AccueilLes fêtes en Lorraine, construction d’images de mémoire à l’intention de l’Europe, XVIe-XVIIe siècles

Les fêtes en Lorraine, construction d’images de mémoire à l’intention de l’Europe, XVIe-XVIIe siècles

Festivals in Lorraine, the construction of images of memory for the intention of Europe, 16th-17th centuries

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Publié le lundi 17 mars 2014 par Rémi Boivin

Résumé

Cette journée autour des fêtes concernant la Lorraine pendant la première modernité, proposée par la MSH Lorraine et l’EA « Ecritures », université de Lorraine, invite à identifier les lieux communs iconiques (visuels ou rhétoriques) figurant l’autorité politique-chrétienne au carrefour de l’Europe, et à leur mise en visibilité / lisibilité à travers les figurations matérielles des cérémonies (artefacts éphémères, allégories et emblèmes, relations écrites, dessins des ballets, cérémoniaux, place de la musique, etc.). Cette journée de réflexion préfigure la constitution d’un répertoire des images de mémoire politiques de la première modernité.

Annonce

Argumentaire

Aux XVIe et XVIIe siècles, l’inflation spectaculaire des fêtes et cérémonies publiques, déployant un appareil symbolique et allégorique très raffiné, met en place à travers l’Europe un réseau particulièrement dense d’images agissantes du pouvoir, destinées le théâtraliser autant qu’à le légitimer. Elles instruisent en profondeur une communauté en construisant ses lieux de mémoire collective. Cette journée autour des fêtes concernant la Lorraine pendant la première modernité, proposée par la MSH Lorraine et l’EA « Ecritures », université de Lorraine, invite à identifier les lieux communs iconiques (visuels ou rhétoriques) figurant l’autorité politique-chrétienne au carrefour de l’Europe, et à leur mise en visibilité / lisibilité à travers les figurations matérielles des cérémonies (artefacts éphémères, allégories et emblèmes, relations écrites, dessins des ballets, cérémoniaux, place de la musique, etc.). Cette journée de réflexion préfigure la constitution d’un répertoire des images de mémoire politiques de la première modernité.

Bernard Guenée et Françoise Lehoux ont souligné dans un ouvrage pionnier (Les entrées royales françaises de 1321 à 1515, Paris, 1968) un changement majeur en matière de représentation politique survenu à la charnière des XIVe et XVe siècles : si l’entrée du roi dans une ville signifiait jusqu’alors la reconnaissance de son droit de gîte, les fêtes qui ponctuèrent le voyage de Charles VI dans le Midi en 1389 engagèrent l’identification et la reconnaissance de sa majesté symbolique, une « Fête-Roi » comme il y a une « Fête-Dieu », selon un cérémonial quasiment identique. Quelques décennies plus tard, la création de la charge de grand-maître des cérémonies (1555) entérina le caractère crucial d’un tel déploiement festif : c’est là que se jouent les images les plus agissantes du pouvoir.

L’Europe politique des siècles suivants s’est écrite largement sur une telle conception, à travers une inflation spectaculaire des cérémonies publiques, temporelles et sacrées, destinées à théâtraliser autant qu’à légitimer. Diplomatie et communication d’État lors des mariages ou des pompes funèbres, apothéose glorieuse des vertus du souverain au coeur de la ville, positionnements singuliers d’une famille ou d’une cité sur un plus vaste échiquier, affirmation d’une toute-puissance géopolitique à l’aube ou à la fin d’une conquête territoriale et/ ou spirituelle lors des conflits religieux ou à l’occasion des fêtes de canonisation, les manifestations festives d’Ancien Régime instruisent en profondeur une communauté en construisant ses lieux de mémoire collective.

