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Diasporas, migrants et exilés

Diasporas, migrants and exile

Quels rôles dans les révolutions et les transitions politiques du monde arabe ?

The role of revolutions and political transitions in the Arab world?

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Publié le mardi 22 avril 2014 par João Fernandes

Résumé

Le programme de recherche, fondé par l’European research council When Authoritarianism Fails in the Arab World (WAFAW), invite les universitaires, chercheurs et étudiants, travaillant en science politique, relations internationales, études migratoires, sociologie ou économie politiques, a envoyer leur proposition de communications pour apporter des éléments de réponse aux questions telles que : Comment l’événement, la rupture et la nouvelle palette des possibles ont-ils suscité ce nouvel élan de « nationalisme à distance », au delà des cercles déjà politisés et en exil ? Comment les soulèvements, leur répression et la reprise en main autoritaire a donné une saillance renouvelée aux groupes d’opposition à l’étranger ? Comment les régimes gèrent-ils les relations avec ces acteurs transnationaux ?

Annonce

Problématique générale du colloque

Si les mouvements protestataires et les transitions politiques dans le monde arabe, consécutifs aux révolutions tunisienne et égyptienne de l’hiver 2010/2011, ont donné lieu à une importante couverture médiatique, littérature sociologique et manifestations culturelles et académiques (colloques, séminaires, symposiums, etc.), la thématique du rôle des diasporas, des binationaux, et des exilés dans les mobilisations anti, et parfois pro-régime, a été dans l’ensemble assez peu traitée. Les recherches en sciences sociales et les expertises publiques se sont surtout concentrées sur les « acteurs internes » à l’espace arabe, l’influence des puissances étatiques extérieures (États-Unis, Russie et Chine), les enjeux régionaux et géopolitiques (le fameux « effet dominos »), délaissant souvent l’engagement des acteurs diasporiques, des migrants et des exilés dans les processus de transformation sociopolitique du monde arabe. Les migrations et les diasporas ont de ce fait constitué l’un des  points aveugles des révolutions arabes. Pourtant, bon nombre de gouvernements de transition en sont issus. Dans les pays où les régimes sont tombés, les migrants économiques et les anciens exilés politiques ont manifesté leur attachement à leur pays d’origine, reposant la question du « nationalisme à distance »[1] selon la formule de Benedict Anderson; dans le reste du monde arabe en crise (Syrie, Bahreïn, etc.), l’opposition en exil constitue une composante essentielle du champ politique contestataire. Le terme de diaspora, complexe sur le plan théorique, sera entendu ici dans un sens relativement large mais rigoureux, tel que le définit  Denys Cuche c’est-à-dire comme « un certain type de formation sociale, issue de vastes mouvements migratoires, identifiable par des caractères originaux qui ne permettent pas de la confondre avec n'importe quelle autre forme de regroupement ethnique que peuvent engendrer les migrations internationales - ces caractères étant « un état permanent de dispersion, qui va de pair avec un certain enracinement dans les sociétés d'accueil » et «une conscience identitaire commune de nature ethnique, qui participe d'une représentation de la collectivité́ disséminée comme formant une entité qui partage une même histoire et une même culture »[2].

Jusqu’aux événements politiques de 2011, les agendas scientifiques, comme celui de l’expertise internationale, avaient quelque peu tendance à minimiser l’implication politique des diasporas. Il y avait certes des opposants politiques en exil, formant une minorité active. Mais, de part et d’autre de la Méditerranée, la majorité des migrants était considérée, à de rares exceptions près (comme les Coptes d’Égypte par exemple), dans leur dimension économique, dans le cadre des politiques migratoires et sous l’angle de leur intégration dans les sociétés d’accueil. Le présupposé dominant était celui d’une distanciation/rupture existentielle avec les scènes publiques des États d’origine, réduisant leur participation aux dimensions symbolique, exotique et touristique, sans véritable prise avec le « réel » des sociétés arabes. Dans le cadre de cette approche, la dimension économique liée à la problématique du co-développement et au rapatriement des fonds des migrants semble la seule qui ait fait l’objet d’études approfondies. En revanche, la dimension politique de l’implication des migrants et des exilés dans la vie publique des sociétés d’origine était quasiment absente des analyses, et pour cause : généralement réprimée par les régimes autoritaires en place qui continuent/aient à surveiller leurs nationaux à l’étranger, elle a été le plus souvent  négligée tout autant par les institutions internationales (Union européenne) que par les États nationaux, qui au mythe de l’apolitisme ajoutaient celui d’une nécessaire intégration dans la société d’accueil. Tous semblaient ainsi faire leur le discours des régimes d’une faible politisation, voire d’une faible représentativité de l’opposition exilée.

