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L’éditorial et le débat public

Revue « Sur le journalisme »

About journalism Review

Revista "Sobre jornalismo"

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Publié le lundi 16 juin 2014 par Elsa Zotian

Résumé

Ce numéro, consacré à l’éditorial, cherchera à soumettre à l’examen un genre que les journalistes eux-mêmes considèrent comme noble et auquel, pourtant, les chercheurs n’ont accordé que très peu d’attention. Certes les historiens des idées les dépouillent avec soin afin de reconstituer le « climat d’opinion » qui a prévalu à différentes époques, sur différents enjeux et dans différents contextes sociopolitiques. Les analystes du discours y puisent aussi un corpus des procédés discursifs à répertorier et à caractériser. Mais l’éditorial a été peu étudié pour lui-même, en tant que genre journalistique dont on chercherait à saisir les propriétés, les conditions de production, les évolutions et l’influence sur le débat public.

Annonce

Argumentaire

Les contributions à ce numéro pourraient être regroupées sous trois axes :

1. Les propriétés de l’éditorial et ses conditions de production

Le premier axe s’intéresse aux caractéristiques de l’expression éditoriale (individuelle et institutionnelle) et aux conditions de sa production. Quelles sont, en effet, les spécificités de l’éditorial en tant que genre (ses particularités de contenu, ses formes d’expression, ses styles, ses procédés argumentatifs, etc.) par rapport à d’autres formes journalistiques d’expression d’opinion et d’autres modes d’intervention dans le débat public ? Quelle est la part d’information, d’analyse et d’opinion dans l’éditorial ? Y a-t-il une « rhétorique » distinctive de l’éditorial par rapport à d’autres formes d’expression publique d’opinion ? La prise de position éditoriale, qui, au-delà du signataire (quand il y en a un), engage avec emphase le propriétaire et toute l’entreprise de presse, est, à chaque fois, susceptible d’indisposer des lecteurs, des annonceurs, des mécènes ou des acteurs du débat public. Comment, par quelle composition discursive spécifique, se résout cette contradiction ? Comment se négocie cette prise de position à l’intérieur même du personnel du journal ? Comment se détermine le choix

stratégique des enjeux abordés et des cibles de la critique ? Comment s’opère l’équilibre entre la critique et la déférence, l’attaque et la nuance ? Comment se conjuguent, sur le plan rhétorique, les prises de positions politiques et idéologiques et la référence à l’intérêt public et les appels au bon sens des lecteurs? Par quel mode d’organisation du travail, quelles routines professionnelles et en puisant à quelles sources d’information l’éditorialiste parvient-il à concilier les exigences d’une parole compétente, réfléchie et documentée, sur des questions complexes et polarisées, et celles de la prise de position à chaud qui engage la responsabilité du journal ? Comment se réconcilient les contradictions inhérentes au statut de l’éditorialiste en tant qu’ « intellectuel organique », engagé dans la cité en même temps que fidèle employé du journal ou du groupe de presse ? À quelles influences l’éditorialiste est-il soumis ? Quel est le prix de son autonomie dans le journal ? Quelles représentations se fait-on de son statut dans la société et de sa légitimité chez les collègues journalistes, chez les lecteurs, chez les parties prenantes au débat public, chez les actionnaires des grands groupes médiatiques ? Comment se décline l’intervention éditoriale dans différents espaces sociopolitiques et divers contextes médiatiques ? Comment la prise de position éditoriale s’articule-t-elle à l’allégeance politico-idéologique des organes de presse. La mondialisation des infrastructures médiatiques gomme-t-elle la différenciation des modes locaux de prise de position éditoriale (maintien, renforcement, atténuation des différences) ?

2. L’impact de la prise de position éditoriale dans l’espace public

L’éditorial a une visée claire : énoncer une position dans un débat public. Son impact dans le débat public est cependant moins évident. Qui lit les éditoriaux et quels usages en font les lecteurs ? Comment (avec quelle force, de quelles manières, en quelles circonstances) l’éditorial contribue-t-il à l’émergence de questions d’intérêt public, à leur définition, modulation ou transformation, à leur considération dans l’opinion publique, à leur traitement par les pouvoirs publics ? Comment circulent les enjeux et les arguments entre l’éditorial et les autres parties prenantes au débat public ? Qui inspire et influence qui ? À quels moments dans le cycle de vie d’un débat public l’éditorial intervient-il ? Est-il à la remorque des débats engagés par les autres ou est-il l’instigateur du débat public ? Les prises de position des éditorialistes lors des débats publics et des campagnes électorales ont-elles une influence réelle sur l’opinion des lecteurs et sur celles des décideurs ? Qu’en pensent les uns et les autres ? À quel public s’adresse l’éditorial et avec quel succès de lecture ? Quelle(s) conception(s) ce public se fait-il de ce qu’est et devrait être l’éditorial ? Quel est son horizon d’attente à l’égard d’un genre censé lui dire quoi penser ? Quelle est l’influence de l’éditorial sur ce lectorat et sur le public en général ? Cette influence des éditoriaux sur les lecteurs varie-t-elle suivant les espaces sociopolitiques, les systèmes et les cultures politiques et médiatiques ?

