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La « sociologie des arts et de la culture » et ses frontières

The sociology of the arts and culture, and its limits

Esquisse pour une auto-analyse

An outline for self-analysis

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Publié le mardi 22 avril 2014 par João Fernandes

Résumé

Ces journées d'étude, organisées par le RT14 de l'AFS en association avec le RT27 et l'ADHC, se proposent de questionner l’état et l’histoire de la sociologie des arts et de la culture sous un angle particulier, jusqu’ici traité de manière trop éclatée : celui des frontières qui bornent et traversent la spécialité. La portée des ces journées à visée épistémologique réside dans les questions fondamentales qu’elles permettent de poser à la spécialité : celle de la division du travail scientifique en sous-champs disciplinaires et du risque d’atrophie du « versant généraliste » de la discipline ; celle des rapports de chaque spécialité avec son objet et du risque d’abandon de sa dimension objectivante ; celle de ses rapports avec sa propre histoire et du risque de « repli des sociologues dans le présent ». Ces frontières, externes ou internes, sont aussi des limites au double sens du terme : elles menacent le travail scientifique d’autant plus fortement qu’elles restent méconnues et d’autant plus longtemps qu’elles restent impensées.

Annonce

Argumentaire

Un peu plus de dix ans après sa naissance, le quatorzième Réseau Thématique (RT14) de l’Association française de sociologie (AFS) souhaite prendre part à l’effort d’objectivation de la « sociologie des arts et de la culture » et se positionner en tant qu’espace de réflexion sur le sous-champ disciplinaire qu’il contribue à fédérer. À ce titre, il est apparu pertinent d’associer le RT27 « Sociologie des intellectuels et de l’expertise » qui a par le passé accordé une large place à des objets proches de ceux du RT14.

Ces journées d’étude – auxquelles les chercheurs non-statutaires (doctorants et docteurs) sont particulièrement encouragés à participer – ont une visée épistémologique. Elles se proposent de questionner l’état et l’histoire de la sociologie des arts et de la culture sous un angle particulier, jusqu’ici traité de manière trop éclatée : celui des frontières qui bornent et traversent la spécialité. Elles invitent à poser non seulement la question de ce qui distingue la spécialité de « l’extérieur » (relations avec les autres sous-champs de la sociologie, rapports plus ou moins distanciés avec ses objets d’étude, liens avec les disciplines traitant des mêmes objets), mais aussi des questions à la sociologie des arts et de la culture « en interne » (contours des objets artistiques et/ou culturels dont elle traite).

Ces journées sont donc d’abord l’occasion d’engager un véritable travail de réflexivité, que ce soit à partir de terrains de recherche (personnels ou collectifs) ou en se prêtant à une véritable sociologie de la sociologie des arts et de la culture. Leur portée réside également dans les questions fondamentales qu’elles permettent de poser à la spécialité : celle de la division du travail scientifique en sous-champs disciplinaires et du risque d’atrophie du « versant généraliste[1] » de la discipline ; celle des rapports de chaque spécialité avec son objet et du risque d’abandon de sa dimension objectivante ; celle de ses rapports avec sa propre histoire et du risque que peut représenter, à cet égard, un « repli des sociologues dans le présent[2] ». Ces frontières, externes ou internes, sont aussi des limites au double sens du terme : possiblement trop poreuses, possiblement trop hermétiques, elles menacent le travail scientifique d’autant plus fortement qu’elles restent méconnues et d’autant plus longtemps qu’elles restent impensées.

Axes thématiques

Axe 1 : Les frontières extérieures de la sociologie des arts et de la culture

Sous-axe 1.1. La sociologie des arts et de la culture & les autres branches de la sociologie

Quelles relations entretient la sociologie des arts et de la culture avec les objets, les problématiques, les concepts et les méthodes qui dépendent traditionnellement d’autres sous-champs disciplinaires (sociologie de l’éducation, sociologie politique, sociologie du travail, sociologie économique, sociologie des intellectuels, etc.) ? Quelles sont les difficultés et les gains scientifiques engendrés par ces relations ? Sont attendues ici des communications mobilisant des outils conceptuels et méthodologiques issus des autres branches de la sociologie ou portant sur des objets également travaillés par ces autres domaines. Seront par exemple bienvenues des interventions traitant des usages politiques de l’art, de l’engagement politique des artistes et de leur position au sein du champ intellectuel, permettant de comparer ou de croiser les approches de la sociologie de l’art, de la sociologie des intellectuels ou encore de la sociologie des mobilisations.

