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Les spin doctors du petit écran

Spin doctors on television

Productions, représentations et réceptions des conseillers en communication politique dans les séries télévisées

The production, representation and reception of political communication advisers television series

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Publié le lundi 12 mai 2014 par João Fernandes

Résumé

Ce dossier de la revue Politiques de communication s’intéressera aux conditions de production des séries télévisées (politiques) créées en Australie, au Danemark, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni, qui mettent en scène des personnages de conseiller-e-s en communication et en marketing politique. Il analysera aussi les réceptions de ces fictions, en particulier de ces personnages de spin doctors.

Annonce

Argumentaire

Si les séries télévisées policières, judiciaires, médicales ou celles ciblant un public adolescent ou féminin ont déjà fait l’objet de nombreux travaux universitaires, ce dossier de la revue Politiques de communication entend s’intéresser aux conditions de production et aux réceptions d’un type de fictions sérielles contemporaines demeurées le « parent pauvre » des analyses : les séries télévisées politiques, qui n’ont pas encore réellement fait l’objet d’études spécifiques en France. Apparues au début des années 1980 au Royaume-Uni, elles mettent en scène des événements politiques fictionnels et/ou se réapproprient, en les retravaillant – compte tenu des enjeux narratifs et du langage qui leur sont propres –, des événements politiques réels, dans un pays lui-même réel, combinant ainsi plus ou moins étroitement fiction et réalité. Depuis la fin des années 1990 en particulier, sur le modèle des produits HBO, elles relèvent d’une stratégie de diversification de l’offre des chaînes et constituent une ressource commerciale centrale dans l’espace national et international éminemment concurrentiel des produits télévisuels sériels. Plus précisément, ce dossier se donne pour objectif d’interroger les représentations que ces séries contemporaines construisent d’une figure télévisuelle devenue récurrente, celle du conseiller en communication et en marketing politique, que ce dernier constitue un personnage principal ou secondaire de la narration.

Le terme de « conseiller en communication politique » sera entendu ici au sens large, notamment pour tenir compte des spécificités nationales dans les définitions et les conditions d’exercice du métier, et inclura donc les conseillers politiques « spéciaux » intervenant plus ou moins ponctuellement en matière de communication, les attachés de presse et les chargés de relations publiques/médias des professionnels de la politique, les directeurs de campagnes électorales... Si leur rôle semble s’être accru avec l’essor d’Internet, des chaînes d’information en continu et des réseaux sociaux, leur légitimité reste cependant contestée, dans la réalité comme dans les fictions télévisuelles. Ces dernières donnent ainsi un coup de projecteur – qui se présente tantôt comme « réaliste », tantôt comme satirique dans le genre hybride des séries comiques produites essentiellement dans les pays anglo-saxons sur le mode du « faux documentaire » (« mockumentary ») –, sur une fonction controversée et/ou (le pouvoir de) celles et ceux qui l’exercent dans les démocraties représentatives contemporaines : les spin doctors. Méconnu-e-s du « grand public », d’ordinaire peu visibles dans la « vie réelle » où ils fuient la médiatisation et cultivent la discrétion voire le secret (souvent associé au mensonge et à la manipulation dans les séries politiques comme dans le sens commun), ces (coûteux) hommes – ou femmes – « de l’ombre », aux méthodes pas forcément « orthodoxes », sont l’objet de nombre de fantasmes sociaux et politiques.

Au-delà de leur fonction de divertissement, ces séries, satiriques ou non, qui mettent en fiction les professionnel-le-s de la politique et leurs conseillers en communication, révèlent les représentations socioculturelles de leur pays d’origine, autant qu’elles participent à les (re)construire socialement. Si elles peuvent assumer des prétentions didactiques, elles véhiculent une vision tantôt sombre, tantôt idéalisée du monde et des professions politiques. Elles proposent une réflexion politique parfois incisive, et produisent un discours critique plus ou moins radical et subversif sur les institutions et les acteurs politiques des sociétés contemporaines, dont les (dys)fonctionnements, les contradictions, les dérives (cynisme, arrivisme, machiavélisme, manipulation, corruption, amoralité, irresponsabilité, individualisme, inertie…) et, au final, l’impuissance sont parfois vigoureusement contestés d’un point de vue éthique. Séparant rarement – même si sous des modalités et selon des schèmes narratifs divers – politique et morale, les séries prétendent interpeller l’espace public, et lancer le débat sur le fonctionnement des institutions politiques de démocraties représentatives occidentales « en crise », notamment au travers de ce personnage récurrent du spin doctor, qui permet un dévoilement de l’implicite de la vie politique.

