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Apprentissage du langage oral à l'école maternelle

Regards croisés sur un corpus homogène

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Publié le lundi 04 août 2014 par João Fernandes

Résumé

L’apprentissage du langage oral à l’école maternelle a fait l’objet de plusieurs publications importantes ces vingt dernières années. En sociologie de l’éducation, l’équipe Escol s’est attachée à comprendre les mécanismes de construction des inégalités. En didactique, l’ouvrage collectif dirigé par M. Grandaty et G. Turco (2001) définit et illustre le concept d’« oral pour apprendre ». En proposant également de travailler sur un corpus commun, nous nous inscrivons dans la voie ouverte par ces auteurs qui avaient mis à la disposition de la communauté scientifique un corpus inédit de plusieurs séances de langage étudiées de différents points de vue.

Annonce

Présentation

Dans le cadre du quarantième anniversaire de la revue Pratiques et de la collection « Recherches linguistiques », le Centre de recherche sur les médiations (CREM) organise en 2015 une manifestation scientifique sous la forme de trois colloques, intitulés respectivement « Pratiques et l’enseignement du français : bilan et perspectives » (8-9-10 avril 2015), « Apprentissage du langage oral à l’école maternelle. Regards croisés sur un corpus homogène » (11-12 juin 2015), et « Texte et discours en confrontation dans l’espace européen. Pour un renouvellement épistémologique et heuristique » (15-18 septembre 2015). Consultez le site des colloques : crempraxitexte2015.event.univ-lorraine.fr.

En effet, les sciences du langage sur le site de Metz ont, depuis leur création, consisté à traiter des théories textuelles et discursives, d’une part, et de la didactique du français, d’autre part. Les recherches ont été menées au sein du CELTED (Centre d’études linguistiques des textes et des discours) et se poursuivent aujourd’hui dans le cadre du CREM au sein de l’équipe Praxitexte. Grâce à ses supports éditoriaux (Pratiques et « Recherches Linguistiques ») et aux nombreux stages, universités d’été et colloques organisés depuis la naissance de Pratiques, s’est instaurée une solide tradition de dialogues et de confrontations internationales, que ces trois prochains colloques entendent poursuivre, enrichir et élargir. 

Les enjeux du colloque

L’apprentissage du langage oral à l’école maternelle a fait l’objet de plusieurs publications importantes ces vingt dernières années. En sociologie de l’éducation, l’équipe Escol s’est attachée à comprendre les mécanismes de construction des inégalités (E. Bautier, 2008). En didactique, l’ouvrage collectif dirigé par M. Grandaty et G. Turco (2001) définit et illustre le concept d’« oral pour apprendre ». En proposant également de travailler sur un corpus commun, nous nous inscrivons dans la voie ouverte par ces auteurs qui avaient mis à la disposition de la communauté scientifique un corpus inédit de plusieurs séances de langage étudiées de différents points de vue. En didactique toujours, différentes contributions ont élargi le point de vue sur l’enseignement de l’oral à toute la scolarité primaire (E. Nonnon 1999 ; C. Garcia-Debanc et S. Plane, 2004). En pédagogie, on connaît les courants majeurs initiés respectivement par L. Lentin (1972) qui a mis en avant l’importance des outils syntaxiques dans l’apprentissage du langage, et par A. Florin (1995) dont les propositions de « groupes conversationnels » et la tripartition des grands, moyens, et petits parleurs ont été intégrées dans les pratiques de classe. On doit évoquer également les travaux de F. François sur le dialogue et son interprétation (2005). Sans que la liste soit close. C’est dire si l’on dispose, au moins dans un contexte de formation des maîtres, d’un ensemble fourni de propositions qui toutes ont en commun de s’inscrire – au moins de manière déclarative – dans le champ du socio-constructivisme. Ces contributions, même si elles mettent l’accent sur des paramètres différents pour les premiers apprentissages scolaires du langage, fournissent une réponse compatible avec les autres étant donné le champ théorique assez homogène qu’elles partagent (Bruner, Vygotski).

