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Architectures distribuées et réappropriations de l’internet

« Reclaiming the Internet » with distributed architectures

Droits, techniques, usages, innovation

Rights, technologies, practices, innovation

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Publié le lundi 05 mai 2014 par João Fernandes

Résumé

Le colloque final du programme ADAM, ouvert à des disciplines variées telles que les Science and technology studies, les sciences de l’information et de la communication, l’économie, le droit et l’ingénierie des réseaux, s’attache à explorer ces enjeux à l’aune d’une question centrale. Avec la centralisation de plus en plus affichée d’internet et les excès de surveillance qu’elle autorise, quelle place et quel rôle joue la (re-) décentralisation des architectures techniques des réseaux, en un moment historique où les atteintes à la vie privée et les pratiques de surveillance sont très souvent inscrites (embedded) dans l’architecture technique ? Les architectures de réseau distribuées et décentralisées sont-elles des occasions de réappropriation des services internet - des outils techniques et de gouvernance susceptibles de renouer avec l’organisation originelle du cyberespace ?

Annonce

Argumentaire

Le programme de recherche ADAM – Architecture distribuée et applications multimédias (adam.hypotheses.org) (1) étudie les implications techniques, politiques, sociales, socio-culturelles et légales des architectures de réseau distribuées. Ce terme désigne un type de réseau doté d’un certain nombre de caractéristiques : un réseau composé de multiples unités de calcul, capable de réaliser son objectif en partageant ressources et tâches, tolérant la défaillance de nœuds individuels et donc sans point unique d’échec, capable de passer à l’échelle de manière souple. Au delà de cette définition technique simplifiée, le choix, de la part d’ingénieurs et concepteurs des services Internet, de développer ces architectures par rapport aux modèles centralisés très répandus aujourd’hui, a de nombreuses implications pour l’utilisation quotidienne des services en ligne, ainsi que pour les droits des internautes.

Le colloque final du programme ADAM, ouvert à des disciplines variées telles que les Science and technology studies, les sciences de l’information et de la communication, l’économie, le droit et l’ingénierie des réseaux, s’attache à explorer ces enjeux à l’aune d’une question centrale. Avec la centralisation de plus en plus affichée d’internet et les excès de surveillance qu’elle autorise, quelle place et quel rôle joue la (re-) décentralisation des architectures techniques des réseaux, en un moment historique où les atteintes à la vie privée et les pratiques de surveillance sont très souvent inscrites (embedded) dans l’architecture technique ? Les architectures de réseau distribuées et décentralisées sont-elles, comme le suggère Philippe Aigrain (2), des occasions de réappropriation des services Internet - des outils techniques et de gouvernance susceptibles de renouer avec l’organisation originelle du cyberespace ?

Axes thématiques

Les communications pourront s’articuler autour d’un ou plusieurs des quatre axes de réflexion suivants, mais ne doivent pas forcément s’y conformer.

