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La déconstruction créatrice du travail

Innovations, opportunités et pièges

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Publié le lundi 07 juillet 2014 par João Fernandes

Résumé

Déjà en 1999, R. Castel (1999) diagnostiquait dans le déclin du salariat une métamorphose de la question sociale. Depuis, il voit sous l’impératif proclamé de flexibilité une montée des incertitudes et des risques (Castel, 2009). Et tout ceci a été accéléré par les nouvelles technologies, la société en réseau (Castells, 1978) et aussi une société du risque (Beck, 2001), une société liquide (Bauman, 2006) où les places et les repères, les désirs et les subjectivités sont tant en doutes angoissants qu’en opportunités de réinvention. Le but de cette journée est tant de continuer à documenter ces évolutions que de les évaluer, de réfléchir et contribuer, d’y porter une pluralité de regards critiques, humanistes et/ou créateurs et, si possible, des comparaisons internationales.

Annonce

Argumentaire

Déjà en 1999, R. Castel (1999) diagnostiquait dans le déclin du salariat une métamorphose de la question sociale. Depuis, il voit sous l’impératif proclamé de flexibilité une montée des incertitudes et des risques (Castel, 2009). Et tout ceci a été accéléré par les nouvelles technologies, la société en réseau (Castells, 1978) et aussi une société du risque (Beck, 2001), une société liquide (Bauman, 2006) où les places et les repères, les désirs et les subjectivités sont tant en doutes angoissants qu’en opportunités de réinvention. Apparaissent des formes hybrides ou tierces d’emploi, ni salarié ni entrepreneur : travailleurs autonomes (Reynaud, 2007), salariés sans patron (Poncin, 2004), entrepreneurs de soi (Du Gay, Salaman, 1992), entrepreneurs en solo (Bravo-Bouyssy, 2010), amateurs et contributeurs (Stiegler, 2008). Alors que le chômage atteint des records, les piliers qui s’effondrent laissent-ils la place à de nouvelles constructions, et celles-ci sauront-elles constituer de nouveaux tremplins, remparts et revêtir des filets ?

Le but de cette journée est tant de continuer à documenter ces évolutions que de les évaluer, de réfléchir et contribuer, d’y porter une pluralité de regards critiques, humanistes et/ou créateurs et, si possible, des comparaisons internationales.

Présentation

Le 18 et le 19 septembre, le LITEM organise en partenariat avec le LITEM une conférence à Paris sur le travail. Cette conférence s’articulera autour de trois thématiques :

  • nouvelles formes d’emploi
  • nouvelles conditions des travailleurs
  • nouvelles responsabilités sociales

Axes thématiques

Les contributions pourront s’intégrer dans les trois axes suivants :

1. De nouvelles formes d’emploi 

D’un côté, les plus experts trouvent dans de nouveaux arrangements statutaires tel le portage salarial un supplément d’autonomie et de rémunération, une moindre bureaucratie tout en conservant une bonne protection sociale. De l’autre, les plus précaires enchaînent les formes statutaires alternatives, aidées, intermittentes, mais qui peinent à les conduire vers le CDI, toujours considéré comme la norme souhaitable. Sur la longue période la place centrale du salariat dans l’emploi fait plus figure d’exception que de norme (Hernandez, Marco, 2008). Quelles nouvelles formes d’emploi s’inventent-elles aujourd’hui ? Est-il déjà temps d’en évaluer les possibilités, les risques et les limites ? Derrière le « bricolage institutionnel » (Reynaud, 2007), est-il possible de distinguer les modes des lignes de forces ?

Nous recherchons en particulier les regards pluridisciplinaires, polyphoniques ou pluri-niveaux, empiriques et/ou conceptuels, tentant de restituer toute la complexité de ces évolutions.

2. De nouvelles conditions des travailleurs 

Les nouveaux travailleurs autonomes n’ont plus de lien de subordination direct. Les voici empowered, responsables de leur emploi et de leur employabilité, choisissant leurs missions, leur équilibre entre vies professionnelle et privée, au statut valorisé de quasi-entrepreneurs. Mais ne sont-ils pas aussi tels des « particules élémentaires », individus liquides dans un présent liquide, déracinés des réseaux traditionnels de socialisation ? Quelles formes de subjectivité, quelle formes de désir, quelles formes de socialisation, quelles émancipations et aliénations s’inventent-elles ? Ces mêmes questions ne peuvent-elles pas être posées pour d’autres catégories de travail ? Comment sont vécus les statuts d’intermittent, d’auto-entrepreneur, de contrat unique d’insertion… ? Quelles seront les nouvelles figures du travailleur de demain ?

Nous recherchons en particulier les approches descriptives, portraits, cas, (auto-)ethnographies, cartographies, ainsi que leurs discussions dans des approches plus compréhensives (néolibérale, foucaldienne, stieglierienne, pragmatiste, marxiste…). 

3. De nouvelles responsabilités sociales 

Quelles sources de responsabilité sont impliquées pour faire face à ces évolutions : l’Etat et les collectivités territoriales, les entreprises, les associations, les partenaires syndicaux, les travailleurs eux-mêmes ? S’il est vrai que les évolutions en matière d’emploi sont en France plutôt considérées comme du ressort de l’Etat et des partenaires sociaux, la responsabilisation des entreprises via le concept de RSE et des salariés gagne du terrain. Notamment la responsabilité envers les seniors (Peretti, 2004) ou les minorités, mais cette responsabilité est-elle de l’emploi ou de l’employabilité (Igalens, 2004)? Quelle part attribuer aux travailleurs eux-mêmes (Boyer, 2004), à leurs possibilités de résilience (Bournois, Rojot, 2004) ? Quelles responsabilités spécifiques attribuer aux tiers, comme les agences d’intérim ou de portage salarial ? A nouveau ces évolutions témoignent-elles d’un accroissement d’autonomie ou de précarisation, ne sont-elles une nouvelle victoire de la norme sur la loi (Pesqueux, 2000) ?

