AccueilDe l’intervention à l’action : nouvelles avenues d’inclusion des communautés LGTQI

De l’intervention à l’action : nouvelles avenues d’inclusion des communautés LGTQI

Revue Nouvelles pratiques sociales — Vol. 28, no 1 (automne 2015)

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Publié le vendredi 04 juillet 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro de Nouvelles pratiques sociales propose de réfléchir aux transformations politiques, sociales et culturelles qui approfondiraient l’inclusion sociale des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans* et intersexes. Nous invitons donc les auteures et les auteurs à soumettre des textes réflexifs, théoriques ou de recherche qui tiennent compte de ces enjeux. Ceci suppose de prendre en considération les capacités de réflexion et d’action que détiennent déjà les groupes LGBTQI, depuis longtemps constituées et mobilisées par eux-mêmes. Quels sont les savoirs expérientiels et théoriques émergents produits par ces groupes sociaux ? En quoi les avancées socio-législatives que l’on constate depuis les dernières décennies, concernant les personnes LGBTQI, participent-elles – ou non – aux changements des représentations les concernant et, de ce fait, à leur inscription sociale ?

Annonce

Argumentaire

L’action collective des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles/transgenres (trans*), queers et intersexes (LGBTQI), qui remonte pour plusieurs d’entre elles au tournant des années 1970, s’est déployée depuis sous diverses formes et finalités. Elle est notamment « passée d’une position plus contestataire, basée sur un discours articulé autour d’une visée de libération et de remise en cause des institutions à une stratégie d’utilisation des filières institutionnelles en vue d’accéder à la reconnaissance sociale » (Côté et Boucher, 2008 : 97). Au cours des deux dernières décennies, des luttes ont été menées sur le terrain des droits et l’égalité juridique a été obtenue pour les personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles (Groupe de travail mixte contre l'homophobie, 2007). Plus récemment, des voix nouvelles reflétant la pluralité des expériences vécues par les personnes de la diversité sexuelle se sont ajoutées, mettant en lumière certaines des inégalités juridiques et de droit encore présentes spécifiquement pour des personnes trans* et intersexes (Méndez, 2013). Comme celles de groupes vivant des oppressions croisées, telles que les personnes LGBTQI de minorités culturelles, sourdes ou en situation de handicap, tous ces groupes ont développé des réflexions critiques sur le monde au sein duquel ils évoluent, soucieux de saisir la source des discriminations qu’ils subissent, que celles-ci soient d’ordre matériel ou symbolique. Ainsi soulignent-ils l’hétérosexisme et l’hétéronormativité à l’origine de l’homophobie, l’influence du sexisme et du cissexisme[1], du racisme et du capacitisme dans leur vécu, puis dénoncent-ils la pathologisation trans* ou intersexe.

Comme le souligne Nancy Fraser (2005), la non-reconnaissance constitue une forme d’injustice sociale et non une simple entrave à l’estime de soi qu’il convient de surmonter individuellement. Elle a pour conséquence de miner les conditions matérielles (ex. : difficultés d’accès à l’emploi ou risque de le perdre; violences psychologique, sexuelle et physique; temps et ressources économiques investies dans les procédures de transition et de changement de sexe à l’état civil) et de restreindre la possibilité de participer à la vie sociale et politique. Or, la parité de participation s’avère être un défi, puisque certains groupes sociaux ont un accès déficitaire aux moyens d’interprétation et de communication disponibles au sein d’une société, tandis que d’autres en disposent de façon disproportionnée ou exclusive. Ceci se traduit notamment par la tendance des groupes dominants à « projet[er] leur expérience comme [étant] représentative de l’humanité en soi » (Young, 1990 : 59), invalidant l’existence des membres de groupes marginalisés ou opprimés.

Contrer cette injustice sociale implique à la fois d’apporter des changements législatifs et politiques – la loi 35 pour les populations trans* en est un exemple, comme l’est la résolution européenne 1952 condamnant les chirurgies non consensuelles sur les enfants intersexués – et de changer les symboles et les valeurs dominantes, de travailler sur les représentations sociales. C’est dans cette logique que s’engage désormais une large part des groupes communautaires LGBTQI qui ont d’ailleurs obtenu du gouvernement provincial qu’il crée son Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie 2011-2016. Les projets qui y sont développés visent non seulement à contrer les gestes homophobes, mais ciblent également l’hétérosexisme et l’hétéronormativité à leur source. Dans la conjoncture, c’est à ce type d’engagement que les différentes professions d’intervention sont conviées.

Ce numéro de Nouvelles pratiques sociales propose de réfléchir aux transformations politiques, sociales et culturelles qui approfondiraient l’inclusion sociale des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans* et intersexes. Nous invitons donc les auteures et les auteurs à soumettre des textes réflexifs, théoriques ou de recherche qui tiennent compte de ces enjeux. Ceci suppose de prendre en considération les capacités de réflexion et d’action que détiennent déjà les groupes LGBTQI, depuis longtemps constitués et mobilisés par eux-mêmes. Quels sont les savoirs expérientiels et théoriques émergents produits par ces groupes sociaux? En quoi les avancées socio-législatives que l’on constate depuis les dernières décennies concernant les personnes LGBTQI participent-elles – ou non – aux changements des représentations les concernant et de ce fait, à leur inscription sociale?