3. Les évolutions

L’éditorial est le produit de son histoire. Les interrogations relatives aux propriétés et aux conditions de production de l’éditorial ou encore à son influence peuvent donc mener à des enquêtes aussi bien en diachronie qu’en synchronie. Autrefois prérogative de la rédaction, l’éditorial, qu’encore aujourd’hui on ne confie qu’à des champions de la profession, est l’héritier d’une longue tradition qui fait du journal un phare dansla cité. Mais l’éditorial a beau être le symbole du magistère qu’exerce le journal auprès de ses lecteurs, il a beau se poser comme le discours argumentatif par excellence, incarnation du débat public rationnel, le fait est qu’il ne figure plus aujourd’hui parmi les textes les plus lus du journal, surtout chez les jeunes lecteurs qui l’ignorent. Les quotidiens gratuits, qui ont le vent dans les voiles et qui supplantent les payants, ne l’offrent tout simplement pas dans leur menu. Les tabloïds populaires lui préfèrent les chroniques d’humeur. Qu’est donc devenu l’éditorial? Au moment même où l’éditorial semble vivre un coup de vieux, l’espace public connaît une forte montée en puissance de l’expression d’opinion. Les médias sociaux et le web permettent à tout un chacun de livrer avis et sentiments sur l’actualité. Dans les journaux, le commentaire et les autres modes d’expression de la subjectivité sont en expansion, pas seulement dans les chroniques en tous genres, mais également dans tous les espaces du journal. Les autres médias connaissent le même foisonnement d’opinion : la radio parlée de confrontation, la forme dialogique et commentée des nouvelles télévisées, les émissions d’affaires publiques et «débats» où chacun, personnalité publique ou quidam, est invité à faire savoir ce qu’il pense. Est-ce cette prolifération de l’opinion qui tend à dévaloriser l’éditorial et à miner l’autorité qu’exerçait autrefois le journal dans le débat public ? L’éditorial ne serait-il devenu qu’une voix dans la multitude, une voix banalisée, en perte de prestige, tant dans le journal, lui-même en crise, que chez les lecteurs et les acteurs du débat public ? S’ajoute à ce contexte, une certaine repolitisation des médias «populaires» (apparemment surtout vers la droite) sous la forme d’une pluralité de chroniques d’opinion dans une presse où l’éditorial est souvent absent. Le déclin de l’éditorial est-il aussi celui d’une certaine manière de débattre des affaires publiques ?

Conditions de soumission et d'évaluation

Les articles peuvent être proposés en français, en anglais, en portugais ou en espagnol. Merci de faire savoir votre intérêt pour ce dossier, en proposant un résumé de deux pages de votre projet d’article à :

 avant le 15 août 2014.

Merci de soumettre les textes finaux (de 30 à 50 000 signes tout compris) avant le 15 novembre 2014 en vous rendant sur :

http://surlejournalisme.com/rev/index.php/slj/author/submit/1

Évaluation en double aveugle. Les articles proposés doivent faire apparaître un référencement théorique, une méthodologie de recherche, un matériau d’analyse.

Coordination scientifique

Gilles Gauthier
Ph. D.
professeur titulaire
Département d'information et de communication
Université Laval, Québec
Communication publique

David Pritchard
Ph. D.
Professor
Journalism, Advertising, and Media Studies
University of Wisconsin
Milwaukee, USA
Media law and regulation, sociology of journalism

Constantin Salavastru
Ph. D.
Facultatea de Informatică
Université Alexandre-Jean-Cuza
Iași, Roumanie
Étude des médias

Catégories

Dates

  • vendredi 15 août 2014

Mots-clés

  • éditorial, débat public

Contacts

  • Gilles Gauthier
    courriel : gilles [dot] gauthier [at] com [dot] ulaval [dot] ca

Source de l'information

  • Gilles Gauthier
    courriel : gilles [dot] gauthier [at] com [dot] ulaval [dot] ca

Pour citer cette annonce

« L’éditorial et le débat public », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 16 juin 2014, http://calenda.org/290806