AccueilMobilités européennes, trajectoires locales : familles roms migrantes en France

Mobilités européennes, trajectoires locales : familles roms migrantes en France

European mobility, local trajectories: migrant Rom families in France

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Publié le mardi 11 mars 2014 par Luigia Parlati

Résumé

Ce cycle de séminaires de recherche propose d’explorer pour la deuxième année consécutive les enjeux des migrations vers la France, ainsi que vers d'autres pays européens, de populations identifiées comme Roms, Tsiganes. Alors que le régime « transitoire » qui les vise prend fin le 1er janvier 2014, nous attacherons une attention particulière à l’étude des modalités d’installation et de leurs parcours d’inscription dans la société française, ainsi que de l’action publique en leur direction. Le séminaire propose d’aborder ces questions dans une perspective comparative et de mise en relation avec d’autres contextes et expériences nationales, ainsi qu’en tenant compte des cadres sociaux et politiques qui président à ces mobilités dans les pays de départ.

Annonce

Présentation 

Stigmatisées et réprimées comme nomades ou comme étrangères, les populations dites Roms, Roms et Tsiganes connaissent des situations historiques de ségrégation et de discrimination dans l’ensemble des pays européens. Alors que certains droits leur sont proscrits, d’autres leur sont accordés de manière partielle et conditionnée, leurs niveaux de chômage atteignent des proportions record. Cette situation décrite comme une « exclusion intérieure » est une des plus anciennes en Europe. Si le projet politique européen ne peut se construire sur des principes d’exclusion et de discrimination, il est aujourd’hui confronté à un renouveau des nationalismes, dans un contexte marqué par des politiques communautaires et nationales particulièrement répressives en matière d’immigration. Ces enjeux impactent directement la situation des familles roms, notamment migrantes, dont les trajectoires dessinent la figure collective d’une citoyenneté imparfaite, voire selon certaines hypothèses, participent d’un système d’« apartheid européen ».

Ce cycle de séminaires propose pour la deuxième année consécutive d’explorer ces enjeux à partir de différentes échelles d’intervention et arènes politiques, focalisant notre attention sur l’étude des migrations vers la France depuis les années 2000 et plus particulièrement depuis 2002, période de libéralisation des régimes de circulation pour les citoyens roumains et bulgares, puis 2007, date d’adhésion à l’Union européenne de ces deux pays qui comptent une proportion importante de populations désignées comme tsiganes. Alors que le régime « transitoire » qui vise ces migrants prend fin le 1er janvier 2014, nous attacherons une attention particulière à l’analyse des modalités d’installation et de leurs parcours d’inscription dans la société française, ainsi que de l’action publique en leur direction.

Nous proposons d’aborder ces questions dans une perspective comparative et de mise en relation avec d’autres contextes et expériences nationales, ainsi qu’en tenant compte des cadres sociaux et politiques qui président à ces mobilités dans les pays de départ.

Coordination scientifique et contact : Milena Doytcheva (Université de Lille 3, CADIS-Ehess) doytcheva.milena@gmail.com

Ce séminaire bénéficie du soutien du LabEx TEPSIS et de la Ville de Paris dans le cadre du programme « PARIS 2030 ».

Programme prévisionnel 

Mardi 11 mars 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Introduction et présentation du séminaire, Milena Doytcheva

Mardi 25 mars 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Jonathan Larcher (I.I.A.C UMR 8177 – CNRS /EHESS) : L’imaginaire des personnages de Ţigani dans les médias de divertissement roumains : de l’archaïsme à l’avilissement ?

Depuis 2007, les Romi font l’objet d’un double traitement dans les médias audiovisuels roumains. Ils sont l’objet de débats dans les émissions d’information qui reprennent massivement les « reportages » des médias internationaux sur les conditions de vie des Romi en Roumanie et en Europe. Dans un registre fictionnel, des telenovelas et émissions de divertissement placent au centre de leurs récits des personnages de Ţigani et rencontrent de véritables succès d’audience lors de leur diffusion en prime time.

Notre étude porte sur ce second corpus et restitue la formation et l’évolution des arcs narratifs et des personnages de ces séries. Ces figures initialement réactionnaires – reproduisant des partitions socialement normées (partitions chromatiques selon une « ligne de couleur » ; partitions territoriales) – se transforment progressivement en des figures subversives de la hiérarchie culturelle et de l’ordre social. La reconstitution dévoile l’imaginaire qui entoure « les migrations roms » vers « l’Occident » et permet de les analyser comme un élément déterminant de la métamorphose de l’image archaïque des Romi qui, par emprunt aux cultures extranationales, devient hétérogène, hybride et grotesque.