Nous avons choisi de limiter le corpus aux séries mettant en scène de manière régulière ou plus ponctuelle un ou plusieurs conseiller-e-s en communication politique, à titre de personnage principal ou secondaire, et produites dans cinq pays :

  • le Royaume-Uni, largement précurseur en la matière dès le début des années 1980, qui dispose d’une réelle tradition de production de séries politiques, en particulier satiriques, diffusées en nombre sur les chaînes publiques de la BBC et sur ITV. Peu exportées, elles peuvent en revanche faire l’objet d’adaptations aux États-Unis. Marquées par une grande liberté de ton, ces fictions télévisuelles se montrent également très réactives aux événements d’actualité réels, avec des programmes tels Yes Minister (BBC, 1980-1984), Yes Prime Minister (BBC2, 1986-1988) et Yes Prime Minister 2013 (Gold, depuis 2013), The New Statesman (ITV1, 1987-1992), No Job for a Lady (ITV, 1990-1992), Absolute Power (BBC2, 2003-2005), The Thick of It (BBC4 et BBC 2, 2005-2012), mais aussi des séries plus « sérieuses », telles A Very British Coup (Channel Four, 1988) et son remake Secret State (Channel Four, 2012), The House of Cards UK (BBC, 1990) et sa première suite To Play the King (BBC1, 1993), GBH (Channel Four, 1991), The Project (BBC1, 2002) et Party Animals (BBC2, 2007).
  • les États-Unis, qui ont marqué et renouvelé le genre à partir de la fin des années 1980 et surtout du milieu des années 1990, avec des séries politiques très largement diffusées dans le monde. Certaines sont des mockumentaries, ouvertement satiriques, comme Tanner 88 (HBO, 1988), Spin City(ABC, 1996-2002), That’s My Bush (Comedy Central, 2001), Tanner on Tanner (Sundance Channel, 2004), 1600 Penn (NBC, 2012-2013), Battleground (Hulu, depuis 2012) ou encore Veep (HBO, depuis 2012). D’autres sont, là aussi, plus « sérieuses », à l’instar de la plus connue, The West Wing (NBC, 1999-2006), mais aussi K Street (HBO, 2003), Mister Sterling (NBC, 2003), Commander in Chief (ABC, 2005-2006), Boss (Starz, 2011-2012), Political Animals (USA Network, 2012), Scandal(ABC, depuis 2012) ou The House of Cards USA (Netflix, depuis 2013). On a choisi d’ajouter à cette liste les 12 épisodes de la saison 3 (2004) de The Wire, (HBO, 2002-2008), centrés sur les luttes politiques pour le leadership de la ville de Baltimore, ainsi que les deux premières saisons du remake de la série policière danoise Forbrydelsen, The Killing USA (AMC et Netflix, depuis 2011), compte tenu de l’importance, dans le déroulement de l’intrigue, de deux personnages de communicants (Gwen Eaton et Jamie Wright).
  • l’Australie, où la chaîne ABC1 a consacré en 2008 une série satirique aux spins doctors, baptisés les Hollowmen. On pourra y ajouter une seconde série comique, également diffusée par ABC1 en 2011, At Home with Julia.
  • le Danemark, dont certaines séries connaissent depuis les années 2010 un succès sans précédent dans le monde, même si c’est surtout Borgen(DR1, 2010-2013), qui nous retiendra le plus ici. On pourra y adjoindre les saisons 1 et 3 de Forbrydelsen (DR1, 2007-2013), compte tenu de la présence et de l’importance, dans cette série policière à succès, de conseillers en communication politique.
  • enfin, la France, où les – rares – (mini-)séries politiques mettant en scène des communicants, qui apparaissent au début des années 2000, sont de durée plus courte, ne sont pas toujours des succès d’audience et ne s’exportent guère : Rastignac ou les ambitieux (France 2, 2001) ; L’État de Grace (France 2, 2006) ; Hénaut Président (Paris Première,2007) ; Les Hommes de l’ombre (France 2, depuis 2012). On pourra ajouter à cette liste deux séries diffusées par Canal +, La Commune (2007) et Reporters (2007-2009), dans la mesure où les personnages de spin doctors contribuent également à faire avancer les intrigues de manière déterminante.

