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Les « nouveaux réactionnaires »

The "new reactionaries"

Genèse, configurations, discours

Genesis, configurations and discourses

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Publié le mardi 15 avril 2014 par João Fernandes

Résumé

Le début de ce siècle a été marqué en France par l’émergence d’un courant de pensée porté par une nébuleuse d’acteurs médiatiques et d’intellectuels que l’on rassemble d’ordinaire sous l’étiquette des « nouveaux réactionnaires ». Issue d’un ouvrage polémique de Daniel Lindenberg, paru au Seuil en 2002 sous le titre Le rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, cette appellation — et les réalités complexes qu’elle recouvre — a suscité des débats passionnés dans la sphère publique. Le projet du présent colloque est de reprendre cette enquête à nouveaux frais sous les trois axes : d’une histoire à plus ou moins longue portée ; d’une sociographie des acteurs concernés, doublée d’une description morphologique de leur(s) espace(s) d’intervention ; d’une sociocritique des discours allant des arguments et lieux communs mobilisés aux postures et gestuelles manifestées.

Annonce

Argumentaire

Le début de ce siècle a été marqué en France par l’émergence d’un courant de pensée porté par une nébuleuse d’acteurs médiatiques et d’intellectuels que l’on rassemble d’ordinaire sous l’étiquette, à interroger elle-même, des « Nouveaux Réactionnaires » (Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Élisabeth Lévy, Philippe Muray, Jean Clair, Éric Zemmour, Michel Houellebecq, Jean-Claude Michéa, Régis Debray, Ivan Rioufol, Renaud Camus, Robert Ménard, Anne-Marie Le Pourhiet, Pierre-André Taguieff, etc.). Journalistes, romanciers, juristes, chroniqueurs, philosophes, essayistes, hérauts d’une « liberté d’expression » reconquise sur le « politiquement correct », la « gauche morale », la « bienpensance » ou encore la « pensée unique », ils forment une sorte de personnage générique fait de singularités apparemment en rupture avec toute assignation sociologique comme avec toute inscription historique au-delà de la « tradition » ou des « grandes valeurs » dont ils se donnent pour les garants nostalgiques (l’Ecole, la République, la Nation, l’Identité, etc.). Si la plupart se situent du côté d’une droite « décomplexée » mixant légitimisme et césarisme, certains d’entre eux se veulent proches d’une gauche assez hybride elle aussi, dans laquelle se rejoindraient fermeté et ferveur républicaines, nostalgie communiste et souci d’égalité réelle, valeurs socialistes et mots d’ordre néo-orwelliens. Sur fond général de transgression conservatrice, ces personnalités revendiquent volontiers leur marginalité et leur minorité au sein d’un espace public où elles sont en réalité très présentes et dans lequel, fortes de leur ubiquité et d’une parole ajustée aux nouvelles conditions médiatiques et éditoriales, elles parviennent à introduire, au nom d’une majorité silencieuse supposée, des thèmes et des débats pouvant en certains cas alimenter tantôt des « affaires », telles que l’affaire Dieudonné et l’affaire Taddéi, tantôt un mouvement idéologique tel que le « Printemps français ».

Dès 1986, Guy Hocquenghem, dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, avait signalé la conversion de quelques-unes des figures contestataires de Mai 68 à l’ordre économique et politique dominant (avec les positions de pouvoir que cette conversion leur permettait d’occuper). Moins de vingt ans plus tard, Daniel Lindenberg signait sous le titre incisif Le rappel à l’ordre une « enquête sur les nouveaux réactionnaires », qu’il baptisait de la sorte pour l’occasion. Publié en 2002 au Seuil dans « La République des idées » — une des collections de petit format qui se sont multipliées dans la même période et qui auront peut-être été l’un des vecteurs de formation de cette nouvelle parole pamphlétaire —, l’ouvrage participait cependant, du fait de sa fibre polémique, à l’espace discursif et thématique qu’il entendait cartographier. Ces « Nouveaux Réactionnaires » ont donné lieu, dans la foulée, à une abondante production à caractère essayistique, de qualité très inégale, et tout aussi bien à des plaidoyers pro domo publiés par les personnalités incriminées elles-mêmes. La limite de pareils ouvrages ne tient pas seulement à leur dimension de réquisitoires ou d’apologies ; elle tient surtout au fait que leurs auteurs y condensent leur propre engagement dans les luttes symboliques inhérentes au champ auquel ils sont censés appartenir de façon plus ou moins vérifiée et, plus généralement, aux champs en intersection croissante entre lesquels la plupart d’entre eux circulent.