On peut se satisfaire de ce consensus mais on peut aussi s’en inquiéter. Ne serait-on pas arrivé à ce moment – que F. François évoquait en 1991 (2005) – « où une pratique scientifique est stabilisée, [ce] moment où les résultats sont présentés selon les termes de la théorie. C’est-à-dire à un moment où il n’y a pas tant vérification que lecture selon un code » ? Sans préjuger du résultat des recherches en cours, on peut se demander si l’on n’est pas parvenu à un état du savoir sur l’apprentissage du langage oral à l’école maternelle qui ne serait aujourd’hui dépassable que sur ses marges. C’est en tout cas ce que laissent croire des recherches qui s’orientent sur la posture enseignante, sur le geste professionnel ou sur l’entrée en littératie plutôt que sur l’apprentissage du langage oral.

Le colloque a pour ambition de reconsidérer la question des apprentissages du langage oral à l’école et propose que les approches des contributeurs soient conduites à partir d’un corpus commun. La démarche est certes peu courante, mais elle a déjà prouvé son efficacité en analyse interactionnelle ; le corpus de « La dame de Caluire » (1987) a permis d’établir des ponts entre des disciplines qui ne relevaient pas strictement des sciences du langage. L’intérêt bien compris est donc de favoriser des confrontations théoriques qui jusqu’à présent sont toujours difficiles puisque les analyses s’appliquent à des objets différents dont on n’a, faute d’accès à des transcriptions complètes, qu’une connaissance partielle. Le corpus, disponible sur le site du colloque, est constitué d’un ensemble de séances de langage transcrites. Pour favoriser la confrontation attendue des approches et garantir l’unité thématique des recherches, on soumet aux participants potentiels la question de cadrage suivante : « comment les enfants apprennent-ils à parler à l’école maternelle ? ». Les auteurs auront la possibilité soit d’y répondre globalement et directement, soit de ne retenir qu’un objet (linguistique, langagier, discursif, pragmatique…) soit de choisir une approche disciplinaire identifiée (la psycholinguistique ou la psychanalyse par exemple). La seule contrainte est de s’appuyer, quelle que soit l’entrée retenue, sur les données du corpus.

Au-delà des enjeux de recherche pluridisciplinaire évoqués, l’ambition du colloque est de réunir les acteurs de la recherche universitaire et les professionnels des apprentissages langagiers, en milieu scolaire ou non (enseignement, formation, orthophonie, etc.), pour renforcer les liens et les finalités de leur mission sociale commune. 

Le corpus de travail

Le « corpus CLEA » est disponible au téléchargement dans un fichier Excel, à l’adresse suivante : http://oralmaternelle-espe.event.univ-lorraine.fr/cremoral_appel.php ; il rassemble les transcriptions de 12 séances de langage soit au total 2123 interventions pour des séances dont la longueur varie entre 77 et 433 tours de parole (il n’y a pas de version audio ou vidéo de ce corpus). Toutes ces séances ont été conduites, enregistrées et transcrites par des enseignants dans des circonscriptions du département de la Moselle en mars 2013. Le travail a été accompli dans le cadre d’un projet de recherche qui associait depuis deux ans ces enseignants au groupe CLEA (Comment Les Enfants Apprennent à parler à l’école) inscrit à l’ESPÉ et rattaché au CREM (Centre de Recherche sur les Médiations) de l’Université de Lorraine. Le groupe de recherche, dirigé par Pierre Péroz, est composé d’enseignants-chercheurs et d’enseignants maîtres-formateurs. L’objet de recherche est l’étude des modalités d’apprentissage du langage oral à l’école maternelle. Les enseignants qui ont conduit les séances 1 à 7 sont impliqués dans le projet depuis son lancement (2011-2012) : au moment de l’enregistrement, ils ont déjà suivi cinq sessions de formation avec les membres du groupe de recherche. Ceux qui ont conduit les séances 9 à 12 n’en ont suivi que deux à la même date. Pour tous cependant, le protocole de travail développé au cours de ces sessions est le même. Il s’agit pour l’enseignant de conduire régulièrement des séances de langage en respectant les principes suivants :

-          Sur le plan pédagogique, il est suggéré aux maîtres de réduire de manière drastique leur vitesse d’intervention et pour cela d’interroger systématiquement les élèves ayant levé le doigt avant de relancer la question pour une nouvelle série de réponses, enfin de laisser les élèves reprendre ou reformuler ce qui a déjà été dit par leurs camarades.