La communication resitue ces images au sein de quatre dynamiques : une histoire des représentations cinématographiques des personnages de Ţigani en Roumanie, tout d’abord ; un climat de concurrence agressive dans un paysage télévisuel saturé qui caractérise la période actuelle ; la mise en circulation de ces figures au sein d’une culture visuelle émergente ; une réception critique, enfin, qui les considère comme culturellement illégitimes.

Mardi 8 avril 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Alice Sophie Sarcinelli (Doctorante en anthropologie, IRIS-EHESS) : Les régimes de l’hospitalité et de l’inhospitalité publique. Le cas des campi rom non autorisés à Milan (Italie)

En Italie, les occupations non autorisées connues sous le nom de campo rom font l’objet de différentes configurations du « régime d’hospitalité publique » ou bien d’« inhospitalité publique » : des politiques de rejet, des politiques d’abandon ou des politiques de contrôle. À travers le cas de la ville de Milan, cette intervention analysera les dynamiques d’interaction qui favorisent la tolérance ou le rejet, la stabilisation ou l’instabilité : d’une part, les équilibres politiques à l’échelle nationale, internationale, locale et du quartier et, d’autre part, les stratégies et les tactiques adoptées par les habitants des camps dans la gestion des liens avec le territoire. La présentation s’appuiera sur l’étude de deux exemples d’occupations, celle de Rubattino et celle de Monte Bisbino, qui montrent des situations diamétralement opposées : d’une part, les bidonvilles soumis à l’acharnement des forces de l’ordre qui les évacuent sur une base mensuelle, hebdomadaire, voire parfois quotidienne et, d’autre part, les camps non autorisés tolérés. Il s’agit, comme nous allons l’argumenter, des deux extrêmes d’un continuum car l’attitude des pouvoirs publics locaux peut varier de l’extrême tolérance à l’extrême intolérance, en passant par des postures intermédiaires. En examinant la nature des pactes établis par les pouvoirs locaux avec les habitants des deux camps, je ferai lumière sur la constellation des techniques de contrôle spatial qui, prises ensemble, peuvent donner un aperçu de l’attitude de la mairie de Milan vis-à-vis de ces « indésirables ».

Mardi 29 avril 2014

15 à 17 h (salle 2, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Céline Bergeon (Docteure en géographie, Migrinter - UMR 7301) : Le squat et le campement illégal comme lieu de vie et comme ressource dans les parcours de Roms migrants

Cette présentation propose d’interroger les conditions de vie et les modes d’habiter des Roms en situation de précarité résidentielle. Une attention spécifique sera portée à deux types de lieux de vie, le campement illégal et le squat. Si les recherches récentes sur ces modes d’habitat s’intéressent à leur dimension sociale, plus rares sont les travaux qui incluent une dimension spatiale. La communication portera un double regard sur ces lieux de vie : mettant en lumière les modes d’organisation, de régulation et de négociations internes, ils seront analysés également sous l’angle de l’instabilité que leur procure le caractère illégal. Nous proposons d’examiner l’étape du squat et/ou du campement illégal en la replaçant à l’intérieur de l’ensemble du parcours migratoire et de questionner l’habiter, les processus d’appropriation de ces lieux de vie en situation résidentielle instable et illégale. Ces derniers seront ici considérés comme des ressources pour leurs habitants, de plusieurs points de vue : celui de l’être humain (habiter un espace, « être au monde », créer un chez-soi) ; celui du quotidien (faire face aux difficultés liées à la migration) et celui de la migration (le squat ou le campement sont une étape, faite de rencontres, de solidarités et contribuant à la poursuite du parcours migratoire).

Mardi 6 mai 2014

15 à 17 h (salle 2, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Sarah Carmona (Post Doctorante. Université de la Manouba-Tunis, département IRMMC. Circulations internationales dans le bassin méditerranéen à l'époque moderne) : Décoloniser les savoirs sur les Roms. Penser l'extériorité au delà du paradigme post moderne. Dialectique entre altérité et extériorité