Le projet du colloque est de reprendre cette enquête à nouveaux frais sous les trois axes 1° d’une histoire à plus ou moins longue portée ; 2° d’une sociographie des acteurs concernés, doublée d’une description morphologique de leur(s) espace(s) d’intervention ; 3° d’une sociocritique des discours allant des arguments et lieux communs mobilisés aux postures et gestuelles manifestées.

Axes thématiques

Axe 1 :  Genèse

Histoire longue et histoire immédiate

La « nouveauté » de la position « réactionnaire » présente deux dimensions historiques. D’un côté, elle correspond à un phénomène dont l’irruption peut être reliée à des transformations récentes des conditions de production et de transmission de la parole publique (intrusion croissante du journalisme dans les débats intellectuels, pression communicationnelle et managériale exercée jusqu’au sein des universités et grandes écoles, mutations socio-économiques de l’édition et essor des collections polémiques, développement de la néo-télévision et de talk-shows propices à différentes formes de « clash », essor des nouveaux médias, des sites d’hébergement de vidéos et des réseaux sociaux, etc.). Elle correspond aussi, sous ce rapport, à un certain nombre de grands « événements » (les attentats du 11 septembre) ou de grands « débats » contemporains dont elle se soutient autant qu’elle les alimente (l’identité nationale, la laïcité, l’école, etc.). D’un autre côté, cette même « nouveauté » réactive dans des conditions nouvelles une disposition intellectuelle et politique dont les représentants ont jalonné l’histoire de France depuis les contre-révolutionnaires et les « antimodernes » du XIXe siècle jusqu’à la génération des Hussards, en passant par les pamphlétaires de l’entre-deux guerres. Des filiations plus ou moins assumées et déclarées se dessinent ainsi, renvoyant tantôt à des courants de pensée ou à des écoles littéraires, tantôt à des figures emblématiques telles qu’un Maurice Barrès ou un Charles Péguy.

Axe 2 : Configurations

Typologie des acteurs et morphologie du champ

La diversité des personnalités concernées, leur multipositionnalité, leur ubiquité médiatique et éditiorale, la résistance même qu’elles opposent à leur caractérisation collective appellent à dresser la typologie de leurs figures et de leurs trajectoires, à répertorier et à classer les propriétés communes qu’elles présentent ou dont elles jouent. Cette typologie, il conviendra de l’articuler aux configurations sociales dans lesquelles ces personnalités interviennent ou dont elles sont le produit. On s’attachera en particulier à décrire le sous-champ qu’elles composent au sein de l’espace intellectuel français. Les représentants de ce collectif éclaté relèvent en effet de différents univers sociaux (journalisme, littérature, philosophie, université, politique, etc.). Si mobiles et si individuels qu’ils paraissent, ils entretiennent, d’autre part, de nombreux rapports d’interaction, cooptation, soutien et admiration réciproques, analysables en termes de réseau construit sur fond d’intérêts partagés et de cibles communes. Nombre d’entre eux bénéficient en outre d’accès privilégiés à l’espace de l’édition et des médias, où ils trouvent d’autant plus aisément tribune qu’ils procèdent sous certains égards des transformations qu’a connues depuis une vingtaine d’années la mise en spectacle de la parole publique. Plusieurs même se montrent d’une grande créativité en fait d’instances de diffusion de leurs idées et valeurs (magazines, sites, blogs, pétitions, etc.).