-          Sur le plan didactique, choisir comme support de séance un texte narratif fictionnel non illustré que le maître peut lire ou raconter. En l’occurrence, toutes les séances du corpus présenté portent sur un même support, le texte lu du conte « Danger dans le potager ».

-          Sur le plan des apprentissages, adopter un « format » de séance régulier qui, en reprenant un même canevas d’une séance à l’autre, facilite l’anticipation des élèves sur le déroulement de la séance et partant, une prise de recul favorable à l’écoute des élèves, les élèves s’écoutant entre eux et l’enseignant écoutant les élèves. 

L’homogénéité du corpus

Le public de ces classes est composé majoritairement d’enfants des classes populaires. Les séances 1 et 2 ont eu lieu dans deux écoles classées en ZEP (zone d’éducation prioritaire), les séances 5-A, 6-A, 7, 9 et 11 ont eu lieu dans des écoles situées dans des « quartiers sensibles », enfin les séances 3, 4, 8 et 10 ont eu lieu dans des classes dont le public peut être qualifié d’hétérogène sur le plan sociologique et culturel. Ces séances sont donc relativement proches sur les plans pédagogique, didactique et sociologique, raison pour laquelle nous parlons d’un corpus « homogène ». Ces données n’empêchent pas que les séances diffèrent sensiblement par leur contenu et leur longueur. Elles diffèrent aussi par les séances préparatoires que les enseignants ont jugé nécessaire de mener avant d’enregistrer une séance. Les séances du corpus ont de fait été « préparées » – de manière variable – par au moins deux séances de langage qui incluent la lecture du texte.

Le texte utilisé comme support commun aux séances

« Danger dans le potager » est d’abord un conte écrit et illustré par Beatrix Potter et paru en 1902 à Londres sous le titre de The Tale of Peter Rabbit. Le succès fut tel qu’il fut suivi d’une série d’histoires du même auteur mettant en scène d’autres membres ou amis de la famille du héros éponyme. Les enseignants ont retenu une version aménagée du conte original (Une aventure de Pierre Lapin, Danger dans le potager. Adaptation française de S. Monnier-Muriaru. 2004, Belgique : Trois Ponts, Lipokili). En voici le résumé.

L’histoire est celle d’une famille lapin composée de quatre petits lapins Romarin, Capucine, Neige et Pierre qui vivent seuls avec leur mère dans un terrier sous les racines d’un vieux pin centenaire. Un jour, la mère dit à ses lapereaux qu’elle doit s’absenter et les prévient qu’ils peuvent jouer dans le pré mais qu’ils ne doivent surtout pas aller dans le jardin de monsieur Grégory : le père lapin n’en est jamais revenu, madame Grégory en avait fait un civet ! Romarin, Capucine et Neige obéissent mais Pierre ne peut s’empêcher d’aller dans le potager de monsieur Grégory. Arrivé dans le jardin, Pierre le lapin goûte à divers légumes quand il est surpris par monsieur Grégory qui l’aperçoit en train de terminer un concombre. Le jardinier le poursuit en le menaçant de le transformer en pâté. Dans sa fuite, Pierre le lapin abandonne veste et chaussures avant de trouver à se cacher dans un arrosoir rempli d’eau glacée. Le froid le fait éternuer et découvrir à nouveau. La course reprend. Pierre finit par arriver près d’une mare où se trouve une chatte qui observe un poisson qu’elle veut sans doute attraper. Un peu méfiant et ne sachant à qui il a affaire, Pierre reprend sa course et arrive enfin au domicile familial. Sa mère s’étonne de le voir arriver épuisé, sans vêtements. Elle s’interroge mais en attendant, lui fait prendre une tisane de camomille et l’envoie se coucher. Pierre se promet de ne plus recommencer pendant que ses frères dînent en goûtant les mûres qu’ils étaient allés cueillir. 

Soumission des communications : calendrier et expertise

Les propositions de communication devront parvenir aux organisateurs à l’adresse électronique suivante : http://oralmaternelle-espe.event.univ-lorraine.fr/cremoral_appel.php

Les propositions de communication devront être retournées au plus tard

le 30 octobre 2014,

comporter un titre, 5 mots clés, et se présenter sous forme d’un résumé de 500 à 1000 mots auxquels il faudra ajouter une bibliographie de 5 références au maximum.