La communication propose d’aborder les enjeux épistémologiques propres à ces champs d’étude et de recherche, en partant de l’hypothèse du caractère en général « figé » des enseignements sur ces questions à l’université et en invitant à décoloniser ces champs et productions de savoirs. Décoloniser les savoirs sur les marges en général et les Roms en particulier demande d'abord un décryptage structurel des savoirs dominants. La modernité a instauré un privilège épistémologique de domination qui de fait ancre les savoirs de l'altérité comme résultant d'une infériorité épistémologique. Les sciences humaines et sociales à partir de l'avènement de la modernité régissent les dispositifs qui normalisent, qualifient et disqualifient, définissant ainsi les périphéries, les dissidences, normalisant les épistemicides. Historiciser les mécanismes qui font de l'altérité une extériorité permet de débattre de la formation du racisme et du sexisme et de leurs relations avec les structures modernes et contemporaines occidentales du savoir. En tant qu'altérité/extériorité de l'intérieur, l'histoire et l'épistémè romani sont au cœur de ce paradigme. De plus, si l'exclusion est un phénomène civilisationnel par lequel une culture dominante établit les limites au-delà desquelles il y a transgression et cristallisation d'hétérotopies, l'exclusion est également le limon des marges. De ce fait et au-delà de la post-modernité, la reconnaissance de l'épistémè romani prend tout son sens au sein du processus de trans-modernité que la communication propose d’explorer.

Mardi 27 mai 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème).

Séance à définir

Mardi 10 juin 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Mohamed Belqasmi (Laboratoire d’Etude et de Recherche Sociales, LERS-IDS/ Unité de Recherche Migrations et Sociétés, URMIS-Université de Nice) : Intervention sociale publique et mobilisations militantes à l’épreuve des « Roms migrants »

En contrepoint des logiques sécuritaires, voire xénophobes, que suscite la présence des « Roms migrants » au niveau des territoires urbains locaux, un certain nombre d’acteurs sociaux (travailleurs sociaux de front office, enseignants, militants des droits de l’Homme, etc.) sont engagés dans la gestion de la présence de ces populations. Quels rapports ces acteurs entretiennent-ils entre eux et avec les populations dites « Roms » ? Au-delà de la description de configurations généralement caractérisées par l’empirisme et le bricolage (opposition, concurrence, coopération, etc.), cette communication entend analyser la production de formes de « division du travail social » auprès des « Roms », en incluant le rôle des populations elles-mêmes vis-à-vis des sollicitations dont elles sont l’objet. Dans cette perspective, il s’agira d’interroger le renouveau des « politiques tsiganes » en élargissant une expression forgée par les historiens désignant habituellement des dispositifs visant expressément le contrôle policier des « Tsiganes ». Dans la pratique, au niveau local, les frontières entre les logiques de contrôle des mobilités, d’aide et d’assistance aux « Roms » ne sont en effet pas si étanches que cela.

Mardi 24 juin 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Grégoire Cousin (Post-doctorant, MigRom, FMSH – Paris), Mathilde Costil (Doctorante- allocataire de recherche, Institut Français de Géopolitique, Université Paris 8 ) : De l’épopée Bessarabienne à la platz aménagée de Saint-Denis : pour une histoire territoriale et familiale des Dobrogiens

Le projet MigRom a pour ambition d’explorer et d’analyser les expériences, motivations et ambitions des Roms roumains immigrant en Europe de l’Ouest. Ce programme de quatre ans développe une double entrée d’anthropologie historique et d’analyse des enjeux politiques de la migration. En partant d’une famille Rom originaire de Tulcea (Roumanie) et installée aujourd’hui à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), nous tenterons à travers une étude schématique de leurs récits familiaux corroborés par des éléments d’archive de donner à voir leur ancrage historique en Roumanie puis leur migration dans la région parisienne. La cartographie des enjeux de leur présence à Saint-Denis permettra de rebasculer du récit familial à la dimension politique de la migration des Roms roumains à l’échelle micro. Cette étude de cas nous permettra d’aborder les questionnements méthodologiques de la transdisciplinarité et de l’apport du numérique dans les sciences humaines qui sont au coeur du programme MigRom.

Mardi 8 juillet 2014

15 à 17 h (salle 3, RDC, Ehess, Paris 13ème)

Conclusion et échanges avec les participants

Lieux

  • 190 Avenue de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • mardi 11 mars 2014
  • mardi 25 mars 2014
  • mardi 08 avril 2014
  • mardi 29 avril 2014
  • mardi 06 mai 2014
  • mardi 27 mai 2014
  • mardi 10 juin 2014
  • mardi 24 juin 2014
  • mardi 08 juillet 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • migrations, immigration, minorités, discrimination, Roms

Contacts

  • Milena Doytcheva
    courriel : doytcheva [dot] milena [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Milena Doytcheva
    courriel : doytcheva [dot] milena [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Mobilités européennes, trajectoires locales : familles roms migrantes en France », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 11 mars 2014, http://calenda.org/281137