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Le funéraire

Mémoire, protocoles, monuments

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Publié le lundi 16 juin 2014 par Elsa Zotian

Résumé

À plus d’un titre, la question du funéraire est un lieu commun de l’archéologie, de l’histoire et de l’anthropologie. À plus d’un titre car, dans un premier sens du terme, l’étude des pratiques, idées et artefacts mobilisés par une société donnée à la mort de l’un de ses membres est un sujet classique – un topos – de ces disciplines. Les sépultures données à leurs défunts par les sociétés du passé sont parfois les seules traces à travers lesquelles il nous est possible aujourd’hui de les étudier : miroir des activités économiques et de la vie quotidienne, indice de l’organisation sociale, le funéraire a constitué de fait le lieu par excellence de la recherche archéologique depuis ses débuts. Les historiens et les anthropologues, pour leur part, ont mis à profit l’accès simultané aux vestiges et aux témoignages dont ils bénéficiaient pour étudier dans une perspective comparative « l’idéologie funéraire » (Vernant 1989) des sociétés du passé et du présent ; la forme donnée à la sépulture ainsi que les discours sur la mort et l’au-delà traduisent dans ce cas la place donnée au mort dans une société donnée. De fait, dans un autre sens du terme, le funéraire est un « lieu commun » de ces disciplines en tant qu’il est simultanément envisagé dans des perspectives théoriques et méthodologiques différentes par l’archéologie, l’histoire et l’anthropologie. Si chacune de ces disciplines bénéficie pour ses propres recherches des résultats obtenus par les autres, ce « lieu commun » du funéraire a rarement donné lieu à des discussions partagées.

Annonce

Argumentaire

À plus d’un titre, la question du funéraire est un lieu commun de l’archéologie, de l’histoire et de l’anthropologie. À plus d’un titre car, dans un premier sens du terme, l’étude des pratiques, idées et artefacts mobilisés par une société donnée à la mort de l’un de ses membres est un sujet classique – un topos – de ces disciplines. Les sépultures données à leurs défunts parles sociétés du passé sont parfois les seules traces à travers lesquelles il nous est possible aujourd’hui de les étudier : miroir des activités économiques et de la vie quotidienne, indice de l’organisation sociale, le funéraire a constitué de fait le lieu par excellence de la recherche archéologique depuis ses débuts. Les historiens et les anthropologues, pour leur part, ont mis à profit l’accès simultané aux vestiges et aux témoignages dont ils bénéficiaient pour étudier dans une perspective comparative « l’idéologie funéraire » (Vernant 1989) des sociétés du passé et du présent ; la forme donnée à la sépulture ainsi que les discours sur la mort et l’au-delà traduisent dans ce cas la place donnée au mort dans une société donnée. De fait, dans un autre sens du terme, le funéraire est un « lieu commun » de ces disciplines en tant qu’il est simultanément envisagé dans des perspectives théoriques et méthodologiques différentes par l’archéologie, l’histoire et l’anthropologie. Si chacune de ces disciplines bénéficie pour ses propres recherches des résultats obtenus par les autres, ce « lieu commun » du funéraire a rarement donné lieu à des discussions partagées. Lorsque celles-ci ont eu lieu, elles ont généralement pris la forme de dialogues rapprochant ces disciplines par paires : entre archéologues et historiens (Gnoli et Vernant 1982), entre historiens et anthropologues (Gordon et Marshall 2000), ou entre archéologues et anthropologues (Humphreys 1981 ; Valentin, Rivoal,Thévenet, Sellier 2014). À l’occasion de son colloque annuel, la Maison Archéologie & Ethnologie propose de relever le défi d’une discussion inéditeentre archéologues, historiens et anthropologues autour des enjeux du funéraire à travers les sociétés humaines. Ce colloque proposera un nouvel état des lieux de la recherche sur cette question croisant les approches des disciplines représentées dans la Maison, tout en servant de point de départ à de nouvelles perspectives comparatives entre celles-ci.

