AccueilLes normes publiques à l’épreuve de l’intime

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Publié le lundi 02 juin 2014 par Elsa Zotian

Résumé

L’espace public fait lien, rassemble, produit du commun mais il est aussi le lieu de l’expression visible de la discorde. Des modes d’agir personnel, des expressions individuelles, visuelles et performatives mettent à l’épreuve les normes existantes. Lieu de l’expérimentation sociale, l’espace public est aussi celui de l’élaboration de nouvelles normes par les citoyens qui se confrontent au pouvoir de l’État, de la loi et des valeurs communes. Les nouvelles formes d’expressions individuelles nous amène ainsi à mener une réflexion sur les transformations des normes hégémoniques par l’irruption du domaine de l’intime dans l’espace public.

Annonce

Argumentaire

L’espace public fait lien, rassemble, produit du commun mais il est aussi le lieu de l’expression visible de la discorde. Des modes d’agir personnel, des expressions individuelles, visuelles et performatives mettent à l’épreuve les normes existantes. Lieu de l’expérimentation sociale, l’espace public est aussi celui de l’élaboration de nouvelles normes par les citoyens qui se confrontent au pouvoir de l’Etat, de la loi et des valeurs communes. Les nouvelles formes d’expressions individuelles nous amène ainsi à mener une réflexion sur les transformations des normes hégémoniques par l’irruption du domaine de l’intime dans l’espace public. À la lumière des réflexions développées dans le cadre du séminaire de Nilüfer Göle, Islam Public Européen. Repenser le rapport du public au politique à l’ère des différences culturelles et des dynamiques globales, il apparaît aujourd’hui nécessaire de repenser le rapport entre le public et l’intime.

Cette irruption de l’intime brouille les frontières de l’espace public séculier et du privé créant ainsi des contre-espaces. Les individus et les groupes qui émergent dans ces espaces rendent visibles leur multiples appartenances, linguistiques, nationales, ethniques, religieuses et sexuelles. Ils mettent ainsi en exergue la question de la différence, du soi et de l’intime au sein de l’espace public. En contre champ, l’intime se confronte également aux normes publiques. Les acteurs sont ainsi amenés à fabriquer des trajectoires de vie, à ajuster les normes religieuses aux normes séculières, et à créer des petits arrangements qui articulent le domaine de l’intime et du public. Dans ces dynamiques on témoigne de l’émergence de nouvelles élites qui débattent et changent les cadres normatifs du public. Les études de cas présentés dans le cadre de cette journée illustrent de l’interpénétration de l’espace public et privé, des transformations mutuelles de religieux et séculier. 

Programme

Accueil : 9h-9h15

  • 9h15- 9h30: Keynote speaker: Nilüfer Göle

Migration et l’intime à l’épreuve des frontières

Modérateur: Warda Hadjab

  • 9h30: Veli Pehlivan, « Le récit de vie : une présentation de soi pour franchir les frontières institutionnelles  le cas de journalistes exilés à la Maison Des Journalistes »

Nous souhaitons exposer comment les journalistes exilés présentent leurs récits de vies devant les institutions pour franchir les frontières et obtenir un statut de réfugié politique. Nous voulons examiner la manière dont ils livrent ces récits de vie à la Maison Des Journalistes dans l’espoir d’y être hébergés quelques mois. Un grand nombre de ces réfugiés, dans leur épreuve pour expliquer leurs trajectoires, relatent le contexte qui a poussé à leur fuite dispensant parfois un véritable cours d’histoire au lecteur, dans le but d’éclairer les institutions qui auront à statuer sur leur sort, à l’'Office français de protection des réfugiés et apatrides(OFPRA). Qu’est-ce au juste qu’un récit de vie ? Pourquoi ces populations en exil doivent-elles raconter leurs vécus, leurs intimités et  montrer leurs blessures aux institutions ? Et pourquoi sont-ils obligés de révéler leurs statuts précaires aux responsables de la MDJ afin d’y rentrer ? Il s’agit de montrer, comment dans le cas du demandeur d’asile politique, se met en place une politique de la preuve, le requérant devant procurer un récit autobiographique sur son vécu dans le pays d’origine qui a provoqué la fuite et la demande d’asile.

