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(S')Explorer : une disposition anthropologique

(Self) Exploration: an anthropological arrangement

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Publié le jeudi 31 juillet 2014 par João Fernandes

Résumé

Ces  journées  d’études  seront  consacrées  à  l’exploration  ethnographique  et  aux  diverses déambulations  méthodologiques  qui  traversent  le  travail  de  la  recherche  en  anthropologie.  Les communicants sont invités à revenir sur les manières dont ils valorisent leur expérience sur le terrain en autant de  procédés  d'enquête  et  de  restitution  de  cette  dernière.  En  étant  aussi  bien  attentif  à  la  collecte  des données, à leur nature, ainsi qu'à la variation de leur statut lors de leur traitement et de leur analyse, on se demandera  comment  la  prise  en  compte  des  engagements  sensibles  dans  le  monde  permet  d'élargir  le champ des objets et des outils méthodologiques. On se posera également la question des passages entre subjectivité  et  objectivité  en  s'adossant  aux  travaux  traitant  et  de  la  légitimité  de  la  réflexivité  et  de l'adaptation à l'anthropologie d'un ensemble de dispositifs expérimentaux (généralement développés dans les  sciences  dures)  dont  l'opportunité  ne  manque  pas  d'émerger  dès  lors  que  la  problématique  de  la perception passe de la périphérie au centre de l'enquête ethnographique.

Annonce

Résumé

Ces  journées  d’études  seront  consacrées  à  l’exploration  ethnographique  et  aux  diverses déambulations  méthodologiques  qui  traversent  le  travail  de  la  recherche  en  anthropologie.  Les communicants sont invités à revenir sur les manières dont ils valorisent leur expérience sur le terrain en autant de  procédés  d'enquête  et  de  restitution  de  cette  dernière.  En  étant  aussi  bien  attentif  à  la  collecte  des données, à leur nature, ainsi qu'à la variation de leur statut lors de leur traitement et de leur analyse, on se demandera  comment  la  prise  en  compte  des  engagements  sensibles  dans  le  monde  permet  d'élargir  le champ des objets et des outils méthodologiques. On se posera également la question des passages entre subjectivité  et  objectivité  en  s'adossant  aux  travaux  traitant  et  de  la  légitimité  de  la  réflexivité  et  de l'adaptation à l'anthropologie d'un ensemble de dispositifs expérimentaux (généralement développés dans les  sciences  dures)  dont  l'opportunité  ne  manque  pas  d'émerger  dès  lors  que  la  problématique  de  la perception passe de la périphérie au centre de l'enquête ethnographique.

Cet évènement est pensé comme un espace privilégié d’échanges entre doctorants et chercheurs selon le format habituel de journées d’études. L’appel à communication de cette édition 2014 est ouvert aux doctorants en anthropologie, en ethnologie et en sociologie du LESC et d’autres institutions. Ces journées se dérouleront les  19  et  20  novembre  prochain  à  l’Université  de  Paris  Ouest  la  Défense  (MAE  – LESC).  Les communications retenues seront publiées courant 2015.

Argumentaire

L’objectif  de  ces  journées  d’étude  est  d’explorer  diverses  facettes  et  alternatives  de  l’enquête ethnographique et de sa restitution, tant au niveau de l’intelligibilité et des façons d’observer les êtres et les objets qui traversent le terrain qu’aux façons de décrire ces expériences et leur vécu. (S’)Explorer devient la condition à une anthropologie qui permet au chercheur de disposer,  de soi et des autres êtres, c’est-à-dire tenir compte, mettre en forme et éclairer les éléments empiriques qu’il rencontre.

Diverses réflexions ont profondément façonné l’état de la recherche actuelle en anthropologie, tant sur les plans empirique, analytique qu’épistémologique. Parmi elles, le questionnement textualiste, initié par C. Geertz  (1973)  puis  entériné  avec  les  travaux  de  J.  Clifford  et  des  post-modernes  dans  les  années  1980,  a contribué à reformuler les modalités de l’activité ethnographique. Déjà, l’écriture était envisagée comme une fiction,  distincte  des  faits.  Les  procédés  rhétoriques  ont  alors  été  profondément  discutés  tandis  que  la réflexivité a été convoquée, et avec elle, le chercheur. Cette prise sur soi, ce retour sur l’expérience vécue, a dès  lors  entrainé  le  chercheur  à  s’interroger  sur  ses  différentes  formes  de  restitution,  au-delà  d’un  «  je  » hypertrophié ponctuant les descriptions ethnographiques.

