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Morale et politique

Morals and politics

Tétralogiques n°20

Tétralogiques issue 20

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Publié le vendredi 11 avril 2014 par Rémi Boivin

Résumé

Le problème des rapports entre morale et politique refait régulièrement surface dans le débat public à l’occasion de ce qu’il est convenu d’appeler des « affaires ». C’est surtout l’intégralité de la philosophie politique occidentale qu’il traverse, tout autant que de multiples champs des sciences humaines. Les interrogations sur les réalités anthropologiques qu’il s’agit de qualifier ainsi, de même que sur les liens qu’elles entretiennent sont loin d’être épuisées, que l’une soit réputée subordonnée à l’autre, ou qu’elles soient comprises comme irréductibles. Argumentant en faveur de la seconde position, mais souhaitant provoquer la confrontation des hypothèses explicatives et des savoirs disciplinaires, la revue de sciences humaines Tétralogiques se propose, avec son numéro 20, de faire le point sur l’état de ces questions.

Annonce

Argumentaire

« C'est une faute morale dont je ne suis pas fier. Je crois que je n'ai pas fini de la regretter » déclarait Dominique Strauss-Kahn, invité du Journal de 20h de TF1 le 18 septembre 2011. « La faute morale ne me permet pas de rester député » affirmait de son côté l'ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac le 16 avril 2013 au micro de RMC et BFMTV. Ainsi deux hommes politiques, dont les comportements ont été à l'origine de deux des grandes « affaires » françaises de la période récente, évoquent une « faute morale » qui les a conduit, au moins momentanément, à interrompre leur carrière politique, semblant ainsi attester du fait que cette dernière n'est pas compatible avec la mise à jour de telles « fautes ».

Mais comment s'assurer que les responsables politiques ne soient pas en faute ? À entendre la rumeur contemporaine, la réponse serait à chercher dans la « transparence ». Dans l'affaire Strauss-Kahn, il est vrai, une partie des commentateurs a commencé par s'offusquer de l'excès de transparence de la justice américaine. Mais d'autres se sont réjouis de la fin de l'« omerta française » Dans l'affaire Cahuzac, par contre, le gouvernement a réagi immédiatement par l’annonce d'un renforcement des exigences de « transparence de la vie publique ».

Cette exigence de transparence (plus anciennement de « publicité ») ne date pas des dernières décennies, mais elle est relativement récente d'un point de vue historique (on ne peut guère la faire remonter au-delà du XVIIIe siècle). Comme le souligne Sandrine Baume, elle apparaît alors comme une condition de la légalité (en s'opposant à l'arbitraire) mais aussi de la moralité (en décourageant la « corruption » et les « agissements coupables »)[1]. . C'est dire qu'elle est au cœur de la philosophie politique des démocraties libérales.

La question des rapports entre politique et morale ne se limite cependant pas à cet appel à la transparence. Elle lui est bien antérieure tant il est vrai que toute la philosophie politique occidentale, au moins depuis Platon, s'est interrogée sur ce qui fonde la « vertu politique »[2]. Chez Durkheim encore, le projet sociologique était indissociable d'un projet de réforme sociale passant par l'intégration des individus dans des collectifs dotés d'une autorité morale. Politique et morale étaient donc étroitement liées. Moins directement soucieux de réforme, Max Weber quant à lui attachait toute l'importance qu'elles méritent aux motivations éthiques de l'action, soulignant notamment l'existence d'une « affinité élective » entre l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. On lui doit également la distinction, désormais classique en sociologie comme en sciences politiques, entre éthique de responsabilité et éthique de conviction. Mais la conférence sur la profession et la vocation de politique, dans laquelle il introduit cette distinction, lui donnait également l'occasion de mettre en garde ses auditeurs contre l'usage de certains arguments (prétendument) « éthiques » tant dans le domaine des relations amoureuses ou conjugales que dans celui des relations internationales : en jouant avec la culpabilité, ils peuvent se révéler catastrophiques. Ce qui lui permettait d'insister sur le fait que les décisions politiques ont rarement l'effet escompté, y compris quand elles paraissent moralement bonnes[3]. Sa sociologie, sans doute mieux que celle de Durkheim, aide à concevoir que l'ordre politique ne se confond pas avec l'ordre moral, quand bien même ces deux ordres interfèrent. Or c'est précisément sur cette dissociation entre l'ordre politique et l'ordre moral que ce numéro de Tétralogiques entend insister, sans pour autant perdre de vue la façon dont ils s'influencent mutuellement.

