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La tradition française de l'essai : entre philosophie et littérature

The French tradition of the essay: between philosophy and literature

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Publié le lundi 10 mars 2014 par Rémi Boivin

Résumé

Journée d'étude consacrée à la tradition française de l'essai, de Montaigne à Pascal Quignard, plus particulièrement à la figure de l'essayiste-moraliste, impropre au discours continu, comme l'écrivait Joseph Joubert, maniant de préférence la pointe de l'aphorisme ou la vignette de la pensée détachée au traité ou au système. Un tel panorama n'aura ni les qualités ni les limites d'une enquête plus resserrée (par exemple sur le seul XVIIIe siècle), mais nous permettra de saisir les coordonnées problématiques de l'essai français : son motif moraliste, son rapport paradoxal à Montaigne, sa proximité, bien souvent, avec le journal intime ou la philosophie. L'intérêt d'un tel parcours résidera précisément dans la confrontation des regards (philosophique et littéraire, perspective classique et perspective contemporaine) pour aborder les questions d'héritage et d'invention.

Annonce

Argumentaire

Que représente dans l'histoire des lettres et des idées en France l'essai ? Un "paysage de la durée" répondrait sans doute Albert Thibaudet, dont les sommets, inclassables, dispersés, forment un domaine éclaté. Les Essais de Montaigne, assurément, en marquent l'entrée et communiquent au paysage ses grandes lignes. Mais que faire alors de ces livres « épars et privés d’architecture » comme l’estimait Mallarmé, ou du moins prétendument privés d’architecture, qui poursuivent sous d'autres noms cet exercice, parfois ce jeu, d'essayer la pensée sur divers sujets, des plus prosaïques aux plus spirituels : Réflexions diverses de La Rochefoucauld, Maximes et Pensées de Chamfort, Carnets de Joubert, Divagations de Mallarmé, Epilogues de Remy de Gourmont, Tel quel de Paul Valéry, Propos d'un jour de Paul Léautaud, Le Gant de crin de Reverdy, Papiers collés de Georges Perros ? Et aujourd'hui encore : Petits traités de Pascal Quignard, L'Amour mendiant de Richard Millet, Pensées simples de Gérard Macé, Fragments d'une forêt de Patrick Mauriès, Promenades sous la lune de Maxime Cohen ?

On le voit, le "paysage" français de l'essai, pour conserver une métaphore géographique chère à Thibaudet, est un paysage bariolé. Cette journée d'étude s'intéressera à l'une de ses occurences majeures : ce type réactualisé à chaque époque de l'essayiste-moraliste, impropre au discours continu, comme l'écrivait Joseph Joubert, maniant de préférence la pointe de l'aphorisme ou la vignette de la pensée détachée au traité ou au système. Le genre reste mal défini et entretient des rapports de porosité avec la philosophie, le carnet intime, le roman. On parlera par conséquent d'une tradition latente, souterraine, agissante certes (Nietzsche y voyait l'une des expressions les plus caractéristiques des lettres françaises) mais guère soucieuse d'apparier ces auteurs dans un ensemble programmé (l'un d'eux, Pascal Quignard, ne fera-t-il pas l'éloge d'une pensée "déprogrammée" ?). Il reste une part de perplexité et d'indécision : chaque auteur est fidèle et infidèle au "parti de Montaigne" (Albert Thibaudet). Mais le souci de penser et de noter - précisions : de noter des pensées plutôt qu'une pensée ("La pensée ne s'exerce qu'en pensées" écrira Paul Valéry dans ses Cahiers) - restera l'un des plus récurrents pour nos auteurs. "La manière de Pascal, dans les Pensées, et de Montaigne est la meilleure", résumera André Suarès.

L'objectif de cette journée d'étude sera précisément de réexaminer dans la longue durée ces filiations mineures, disparates mais déterminantes, qui vont dans les lettres françaises de Montaigne aux écritures essayistes les plus contemporaines, celles d'un Paul Valéry, d'un Pascal Quignard, d'un Patrick Mauriès. Un tel panorama n'aura ni les qualités ni les limites d'une enquête plus resserrée (par exemple sur le seul XVIIIe siècle), mais nous permettra de saisir les coordonnées problématiques de l'essai français : son motif moraliste, son rapport paradoxal à Montaigne, sa proximité, bien souvent, avec le journal intime ou la philosophie. L'intérêt d'un tel parcours résidera précisément dans la confrontation des regards (philosophique et littéraire, perspective classique et perspective contemporaine) pour aborder les questions d'héritage et d'invention.

Programme

10h : Accueil des participants
 
10h15 : Ouverture de la journée
  • Bruno PINCHARD (Université Lyon 3 Jean Moulin) / André LAIDLI (Université Lyon 3 Jean Moulin) Le parti de Montaigne
  • 10h40 : Emiliano FERRARI (Université Lyon 3 Jean Moulin/Labex COMOD) L' « essai » montanien : écriture et philosophie de la vie ordinaire
  • 11h30 : Eric TOURRETTE (Université Lyon 3 Jean Moulin) Que faire des Réflexions diverses de La Rochefoucauld ?
12h20 : Pause déjeuner
  • 14h : Laurence PLAZENET (Université Paris-IV Sorbonne) Invention ou évitement de l’essai ? Le cas Joseph Joubert
  • 14h50 : Marielle MACÉ (CNRS-EHESS) La haine de l'essai
15h40 : Pause
  • 16h : Laurent DEMANZE (ENS-LSH, Lyon) Divagations et promenades : les pensées vagabondes de Gérard Macé et Patrick Mauriès
  • 16h50 : André LAIDLI (Université Lyon 3 Jean Moulin) L’écriture des idées chez Pascal Quignard
17h40-18h : Clôture de la journée d'étude

Journée d'étude organisée en collaboration avec l'Ecole doctorale de philosophie (ED 487) de l'Université Lyon 3 Jean Moulin.

Lieux

  • 15 Quai Claude Bernard
    Lyon, France (69007)

Dates

  • mercredi 12 mars 2014

Mots-clés

  • essai, philosophie, littérature, Montaigne, Quignard, histoire, moraliste

Contacts

  • André Laidli
    courriel : andre [dot] laidli [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • André Laidli
    courriel : andre [dot] laidli [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La tradition française de l'essai : entre philosophie et littérature », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 10 mars 2014, http://calenda.org/279172