L’engagement visible des diasporas, des migrants et des exilés arabes dans les mouvements anti ou pro-régime de 2011 et dans les transitions politiques en cours offre un phénomène nouveau à l’étude des relations migratoires de la région. Comment l’événement, la rupture et la nouvelle palette des possibles ont-ils suscité ce nouvel élan de « nationalisme à distance », au delà des cercles déjà politisés et en exil ? Comment  les soulèvements, leur répression et la reprise en main autoritaire a donné une saillance renouvelée aux groupes d’opposition à l’étranger ? Comment les régimes gèrent-ils les relations avec ces acteurs transnationaux ?

Les récents événements ont démontré combien les acteurs diasporiques ont une capacité à connecter les espaces, expérimentant et défrichant de « nouveaux » terrains de lutte, de mobilisations et d’expression publiques, que les situations autoritaires ferment à l’intérieur comme parfois à l’extérieur. Aussi, les chercheurs sont-ils conduits à appliquer à cette région du monde, comme à d’autres, les avancées scientifiques sur les identités multiples des immigrés et des binationaux, les stratégies de mobilisation de ressources transnationales, qu’elles soient étatiques ou non, et à réviser les conceptions classiques des appartenances et des allégeances nationales, trop longtemps perçues comme exclusives et statiques, comme si les acteurs sociaux étaient contraints de faire un choix définitif entre la société d’accueil et le pays d’origine.

L’objectif de ce colloque international est ainsi d’évaluer au plus près de leur complexité les modes de participation des acteurs diasporiques, des migrants et des exilés aux processus politiques arabes. Les participants seront ainsi invités à  rompre avec une représentation duale (interne /externe) des espaces et des territoires de l’engagement. Cette dimension s’inscrit pleinement dans la plate-forme scientifique du programme de recherche WAFAW qui vise à décrypter les recompositions des scènes politiques arabes à l’aune des changements induits par la chute des régimes autoritaires et de la crise de légitimité des systèmes en place.

Axes thématiques du colloque

Cinq axes ont été retenus comme fil conducteur de la réflexion, pour les participants au colloque :

- Axe n°1 - Héritages militants et engagements politiques en diaspora (associations, partis et organisations) : dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne de 2011 et des mouvements protestataires touchant l’ensemble de la région arabe, et quelle qu’en soit leur issue, ont émergé de nombreux collectifs associatifs et politiques animés par des binationaux, des migrants et des exilés qui entendent être reconnus à la fois sur les scènes politiques intérieures et dans les sociétés d’accueil. Pourtant, ces nouvelles organisations diasporiques ne viennent pas de nulle part. Elles sont souvent les héritières d’une longue expérience de luttes dans les pays d’émigration. Cet axe tentera de restituer les enjeux passés et présents des mobilisations en situation migratoire et d’exil.

- Axe n°2 - Les returnees, rôle et implication des migrants, des acteurs diasporiques et des exilés dans les transitions politiques : la recomposition des scènes politiques arabes a rendu possible le retour temporaire ou définitif de migrants et d’anciens exilés dans les pays d’origine. Ces derniers jouent parfois un rôle central dans les transitions, prenant des responsabilités au sein des partis politiques, des nouveaux parlements et des instances gouvernementales. Il s’agira de s’interroger sur les itinéraires et les trajectoires de « réinsertion » des migrants et anciens exilés sur les scènes politiques arabes mais aussi sur l’assertion ou la contestation de la légitimité tirée de l’expérience « d’ostracisation ».

- Axe n°3 - La participation des acteurs migratoires aux processus électoraux et constitutionnels : considérés par les migrants jusqu’à récemment comme des modes de participation largement inutiles, hérités du contrôle autoritaire et paternaliste des anciens régimes autoritaires, les échéances électorales organisées par les pays d’origine à destination de leurs « émigrés » étaient généralement marquées par une faible mobilisation et une forte abstention. Or, aujourd’hui les attitudes et les comportements électoraux des migrants et des binationaux retrouvent une nouvelle acuité au bénéfice des changements politiques dans le monde arabe qui mérite investigation et réflexion.