Nous recherchons en particulier une pluralité d’approches, descriptives, normatives, juridiques, politiques, enracinée ou non dans un secteur spécifique ou favorisant les comparaisons internationales.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les intentions de communication (500 – 1 500 mots) sont à envoyer

avant le 11 juillet 2014

à jean-luc.moriceau@telecom-em.eu. Le retour aux auteurs sera communiqué avant fin juillet. Pour figurer dans les actes, le texte complet sera à faire parvenir pour le 10 septembre. Certains textes seront sélectionnés pour une publication dans La Revue des Sciences de Gestion – Direction et Gestion des entreprises, revue classée dans la liste FNEGE.

Comité d’organisation

  • Géraldine Guérillot
  • Julien Billion
  • Isabela Paes
  • Jean-Luc Moriceau

Comité scientifique

  • Aude d’Andria (UEVE),
  • Emmanuel Baudouin (TEM),
  • Yoann Bazin (istec),
  • Julien Billion (Umalis Lab),
  • Sylvain Bureau (ESCP),
  • François Fort (Dauphine/ESCP),
  • Nathan Fosse (Université Tufts),
  • Yannick Fronda (TEM),
  • Nicolas Gardères (Umalis lab),
  • Géraldine Guérillot (Umalis Lab),
  • Rémi Jardat (ISTEC),
  • Hugo Letiche (U. of Leicester),
  • Jean-Luc Moriceau (TEM),
  • Isabela Paes (TEM),
  • Yvon Pesqueux (CNAM),
  • Richard Soparnot (FBS).

Références

  • Bauman Zygmunt, 2006, La Vie liquide, Rodez, Les Editions du Rouergue.
  • Beaucourt Chrystel et Louart Pierre, 2003, « La vogue des salariés entrepreneurs », in Encyclopédie des Ressources Humaines, J. Allouche (coord.), Paris, Vuibert, pp 428-440.
  • Beck Ulrich, 3001, La Société du risque : Sur la voie d'une autre modernité 2001.
  • Bournois Frank et Rojot Jacques, 2004, « La part de chacun : la résilience », in J. Igalens (dir), Tous responsables, Paris éd t on d’o g n t on pp 321-334.
  • Boyer Luc, 2004, « Le Salarié responsable de son futur métier ? », in J. Igalens (dir), Tous responsables, Paris éd t on d’o g n t on pp. 305-320.
  • Bravo-Bouyssy Ketty, « Les entrepreneurs en solo : différentes logiques de création », Revue de l’Entrepreneuriat, vol. 9, n°1, 2010, pp. 1-23.
  • Castel Robert, 1995, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Fayard.
  • Castel Robert, 2009, La montée des incertitudes : travail, protections, statut de l'individu, Paris, Éd. du Seuil.
  • Castells Manuel, 1998. La Société en réseaux. L’ère de l’information. Paris, Fayard.
  • Du Gay Paul et Salaman Graeme, 1992, « The Cult[ure] of the customer ». Journal of Management Studies, vol. 29, n°5, September, pp. 615-633.
  • Hernandez Emile-Michel et Marco Luc, 2008, « Entrepreneuriat versus salariat. Con t ct on t décon t ct on d’ n modèl ? » Revue française de gestion, vol.8, n°188-189, pp. 61-76.
  • Igalens Jacques, 2004, « Les transitions de carrière d l pon l té à l’ég d d l’ mplo à l pon l té à l’ég d d l’ mploy l té », in J Igalens (dir), Tous responsables, Paris éd t on d’o g n t on pp. 291-304.
  • Peretti Jean-Marie, 2004, « Les seniors d’ n log q d’ xcl on à l ét nt on active », in J Igalens (dir), Tous responsables, Paris éd t on d’o g n t on pp. 275-290.
  • Pesqueux Yvon, 2000, Le Gouvernement de l’entreprise comme idéologie, Paris : Ellipses.
  • Poncin Béatrice, 2004, Salariés sans patron ? Paris, Editions du Croquant.
  • Reynaud Emmanuèle, 2007, « Aux marges du salariat : les professionnels autonomes », in F. Vatin, Le salariat: théorie, histoire et formes, Paris, La Dispute/SNEDIT.
  • Stiegler Bernard, 2008, Le Design de nos existences à l’époque de l’innovation ascendante, Paris : Mille et une nuits.

Lieux

  • 46 rue Barrault
    Paris, France (75013)

Dates

  • vendredi 11 juillet 2014

Mots-clés

  • travail, emploi, travailleur, responsabilité sociale

Contacts

  • Jean-Luc Moriceau
    courriel : jean-luc [dot] moriceau [at] telecom-em [dot] eu
  • Julien Billion
    courriel : dir [dot] etudes [at] umalis [dot] fr

Source de l'information

  • Jean-Luc Moriceau
    courriel : jean-luc [dot] moriceau [at] telecom-em [dot] eu

Pour citer cette annonce

« La déconstruction créatrice du travail », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 juillet 2014, http://calenda.org/290781