Sous-axe 1.2. La sociologie des arts et de la culture & les arts et la culture

Quels rapports la sociologie des arts et de la culture entretient-elle avec les arts et la culture, c’est-à-dire avec ses objets d’étude ? D’un point de vue historique, la sociologie de l’art a d’abord été le fait, à partir des années 1950, d’amateurs et d’artistes avant d’être le terrain de recherche des sociologues les plus reconnus. D’un point de vue épistémologique, cette pratique encore extrêmement fréquente de « l’engagement » des sociologues des arts et de la culture dans le domaine qu’ils étudient[3], facilités par la nature socialement attractive et valorisante de celui-ci, peut comporter le risque d’une relation enchantée à leur objet d’étude. En outre, la multiplication des sollicitations des institutions culturelles à produire des études invite à interroger les effets de cette « co-construction » de la recherche sur les objets et les méthodes mobilisées, voire sur les problématiques développées au sein de la spécialité. Sont attendues ici des communications qui explicitent le rapport plus ou moins distant des intervenants à leur objet de recherche, qui analysent les efforts de distanciation entrepris dans le contexte du travail d’objectivation sociologique et les difficultés rencontrées dans cette démarche, ou, au contraire, qui soulignent les bénéfices scientifiques retirés d’un rapport de proximité à l’objet de recherche produisant lui aussi de nombreux discours d’objectivation.

Axe 2 : Les frontières intérieures de la sociologie des arts et de la culture

Sous-axe 2.1. Art ou arts ? Culture ou cultures ?

Le titre même du RT14 a une histoire : autrefois « sociologie de l’art et de la culture », le RT s’intitule désormais « sociologie des arts et de la culture » et pourrait être appelé à évoluer en « sociologie des arts et des cultures ». Que signifient ces pluriels ? Quel sens ont-ils au-delà du simple affichage d’un éclectisme distingué ? Traduisent-ils effectivement un changement dans les pratiques de recherche, devenues attentives à la diversité des formes artistiques et culturelles et non plus seulement aux formes légitimes ? Ne traduisent-ils pas simplement les évolutions récentes de la « distinction », d’une manifestation de familiarité et d’exclusivité à l’égard d’un nombre restreint de pratiques artistiques et culturelles légitimes à la manifestation d’un certain éclectisme[4] ? Les intervenants qui s’inscriront dans ce sous-axe pourront expliciter dans quelle mesure leur(s) objet(s) de recherche questionne(nt) la frontière entre des pratiques artistiques et culturelles légitimes et des pratiques plus « populaires » ou moins institutionnalisées, et interroge ainsi ce qui est « arts et culture » et ce qui ne l’est pas, c’est-à-dire le territoire-même de la sociologie des arts et de la culture.

Sous-axe 2.2. Art(s) & culture(s)

La séparation entre les objets de recherche qui relèvent de la sociologie de l’art et ceux qui relèvent de la sociologie de la culture n’est pas toujours aisée. En témoigne par exemple la tendance à classer les pratiques artistiques « amateur » dans les « pratiques culturelles ». Sont attendues des communications portant sur des objets de recherche ou des concepts situés au croisement des pôles artistique et culturel et explicitant les gains et les difficultés scientifiques posés par une telle situation et ses effets en termes de construction de l’objet et de méthodologie.

Axe 3 : Socio-histoire de la sociologie des arts et de la culture sous l’angle de ses frontières extérieures et intérieures

Ce troisième axe invite à penser les frontières précédemment mentionnées sous une perspective socio-historique. Il s’agit d’interroger les frontières extérieures et intérieures de la sociologie des arts et de la culture en termes de ruptures et de continuités, non plus à partir d’un objet de recherche particulier mais en prenant pour objet le domaine lui-même, ses « pratiquants » et ses « gardes-frontières » institutionnels (associations, revues, laboratoires, etc.). En écho aux différents sous-axes du présent appel, les communications attendues ici pourront répondre à quatre séries de questions :

- Comment s’est constituée la sociologie des arts et de la culture en France, comment ont évolué ses liens avec les autres spécialités de la sociologie et quelle est l’histoire de sa position institutionnelle (au sein des instances représentatives, revues, universités, etc.) ?