Ces dernières décennies, ces manifestations éphémères ont fait l’objet de nombreux travaux : documentation de telle ou telle fête, histoire de l’art et de l’architecture, anthropologie de la société d’Ancien Régime à travers ses représentations glorieuses ou subversives, histoire des mentalités renaissantes et « baroques », histoire du geste, de la scène et du costume... C’est une autre approche qui est ici privilégiée, dans le cadre d’un pré-projet de la MSH Lorraine intitulé « Vocabulaire visuel des Fêtes en l’Europe, XVIe-XVIIe siècles » (2VFE 16-17, http://www.msh-lorraine.fr). Consacré à l’identification des lieux communs iconiques (visuels ou rhétoriques) figurant l’autorité politique-chrétienne au carrefour de l’Europe, et à leur mise en visibilité/ lisibilité à travers les figurations matérielles des cérémonies (artefacts éphémères, allégories et emblèmes, relations écrites, dessins des ballets, cérémoniaux, place de la musique...), il souhaite proposer à un public large un outil d’aide à la lecture de ces images complexes, dont l’interprétation dépend de leur mise en mouvement (dans la temporalité de la fête, dans les échanges et les réécritures d’une fête à l’autre, d’une zone géographique à une autre...) et qui échappent ainsi largement à la réduction aux outils traditionnels (iconographies, dictionnaires de symboles...) et traditionnellement utilisés pour les comprendre.

Cette journée d’étude, la première d’un travail d’équipe destiné à se développer sur les trois prochaines années, sera tout naturellement consacrée aux fêtes concernant la Lorraine pendant la première modernité. Les manifestations récentes de « Nancy à la Renaissance » l’ont bien rappelé pour la partie sud de la région : la Lorraine a joué dans son entier un rôle géopolitique essentiel, non seulement au XVIe siècle, mais aussi au XVIIe siècle, en servant à la fois d’enjeu et de plaque tournante dans la circulation et les échanges en matière diplomatique, culturelle, artistique et spirituelle. De fait, l’identification et l’étude des images de mémoire européennes y trouve d’autant plus sa place que, comme l’a démontré l’historienne de l’art Paulette Choné dans un ouvrage qui fit date (Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine (1525-1633). "Comme un jardin au coeur de la chrétienté", Paris, Klincksieck, 1991), la Lorraine fut à la première modernité un des lieux les plus productifs en matière d’emblématique et de pensée allégorique.

Modalités de soumission

Les propositions de communication pourront, entre autres, emprunter les axes de réflexion suivants :

  • Une identité symbolique lorraine et ses contacts : la Lorraine et les fêtes européennes (Italie, Allemagne du sud, Flandres, cour de France...) ; une, des politiques artistiques...
  • Fêtes profanes, fêtes sacrées : la cour ducale, les Trois-Évêchés, les entrées royales, les collèges jésuites, les fêtes de canonisation...
  • Invention, remploi, échanges des topoï : originalité et remplois, images récurrentes et leurs traitements variants, parodies et subversions, incarnation des modèles et des allégories...
  • Tridimensionnalité et intermédialité : musique, danse, poésie créatrices d’un discours et de ses métaphores dans l’espace et dans le temps
  • Invention des appareils : rôle des inscriptions, échanges dynamiques texte/ image, place et regard du spectateur

Date limite de soumission d’un titre et d’un résumé (pas plus de 3000 caractères) : 20 mars 2014

anne-elisabeth.spica@univ-lorraine.fr

Comité scientifique

  • Agnès Guiderdoni (UCL, Louvain-la-Neuve)
  • Colette Nativel (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)
  • Anne Surgers (Université Caen Basse-Normandie)

Lieux

  • Université de Lorraine, site Metz-Saulcy
    Metz, France (57000)

Dates

  • jeudi 20 mars 2014

Mots-clés

  • histoire des représentations, images de mémoire, Lorraine, Ancien Régime, textes et images

Contacts

  • Anne-Elisabeth Spica
    courriel : anne-elisabeth [dot] spica [at] univ-lorraine [dot] fr

Source de l'information

  • Anne-Elisabeth Spica
    courriel : anne-elisabeth [dot] spica [at] univ-lorraine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les fêtes en Lorraine, construction d’images de mémoire à l’intention de l’Europe, XVIe-XVIIe siècles », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 17 mars 2014, http://calenda.org/279436