Précisons que le propos attendu ne sera pas de l'ordre du « Que faire ? ». Il ne s'agira pas de déplorer un quelconque déclin des valeurs morales ou un prétendu triomphe du vice, quelles que soient les causes auxquelles ce dernier serait attribué. Il ne s'agira pas non plus de s'indigner de tel comportement pour en proposer tel autre. Il ne s'agira pas, à notre tour, de proposer des « réformes », encore moins d'imaginer une cité idéale. Le propos se voudra scientifique et empirique (ce qui, bien sûr, ne veut pas dire a-théorique). Le point de vue privilégié sera celui de l'anthropologie clinique qui permet par exemple de dissocier la question de la responsabilité politique de celle de la faute et de la culpabilité. Mais ce point de vue ne sera pas exclusif et le numéro est ouvert à un dialogue avec d'autres courants théoriques, tant dans le domaine de la sociologie, que de la psychologie, voire de l'économie, du droit, de l'histoire ou de la philosophie politique. La condition, dans tous les cas, est que ces contributions reposent sur un travail empirique (études cliniques, enquêtes qualitatives ou quantitatives, analyse de documents d'archive, histoire documentée des concepts...).

Présentation de la revue

Tétralogiques est une revue à comité de lecture publiée aux Presses Universitaires de Rennes qui s’adresse à tous ceux qu’intéresse une réflexion théorique sur les sciences humaines. Elle se propose de passer outre les frontières des champs disciplinaires, produits de circonstances socio-historiques, au profit des objets scientifiques, issus de la modélisation hypothétique. Au rebours de la pluridisciplinarité, elle entend cultiver, selon le mot de son fondateur, Jean Gagnepain, l’in-discipline.

La revue, fondée en 1984, est porteuse d’un héritage : un modèle général du fonctionnement humain (dans ce qui le spécifie comme ce qui le rattache au reste du vivant), lui-même redevable d’une méthode clinique d’investigation scientifique. Inaugurée autour des troubles du langage, elle conduit à dépasser l’approche positive des phénomènes pour remonter aux principes explicatifs, et réfute la médiatique tendance au naturalisme généralisé, auquel la quantification tient toute entière lieu d’épistémologie.

Tétralogiques entend prendre position dans les débats scientifiques contemporains armée de ces arguments, et contribuer ainsi à l’avancée d’une anthropologie conçue comme explication générale de l’humain. Elle se propose également de susciter et d’accueillir les débats en son sein, en ouvrant ses pages à tous ceux qui seront intéressés par les problématiques suggérées par ses numéros thématiques. La revue s’adresse aux chercheurs, mais souhaite qu’y contribuent d’autres milieux professionnels chaque fois que l’occasion pourra en être créée.

Modalités de proposition

Les propositions d'articles suivront les normes de la revue, présentées dans le document ci-dessous "Tétralogiques_Recommandations auteurs.pdf", et parviendront par voie électronique à la rédaction à l'adresse suivante : pur-tetralogiques@univ-rennes2.fr pour, au plus tard, au 15 juin 2014.

Les articles reçus sont évalués de façon anonyme par des membres du comité de rédaction, du comité scientifique ou, en fonction de la thématique, par des spécialistes extérieurs et en accord avec le responsable du numéro. Ces lecteurs rendent un avis motivé sur sa publication, ou son refus, et décident des modifications éventuelles à demander à l'auteur.