  • Un « retour aux origines » ? Passé et présent des architectures distribuées. Le modèle initial de l’Internet suppose une organisation décentralisée et symétrique – non seulement en termes de consommation de bande passante, mais aussi en termes de contact, relation et communication entre machines. Au milieu des années 1990, l’explosion commerciale de l’Internet en change radicalement la forme, révélant bientôt les limites - du point de vue du fonctionnement du réseau et de son « usabilité » pour les internautes - d’un modèle qui présuppose une coopération active de tous les membres du réseau. Aujourd’hui, dans un monde de services Internet où les flux et les données convergent vers quelques géants, les expérimentations en matière d’architecture distribuée sont vues comme un retour aux origines. Serait-ce pertinent de considérer ces dynamiques comme co-existence générique de différents niveaux de centralisation des ressources, de hiérarchisation des pouvoirs, et de coopération des internautes plutôt que comme domination d’un principe organisationnel à différents moments de l’histoire ? A-t-on affaire à une « guerre des mondes », dont les tensions autour de la surveillance ne sont que l’illustration la plus récente ?
  • La (re-)décentralisation, une alternative durable pour l’écologie Internet ? Les caractéristiques techniques des architectures distribuées (efficacité, mise en relation directe, tolérance aux pannes) et leur capacité à promouvoir l’émergence de principes organisationnels, sociaux et légaux (sécurité, privacy, reconnaissance de droits) offrent des nouvelles pistes d’exploration et de maintien des équilibres au sein de l’écologie Internet. En même temps, la route vers la re-décentralisation est loin d’être linéaire. Selon les modalités d’agrégation, les dispositifs de mise en visibilité, les outils de communication fournis, et la nature des modèles d’affaire concernés (voir la difficulté à en envisager de durables), les usagers qui constituent les nœuds des systèmes P2P peuvent produire des collectifs très différents dans leur nature, leur extension et leur motivation à s’investir dans les systèmes distribués. Plusieurs fournisseurs d’accès au réseau, ayant programmé leurs systèmes sur l’idée que les usagers passent le plus clair de leur temps en ligne à télécharger données et informations depuis des serveurs centraux, soulèvent des objections de nature économique aux modèles P2P. Enfin, les développeurs eux-mêmes doivent parfois, lors du passage à l’entrepreneuriat, revoir leur choix de décentralisation, face à des appropriations inattendues par les utilisateurs, l’impossibilité de rendre aisée la technologie distribuée au grand public, ou encore la simplicité, séductrice pour le « contrôleur », des modèles d’affaires et des infrastructures centralisé(e)s.
  • Décentralisation et nouvelles répartitions de compétences, autorisations, droits. Comment l’architecture distribuée redéfinit-elle les compétences, la capacité de contrôle, les droits des utilisateurs ? Comment le droit peut-il accompagner les pratiques et leur diversité, au lieu de les contrer ? La décentralisation des services Internet pose de nombreuses questions au croisement entre droit et technique. Quelles sont les différences par rapport aux architectures centralisées que les utilisateurs ne peuvent pas modifier, et dans lesquelles les données sont stockées sur des serveurs centraux détenus par les fournisseurs de services? Quelles sont les implications des emplacements physiques des contenus, des types spécifiques de licences, des procédures de collecte et gestion de données ? En quoi l'introduction dans l'architecture technique d'éléments tels que l'encryptage, la fragmentation des fichiers, la mise à disposition d'espace disque, a-t-elle des conséquences pour l’encapacitation (empowerment) et la montée en compétence des utilisateurs ? Si c’est surtout le droit d’auteur qui a d’abord été chamboulé par les réseaux P2P « première génération », les services Internet décentralisés nous amènent à concentrer notre attention sur des questions telles que la redéfinition des notions de créateur et de distributeur, ou la responsabilité des intermédiaires techniques, l’inscription de l’exécution du droit dans les dispositifs techniques.
  • Quels sont les modèles communicationnels en jeu dans ces nouvelles infrastructures et architectures ? Les services internet  distribués ont transformé et transforment toujours aujourd’hui la façon dont les acteurs se représentent leurs capacités communicationnelles et leurs responsabilités dans le partage de l’information. L’encapacitation des utilisateurs ouverte par nombre de ces services peer-to-peer qui tendent de plus en plus à devenir mobiles, auto-configurables et flexibles dans leurs utilisations et dans les fonctions qu’ils offrent ouvre des perspectives innovantes sur les fonctionnalités des infrastructures de communication et leurs capacités de médiation entre des acteurs. De quelle manière cette évolution transforme-t-elle les données et les canaux d’information ? Comment les valeurs de ces architectures et les relations entre leurs participants sont-elles représentées face aux autres services internet mais également à l’intérieur des sphères où l’on conçoit, discute et fait circuler ces objets ? Quelles sont les nouvelles formes de contribution, Qu’engagent-elles des pratiques pédagogiques et de litératies partagées ? Enfin, de quelles manières ces infrastructures distribuées interrogent-elles la notion de bien commun informationnel ?

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Nous sollicitons des propositions de communication en français et en anglais, sous la forme d’un résumé de 500-800 mots, à l’adresse francesca.musiani@mines-paristech.fr. La date limite pour l’envoi des propositions est le 

15 mai 2014 

et le comité de programme enverra les notifications d’acceptation au plus tard le 6 juin 2014. Les articles complets devront nous parvenir au plus tard le 15 septembre 2014 (le colloque ayant lieu à Paris, le 2 et 3 octobre 2014). Des possibilités de publication collective (ouvrage ou numéro spécial d’une revue) seront envisagées par la suite.

Equipe du projet ADAM et comité de programme

  • Maya Bacache, Département SES, Télécom ParisTech
  • Danièle Bourcier, CERSA, CNRS
  • Primavera De Filippi, CERSA, CNRS
  • Isabelle Demeure, INFRES, Télécom ParisTech
  • Mélanie Dulong de Rosnay, ISCC, CNRS
  • Annie Gentès, CoDesign Lab, Télécom ParisTech
  • François Huguet, CoDesign Lab, Télécom ParisTech
  • Alexandre Mallard, CSI, MINES ParisTech
  • Cécile Méadel, CSI, MINES ParisTech
  • Francesca Musiani, CSI, MINES ParisTech

(1)  Financé par l’ANR (Programme CONTINT - Contenus et Interactions)

(2)  Aigrain, P. (2010). “Declouding Freedom: Reclaiming Servers, Services and Data.” In 2020 FLOSS Roadmap (2010 Version/3rd Edition), https://flossroadmap.co-ment.com/text/NUFVxf6wwK2/view/

Dates

  • jeudi 15 mai 2014

Mots-clés

  • sts, peer-to-peer, architectures distribuées, internet, privacy, centralisation, décentralisation

Contacts

  • François Huguet
    courriel : huguet [dot] f [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • François Huguet
    courriel : huguet [dot] f [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Architectures distribuées et réappropriations de l’internet », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 05 mai 2014, http://calenda.org/284166