Trois pistes de réflexion sont proposées :

  • Mémoire et régimes de visibilité de la sépulture

Plusieurs travaux d’anthropologie ont suggéré que les sépultures humaines n’avaient pas toujours vocation à servir de support à la mémoire des morts. De nombreuses sociétés en Amazonie (Taylor 1993) comme en Mongolie (Delaplace 2011) utilisent au contraire la sépulture comme technique d’oubli, permettant de faire disparaître toute trace du défunt et de faciliter l’effacement de son souvenir. L’idée que les morts puissent avoir vocation à être rapidement oubliés (sans être pour autant bannis) et que la monumentalité de la sépulture ne soit pas seulement fonction du prestige de son occupant donne l’occasion d’une réévaluation générale du rapport entre mort, vestiges et mémoire. Si l’on admet que la sépulture n’est pas nécessairement le lieu privilégié de célébration de la mémoire du défunt, voire que le souvenir n’est pas un impératif catégorique du funéraire, il convient alors d’étudier comment mémoire et oubli se conjuguent aux différents régimes de visibilité des sépultures et des monuments – les moins visibles n’étant pas nécessairement les moins prestigieux. Dans quelle mesure ces exemples contemporains peuvent-ils « parler » aux historiens ou aux archéologues, dont les recherches sont tributaires des traces (écrites ou construites) laissées par les sociétés du passé ?

  • Rituels, protocoles, manières de faire

Si des sociétés oublient les restes de leurs morts, leur lieu de dépôt, voire les font disparaitre totalement telles certaines populations de Bali (Sebesteny 2013), en amont, le devenir du corps et de l’âme n’en est pas moins un sujet central de préocupation (Hertz 1907 ; Thomas 1985). Prise en charge et traitement du défunt dans toutes ses composantes mobilisent et engagent à des degrés divers les proches et la communauté autour d’un ensemble de gestes, protocoles et rituels inscrits dans une durée variable. Quelles relations peut-on établir entre transformation biologique du cadavre (thanatomorphose), manipulations anthropiques du corps (préparation, conservation, destruction) et rite de passage ? À quelles conditions peut-on inférer manières de faire et protocoles de leur résultat, tel qu’il est découvert par l’archéologue à l’issue d’une fouille de sépulture ? À quelles conditions les témoignages des historiens et anthropologues peuvent-ils nous informer sur les manières de faire des sociétés du passé lointain ? Dans la perspective comparative d’une analyse dynamique des traces livrées par les sépultures, on s’interrogera en particulier sur les interprétations des mises en scène sépulcrales et sur les reconstructions des séquences de gestes et leur signification.

  • Espaces de la mort : (dé)placer les restes humains

Le traitement du corps du défunt, ainsi que la forme donnée à la sépulture inscrivent les restes du défunt dans l’espace, de manière plus ou moins durable et localisée, avant leur oubli total ou leur inscription dans d’autres systèmes. Au-delà de la question classique de la « place des morts » à travers les sociétés humaines, que le croisement de perspectives archéologiques, historiques et anthropologiques permettra néanmoins de poser à nouveaux frais, on portera une attention particulière aux problèmes posés par des morts déplacés ou mal-placés, et d’une manière générale aux situations où la place des morts ne va plus de soi. Du déni de sépulture (de Polynice à Mohamed Merah) au déplacement des restes de personnages déchus ou au contraire réhabilités (Verdery 1999, Zempleni 2011), en passant par les interventions de l’Etat pour légiférer sur la dignité ou l’indignité du traitement des défunts et de leurs restes (Esquerre 2011), il s’agira d’apporter un éclairage nouveau sur la question de la spatialisation de la mort.

Programme

Mercredi 18 juin

10.00 Accueil des participants

10.30 Introduction

  • 11.00 Inaugural 1 Maurice Bloch (London School of Economics) Peut on généraliser à propos de la manière dont on se débarrasse des morts ?
  • 11.45 Inaugural 2 Estella Weiss-Krejci (Austrian Academy of Sciences) The Distinction between Funeral and Burial - and why it matters

12.45 Déjeuner

Mobilité et circulation des morts

Président de séance : Philippe CHAMBON (CNRS, ArScAn)

  • 14.30 Gérôme TRUC (EHESS) Mettre les morts 11-Septembre à leur (juste) place
  • 15.00 Andras ZEMPLENI (CNRS, LESC) La politique au bord de la tombe : les réenterrements hongrois
  • 15.30 Isabel YAYA (School of Advanced Study, University of London) Les corps de la mémoire : rémanence et pérégrination des rois défunts chez les Incas