  • 10h00: Lea Lacoua Gonzales Del Pozo, « The bride has gone to Tesco ». Pratiques d’alliances matrimoniales chez les Iraniens de Londres »

Le mariage est une institution universelle, soumise aux changements des sociétés. Lorsqu’il s’agit de la migration d’un groupe de nouvelles questions apparaissent : Comment une diaspora recrée ses institutions ? Qui en assure la charge ? Et quels changements s’opèrent avec le pays d’origine ? L’importante communauté iranienne de Londres a développé des activités culturelles et religieuses, dont un secteur est particulièrement dédié au mariage. Afin d’être en accord avec la République islamique d’Iran, le mariage musulman est de rigueur. À travers l’enquête de terrain menée au sein de différents Centres chiites et iraniens, j’ai pu assister aux démarches nécessaires afin de prétendre à une union légale, et être témoin de rituels définissant un mariage iranien.

  • 10h30: Thomas Leroux, « Les foyers de travailleurs immigrants: un espace entre ici et ailleurs »

Mon sujet de recherche porte sur un foyer de travailleurs migrants sénégalais et mauritaniens au cœur de la ville de Rouen, venant principalement de la région des trois frontières (Sénégal, Mauritanie, Mali). Au travers de ma présentation nous essayerons de comprendre en quoi le foyer est un espace particulier pour les migrants en lien avec le pays et ses particularités mais aussi au sein de l'espace public rouennais. Pour se faire nous essayerons de voir la morphologie des migrants à travers des parcours migratoires et les différents champs qui permettent au foyer de jouer un rempart contre la précarité et l'anomie des migrants.

11h- 11h30: Pause

Le bien-être musulman et business halal

Modérateur : Zehra Cunillera 

  • 11h30: Bochra Kammarti, « European halal business »

Le respect des prescriptions islamiques suppose une autre manière de faire affaire que celles pratiquées en Europe. L’organisation du temps de travail, les modes de financements tout comme l’objet du commerce sont définis selon des prescriptions islamiques, néanmoins les secteurs de création, le langage sémantique et leur démarche entrepreneuriale reproduisent des modèles de références occidentales. L’entrepreneur musulman participe ainsi à la formation de secteurs d’activités innovants en reproduisant les prémisses de la modernité capitaliste par le biais du modèle de référence islamique.

  • 12h00: Warda Hadjab, « Publicité du bien-être musulman: le coaching islamique »

Devenu une activité économique émergeante et visible, le coaching islamique en Europe rassemble différents professionnels qui proposent un accompagnement du musulman dans sa gestion du temps, sa vie de couple, sa vie de famille ou encore sa réussite professionnelle. Nous verrons, à travers des études de cas, comment l’irruption du domaine de l’intime islamique dans le champ économique capitaliste dessine les contours d’un marché alternatif du bien-être musulman.

12h30- 13h30 : Pause déjeuner

Le corps, séxualités et espace public

Modérateur: Summeye Ulu

  • 13h30: Jean François Brault, « ‘Muslims for Progressive Values’ » : la fabrique transnationale d’un islam ‘progressiste’ »

Créée en 2007 à New York, l’organisation Muslims for Progressive Values (MPV) promeut un islam « progressiste » dans le monde, s’attachant principalement à traiter des questions de genre, de sexualité, de liberté d’expression, de droits humains et de mixité interreligieuse dans un cadre islamique. Devenue Organisation Non Gouvernementale (ONG) reconnue par les Nations Unies en 2013, on montrera comment le contexte post-11 septembre 2001 a participé à l’émergence de personnalités publiques musulmanes “progressistes” via MPV, en s’intéressant aux profils sociologiques de ces dernières, aux thématiques et aux stratégies qu’elles adoptent, ainsi qu’au rapport de force global qu’elles tendent à instaurer.

  • 14h00: Marieangela Zoe Cocchiaro, « Les femmes voilées et cultivées : un moyen pour repenser l’intérieur et l’extérieur ? »

Dans cette enquête, je propose de prendre en compte le phénomène des femmes voilées et cultivées en Turquie, un phénomène décrit par Nilufer Göle dans le livre Musulmanes et modernes: voile et civilisation en Turquie. Il semble que ces femmes représentent une contradiction dans les termes d’un point de vue sociologique, en étant cultivées d’un côté et voilées de l’autre. Tout d’abord, dans une première partie, je vise à montrer – en m’appuyant sur la réflexion du sociologue/philosophe Habermas à ce propos-là –  qu’il y a, en effet, une contradiction dans la répartition des espaces publiques et des espaces privés dans la vie de ces femmes. Après cette étude, j’aimerais bien montrer, dans une deuxième partie, que ce genre de contradiction dans les termes se révèle porteuse d’innovations et de changement. En d’autres termes, ce qui nous apparait à première vue comme illogique inventerait de nouveaux moyens d’expression du social.