Comité scientifique

  • Pierre-Yves BALUT (Maître de conférences HDR en art et archéologie, Université Paris-Sorbonne)
  • Jean-Luc BRACKELAIRE (Professeur de psychologie, Université de Namur, Université catholique de Louvain)
  • Denis BRIAND
 (Maître de conférences HDR en arts plastiques, Université Rennes 2)
  • Michel CHAUVIÈRE (Sociologue, Directeur de recherches au CNRS)
  • Bernard COUTY 
(Maître de conférences en sciences du langage retraité, Université de Besançon)
  • Jean-Yves DARTIGUENAVE (Professeur de sociologie, Université Rennes 2)
  • Philippe DE LARA (Maître de conférences HDR en science politique, Université Paris 2 Panthéon-Assas)
  • Benoît DIDIER (Professeur aux Hautes Ecoles Léonard de Vinci et Paul Henri Spaak, Bruxelles ; psychologue, service de psychiatrie aux cliniques de l'Europe - St Michel, Bruxelles)
  • Olivier DOUVILLE (Maître de conférences en psychologie, Laboratoire CRPMS, Université Paris 7 Paris-Diderot)
  • Dany-Robert DUFOUR
 (Philosophie, professeur des universités, Université Paris 8, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie)
  • Attie DUVAL
 (Professeur de sciences du langage, Université Rennes 2)
  • Gilles FERRÉOL
 (Professeur de sociologie, Université de Franche-Comté)
  • Marcel GAUCHET (Directeur d'études à l'EHESS)
  • Jean GIOT (Professeur émérite en sciences du langage, Université de Namur)
  • Roland GORI
 (Psychanalyste ; Professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques à l'Université d'Aix-Marseille)
  • Michael HERMANN
 (Professeur de linguistique romane retraité, Université de Trèves)
  • Didier LE GALL (Professeur de psychologie, Université d’Angers ; praticien attaché au département de neurologie, CHU d’Angers)
  • Jean-Pierre LEBRUN (Psychiatre et psychanalyste, Namur, Bruxelles)
  • Gilles LIPOVETSKY
 (Philosophe et sociologue, Professeur à l’Université Stendhal Grenoble 3)
  • Antoine MASSON (Psychiatre, Professeur à l’Université de Namur)
  • Dominique OTTAVI (Professeur en sciences de l’éducation, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense Paris 10)
  • Régnier PIRARD (Professeur de psychologie, Université de Nantes ; psychanalyste)
  • Jean-Claude QUENTEL (Professeur en sciences du langage, Université Rennes 2)
  • Jean-Claude SCHOTTE (Philosophe et psychanalyste, Luxembourg)
  • Pierre-Henri TAVOILLOT (Maître de conférences à l'Université Paris 4 Paris-Sorbonne ; Président du Collège de Philosophie)
  • Bernard VALADE (Professeur émérite en sociologie, Université Paris-Descartes Paris 5)

Comité de rédaction

  • Fondateur de la revue : Jean Gagnepain
  • Responsable de la publication : Jean-Yves Dartiguenave
  • Anciens directeurs de la revue : Jean Gagnepain (1984-1994) ; Jean-Yves Urien (1995-2002) ; Jean-Claude Quentel (2003-2013)
Comité de rédaction : Laurence Beaud — Jean-Yves Dartiguenave — Clément de Guibert — Patrice Gaborieau — Jean-François Garnier — Jean-Michel Le Bot — Sophie Le Coq (Université Rennes 2) — Jean-Louis Perraud (Université Rennes 1)

Coordinateur du comité de rédaction : Patrice Gaborieau
Contact : pur-tetralogiques@univ-rennes2.fr
Tétralogiques est éditée par les Presses Universitaires de Rennes


[1] Sandrine Baume, « La transparence dans la conduite des affaires publiques. Origines et sens d’une exigence », http://www.raison-publique.fr/article459.html (Consulté le 2 novembre 2013) 

[2] Voir par ex. Protagoras (324a).

[3] Max Weber, Le savant et le politique. Une nouvelle traduction, Paris, La Découverte, 2003, p. 197.

Lieux

  • Rennes, France (35000)

Dates

  • dimanche 15 juin 2014

Mots-clés

  • morale, politique, anthropologie clinique

Contacts

  • Patrice Gaborieau
    courriel : pur-tetralogiques [at] univ-rennes2 [dot] fr
  • Jean-Michel Le Bot
    courriel : jean-michel [dot] lebot [at] univ-rennes2 [dot] fr

Source de l'information

  • Patrice Gaborieau
    courriel : pur-tetralogiques [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Morale et politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 11 avril 2014, http://calenda.org/281463