16.00 Pause café

  • 16.30 Sylvie BEYRIES (CNRS, CEPAM), Claudine KARLIN (CNRS, ArScAn) et Virginie VATÉ (CNRS, GSRL) La mort est un voyage. Traces et expressions de la mobilité et du déplacement dans les rituels funéraires des peuples du Nord-Est sibérien
  • 17.00 Estelle AMY DE LA BRETÈQUE (Institut d’ethnomusicologie, Université nouvelle de Lisbonne) Se lamenter en MP3. Supports de mémoires mobiles chez les Yézidis d’Arménie
  • 17.30 Grégoire SCHLEMMER (IRD) Oublier le mort pour faire advenir l’ancêtre ? Le traitement rituel des morts chez les Kulung Rai

18.30 Cocktail

Jeudi 19 juin

Morts en régime d’exception ?

Présidente de séance : Isabelle RIVOAL (CNRS, LESC)

  • 09.30 Francis FERRIÉ (EREA, LESC, UPO) La mort andine et son aménagement spatio-temporel
  • 10.00 Pauline PIRAUD-FOURNET (Université Paris 4 Paris-Sorbonne) Mashhad et Mawqaf, monuments funéraires druzes de Syrie du Sud
  • 10.30 Emmanuel ALCARAZ (Université Paris VIII, Institut Maghreb Europe) Le sort des restes des martyrs algériens après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)

11.00 Pause café

  • 11.30 Guillaume GERNEZ (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ArScAn) Construction, utilisation(s) et destruction des monuments funéraires : les nécropoles protohistoriques d’Adam (Sultanat d’Oman)
  • 12.00 Lucile PILLOT (CNRS, ARTeHIS) La nécropole néolithique de Passy (France, Yonne, Ve millénaire av. J.-C.) : monumentalité, lieu de mémoire et temporalité en question

12.45 Déjeuner

Session Posters (Hall de la MAE)

Président de séance : Frédéric HURLET (CNRS, ArScAn)

14.30-16.00 Présentation des posters

1. Lucia ALBERTI (CNR, ISMA) Au-delà de l’horizon : différents régimes de visibilité des sépultures de Cnossos pendant le IIe millénaire av. J.-C.

2. Céline CODRON (Université Paris 4 Paris-Sorbonne, CeRAP) Des dépôts mortuaires dans les patios toltèques : pratique funéraire ou non-funéraire ? Quelques cas de l’État d’Hidalgo, Mexique, 800-1300 apr. J.-C.

3. Hemmamuthé GOUDIABY (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ArchAm) Squelettes dans le placard. La place du défunt dans les ensembles résidentiels mayas classiques (250-950 apr. J.-C.)

4. Sonemany NIGOLE (UPO) Des os dans le Mékong. La mémoire sans sépulture

5. Jaroslava PANAKOVA (CNRS, EPHE, Université Comenius, GSRL) Deux modes de la mémoire : la croyance en « retour » et l’imagerie visuelle de la tombe (le cas de la Yup’ik esquimaux de Tchoukotka, Russie)

6. Eleonore PAPE (UPO, Ruprecht-Karls-Universitat Heidelberg) Une idéologie partagée dans la mort ? Les éléments architecturaux et la gestion des allées sépulcrales de l’Allemagne de l’Ouest et du Bassin parisien dans le contexte de la commémoration et de l’oubli

7. Olga SICILIA (University of Vienna) Neither Tombs, nor Mourning. The Death of Mhondoro Lineage Ancestral Mediums in the Mid-Zambezi Valley (Zimbabwe)

8. Rita TREIJA (Institute of Literature, Folklore and Art, University of Latvia) Locating Places: Latvian Cemetery Epitaphs

16.00 Pause café

Morts en régime d’exception ? (suite)

Présidente de séance : Isabelle Rivoal (CNRS, LESC)