Souvent diffusées en prime time, certaines séries sont très connues et ont battu des records d’audience, tant dans leur pays d’origine que dans ceux vers lesquels elles ont été exportées, alors même que de nombreuses recherches constatent, depuis les années 1990, un phénomène – complexe – de désintérêt croissant d’une majorité de citoyens pour la politique et de rejet massif de ses professionnels, qui se traduit notamment par une progression régulière de l’abstention en Europe et aux États-Unis. Certaines fictions sérielles, moins connues, se prêtent assez mal à l’exportation, tant elles supposent une (très) bonne connaissance de l’actualité politique nationale – avec laquelle elles sont souvent en prise directe – pour être comprises, en particulier pour que les gags et jeux de mots produisent les effets comiques escomptés dans le cas des mockumentaries. Mais, dans la mesure où la diffusion en DVD, en VOD sur certaines chaînes payantes, mais aussi les plateformes Internet, légales ou non, de streaming et de téléchargement, en plein essor, permettent de visionner ces dernières avec, qui plus est, des sous-titres proposés directement par des fans (le fansubbing), de manière quasi-simultanée à leur diffusion nationale initiale partout dans le monde, on a néanmoins choisi de les intégrer au corpus, ces pratiques intermédiatiques induisant en outre des usages diversifiés et spécifiques des séries concernées.

Axes thématiques

Dans tous les cas, participant de la construction sociale de la réalité (politique), ces séries soulèvent des questions saillantes pour les sciences sociales et politiques. Ce dossier de la revue Politiques de communication sera divisé en deux parties : la première s’intéressera aux conditions de production de ces séries politiques et des figures de conseiller-e-s en communication politique qu’elles dessinent ; la seconde analysera les réceptions de ces fictions, en particulier des personnages de spin doctors. Les contributions attendues s’articuleront ainsi autour de ces deux axes.

Au niveau du processus de production, il s’agira de comprendre quelles représentations du fonctionnement explicite et implicite du champ politique ces séries diffusent et comment ces représentations sont construites. Il conviendra aussi d’interroger les fonctions et les rôles concrets qu’occupent les communicants politiques dans ce fonctionnement, et d’analyser leur place dans l’économie de la narration et dans les dispositifs dramaturgiques.

