  • CHARAUDEAU P., 2005, Le discours politique. Les masques du pouvoir, Paris, Vuibert.
  • CHARAUDEAU P. (1999), « La médiatisation de l’espace public comme phénomène de fragmentation », in Etudes de communication, n°22, p. 73-92, 1999
  • CEFAI D. (1996), « La construction des problèmes publics. Définitions de situations dans des arènes publiques », in Réseaux, n° 75, p. 43-66
  • DELFORCE B., NOYER J. (1999), « Pour une approche interdisciplinaire des phénomènes de médiatisation : constructivisme et discursivité sociale », in Etudes de communication, n°22, p. 13-37.
  • DELFORCE B. (2010), « Discursivité sociale/discours sociaux : penser les enjeux sociaux de l’information », in DELFORCE B. (et al.), Figures sociales des discours. Le « discours social » en perspectives, Lille, Ed. du Conseil Scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle,  p. 23-42.
  • FOUCAULT M. (1971), L’ordre du discours, Paris, Gallimard.
  • FRASER N. (2001), « Repenser la sphère publique : une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe vraiment », in Hermès, n°31, p. 109-142.
  • HABERMAS J. (1993), L'espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot.
  • KERBRAT-ORECCHIONI C. (1980), L’énonciation de la subjectivité dans le langage, Paris, Armand Colin.
  • GOBIN C. (2011), « Des principales caractéristiques du discours politique contemporain… », Semen, n°30
  • HONNETH A. (2000), La lutte pour la reconnaissance, Paris, Edition du Cerf
  • KRIEG-PLANQUE A. (2010), « La formule "développement durable" : un opérateur de neutralisation de la conflictualité », in Langage et société, n°134, p. 5-29.
  • KRIEG PLANQUE A. (2009), La notion de « formule » en analyse du discours. Cadre théorique et méthodologique, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté.
  • KRIEG-PLANQUE A. (2006), «"Formules" et "lieux discursifs": propositions pour l’analyse du discours politique » [entretien avec P. SCHEPENS], in Semen, n°21, p. 19-47.
  • MICHELI R. (2012), « Les visées de l’argumentation et leurs corrélats langagiers : une approche discursive », Argumentation et analyse du discours [en ligne]. Consulté le 20 décembre 2013. URL : http://aad.revues.org/1406
  • NOYER J. (2010), « "Discours social" : ancrages disciplinaires, approches notionnelles et enjeux interdisciplinaire », in DELFORCE B. (et al.), Figures sociales des discours. Le « discours social » en perspectives,  Lille, Ed. du Conseil Scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle, p. 23-42.
  • PLANTIN C. (1996), L’argumentation, Paris, Seuil
  • QUERE L. (1995), « L’espace public comme forme et comme événement, in ISAAC J. (dir.), Prendre place. Espace public et culture dramatique, Ed. Recherches, Paris, p. 93-110.
  • RAMONEDA T. (2011), « Entente virtuelle et conflit effectif: les racines discursives de la démocratie », in GUILHAUMOU J. et SCHEPENS P. (dir), Matériaux philosophiques pour l’analyse du discours, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté.
  • RICOEUR P. (1984), « L’idéologie et l’utopie : deux expressions de l’imaginaire social », in Les cahiers du christianisme social, n°2, p. 53-64
  • TERDIMAN R. (1985), Discourse/Counter-discourse: The Theory and Practice of Symbolic Resistance in Nineteenth Century France, Cornell UP,London.
  • VOIROL O. (2005), « Les luttes pour la visibilité. Esquisse d'une problématique », in Réseaux, n°129-130, p. 89-121.

Comité scientifique

Amossy Ruth (PR, titulaire de la Chaire Henri Glasberg de Culture française et directrice du groupe de recherche ADARR, Analyse du Discours, Argumentation et Rhétorique, Université de Tel Aviv, Israël)

Angenot Marc (PR, titulaire de la Chaire James McGill d’étude du discours social, Université de Montréal, Quebec)

Authiez-Revuz Jacqueline (PR, Systèmes Linguistiques, Énonciation et Discursivité, SYLED, EA 2290, Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, France)

Bellemin-Noël Jean (PR émérite, Université Paris 8)

Bordas Eric (PR, ENS Lyon, Institut d’histoire de la pensée classique, IHPC, UMR 5037, France)

Branca-Rosoff Sonia (PR, SYstèmes Linguistiques, Enonciation et Discours, SYLED, EA 2290, Université  Paris III)