  • 16.30 Aurélie AUBIGNAC (Université Paul Valéry Montpellier III, Labex ARCHIMEDE) Des formes et du temps de la mémoire et de l’oubli dans les nécropoles crétoises du premier âge du Fer
  • 17.00 Claire Bosc-TIESSÉ, Marie-Laure DERAT (CNRS, Institut des Mondes Africains) et Yves GLEIZE (Inrap, PACEA) Anonymat des sépultures et mémoire des espaces et des morts : approche historique, anthropologique et archéologique des pratiques funéraires dans la société chrétienne d’Éthiopie, XIe-XXe siècle

Projections

  • 17.30 Baptiste BUOB (CNRS, LESC) et Damien MOTTIER (Université Libre de Bruxelles) Ethnographie filmée de funérailles dans une abbaye cistercienne
  • 18.00 Augustin Holl (UPO, Préhistoire et Technologie) et Vanessa Tubiana-Brun (CNRS, usr3225) Mégalithes de Sénégambie

Vendredi 20 juin

Ancêtres et protocoles

Président de séance : Grégory PEREIRA (CNRS, ArchAm)

  • 09.30 Olivia MUNOZ (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CNRS, ArScAn) La fabrique des « ancêtres » : la gestion des sépultures collectives dans la péninsule d’Oman à la période Umm an-Nar (2700-2000 BC)
  • 10.00 Anikó SEBESTÉNY (UPO, LESC, Université de Pécs) Les rituels funéraires à Bali : crémation, puis création rituelle d’une entité collective immatérielle partiellement re-matérialisée dans les autels familiaux

10.30 Pause café

  • 11.00 Denis REGNIER (LAMC, Université Libre de Bruxelles) Accompagnement de l’épouse, évitement de l’inceste et placement temporaire de morts dans les tombes ancestrales betsileo (Madagascar)
  • 11.30 Pascal SELLIER (CNRS, ArScAn) Restituer la matérialité du traitement des morts et le devenir des défunts : les notions de sépulture finale et de chaîne opératoire mortuaire à la lumière des données archéologiques de Manihina (île de Ua Huka, archipel des Marquises)
  • 12.00 Katerina KERESTETZI (MSH, LESC) Les chemins de la mort : corps, objets et transformations ontologiques dans le rite funéraire du palo monte (Cuba)

12.45 Déjeuner

Morts placés, mal placés, déplacés

Président de séance : Philippe ERIKSON (CNRS, LESC)

  • 14.30 Jessica GOUX (EHESS) Controverse en Terre d’Arnhem : où enterrer le défunt Dr. Yunupingu ?
  • 15.00 Julio BENDEZU SARMIENTO (CNRS, DAFA), Johanna LHUILLIER (Deutsches Archäologisches Institut, Eurasien Abteilung) Les « silos funéraires » de l’âge du Fer en Asie centrale : dépotoirs, ossuaires, monuments de mémoire ou structures de sacrifice ?
  • 15.30 Anne-Christine TRÉMON (Institut des Sciences Sociales, Université de Lausanne) « Empêcher la dispersion des ancêtres » à Fort-les-Pins (Shenzhen, Chine)

16.00 Pause café

  • 16.30 Arnaud ESQUERRE (CNRS, LESC) De la libre circulation des morts
  • 17.00 Gaëlle CLAVANDIER (CMW, Université Jean Monnet, Saint-Étienne) et Philippe Charrier (CMW, Université Lyon 2) Quelle place pour les « bébés morts » ? Espaces dédiés dans les cimetières et cérémonies rituelles d’adieu
  • 17.30 Olivier HERRENSCHMIDT (CNRS, LESC) Le culte des enfants morts dans une basse caste hindoue. Pêcheurs en mer de l’Andhra Pradesh

Lieux

  • Salle des Conférences, bât. B - Université Paris Ouest Nanterre La Défense
    Nanterre, France (92)

Dates

  • mercredi 18 juin 2014
  • jeudi 19 juin 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • funéraire, mémoire, protocoles, monuments

Contacts

  • Grégory Delaplace
    courriel : gdelaplace [at] u-paris10 [dot] fr
  • Frédéric Valentin
    courriel : frederique [dot] valentin [at] mae [dot] u-paris10 [dot] fr

Source de l'information

  • Nadine Elie
    courriel : nadine [dot] elie [at] mae [dot] u-paris10 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le funéraire », Colloque, Calenda, Publié le lundi 16 juin 2014, http://calenda.org/289684