  • Plus spécifiquement, on pourra analyser sociologiquement comment se fabrique concrètement et collectivement – d’un point de vue esthétique, narratif, idéologique, politique… – la figure (plus ou moins réaliste/vraisemblable) du conseiller en communication politique dans les séries télévisées qui le mettent en scène, sous quelles contraintes (temps, budget…), selon quels styles ou procédés narratifs et quelles dramaturgies, en s’appuyant sur quels acteurs, etc. Quel est le parcours du communicant ? Que sait-on de sa biographie ? Quelle place occupe ce personnage dans l’économie de la narration ? Quelles sont ses relations avec les autres personnages ? Mais aussi, comment les différents intervenants dans la production de telles séries jouent-ils de ce personnage principal ou de cet « adjuvant » pour maintenir le suspense, dévoiler l’implicite de la vie politique, tenter de renouveler le genre, etc. ? Comment se manifeste leur part d’inventivité ? En effet, ces séries télévisées sont le fruit d’un travail de création collective, divisé et rationalisé, mobilisant un « showrunner » (auteur-producteur exécutif garant de l’esprit de la série et gérant les relations avec la chaîne commanditaire), une équipe élargie de scénaristes (parfois très politisés et/ou engagés politiquement), et différents types d’experts politiques et de conseillers en communication politique, souvent associés à l’écriture des scénarii – quand ils ne jouent pas leurs propres rôles. En analysant l’origine sociale de ces showrunners et de ces scénaristes, leurs parcours professionnels antérieurs, leurs dispositions, leurs capitaux culturels – notamment scolaires –, leur socialisation et leurs orientations politiques, leur éventuel passé militant, leurs représentations du métier etc., on s’interrogera aussi sur les rôles que ces acteurs attribuent à la fiction politique télévisuelle mettant en scène des communicants.
  • On questionnera également les valeurs et problématiques explicitement ou implicitement idéologiques et politiques portées par ces spin doctors télévisés. Apparaissent-elles ou cherchent-elles à apparaître comme « réalistes » et, si oui, en quoi, comment « l’effet de réel » est-il produit d’un point de vue narratif (références politiques, économiques, juridiques d’actualité ou historiques – par exemple, citations de textes constitutionnels réels, mobilisation de la jurisprudence de la Cour Suprême pour les séries américaines, évocations et/ou usages de crises internationales réelles, citations de théoriciens politiques… –, et/ou à des figures de professionnels de la politique et/ou de la communication réels, usages de chiffres et de statistiques réels (références aux budgets des États, à des indicateurs économiques…), description du quotidien du travail de spin doctor, utilisation de lieux emblématiques réels – la Situation Room, leCapitole et le Sénat etc.) ? Plus spécifiquement, il serait intéressant d’analyser la manière dont sont mis en scène les processus spécifiques de délibération et de décision lorsque des conflits graves, mettant en danger la sécurité intérieure ou extérieure, doivent être traités par le pouvoir exécutif. Dans les représentations fictionnelles de ces situations, des conseillers en communication politique sont-ils présents ? Si oui, lesquel-le-s ? Á quels conflits psychologiques, à quels dilemmes moraux/éthiques sont-ils soumis de manière récurrente ? Comment se manifestent leurs doutes, leurs cas de conscience ? Quels sont les dispositifs – techniques, interactionnels, rituels… – grâce auxquels ils sont surmontés ? Plus largement, les spin doctors fictifs influent-ils dans la délibération et sur la prise de décision ou les professionnel-le-s de la politique conservent-ils la primauté ? Comment idées et conseils circulent-ils entre conseiller-e-s et conseillé-e-s et comment se distribuent les responsabilités une fois les décisions prises ? Quelles sont les « qualités » supposées des communicant-e-s ? Les faiblesses ou les parts d’ombre qui leur sont attribuées ? Leurs contradictions ? Varient-elles selon le lieu de production de la série ? Le genre des protagonistes ? Leur âge ? Leur origine ethnique ?
  • Ces figures mises en scène subvertissent-elles des stéréotypes ou, au contraire, participent-elles à reproduire des clichés sur les conseillers en communication politique ?
  • Si on compare ces figures telles qu’elles sont construites dans les différentes séries politiques, certaines apparaissent-elles singulières et, si oui, en quoi ?
  • On pourra aussi s’intéresser spécifiquement aux effets produits par le genre des protagonistes des conseillé-e-s et des conseiller-e-s, et les modèles relationnels qui leur sont associés : de fait, les séries retenues dans le corpus mettent en scène les quatre configurations genrées possibles – parfois simultanément, un-e professionnel-le de la politique pouvant disposer des conseils d’un communicant et d’une communicante : un homme politique/un conseiller ; un homme politique/une conseillère ; une femme politique – de plus en plus représentée occupant (avec plus ou moins de bonheur) les fonctions suprêmes dans les séries télévisées/un conseiller ; une femme politique/une conseillère. On pourrait ainsi, par exemple, étudier si les valeurs, « qualités », rôles (influence sur le-a professionnel-le de la politique et/ou sur « l’opinion publique » versus réassurance du/de la conseillé-e par exemple), comportements, méthodes et ton varient selon le genre du conseiller. Quand le rôle du professionnel de la politique ou de celui de la communication est tenu par une femme, entretient-elle nécessairement des rapports de séduction avec son interlocuteur principal ? A-t-elle la famille et/ou l’amour comme horizon ultime ? Quelles sont les « qualités » que les scénaristes prêtent à ces personnages féminins ? Diffèrent-elles de celles attribuées à leurs homologues masculins ? Quelles sont les normes et les éventuelles (ré)assignations genrées que ces fictions télévisuelles véhiculent à travers la construction des différentes figures de conseillers et conseillères en communication politique ? Certaines figures transgressent-elles les normes de genre habituelles, et si oui, selon quelles modalités, avec quels effets et quelles fortunes ?
  • Comment la fiction rend-elle compte de la complexité, mais aussi de la précarité, du métier de communicant ?
  • Au-delà, on pourra se demander en quoi ces figures de conseillers en communication politique renseignent, de manière plus ou moins déformée, sur le fonctionnement politique explicite et surtout implicite des différentes démocraties représentatives dans lesquelles elles sont supposées s’intégrer. Comment sont mis en scène les enjeux politiques et médiatiques dont les conseillers en communication politique traitent ?
  • In fine, ces séries, qui prétendent souvent débusquer petits ou grands mensonges et manipulations des professionnels de la (communication) politique, révèlent-elles, de la part de leurs créateurs politisés, un désir démocratique de « transparence » ? Ou, plus simplement, en dévoilant dans la durée les arcanes de la vie politique et les mécanismes de la prise de décision, ces fictions sériellesprétendent-elles donner à voir ce que l’on voit rarement ailleurs, i.e. les coulisses, les « dessous » et les « cuisines » de la politique, documentant ainsi une réalité méconnue et cherchant à « instruire » les spectateurs ?