Se restituer soi-même, c’est aussi s’éprouver. Depuis les années 2000, des tentatives ont émergé afin de repousser les limites établies en termes de réflexivité, et de reformuler de façon expérimentale ses formes de restitution. Ces nouvelles alternatives s’expriment de différentes manières et se définissent comme forme légitime de savoir. Représentatif du courant postmoderne et réunis sous la bannière des pratiques analytiques créatives (Richardson 2004), ces travaux considèrent la connaissance comme étant toujours partielle, locale et historique, et l’écriture comme un lieu d’incorporation de connaissances sensibles, de savoirs théoriques, d’émotion autant que de cognition (Fortin & Houssa 2012).

L’anthropologie  regroupe  aujourd’hui  des  approches  d’une  grande  variété  qui  invitent les chercheurs à examiner la pluralité des visions du monde vivant et des êtres qui la composent, tout en allant dans le sens d’une réelle anthropologie de l’altérité. Plus que jamais, nous tentons de penser autrement le champ  des  possibles  et  de  prendre  en  compte  les  points  de  vue  aussi  insaisissables,  invisibles,  et  quasiimpalpables  soient-ils.  Nous  entrouvrons  ici  deux  voies  pour  évoquer  les  inspections  et  prospections scientifiques de l’itinéraire de recherche.

(S’)Eprouver

Réflexivité et restitution

Mots-clefs  :  rôle(s)  de  l'ethnographe  – auto-ethnographie  – résonnance  scientifique  entre  chercheur  et enquête –performance –corps - émotion

S’éprouver par une démarche réflexive consiste à opérer, avec plus ou moins de force et d’ampleur, un retour sur soi, en tant qu’individu éprouvant mais aussi en tant que chercheur lié à son terrain et ses objets d’investigation.  Ce  double  mouvement,  qui  replace  le  chercheur  au  cœur  de  son  enquête,  permet d’appréhender  le  travail  de recherche  sous  des  angles  nouveaux  (Kleinman  &  Copp  1993,  Bensa  &  Fassin 2008). En s'éprouvant, quelles voies pouvons-nous explorer pour comprendre les modalités du faire, du voir et du (res)sentir ? Quelles sont, dans cette perspective, les alternatives possibles pour l'analyse et la restitution des données recueillies ?

L’une des voies possibles de restitution et d’appréhension du terrain est l’auto-ethnographie. Dans ce mode  d’exploration  de  l’expérience,  la  production  de  la  connaissance  est  élaborée  au  travers  de  textes caractérisés par une écriture à la première personne dans laquelle l’aller-retour entre expérience personnelle et  dimensions  socio-culturelles  sont  au  centre  afin  qu’émergent  et  résonnent  l’intériorité  et  la  sensibilité  de l’auteur (Ellis, 2004). Il s’agit en somme de mieux comprendre la recherche faite ou en train de se faire au prisme de ses propres dispositions individuelles sur le terrain.

L’auto-ethnographie  n’est  là  qu’une  des  alternatives  possibles  pour  éprouver,  appréhender  et restituer l’expérience et le vécu du terrain,pivot de la connaissance anthropologique. Parmi les autres formes de restitution, peuvent également être mobilisés le théâtre (Kogut 2005), la science fiction (Lortat-Jacob 1994) ou  encore  la  performance  (Spry  2011).  Chacune  amorce  alors  un  engagement  propre  à  tout  chercheur considérant l’expérience subjective comme mode d’apprentissage, de compréhension et d’élaboration des idées, soit  comme une véritable disposition anthropologique. En d’autres termes, la réflexivité se doit d’être rediscutée et le mouvement qu’elle initie considérée comme un réel tremplin vers un mode de saisie aiguisé des manières d’être et d’être avec.