- Axe n°4 - Débats constitutionnels et controverses publiques relatifs au statut des binationaux dans les pays d’origine : la présence des binationaux et des anciens exilés sur les scènes politiques locales n’a pas été sans soulever des controverses et des polémiques publiques dans les pays d’origine. Acteurs légitimes ou illégitimes des transitions politiques ? Ces débats contradictoires ont aussi débouché sur la production de textes de droit visant à leur inclusion ou, au contraire, à leur exclusion, du champ politique et des institutions de la représentation nationale, et plus largement à des nouvelles définitions de la nationalité. Il s’agira de s’intéresser notamment aux débats « politico-identitaires » et à la production normative (décrets, règlements, lois, articles de la constitution, etc.) visant à l’intégration ou à la limitation de la participation des binationaux aux instances du pouvoir local.

- Axe n°5 - Fuites, exils et nouveaux asiles  politiques

Les processus révolutionnaires et leur traitement par la violence ont, à leur tour généré de nouvelles vagues d’exil et de fuite ; si les pays occidentaux ont traditionnellement accueilli certaines oppositions en exil (iranienne par exemple), les pays arabes sont trop souvent oubliés, alors même qu’ils ont été et sont de plus en plus une destination choisie pour l’exil pour des raisons de proximité géographique, linguistique et culturelle, et du fait des politiques de plus en plus restrictives des pays occidentaux. Les révolutions, les répressions des mouvements protestataires et les « reprises en main » autoritaires ont provoqué l’afflux de nouveaux exilés ou réfugiés politiques dans les pays arabes, dont on connait finalement peu de choses. Contrairement aux politiques occidentales d’asile, la thématique de l’exil et des politiques d’accueil des Etats arabes à l’égard des réfugiés politiques est malheureusement encore peu explorée. Au-delà de l’espace arabe, il conviendra de s’intéresser également à la politique d’Etat comme la Turquie et l’Iran qui reçoivent un grand nombre d’opposants et de réfugiés politiques arabes fuyant la répression.

Responsables scientifiques

  • Claire Beaugrand (Ifpo)
  • Vincent Geisser (Ifpo)

Directeur du programme : François Burgat (CNRS, Iremam), vice-directeur : Laurent Bonnefoy (CNRS-CERI)

Calendrier

. Date d’envoi des propositions (résumés) : avant le 15 mai 2014

. Date d’envoi des communications écrites : avant le 1er septembre 2014

. Date de confirmation des participations : avant le 15 septembre 2014

Conditions d’inscription et de participation au colloque

Le colloque est ouvert aux étudiants en Master 2, doctorants, chercheurs, et universitaires, de toutes les nationalités. Les langues de travail seront le français, l’anglais et l’arabe. Les participants retenus devront vérifier que leurs documents de voyage (passeport, visa, etc.) sont conformes à la législation en vigueur dans le pays d’accueil (la Tunisie).

Les frais de transport (classe économique), d’hébergement (deux nuits à l’hôtel) et de nourriture (petit déjeuner, déjeuner et dîner) seront entièrement pris en charge par les organisateurs du colloque. Les participants devront toutefois s’acquitter d’une assurance personnelle (santé et rapatriement).

Fiche d’inscription à retourner impérativement

avant le 15 mai 2014

à DiasporaTunis2014@gmail.com

Les candidats retenus par le comité scientifique de Wafaw devront envoyer leur résumé et leur contribution écrite dans les délais impartis, faute de quoi leur inscription au colloque sera suspendue.

Après le colloque, les participants s’engageront à faire parvenir aux organisateurs une contribution écrite (25 0000 à 40 000 signes espaces compris), dans la perspective d’une publication scientifique.


[1] Anderson, Benedict (1998). Long Distance Nationalism. In B. Anderson (Ed.), The Spectre of Comparisons: Nationalism, Southeast Asia and the World (pp. 58-74). London: Verso.

[2] Cuche, Denys, « Diaspora », Pluriel-Recherches. Vocabulaire historique et critique des relations interethniques, Cahier n° 8, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 14-23.

Lieux

  • Tunis, Tunisie

Dates

  • jeudi 15 mai 2014

Mots-clés

  • diaspora, exil, migrants, révolutions arabes, transitions politiques

Contacts

  • Vincent Geisser
    courriel : vincent [dot] geisser [at] wanadoo [dot] fr
  • Claire Beaugrand
    courriel : c [dot] b [dot] beaugrand [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Claire Beaugrand
    courriel : c [dot] b [dot] beaugrand [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Diasporas, migrants et exilés », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 22 avril 2014, http://calenda.org/282751