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Les sociétés romani dans l’Europe moderne et contemporaine

Romani societies in modern and contemporary Europe

Sources et méthodologies historiques

Sources and historical methodologies

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Publié le jeudi 12 juin 2014 par João Fernandes

Résumé

Cette journée d'études souhaite questionner les sources mobilisées par l'historien et les méthodologies employées pour étudier l'histoire des sociétés romani dans l’Europe moderne et contemporaine. Afin d'échapper aux généralités et aux simplifications accumulées à propos des populations romani, dites  aussi tsiganes, il s'agira de poser les différents termes d'une analyse de la documentation historique, de confronter les expériences du chercheur face aux sources disponibles et de discuter la nature particulière de l’enquête archivistique dans le domaine des études tsiganes, ou Romani Studies.

Annonce

Présentation

Cette journée d'études souhaite questionner les sources mobilisées par l'historien et les méthodologies employées pour étudier l'histoire des sociétés romani dans l’Europe moderne et contemporaine. Afin d'échapper aux généralités et aux simplifications accumulées à propos des populations romani, dites  aussi tsiganes, il s'agira de poser les différents termes d'une analyse de la documentation historique, de confronter les expériences du chercheur face aux sources disponibles et de discuter la nature particulière de l’enquête archivistique dans le domaine des études tsiganes, ou Romani Studies. Il s’agira ainsi d’interroger l’évolution récente des pratiques de recherches et de confronter la diversité des sources de l’enquête (documents administratifs, témoignages écrits, recueils de presse, sources orales et visuelles), d’examiner les questions méthodologiques que soulève chacune de ces sources et le rôle des matériaux choisis dans le développement de problématiques distinctes. Plusieurs questions seront discutées en particulier: l'ancrage territorial, régional ou transfrontalier des groupes ou familles romani ; les rapports entre la construction d'une figure bohémienne, puis d'une figure du "nomade", avec l'évolution des savoirs scientifiques ou des formes visuelles de figuration ; les modalités pratiques et quotidiennes du traitement administratif, policier et judiciaire spécifique des familles romani ; les effets induits de la réglementation et les dynamiques sociales propres aux sociétés romani, en France et dans d'autres pays d'Europe, comme l'Italie ou la Roumanie.

Programme 

9h15 Accueil des participants et introduction 

Ilsen About (Centre Georg Simmel, EHESS), Pour une micro histoire des sociétés romani. 

  • 9h30-11h00, Yann Rodier (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), “Science savante” et “science curieuse” des Bohémiens dans l'Europe occidentale des XVIe-XVIIe siècles, ou le problème de l'asymétrie scripturaire. 

L’arrivée des Bohémiens en Europe occidentale a contribué à revivifier l’intérêt porté pour les arts divinatoires et pour les «sciences curieuses» qu’ils pratiquent. La redécouverte au XVe siècle de la palmistry égyptienne et l’intérêt porté par les hommes de science pour les traités de passions, de physiognomonie et de chiromancie révèlent l’incorporation de la chiromancie bohémienne à la «science savante». Aussi s’agira-t-il d’étudier les transferts culturels et les influences d’un savoir bohémien oral et populaire sur les sciences savantes, dans le contexte socioculturel des XVIe-XVIIe siècles en France, en Italie et en Angleterre. Sera alors posée la question épistémologique de l’asymétrie scripturaire entre science savante et science curieuse… 

Yann Rodier est membre associé au Labex EHNE (Ecrire une nouvelle histoire de l’Europe) à l’Université de Paris-Sorbonne. Il est l’auteur d’une thèse sous la direction de Denis Crouzet sur l’imaginaire de la haine dans la première moitié du XVIIe siècle. Il approfondit à présent, dans le cadre de ses recherches postdoctorales, la double problématique de l’inclusion et de l’exclusion des Bohémiens et des Égyptiens dans l’Europe occidentale des XVIe-XVIIe siècles. 

Jules Admant (Université de Bourgogne), La présence bohémienne en Lorraine au XVIIIe siècle. 

L’étude d’une procédure criminelle instruite et jugée au cours de l’année 1739 au bailliage de Nancy montre une partie d’une bande de Bohémiens, soit onze femmes, aux prises avec des officiers de maréchaussée et magistrats lorrains. Cette procédure trouve de nombreux échos dans les autres procès de Bohémiens du XVIIIe siècle, et révèle des groupes identifiés par les populations locales et les autorités chargées de les poursuivre. Bien qu’ils se singularisent des gens du terroir, paysans ou notables, les Bohémiens n’en sont pas moins en relation constante avec eux. Bons catholiques mais gens sans aveu, inscrits dans des structures familiales mais usant d’un discours maîtrisé pour brouiller les identités, parfois porteurs de passeports délivrés par les autorités municipales mais souvent sujets de plaintes, ils provoquent l’hésitation des juges.

Jules Admant est doctorant à l’Université de Bourgogne, sous la direction de Benoît Garnot et Pierre Bodineau et prépare une thèse sur Les Bohémiens en Lorraine sous l’Ancien Régime (XVIIe-XVIIIe siècles)

  • 11h15-12h45, Sébastien Meyer (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Fabrique de la figure bohémienne au XIXe siècle : l'étude du foyer manouche alsaco-lorrain, du localisme au transrégionalisme. 