Saisir sur le vif ce(ux) qui passe(nt)

Expériences et expérimentation

Mots-clefs : l'éphémère –l'invisible - signes –le non-dit/tacite – l’invisible –les restes –créativité

Entre  expérience  et  expérimentation,  les  frontières  sont  poreuses.  Les  passages,  voire  les  allers  et venues, sont constitutifs de l’exploration anthropologique. En posant l’expérimentation comme un postulat de départ, la relation ethnographique est dès lors pensée en elle-même comme expérimentale et l’ethnographe devient acteur de cette expérience. Celle-ci peut également émergée au gré de l’itinéraire de terrain, de la reformulation des objets de recherche et  de la relation ethnographique comme un appui pour saisir d’autres formes d’appréhension du monde.

Sur nos terrains respectifs, nous sommes souvent confrontés à des expériences dont il est difficile de se saisir,  à  des  « choses  »  qui  surgissent,  certaines  presque  impalpables,  et  qui  ne  durent  pas.  Il  peut  s'agir d'actions, de décisions, d’instants, d'émotions, de chuchotements, de machines, d'esprits, de particules etc. Nous pouvons nous en détourner ou au contraire choisir d’en tenir compte. Il s’agit là d’œuvrer pour saisir les « petits riens » à rebours de l’ambition d’une «ethnographie totale ». Mais comment les voir, les entendre, les toucher, les saisir et les suivre pour ensuite les utiliser ?

Ces  phénomènes  dont  nous  faisons  parfois  l’expérience  aux  côtés  de  nos  interlocuteurs  nous amènent  à  repenser  les  modalités  de  nos  enquêtes  et  de  nos  relations  ethnographiques,  à  passer  de l’expérience  à  l’expérimentation.  Quels  types  et  quels  niveaux  d’expérimentations  méthodologiques  et analytiques sont possibles ? Selon quels dispositifs et quels protocoles ? Où et comment se déploie et s’arrête le processus expérimental ? Quels en sont les échos sur la production des idées et de la connaissance ? Sans en  faire  ici  une  liste  exhaustive,  diverses  approches  peuvent  être  citées  :  perspective  dialogique,  microobservation des signes, des êtres ou des individus (Houdart 2008, Grimaud & Paré 2011, Piette 2012), analyses conversationnelles  (Cooren  2013),  ethno-syntaxe  (Fornel  2010),  anthropologie  visuelle  et  filmique  (ARTMAP 2009),  shadowing  (Czarniawska-Joerges  2007),  anthropologie  corporelle  expérimentale,  etc.  Les  voies  sont nombreuses pour élargir les champs d’observation du réel et creuser les sillons d’une véritable anthropologie de  l’altérité.  Ce  sont  bien  ces possibilités  là  que  nous  souhaitons  voir  se  déployer  durant  ces  journées doctorales du LESC.

Modalités de soumission

Les  propositions  de  communication  devront  contenir  un  titre,  un  résumé  d’environ  500  mots  (explicitant  la nature  du  corpus  et  des  indications  méthodologiques)  ainsi  qu’une  notice  biographique  comprenant  les informations habituelles (rattachement institutionnel, coordonnées, etc.).

Les contributions devront être basées sur une restitution fine et détaillée des données ethnographiques tout en  menant  une réflexion  méthodologique  et  théorique  sur  les  questions  posées  ici.  Chaque  intervention durera 20 minutes.

Les  contributions  peuvent  s’intégrer  dans  l’un  ou  l’autre  axe,  comme  être  à  la  croisée  des  deux.  Les communications  proposant  des  approches  non  évoquées  ici  mais  liées  au  thème  de  l’exploration anthropologique sont aussi les bienvenues. Les communications peuvent se faire en français ou en anglais.

Les intervenants devront envoyer le draft de leur communication 10 jours avant les Doctorales. Aucun financement ne pourra être attribué aux intervenants pour leur déplacement et leur hébergement.

Les  propositions  de  communication  sont  à  envoyer  jusqu’au 

1er  octobre 

à  l’adresse suivante : explorer2014.lesc@gmail.com

Calendrier

  • 1er octobre : Clôture de l’appel à communication
  • 15 Octobre: Retours aux auteurs
  • 10 novembre : Envoi des communications orales (8 pages maximum)
  • 19-20 novembre : Journées doctorales (LESC-MAE Université de Nanterre Paris Ouest)
  • Automne 2015 : Publication des communications retenues (envoi des articles pour le 31 janvier 2015).