  • 14h30: Nadia Tarhouni, « L’intrusion du mouvement Femen dans une Tunisie en mutation »

Un ensemble de controverses allant de la photo seins nus d’Amina Sboui aux actions des Femen dans les rues de Tunis n’ont pas laissé impassible une société tunisienne en révolution/mutation. Entre liberté d’expression acquise par la révolution et intrusion, les avis divergent concernant leur passage dans l’espace public tunisien. En quoi leur entrée dans l’espace public est perçue comme une intrusion voire une agression ? Qu’est ce que cela nous dévoile sur les normes existantes dans l’espace public tunisien en révolution ?

15h00-15h30 : Pause

Nouvelles élites religieuses et normes publiques

Modérateur: Bochra Kammarti

  • 15h30: Wajdi Limam, « L’élite émergente et la normativité matrimoniale en Tunisie: le cas du mariage de Hichem Laarayedh »

Depuis la chute de Ben Ali, la révolution  tunisienne s’accompagne de l’émergence d’une nouvelle élite, qui n’avait jusqu’ici pas de visibilité publique. Les islamistes, dont les représentations et le discours furent marginalisés, voire combattus par Bourguiba puis Ben Ali, se retrouvent après les élections du 23 octobre majoritaires au sein de l’assemblée nationale constituante et détenteurs du pouvoir exécutif. L’analyse de la controverse suscitée par le mariage à Tunis de Hicham Laarayed, fils du premier ministre Ali Laarayed, nous permettra de voir comment la dimension publique d’un mariage islamique entre en conflit avec le modèle du mariage traditionnel tunisien.

  • 16h00: Helin Karaman, « L’aménagement urbain d’Istanbul et les nouvelles normes publiques »

Depuis une vingtaine d’années, l’IBB (Mairie métropolitaine d’Istanbul) met en place de vastes opérations d’aménagement qui visent la requalification du centre historique, dans une optique de visibilité internationale. Aujourd’hui, l’action municipale de transformation urbaine s’étend aux quartiers péricentraux. Nous nous intéresserons à l’aménagement des espaces publics, car ces lieux, soumis au processus de normalisation urbaine, deviennent progressivement des instruments de diffusion de normes à l’attention des citadins usagers de l’espace public stambouliote dans son ensemble. Il s’agit de comprendre si cette transformation urbaine, qui oscille entre modernité néo-libérale et moralisation des mœurs, traduit une intentionnalité des pouvoirs publics.

  • 16h30: Zehra Cunillera, « Venir d’Adam ou pas : l’espace public scolaire sous la menace des croyances privées ? »

Je propose d’étudier les interpénétrations entre la science moderne et la religion, en examinant la controverse autour de l’enseignement des origines du vivant dans les écoles publiques européennes. Dans les débats publics, le « créationnisme », lié aux protestants américains mais également revendiqué par certains groupes de musulmans en Europe, est considéré comme une réécriture de l’histoire du vivant, conformément à un référentiel religieux ; l’enseignement de cette histoire signifierait en effet l’empiètement, par un savoir à caractère religieux, supposé être « confiné au domaine privé », sur le domaine de la science, « intrinsèquement laïque et publique ».  A travers cette étude  de cas, je souhaite explorer les manières dont les frontières entre la science et la religion sont (ré)définies.

17h00-18h00: Discussion finale

Lieux

  • Salle Denis| Maurice Lombard - EHESS, 96 bd Raspail
    Paris, France (75006)

Dates

  • lundi 02 juin 2014

Mots-clés

  • espace public, islam

Contacts

  • Bochra Kammarti
    courriel : bochra [dot] kammarti [at] ehess [dot] fr
  • Zehra Cunillera
    courriel : zehracunillera [at] gmail [dot] com
  • Warda Hadjab
    courriel : w [dot] hadjab [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Nilüfer Göle
    courriel : gole [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les normes publiques à l’épreuve de l’intime », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 02 juin 2014, http://calenda.org/289014