Axe 3 : Discours

Rhétorique, genres et postures

Le caractère polémique, circonstanciel et éphémère des interventions et publications associées au phénomène des « Nouveaux Réactionnaires » tend à laisser dans l’ombre la trame verbale et argumentative de leur discours et de leurs textes, ainsi que les genres qu’ils mobilisent derrière tout un pathos de l’insolence et de la mélancolie offensive. Le troisième axe du colloque entendra donc 1° soumettre à analyse rhétorique ce corpus (tropes et figures, topiques et idéologèmes, structures argumentatives, éthos et pathos, etc.) ; 2° étudier ce corpus sous l’angle des genres littéraires revendiqués ou recyclés (pamphlet, roman, essai lettré, art de la conversation, entretien, etc.) ; 3° décrire les postures, mimiques et gestuelles de personnalités dont beaucoup émanent du monde des médias ou y ont tribune ouverte. Un intérêt particulier sera réservé, sous cet axe, à l’école littéraire sauvage et très dispersée que semblent composer des écrivains tels que Maurice G. Dantec, Michel Houellebecq, Richard Millet ou Renaud Camus, jouant les uns et les autres des deux rôles de l’écrivain et du polémiste dans une tradition qui a elle aussi ses grands ancêtres, plus ou moins revendiqués par eux, du côté d’un Léon Bloy, d’un Léon Daudet ou d’un Louis-Ferdinand Céline.

Modalités d'envoi des propositions

Ce colloque international est organisé dans le cadre d’un Projet de recherche (PRD) financé par le Fonds de la Recherche Scientifique — FNRS, intitulé « Rhétorique des “Nouveaux Réactionnaires”. Positions, discours, postures ».

Les propositions de communication (500 mots), accompagnées d’une brève présentation bio-bibliographique, sont à envoyer pour le

15 juin 2014 au plus tard

simultanément aux deux organisateurs du colloque (pascal.durand@ulg.ac.be et sarah.sindaco@ulg.ac.be). Réponse sera donnée aux auteurs en date du 10 juillet 2014.

Temps imparti pour les communications : 30 minutes.

Langue de communication : français.

Le colloque s’inscrit dans la perspective d’un ouvrage collectif élaboré à partir des versions écrites des communications. Les textes seront à remettre aux directeurs du volume, Pascal Durand et Sarah Sindaco, pour le 1er février 2015 au plus tard, en vue d’une parution courant 2015.

Directeurs du colloque

  • Pascal Durand (professeur ordinaire à l’Université de Liège)
  • Sarah Sindaco (chercheuse post-doctorale FNRS à l’Université de Liège).

Tous deux sont associés au Laboratoire d’Étude sur les Médias et la Médiation (LEMME, ULg).

Comité organisateur

  • Jean-Pierre Bertrand (ULg),
  • Paul Dirkx (Université de Lorraine),
  • Pascal Durand (ULg),
  • Corinne Gobin (ULB),
  • François Provenzano (ULg),
  • Christine Servais (ULg),
  • Sarah Sindaco (ULg).

Comité scientifique

  • Marc Angenot (McGill University),
  • Édouard Delruelle (ULg),
  • Pascal Durand (ULg),
  • Didier Eribon (Université de Picardie),
  • Jean-Marie Klinkenberg (ULg),
  • Dominique Rabaté (Paris VII),
  • Philippe Raxhon (ULg),
  • Gisèle Sapiro (EHESS),
  • Sarah Sindaco (ULg),
  • Jean-François Sirinelli (Sciences-Po),
  • Nicolas Thirion (ULg), 
  • Yves Winkin (Conservatoire National des Arts et Métiers).

Lieux

  • 7, place du XX-Août
    Liège, Belgique (4000)

Dates

  • dimanche 15 juin 2014

Mots-clés

  • « Nouveaux réactionnaires », discours polémiques, champ intellectuel, figures médiatiques, débats de société

Contacts

  • Pascal Durand
    courriel : pascal [dot] durand [at] ulg [dot] ac [dot] be
  • Sarah SINDACO
    courriel : sarah [dot] sindaco [at] ulg [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Sarah SINDACO
    courriel : sarah [dot] sindaco [at] ulg [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Les « nouveaux réactionnaires » », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 avril 2014, http://calenda.org/281918