- Comment ont évolué les rapports qu’entretiennent les sociologues des arts et de la culture avec leurs objets de recherche (entre multipositionnalité et investissement exclusif dans la recherche, entre pluridisciplinarité et référence exclusive à la sociologie) ?

- Comment ont évolué les objets de recherche travaillés en sociologie des arts et de la culture sous l’angle de la définition plus ou moins restrictive donnée aux catégories d’« art » et de « culture » ?

- Comment se sont constitués les places et les poids respectifs de la sociologie des arts et de la sociologie de la culture ? On pourra par exemple s’interroger sur leur place respective au sein des institutions du sous-champ (le RT14, mais aussi le CR18 de l’AISLF, le GDRI OPuS, la revue Sociologie de l’Art…), ou encore sur l’effet, dans cet équilibre, des recherches financées par le ministère de la Culture.

Il est également possible de mettre en perspective ces évolutions par le biais d’une comparaison internationale. Cette dimension internationale pourra en outre donner lieu à des interventions portant sur les frontières nationales de la sociologie des arts et de la culture. On pourra en particulier se demander comment s’est opérée l’importation de courants, de références et d’auteurs étrangers au sein de cette branche de la sociologie (H. Becker, les Cultural Studies, etc.) et quels effets cette importation a pu avoir sur son histoire et son évolution.

Axe 4 [coordonné par le RT14 et l’ADHC[5]] : Les arts et la culture, un objet aux frontières de la sociologie et de l’histoire

Dans la lignée des travaux de Raymonde Moulin, cet axe interrogera l’articulation de l’histoire et de la sociologie des arts et de la culture. Lors du colloque de Marseille de 1985, plusieurs historiens avaient été invités : M. Rebérioux, D. Poulot, P. Ory, D. Gamboni… Or, près de trente ans après ce colloque séminal, la tradition d’un dialogue interdisciplinaire autour des arts et de la culture semble s’être quelque peu perdue. Cet axe invite à une réflexion sur cette question, à travers des propositions de communication émanant d’historiens ou de sociologues, individuels ou en équipe bi-disciplinaire, qui pourront traiter des thématiques suivantes :

- Si histoire de l’art, histoire culturelle et sociologie des arts et de la culture traitent aujourd’hui encore sensiblement des mêmes objets, peut-on parler d’une telle proximité en ce qui concerne les méthodes et les manières de traiter les objets culturels ? On peut notamment se demander si les sociologues et les historiens du culturel ont un usage similaire des archives, des méthodes quantitatives ou de l’entretien. Quelles conséquences ces appropriations disciplinaires distinctes du culturel peuvent avoir en amont sur la construction des objets et en aval sur les résultats des recherches ?

- On pourra également se poser la question de la variété des approches théoriques mobilisées par l’histoire et la sociologie des arts et de la culture, telles l’histoire structurale prônée par P. Bourdieu, l’histoire sociale de l’art héritée du marxisme, la sociologie historique, les études culturelles ou encore la socio-histoire. Ces différentes écoles de pensée ont-elles été/sont-elles des espaces où, comme leur intitulé l’indique, l’interdisciplinarité a été mise en pratique ?

- D’un point de vue plus épistémologique, quels sont les rapports des sociologues à l’histoire et à l’histoire de l’art (de la littérature, de la musique, etc.) et quels sont les rapports des historiens du culturel à la sociologie ? On pourra ainsi se demander s’il existe un corpus de références qui serait commun à l’histoire et à la sociologie, ou s’il y a des auteurs d’une discipline plus volontiers cités par l’autre en matière d’arts et de culture (à l’instar de R. Darnton et R. Chartier par les sociologues ou de P. Bourdieu et R. Moulin par les historiens). À l’inverse, existe-t-il des transferts conceptuels difficiles voire impossibles et pour quelles raisons ?