Les communications proprement dites devront être parvenues le 30 mars 2015. Elles devront s’inscrire dans un créneau de 40 minutes, discussion comprise. Il est donc souhaitable que les communicants prévoient de ne pas dépasser 25 à 30 minutes de communication pour laisser la place au débat avec le public. 

Calendrier

  • Ouverture du site : 15 août 2014
  • 30 octobre 2014 : date limite de soumission des propositions de communication
  • 15 novembre 2014 : après expertise, notification d’acceptation ou demande de modification des propositions de communication
  • 30 mars 2015 : date limite de dépôt des communications
  • 30 avril 2015 : après expertise, notification définitive adressée aux auteurs
  • 11 - 12 juin 2015 : COLLOQUE INTERNATIONAL « Apprentissage du langage oral à l’école maternelle: Regards croisés sur un corpus homogène » 

Responsables du colloque

  • Pierre PÉROZ (Université de Lorraine-ESPÉ) : pierre.peroz@univ-lorraine.fr
  • Caroline MASSERON, Université de Lorraine) : caroline.masseron@univ-lorraine.fr

Conseil scientifique

  • Dominique BASSANO, CNRS, Paris (France)
  • Elisabeth BAUTIER, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis (France)
  • Ecaterina BULEA-BRONCKART, Université de Genève (Suisse)
  • Emmanuelle CANUT, Université Lille 3 Charles-de-Gaulle (France)
  • Paul CAPPEAU, Université de Poitiers (France)
  • Carole FISHER, Université du Québec à Chicoutimi (Canada)
  • Michel GRANDATY, Université Toulouse 2-Le Mirail (France)
  • Francis GROSSMANN, Université de Grenoble-Alpes (France)
  • Pascale HADERMANN, Université de Gand (Belgique)
  • Anne HALTÉ, Université de Lorraine (France)
  • Hélène MAKDISSI, Université Laval (Québec, Canada)
  • Claire MARTINOT, Université Paris-Sorbonne (France)
  • Elisabeth NONNON, Lille 3 Charles-de-Gaulle (France)
  • Sylvie PLANE, Université Paris-Sorbonne (France)
  • Evelyne POCHON-BERGER, Université de Neuchâtel (Suisse)
  • Glaís SALES CORDEIRO, Université de Genève (Suisse)

Comité d’organisation

  • Mireille Delaborde,
  • Marceline Laparra,
  • Caroline Masseron,
  • Madeleine Molter,
  • Pierre Péroz 

Secrétariat

Josette LINDER: josette.linder@univ-lorraine.fr 

Localisation

Le colloque se déroulera à Montigny-lès-Metz, 16 rue de la Victoire, 57950, dans les locaux du site mosellan de l’ESPÉ de l’Académie de Nancy-Metz. 

Publication des communications

La publication des communications se fera selon deux modalités.

Immédiatement après le colloque, et après révision par les auteurs s’ils le souhaitent, les fichiers des communications seront mis à la disposition du public, sous forme de « plein papier » sur le site du colloque où ils seront téléchargeables en tant que communication. Chaque fichier comportera les indications bibliographiques qui permettront au lecteur de citer la communication et d’en donner les références correctement.

Après le colloque, les communications seront réexaminées par les experts pour une publication éventuelle dans les actes du colloque. Après la parution de ces actes, les fichiers sur le site ne seront plus accessibles et les lecteurs seront renvoyés aux actes du colloque. En revanche, le corpus sera mis à la disposition des chercheurs en libre accès.

Lieux

  • ESPÉ de L'Académie de Metz, Montigny-lès-Metz
    Metz, France (57)

Dates

  • jeudi 30 octobre 2014

Mots-clés

  • langage oral, apprentissage, école maternelle

Contacts

  • Caroline Masseron
    courriel : caroline [dot] masseron [at] univ-lorraine [dot] fr
  • Pierre Péroz
    courriel : pierre [dot] peroz [at] univ-lorraine [dot] fr

Source de l'information

  • Caroline Masseron
    courriel : caroline [dot] masseron [at] univ-lorraine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Apprentissage du langage oral à l'école maternelle », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 04 août 2014, http://calenda.org/295140