Au niveau de la réception, différentes pistes de recherche peuvent également être évoquées.

  • En les distinguant des téléspectateurs « modèles », ciblés par les créateurs de ces séries, on cherchera à saisir les appropriations et interprétations concrètes, individuelles ou collectives, que les spectateurs réels développent, dans leur diversité socioculturelle (origine sociale, genre, âge, niveau de diplôme, classe sociale, degré de politisation…) – par exemple, leurs rapports aux personnages –, la pluralité des pratiques de consommation, mais aussi les sociabilités et les partages matériels (échanges) et symboliques (discussions…) ordinaires auxquels les visionnages donnent lieu, dans les relations amicales, familiales (inter- ou intra-générationnelles), professionnelles, etc. Comment ces activités s’inscrivent-elles dans le quotidien des récepteurs ?
  • Si les progrès technologiques ont permis aux téléspectateurs d’acheter, de rassembler (légalement ou pas), de partager, et donc aussi, de participer à la découverte et à la circulation des séries à l’échelle de la planète (notamment par la pratique du fansubbing) et de regarder quand et comme ils le veulent les épisodes de leurs séries préférées, on pourra aussi s’interroger sur les manières dont les « addicts » occupent l’attente entre deux saisons par exemple. Il s’agira ici notamment de saisir les pratiques des communautés de fans, notamment sur le Web, leur culture participative numérique sur les réseaux sociaux, les groupes de discussion sur les forums dédiés et sur Facebook, les blogs consacrés aux séries, ou encore l’affirmation des « audiences sociales » sur les réseaux sociaux – Twitter par exemple –, qui permettent aux chaînes de mesurer l’implication des téléspectateurs internautes réagissant de plus en plus souvent en direct par des tweets aux diffusions des séries télévisées. Ces commentaires postés sur Internet influent-ils, en retour, les scénaristes et concepteurs des séries politiques ? Afin de dessiner des communautés de pratiques et de pratiquants, on pourra également se demander si les fans de ces séries politiques suivent également avec assiduité d’autres types de fictions sérielles et/ou s’ils développent des comportements spécifiques par rapport aux fans d’autres séries.
  • Comment se forment les jugements des spectateurs, leurs perceptions du métier de conseiller en communication politique au travers de ces fictions télévisuelles ? Ces figures fictives transforment-elles les représentations existantes ? Vont-elles, par exemple, jusqu’à susciter des « vocations » professionnelles ?
  • Leur dimension pédagogique et didactique, souvent présente et assumée par les concepteurs, est-elle perçue comme telle par les publics ? En effet, ces séries distillent des discours argumentatifs et des informations sur le contenu des Constitutions, le fonctionnement explicite, mais aussi les rouages implicites et les « coulisses » informelles des institutions politiques – notamment des cabinets des exécutifs, des Parlements, des Cours suprêmes –, les dessous de l’organisation des campagnes électorales et des élections, les arcanes du pouvoir – et les conséquences du pouvoir sur la vie de celles et ceux qui l’exercent ou y participent –, le déroulement des carrières des professionnels et leurs prérogatives et obligations, les mécanismes complexes de la prise de décision politique – notamment en situation de crise « grave », internationale ou intérieure –, les jeux de pouvoir entre journalistes, conseiller-e-s en communication et professionnel-le-s de la politique etc., et mettent en scène et en images les fondements même des démocraties représentatives contemporaines : Constitutions dont les textes sont fréquemment cités, respect de la règle de droit, séparation et indépendance des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, « transparence » et droit à l’information pour les médias et les citoyens... Pour asseoir le caractère réaliste/vraisemblable – ou perçu comme tel – de leurs propos, les séries utilisent aussi, on l’a dit, des statistiques réelles sur les budgets des États, des indicateurs économiques… Du coup, remplissent-elles des fonctions d’apprentissage du/de la politique, sont-elles envisagées comme des « outils » de connaissance et de compréhension de l’univers politique ? Peut-on dire qu’elles participent de la transmission auprès des citoyens d’une certaine « culture politique » ? Rehaussent-elles l’intérêt pour la chose politique ?