- Enfin, on invite tout particulièrement des exposés de recherches issues d’une collaboration interdisciplinaire active entre historiens et sociologues du culturel. Pour les recherches passées, une histoire de ces collaborations est-elle possible ? Quelques exemples pourraient être privilégiés, notamment autour du marché de l’art contemporain ou des professions artistiques. Pour les recherches plus actuelles, quels sont les avantages et les inconvénients de l’interdisciplinarité en pratique(s) dans le domaine des arts et de la culture ?


[1] A. Caillé, « La situation actuelle de la sociologie », SociologieS, mis en ligne le 06 juillet 2011 [URL : http://sociologies.revues.org/3548 ].

[2] N. Elias, « Le repli des sociologues dans le présent », Genèses, no 52, 2003, p. 133-151.

[3] D. Naudier et M. Simonet, Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et engagements, Paris, La Découverte, 2011.

[4] R. A. Peterson, « Understanding Audience Segmentation: From Elite and Mass to Omnivore and Univore », Poetics, vol. 21, no 4, p. 243-258, 1992 ; P. Coulangeon, Les Métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui, Paris, Grasset, 2011.

[5] Association pour le développement de l’histoire culturelle, fondée en 2000 et présidée par Pascal Ory.

Format attendu des réponses à l’appel à communication

  • - Auteur(s)
  • - Statut(s)
  • - Discipline(s)
  • - Établissement(s) et laboratoire(s) de rattachement
  • - Adresse(s) électronique(s)
  • - Titre de la communication
  • - Proposition de numéro(s) de sous-axe(s)
  • - Résumé (environ 3 000 signes espaces compris)
  • - Principales références bibliographiques
  • - Langue : français ou anglais.

Calendrier

- 15 mai 2014 : date limite pour l’envoi des propositions de communication ;

- 15 juin 2014 : communication du résultat de la sélection après évaluation par deux membres du comité scientifique ;

- 20 octobre 2014 : date limite pour l’envoi des textes supports des interventions (20 minutes) au comité d’organisation (pour transmission aux discutants).

Adresse de correspondance et d’envoi des propositions de communication : rt14.afs@gmail.com

Comité scientifique et d’organisation

Le comité scientifique et d’organisation est constitué :

- de l’ensemble des membres du bureau du RT14:

  • Géraldine Bois (ENS/Université Lyon 2, CMW),
  • Annabelle Boissier (Université d’Aix-en-Provence, LAMES),
  • Chloé Delaporte (Université Paris 3, IRCAV),
  • Marie Doga (Université Grenoble 2, EMC2),
  • Florence Eloy (CNRS/EHESS, CEMS),
  • Irina Kirchberg (Université Paris-Sorbonne, OMF),
  • Wenceslas Lizé (Université de Poitiers, GRESCO),
  • Rokhaya Ndoye (Université Grenoble 2, EMC2),
  • Séverine Sofio (CNRS/Université Paris 8, CRESPPA),
  • Marie Sonnette (CNRS/Université Paris 3, CERLIS)
  • Adrien Thibault (CNRS/Université de Strasbourg, SAGE) ;

- du RT27:

  • Frédéric Chateigner (CNRS/Université de Strasbourg, SAGE),
  • Laurent Jeanpierre (CNRS/Université Paris 8, CRESPPA)
  • Jérôme Pacouret (EHESS, CESSP)

- de l’ADHCt:

  • Pascal Ory (CNRS/Université Paris 1, CHS)
  • Julie Verlaine (CNRS/Université Paris 1, CHS) .

Lieux

  • 17 rue de la Sorbonne
    Paris, France (75005)

Dates

  • jeudi 15 mai 2014

Mots-clés

  • sociologie, art, culture, frontières, épistémologie, intellectuels, histoire, RT14, RT27, ADHC

Contacts

  • du RT14 Le Bureau
    courriel : rt14 [dot] afs [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Adrien Thibault
    courriel : adrien [dot] thibault [at] misha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La « sociologie des arts et de la culture » et ses frontières », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 22 avril 2014, http://calenda.org/283046