Comité scientifique

  • Sophie HOUDART, Chargée de recherche, LESC- CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Isabelle JABIOT, Doctorante (LESC), Université Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Christine JUNGEN, IIAC LAU / EHESS CNRS
  • Fabien PROVOST, Doctorant (LESC), Université Paris Ouest Nanterre La Défense - (CEIAS)
  • Stéphane RENNESSON, Chargé de recherches, LESC –CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Gwendoline TORTERAT, Doctorante (LESC), Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Comité d’organisation

  • Isabelle JABIOT, Doctorante (LESC), Université Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Fabien PROVOST, Doctorant (LESC), Université Paris Ouest Nanterre La Défense - (CEIAS)
  • Gwendoline TORTERAT, Doctorante (LESC), Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Bibliographie

  • COOREN,  François  et  Bruno  Latour.  Manières  de  faire  parler:  interaction  et  ventriloquie.  Perspectives anthropologiques, Lormont : Le bord de l’eau, 2013.
  • CZARNIAWSKA-JOERGES, Barbara. Shadowing: And Other Techniques for Doing Fieldwork in Modern Societies. Copenhagen Business School Press DK, 2007.
  • ELLIS, Carolyn. The ethnographic I : a methodological novel about autoethnography. Walnut Creek, CA, 2004.
  • FASSIN, Didier, et Alban Bensa,  Les politiques de l’enquête: épreuves ethnographiques. Paris : la Découverte, 2008.
  • FORNEL,  Michel  de.  « L’agentivité  en  ethnosyntaxe».  Ateliers  d’anthropologie.  Revue  éditée  par  le Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, no 34, 2010.
  • FORTIN, Sylvie. et Emilie Houssa, « L’ethnographie postmoderne comme posture de recherche : une fiction en quatre actes », Recherches qualitatives, Vol. 31(2), pp. 52-78, 2012.
  • FORTUN, Kim.  Writing culture: the poetics and politics of ethnography.  Édité par James Clifford et George E. Marcus. Berkeley, Etats-Unis, 1986.
  • GEERTZ, Clifford. Works and lives: the anthropologist as author. Stanford : Stanford university press, 1988.
  • GRIMAUD, Emmanuel, et Zaven Paré.  Le jour où les robots mangeront des pommes: conversations avec un Géminoïd. Paris : Éditions Pétra, 2011.
  • HENARE,  Amiria  J.  M.,  Martin  Holbraad,  et  Sari  Wastell,  Thinking  through  things:  theorising  artefacts  in ethnographic perspective. Abingdon, 2007.
  • HOUDART, Sophie. La cour des miracles : ethnologie d’un laboratoire japonais. Paris : CNRS éd., 2008.
  • KLEINMAN, Sherryl, et Martha A. Copp. Emotions and fieldwork. Newbury Park, 1993.
  • KOGUT,  Kate  Berneking.  « Framed:  A  Personal  Narrative/Ethnographic  Performance/One-Woman  Show ». Journal of American Folklore. Vol. 118 (1), pp. 90-104, 2005.
  • LORTAT-JACOB, Bernard. Indiens chanteurs de la Sierra Madre: l’oreille de l’ethnologue. Paris : Hermann, 1994.
  • PIETTE, Albert. De l’ontologie en anthropologie. Paris : Berg international, 2012.
  • RENNESSON, Stéphane, Emmanuel Grimaud, et Nicolas Césard,  « Kings of khwaang  »  (Film réalisé et diffusé dans le cadre du collectif ARTMAP, Production CNRS/EHESS), 2013.
  • SPRY, Tami. Body, paper, stage: writing and performing autoethnography. Walnut Creek : Left Coast Press, Inc, 2011.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • mercredi 01 octobre 2014

Mots-clés

  • réflexivité, lesc, ethnographie, explorer, exploration, terrain

Contacts

  • Isabelle Jabiot
    courriel : isabellejab [at] gmail [dot] com
  • Fabien Provost
    courriel : provost [dot] fabien [at] gmail [dot] com
  • Gwendoline Torterat
    courriel : gwen [dot] torterat [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Fabien Provost
    courriel : provost [dot] fabien [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« (S')Explorer : une disposition anthropologique », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 31 juillet 2014, http://calenda.org/295511