  • Les enquêtes permettent-elles de mettre à jour des appropriations « braconnes », hétérodoxes, par rapport aux réceptions conformes attendues par les concepteurs des séries ? Existe-t-il des détournements, des « mashups » des personnages des communicant-e-s politiques sur Internet ?
  • On pourra aussi se demander si les téléspectateurs des séries politiques reconnaissent dans le programme leurs propres préférences politiques (si elles existent), même si la série présente, en mobilisant des personnages différents, une pluralité d’orientations idéologiques ;
  • En gardant en tête les conclusions relatives à des effets somme toute limités et indirects des médias de masse, posées dès 1948 par Paul Lazarsfeld dans son enquête dite du « People’s Choice » et face à la pluralité des réceptions, on cherchera également à saisir dans quelle mesure et jusqu’à quel point l’exposition à ces séries télévisées, et en particulier aux figures de conseiller-e-s en communication qu’elles mettent en scène, peut contribuer à activer, former, consolider ou modifier des opinions, attitudes ou comportements politiques. Jouent-elles un rôle actif, de ce point de vue, sur les citoyens, les influencent-elles ? Font-elles, par exemple, progresser la défiance individuelle et collective envers le politique ?
  • Comment les préoccupations des personnages et les péripéties de la vie politique dans lesquelles elles se déploient sont-elles reçues lorsque la série quitte son aire nationale de production pour être exportée vers des pays connaissant d’autres systèmes et configurations politiques, marqués par d’autres réalités médiatiques ? Par exemple, concernant les spectateurs français, des rapprochements sont-ils opérés entre les personnages des séries étrangères et les scandales politiques qui émaillent ces dernières – souvent dévoilés, au fil des épisodes, par le truchement des spin doctors fictionnels – avec des « affaires » réelles survenues en France ? Au-delà, par quels procédés narratifs ces séries parviennent-elles à transcender les contextes politiques nationaux spécifiques de leur déroulement pour s’exporter et être appropriées et appréciées en dehors de leur aire nationale de production ? Les effets perçus de dévoilement d’une sorte d’implicite « universel » de la vie politique des démocraties représentatives occidentales contemporaines suffisent-ils à expliquer les succès d’audience des séries politiques, y compris quand elles sont importées ?
  • Au-delà, comment expliquer sociologiquement les succès d’audience considérables et souvent durables de certaines de ces séries politiques, dans leur pays de production et/ou dans ceux d’exportation – qui ne partagent pourtant pas forcément les mêmes références socioculturelles et politiques –, tandis que d’autres, au contraire, peinent d’emblée à rencontrer un public ?
  • On sait qu’en France comme à l’étranger, de telles séries sont l’objet d’usages pédagogiques de la part d’enseignants de science politique, de communication ou de sociologie. Quels sont ces usages, et quels sont les buts poursuivis ?
  • Il serait également intéressant d’interroger les réceptions de ces séries par les conseillers en communication politique eux-mêmes : se retrouvent-ils (valeurs, pratiques, comportements, méthodes, représentations du métier, ton…) dans ces « miroirs » télévisuels qui leur sont tendus ? Comment appréhendent-ils la « vraisemblance » des personnages mis en scène ? Les expériences professionnelles de ces derniers entrent-elles en résonance avec les leurs – notamment sur le management d’une équipe de communicants, l’usage des concepts et méthodes communicationnels, des images, des slogans, des NTIC ? Estiment-ils que ces représentations des spin doctors sur le petit écran servent ou, au contraire, desservent l’image publique de leur profession, en terme de missions, d’expertise, de compétences, d’efficacité, de professionnalisme, de réputation, de statut, de pouvoir, etc ? Certains personnages fictifs de spin doctors télévisuels servent-ils de modèles (ou de contre-modèles) aux communicants du monde réel ?
  • Enfin, s’appuyant sur les jeux de miroirs et de reflets mis en scène dans ces séries, certain-e-s professionnel-le-s de la politique du monde réel semblent avoir développé des usages de ces séries, notamment en termes de stratégies de communication. On espère un article qui spécifierait, par exemple, le profil sociologique ce celles et ceux qui mobilisent de manière plus ou moins mimétique de telles références, les contextes dans lesquels ils le font, mais aussi qui aborderait les modalités et les enjeux de ces usages, voire leurs réceptions médiatiques s’il y a lieu.