Le cas du foyer manouche établi dans les Vosges du Nord au XIXe siècle, exploré par l’anthropologue Alain Reyniers, offre l’exemple d’un groupe sédentaire impliqué dans le tissu socio-économique local, et dont certains des membres ont été recensés, dans les registres municipaux des communes où ils étaient implantés, en tant que «bourgeois» ou «cultivateur». Loin de ce portrait par trop commun, la plupart des discours artistiques, littéraires, savants et politico-administratifs contemporains dépeignent une figure bohémienne de fiction éminemment plastique, tantôt célébrée pour la subversion dont elle est supposée faire preuve, tantôt redoutée pour des raisons similaires. Or la fabrication de cette figure à la physionomie plurielle a impliqué un tissu de protagonistes pris dans le jeu du local et de l’extrarégional. Par la circulation des hommes – artistes, administrateurs d’État, savants ou Bohémiens –, par celle des œuvres d’art et par le levier des traductions textuelles, des transferts culturels ont pu s’opérer, faisant du Bohémien un personnage apatride appartenant à une communauté jugée homogène, en dépit de la diversité ethnoculturelle de ses membres présumés. 

Sébastien Meyer est l’auteur d’un mémoire intitulé Les Manouches d’Alsace et de Lorraine dans les Arts et les Lettres. Une étude de leur mise à contribution dans la fabrication transrégionale d’une mythologie bohémienne (1836-1891), soutenu à l’Université de Strasbourg en 2013, sous la direction de Christine Peltre. Dans la continuité de ce travail, il prépare actuellement un projet de thèse consacré à une histoire des représentations de la figure bohémienne en Europe occidentale, dans les arts figuratifs, les sciences et l’administration au XIXe siècle. 

  • Antoine Le Roux (École Nationale Supérieure Louis-Lumière), “Tsiganes” et photographie. Évolution des représentations d'un peuple mythifié en France au XXe siècle. 

Dans un contexte social et politique défavorable aux Tsiganes, l’image photographique et ses usages se présentent au cours du premier quart du XXe siècle comme le relai d’un discours d’État discriminant et contribue surtout à l’élaboration ainsi qu’à la diffusion à grande échelle d’une iconographie où la figure du Tsigane menaçant et criminel fait autorité. Cette étude se propose d’interroger l’évolution de ces représentations en photographie tout au long du XXe siècle afin de mettre en évidence le moment où la nature des registres visuels change. Dans les années d’après-guerre, l’écrivain rom Matéo Maximoff s’introduit dans les réseaux intellectuels influents et s’impose dès lors comme un point de contact incontournable, auprès de qui de nombreux photographes et historiens cherchent leur légitimité. En dernier lieu, le travail de Mathieu Pernot nous permet d’aborder la façon dont la représentation des Tsiganes peut s’élaborer dans un questionnement perpétuel des approches formelles et une réappropriation des archétypes. 

Antoine Le Roux termine actuellement un Master 2 en photographie à l'ENS Louis-Lumière. À l'issue de ses études, il poursuivra son activité de photographe documentaire, notamment en prolongeant une réflexion croisée sur les questions tsiganes et l'anthropologie visuelle. 

  • 13h45-15h15 Jérôme Beaumarié (EHESS),  Le carnet anthropométrique. Étude du dispositif et construction identitaire de la population “nomade” dans le département de la Haute-Vienne, 1912-1939. 

Cette communication s’appuie sur une étude approfondie des archives départementales de la Haute-Vienne et analyse la position des “nomades” français et étrangers. Sur la base d’une étude des états numériques fournis par les autorités de police et de gendarmerie, il s’agira de démontrer que les “nomades” de ce département ne répondent pas aux accusations et autres préjugés lancés à leur encontre. L’étude croisée des carnets anthropométriques présentera la richesse archivistique de ces sources négligées et permettra d’offrir un panorama de la condition sociale et des différentes particularités des populations considérées. Cette démarche souhaite mette en lumière les termes d’une construction identitaire spécifique de la catégorie “nomades” et plus particulièrement pour les “nomades” français inscrits et identifiés à la marge de la citoyenneté française. 

Jérôme Beaumarié est actuellement enseignant contractuel et prépare un Mémoire de Master 2 à l’EHESS. Auteur d’un mémoire de maîtrise en 2003 à l'Université de Limoges, sous la direction – informelle – d’Henriette Asséo intitulé Marchands ambulants, commerçants ou industriels forains, nomades, de la loi du 16 juillet 1912 et de son application, l'exemple de la Haute-Vienne. (1912-1939). Il envisage une recherche approfondie consacrée à l’histoire des carnets anthropométriques. 

Lise Foisneau (Sciences Po), La famille contre l’État. Histoire anthropologique d’une famille romani dans l’espace national, 1860-1946. 