Braun Dahlet Véronique (PR, Groupe Interdisciplinaire de Recherche, Formation, Autobiographie, Représentation Sociales, GIFRARS, Université de Sao Paulo, Brésil )

Charolles Michel (CNRS, LaTTiCe, Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, France)

Condé Claude (PR, ELLIADD, EA 4661, Président de l’Université de Franche-Comté, France),

Curatolo Bruno (PR, ELLIADD, EA 4661, Directeur du Centre Jacques Petit, Archive, Texte et Science des textes, Université de Franche-Comté, France)

Damien Robert (PR, Philosophie, Université Paris Ouest - Nanterre La Défense, France),

Duchastel Jules (PR, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie, Université du Québec, Montréal)

Fiala Pierre (MCF, Centre d’Étude des Discours, Images, Textes, Écrits, Communication, CEDITEC, EA 3119, Université Paris-Est Créteil, France)

Florea Ligia-Stela (PR, Centre de Linguistique romane et Analyse du discours, CLRAD, Université Babès-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie)

Gori Roland (PR, psychologie et psychopathologie cliniques, psychanalyste, Université d’Aix-Marseille, France)

Haas Ghislaine (PR émérite,  IUFM de Bourgogne, France)

Jacobi Daniel (PR, Équipe Culture et Communication/Centre Norbert Elias, UMR 8562, EHESS-UAPV-CNRS, Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse, France),

Jacques Fontanille (PR, Université de Limoges, et titulaire de la Chaire de sémiotique à l’Institut Universitaire de France),

Jaubert Anna (CR, CNRS, UMR 6039, Bases, Corpus et Langage, Université de Nice, France)

Jeandillou Jean-François (PR, Modèles, Dynamiques, Corpus, Modyco, UMR 7114, Université Paris Ouest-Nanterre La Défense et Institut Universitaire de France)

Kacprzak Alicja (PR, Directrice de la Chaire de Philologie romane, Université de Lodz, Pologne) 

Klett Estela (PR, Laboratoire de langues Modernes, Université de Buenos Aires)

Kramsch Claire (PR, Université de Californie, Berkeley, États-Unis)

Krieg-Planque Alice (MCF, Centre d’Étude des Discours, Images, Textes, Écrits, Communication, CEDITEC, EA 3119, Université Paris Est, Créteil-Val de Marne, France)

Lamizet Bernard (PR, Institut d’Études Politiques de Lyon, France)

Lebaud Daniel (PR, ELLIADD, EA 4661, Université de Franche-Comté, France)

Lits Marc (PR, Directeur de l'Observatoire du Récit Médiatique, Université catholique de Louvain, Belgique)

López Díaz Montserrat (PR, Université de Saint Jacques de Compostelle, Espagne)

Luz Pessoa de Barros Diana (PR, Groupe d’Études des Diversités, Intolérances et Conflits, Université Presbytérienne Mackenzie et université de Sao Paulo, Brésil)

Magné Bernard (PR, Institut des Textes et Manuscrits, ITEM, CNRS/ENS, UMR 8132,  France)

Maingueneau Dominique (PR, CEDITEC, EA 3119, Université Paris-Est Créteil et Institut Universitaire de France)

Marnette Sophie (MCF,  Laboratoire Ci-Dit, Université d'Oxford et Balliol College, Grande Bretage)

Mellet Sylvie (DR, CNRS, Bases, Corpus et Langage, UMR 6039, Université de Nice)

Moirand Sophie (PR, SYstèmes Linguistiques, Enonciation et Discours, SYLED, EA2290, Université Paris III, France

Mwatha-Ngalasso Musanji (PR, Centre d'Études linguistiques et littéraires Francophones et Africaines, CELFA, EA 536, Université de Michel de Montaigne-Bordeaux 3, France)

Paola Paissa (PR, Université de Turin, Italie)  

Van Dijk Teun A. (PR, Universitat Pompeu Fabra, Barcelona, Espagne)

Verschueren Jef (PR, Directeur de l’IPrA Research Center, University of Antwerp, Belgique)

Wodak Ruth (Distinguished Professor, Chair in Discourse Studies, Université de Lancaster)

Dates

  • jeudi 10 avril 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • discours, contre-discours, espace public, point de vue communicationnel, discours social, topographie discursive, visibilité, reconnaissance

Contacts

  • julien auboussier
    courriel : auboussier_julien [at] hotmail [dot] com

Source de l'information

  • Philippe Schepens
    courriel : philippe [dot] schepens [at] univ-fcomte [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Contre-discours dans l'espace public (contemporain) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 12 février 2014, http://calenda.org/275939

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