Les contributions attendues, fondées sur une démarche empirique, pourront analyser les conditions de production et les réceptions des figures de communicants politiques dans une série spécifique ou en comparant plusieurs séries entre elles, produites dans le même pays ou pas, ou bien encore dans une série nationale et ses adaptations dans un autre pays. Les auteur-e-s sont par ailleurs invités à ne pas négliger les spécificités narratives, formelles et le fonctionnement fictionnel (dramatique, satirique…) des séries étudiées.

Calendrier et modalités d'envoi des propositions

- mardi 15 juillet 2014 : date limite d’envoi électronique des propositions d’articles, sous la forme d’un titre et d’un résumé de 3 500 signes environ (espaces compris), précisant corpus et méthodologie empirique retenus, accompagnées d’une brève présentation biobibliographique de l’auteur-e (nom, prénom, coordonnées, fonction, université et laboratoire de rattachement, 2 à 3 références de publications), à l’adresse mail de la coordinatrice du dossier, Isabelle Charpentier (courriel : icharpentier@yahoo.fr), en indiquant dans l’objet du mail « Dossier Spin doctors ». La proposition devra être rédigée sous l’ancienne version du logiciel Word (en .doc et non dans l’actuelle, en .docx), ou bien en rtf ou en pdf, en Times New Roman, taille 12, interlignage simple. Le document aura pour titre le nom de l’auteur-e.

- mercredi 1er octobre 2014 : notification aux auteur-e-s de la décision.

- 15 juin 2015 : date limite d’envoi des articles à la coordinatrice, qui les transmettra à la revue Politiques de communication pour évaluation par le comité de lecture.

Les articles, rédigés en français, sous l’ancienne version du logiciel Word (en .doc et non dans l’actuelle, en .docx) ne dépasseront pas 50 000 signes, espaces, notes et bibliographie en fin d’article compris, et devront se conformer aux normes éditoriales de la revue Politiques de communication. Ils seront suivis d’un résumé d’une dizaine de lignes et de 5 mots-clefs, en français et en anglais. Le guide de consignes aux auteurs est téléchargeable à partir du lien suivant : http://www.revuepolitiquesdecom.uvsq.fr

Coordination

  • Isabelle Charpentier

Comité de rédaction 

  • Laurence Allard (U. Lille 3),
  • Olivier Baisnée (IEP de Toulouse),
  • Julie Bouchard (U. Paris 13),
  • Isabelle Charpentier (UVSQ),
  • Jean-Baptiste Comby (U. Paris 2),
  • Pascal Dauvin (UVSQ),
  • Jean-Paul Fourmentraux (U. Lille 3),
  • Jean-Paul Gehin (U. de Poitiers),
  • Nicolas Hubé (U. Paris 1),
  • Romain Huet (U. Rennes 2),
  • Nicolas Kaciaf (IEP de Lille),
  • Pierre Leroux (UCO),
  • Philippe Le Guern (U. Nantes),
  • Sandrine Lévêque (U. Paris 1),
  • Jérémie Nollet (IEP de Toulouse),
  • Aurélie Olivesi (U. Lyon 1),
  • Julie Sedel (U. Strasbourg). 

Conseil scientifique 

  • Loïc Blondiaux (U. Paris 1),
  • Eric Darras (IEP de Toulouse),
  • Joelle Farchy (U. Paris 1),
  • Charles Gadéa (UVSQ),
  • Didier Georgakakis (U. Paris 1),
  • Fabien Granjon (U. Paris 8),
  • Pascal Lardellier (U. de Bourgogne),
  • Chistian Le Bart (IEP de Rennes),
  • Jean-Baptiste Legavre (U. Paris 2),
  • Brigitte Le Grignou (U. Paris Dauphine),
  • Erik Neveu (IEP de Rennes),
  • Caroline Ollivier-Yaniv (U. Paris Est),
  • Yves Poirmeur (UVSQ),
  • Rémy Rieffel (U. Paris 2),
  • Jean-Claude Soulages (U. Lyon 2).

Dates

  • mardi 15 juillet 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • spin doctors, conseillers en communication, marketing politique, communication politique, séries télévisées, réception, Australie, Danemark, États-Unis, France, Royaume-Uni

Contacts

  • Isabelle Charpentier
    courriel : icharpentier [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Isabelle Charpentier
    courriel : icharpentier [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les spin doctors du petit écran », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 mai 2014, http://calenda.org/284400

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