Étudier l’histoire d’un groupe romani particulier en France de 1860 à 1946 permet de repenser, du point de vue des Tsiganes eux-mêmes, les relations qu’ils ont entretenues avec l’État et les administrations. Au lieu de faire l’histoire des moyens de surveillance et de contrôle mis en œuvre par l’administration française, il s’agira de faire l’histoire de la persistance d’un système social tsigane dans des conditions administratives très contraignantes. Les techniques de contournement, de résistance et d’adaptation à ce que l’État impose aux Tsiganes peuvent ainsi être définies comme un «effet d’État», ces mécanismes ne pouvant pas exister sans prise de position à l’égard des différentes administrations étatiques, voire, plus radicalement, sans un refus frontal de l’État comme principe d’organisation de l’existence humaine. Il s’agira de comprendre comment les Tsiganes et, plus particulièrement, le groupe familial que nous étudions, ont pu préserver liberté et autonomie, alors même qu’ils étaient confrontés à une société régie par un État qui leur était hostile. 

Lise Foisneau a effectué trois années de classes préparatoires littéraires au lycée Condorcet et termine un Master 2 en histoire à Sciences Po Paris. Le mémoire, qu’elle a rédigé au cours de ses deux années de master, porte sur l’étude d’une famille romani, les Demestre, dans l’espace national de 1860 à 1946. Elle compte poursuivre ses recherches dans le cadre d’une thèse. 

  • 15h30-16h15, Licia Porcedda (EHESS), À la recherche des sources : la (re)construction de l'histoire des Tsiganes en Italie durant le Fascisme, 1922-1943. 

Cette communication retrace le parcours du chercheur enquêtant sur l’internement des Tsiganes en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’aucune recherche systématique n’avait encore été réalisée et qu’aucune donnée précise ne permettait de connaître les conditions précises des mesures d’internement et de déportation des Tsiganes en Italie. Ce parcours a suivi un véritable périple à travers les archives, d’abord en Slovénie, puis en Italie, de région en région, de ville en ville, de village en village, suivant les lieux de l’internement italien, en quête de documentations, malgré les obstacles posés notamment par une certaine résistance des responsables chargés des fonds documentaires. La somme des archives mises à jour permet de reconstruire l’histoire des Tsiganes en Italie durant le Fascisme à travers quelques milliers de documents éparpillés dans une dizaine de sites, réparties entre les archives centrales, provinciales, municipales et ecclésiastiques. 

Licia Porcedda est philologue et historienne. Titulaire d’un DEA en Philologie latine médiévale à l’EPHE (Paris), elle termine un doctorat à l'EHESS sur les Mesures de contrôle, internement et déportation des Tsiganes en Italie pendant la Deuxième Guerre mondiale

  • 16h15-17h00, Grégoire Cousin et Petre Petcut (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Enregistrements professionnels à travers les archives départementales roumaines et mémoire de familles romani (Tulcea, Craiova), 1910-1945. 

Cette communication s’attachera à présenter les documentations comparées des histoires de deux groupes romani. Il s’agit ici de croiser les sources archivistiques nominatives enregistrant les activités professionnelles et les circulations qui leur sont associées avec des entretiens effectués avec les familles. S’ils nous semblent que cette méthode permet d’explorer une documentation incarnée, elle nous ouvre surtout un vaste périmètre d’interrogation méthodologique. Nous partagerons ainsi avec vous des questionnements sur la constitution du corpus : quels sont les statuts respectifs de l’histoire orale et de la source administrative? Quelles relations pouvons-nous  effectuer entre l’histoire familiale et la documentation sociale locale? Quelle valeur doit-on donner à la preuve généalogique? La documentation présentée servira à ouvrir des pistes d’analyses : est il possible de faire une micro-histoire sociale comparée des Roms roumains? Y a-t-il des spécificités du travail Romani et de son organisation? Enfin comment s’articule le continuum de cette intégration social avant guerre avec l’époque communiste?

Grégoire Cousin est docteur en droit public, ces travaux portent sur la migration contemporaine des Roms roumains à l’Ouest. Il est actuellement post-doctorant au sein du programme MigRom (FMSH). 

Petre Petcut est docteur en Histoire de l’Université de Bucarest. Ces travaux portent sur l’histoire des Roms roumains au XIXe siècle. Il est actuellement ingénieur d’étude au sein du programme MigRom (FMSH). 

  • 17h00-17h45, Discussion générale 

Avec le soutien du Centre Georg Simmel, EHESS/CNRS, UMR 8131, de la Fondation Maison des sciences de l’Homme, de MigRom Project, University of Manchester et du Centre international des Récollets.

Lieux

  • Salle 2, Fondation Maison des Sciences de l’Homme - 190 avenue de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • mardi 10 juin 2014

Mots-clés

  • romani, tsigane, roma, nomade, gitan, sinti, rom, bohémien, manouches, gypsie, zingari, zigeuner, romanichel

Contacts

  • Ilsen About
    courriel : ilsen [dot] about [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Ilsen About
    courriel : ilsen [dot] about [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les sociétés romani dans l’Europe moderne et contemporaine », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 12 juin 2014, http://calenda.org/291214