Nous souhaitons également, par ce numéro, interpeller les pratiques d’intervention. Cela d’autant plus que les personnes LGBTQI participent activement à la déconstruction des « savoirs » sociaux et médicaux qui pathologisent leurs réalités et qui perpétuent les représentations voulant que l’hétérosexualité, ainsi que la normativité des genres masculin/féminin et de ses représentations corporelles binaires homme/femme soient les voies optimales du développement humain (Bastien Charlebois, 2011). Dans quelles mesures les pratiques évitent-elles les écueils des modes d’intervention non réflexifs où des intervenantEs ont adopté des approches ou conçu des programmes invitant à l’intégration plutôt qu’à la remise en question des injustices sociales, contribuant ainsi non seulement aux blessures subies et au maintien des discriminations (c.f. Peers et Demczuk, 1998), mais également au développement d’attitudes de méfiance à leur endroit? De quelle façon peut-on appuyer le développement de pratiques novatrices sans se substituer aux expertises développées par les acteurs terrain, mais bien en accompagnant ou en amplifiant leurs capacités d’agir, notamment sur le plan des transformations des rapports sociaux et des représentations culturelles? Comment la diversité sexuelle s’inscrit-elle – ou non – dans les pratiques d’intervention en santé, en éducation ou dans le champ du social? Compte tenu des contraintes de temps et de ressources souvent imposées sur son travail, est-il possible pour une personne intervenante de s’informer adéquatement de ces cadres d’analyse critique de même que des oppressions croisées conjuguant hétérosexisme et capacitisme ou hétérosexisme et racisme? Est-il possible de recevoir les informations appropriées sur des réalités méconnues telles que l’intersexualité, dont l’activisme est très récent dans l’espace public? Enfin, comment les acteurs sociaux membres des groupes dominants hétérosexuel ou cisgenre [ou non-transsexuel] peuvent-ils arrimer plutôt qu’imposer leurs propres capacités aux aspirations des groupes LGBTQI? Comment composent-ils et elles avec les remises en question et les critiques radicales de l’hétérosexisme, de l’hétéronormativité, du cissexisme et du binarisme sexuel, qui les mettent devant un devoir de décentrement? Voici donc quelques questions auxquels pourraient répondre les articles que nous vous invitons à soumettre.

[1] Similaire à l'hétérosexime qui remet en question la présomption que le citoyen ou l'être social est par défaut hétérosexuel, le cissexisme est la présomption que chaque individu vie en accord avec le sexe assigné à la naissance et que par défaut tout être social masculin est biologiquement male et tout être social féminin est biologiquement femelle. Il présume que le sexe et le genre sont interchangeables et inséparables.

Échéancier

  • 15 octobre 2014: Date limite oiur l'envoi des résumés d’articles

  • 15 décembre 2014: Date limite pour l'envoi des articles

Vous trouverez le guide pour la présentation des articles dans la revue et vous pouvez le consulter sur notre site Web ; toutefois, nous précisons déjà qu’aucun article ne devra dépasser 35 000 caractères (espaces compris), notes, bibliographie et tableaux inclus. Pour toutes questions relatives à cet appel, les auteures et auteurs sont invités à communiquer avec les responsables.

Coordination du numéro

  • Isabel Côté (Département du travail social, Université du Québec en Outaouais)
  • Janik Bastien-Charlebois (Département de sociologie, Université du Québec à Montréal)
  • Gabrielle Bouchard (Centre de lutte contre l'oppression des genres)

Bibliographie

  • Bastien Charlebois, J. (2011). « Au-delà de la phobie de l’homo : quand le concept d’homophobie porte ombrage à la lutte contre l’hétérosexisme et l’hétéronormativité ». Reflets, vol. 17, n.1., p. 112-149.
  • Côté, I. et J.L. Boucher (2008). La mouvance sociale des gais, lesbiennes, bisexuel (le) s, transsexuel (le) s et transgenres. Bulletin d’histoire politique, vol.16, n° 3, 89-100.
  • Fraser, N. 2005. « Penser la justice sociale: questions de théorie morale et de théorie de la société » dans Estelle Ferrarese (sous la dir.), Qu’est-ce que la justice sociale? Reconnaissance et redistribution, Paris, Éditions la découverte, 43-69.
  • Groupe de travail mixte contre l'homophobie (2007). De l'égalité juridique à l'égalité sociale: Vers une stratégie nationale de lutte contre l'homophobie, Montréal: Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec.
  • Méndez, J. E. (2013). Rapport du Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, New York: Commission des droits de l'homme des Nations Unies.
  • Peers, L. et I.Demczuk (1998). « Lorsque le respect ne suffit pas : intervenir auprès des lesbiennes ». Des droits à reconnaître : les lesbiennes face à la discrimination, Montréal : Remue-ménages, 77-116.
  • Young, I. M. (1990). Justice and the Politics of Difference, Princeton, Princeton University Press.
  • Young, I. M. (2000). Inclusion and Democracy, New York, Oxford University Press.

Dates

  • mercredi 15 octobre 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • LGBTQI, hétéronormativié, hétérosexisme, justice sociale, inclusion, action collective

Contacts

  • Marie-Ève Carpentier
    courriel : nps [at] uqam [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Marie-Ève Carpentier
    courriel : nps [at] uqam [dot] ca

Pour citer cette annonce

« De l’intervention à l’action : nouvelles avenues d’inclusion des communautés LGTQI », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 04 juillet 2014, http://calenda.org/292212