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Afrique du Sud : 20 ans de démocratie contrastée ?

South Africa : 20 years of uneven democracy?

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Publié le lundi 28 juillet 2014 par João Fernandes

Résumé

Depuis 20 ans, l'Afrique du Sud s'est ouverte à la démocratie dans un contexte socio-économique encore lourd de l'héritage de l'apartheid et de la colonisation et soumis aux contraintes de l'insertion dans la mondialisation libérale. Sur le plan politique et constitutionnel, après une transition nalement assez courte et réussie, d'indéniables progrès ont été accomplis autour d'une constitution progressiste, d'un paysage politique évolutif, quoique dominé par l'ANC, et d'un Etat de droit certes encore confronté à de nombreux dés mais reposant dorénavant sur des valeurs partagées par toutes et tous. Cependant, la démocratie sud-africaine ne peut se réduire à cette seule dimension politique et institutionnelle. Ce colloque invite donc à questionner la démocratie en général entendue comme un processus permettant le partage réel du pouvoir social entre tous les membres de la collectivité sans exclusive ou limite. Dans cette perspective, il questionnera la (jeune) démocratie sud-africaine à travers les luttes sociales et politiques, les résistances ainsi que les mouvements sociaux que ce pays a connus et connaît encore.

Annonce

Argumentaire

De longue date la région Bourgogne entretient des relations privilégiées avec l'Afrique du Sud, en particulier avec la Province du Cap Occidental dans le cadre d'une coopération décentralisée particulièrement riche.

L'idée d'un colloque consacré à la démocratie sud-africaine à l'Université de Bourgogne, en partenariat avec le Conseil Régional de Bourgogne, semblait dès lors pertinente. En effet, le colloque peut s'inscrire dans cette expérience d'échanges en apportant un éclairage sur les réalités sociétales sud-africaines mais aussi en prolongeant l'année de l'Afrique du Sud en France en 2013 - à laquelle le Conseil Régional a pris toute sa part.

En outre, comme en avril 2014, se tiendront en Afrique du Sud les cinquièmes élections nationales de l'ère démocratique, cela semble être une occasion idéale de questionner cette jeune démocratie.

Depuis 20 ans, l'Afrique du Sud s'est en effet ouverte à la démocratie dans un contexte socio-économique encore lourd de l'héritage de l'apartheid et de la colonisation et soumis aux contraintes de l'insertion dans la mondialisation libérale.

Si sur le plan politique et constitutionnel, après une transition finalement assez courte et réussie, d'indéniables progrès ont été accomplis autour d'une Constitution progressiste, d'un paysage politique dominé par l'ANC mais évolutif et d'un Etat de droit certes encore confronté à de nombreux défis mais reposant dorénavant sur des valeurs partagées par toutes et tous, il n'en demeure pas moins que la démocratie sud-africaine ne peut se réduire à cette seule dimension politique et institutionnelle. Non seulement parce que ce cadre est lui-même objet de dérives et perversions nombreuses rendant la démocratie sud-africaine incertaine, mais aussi parce que cette démocratie est intrinsèquement liée à la répartition du pouvoir social, à la (re)construction de la nation et à l'amélioration de la vie pour tous les citoyens.

L'ensemble de ces dimensions participe à la démocratisation de ce pays dont il peut être utile d'analyser, après 20 années, les diverses caractéristiques et tendances.
Mais plutôt que d'en proposer un bilan, sans doute contrasté, il apparaît plus pertinent d'en sonder les contours et les contenus en partant des luttes qui se poursuivent depuis l'avènement de la démocratie en 1994, comme autant de rappels d'une évidence : la démocratie n'est qu'un processus nécessitant sans cesse attention et vigilance de sorte à ne pas laisser de côté sa logique émancipatrice au bénéfice de l'épanouissement de tous.

Sans pour autant avoir la prétention d'embrasser toutes les facettes de ce pays, ce colloque invitera ainsi à questionner la démocratie en général entendue non pas-uniquement- comme un procédé formel et institutionnel impliquant une participation souvent résignée à des élections régulières et ouvertes mais qui ne changent rien, mais comme un processus permettant le partage réel du pouvoir social entre tous les membres de la collectivité sans exclusive ou limite.

Dans cette perspective, qui se veut nécessairement pluridisciplinaire, la posture méthodologique de ce colloque sera de questionner la (jeune) démocratie sud-africaine non pas par « le haut » mais par le « bas », à travers les luttes sociales, politiques, les résistances ainsi que les mouvements sociaux que ce pays a connus et connaît encore, d'autant que l’Afrique du Sud a connu une histoire de luttes pour sa libération dont on peut retrouver des liens dans les luttes de l'ère post-apartheid.

Entendus de façon large comme « une entreprise collective de revendications et de contestations qui vise à se faire connaître du public le plus large et qui prend appui sur des organisations, des réseaux, des solidarités ou qui les inventent pour la circonstance (les nouveaux mouvements sociaux, par exemple) et dont la finalité est d'imposer des changements d'une importance variable dans la structure sociale et/ou politique par le recours à divers répertoires d'action institutionnalisés ou non », ces luttes ou mouvements sont alors à observer à la fois comme révélateurs de problèmes récurrents qui peuvent pervertir et fragiliser l'idéal démocratique (dont une partie reflète l'engagement de ce pays dans un libéralisme débridé) mais également en tant qu'indicateurs d'une démocratie dynamique et vivante, au risque d'une récupération politique ou d'une réponse répressive du pouvoir, très mal vécue dans ce pays. Les divers luttes et mouvements sociaux en Afrique du Sud (civics, associations communautaires, nouveaux mouvements...) participent de cette perspective autant par leur dimension revendicatrice que par les moyens retenus pour les exprimer, par les finalités poursuivies ou par les risques encourus.

Ce faisant, ces mouvements et luttes, qui ont connu différentes périodes lors de ces 20 années de démocratie (socialisation politique, déclassement, neutralisation et renouveau contestataire) ont produit les conditions d'une démocratie sud-africaine, traversée par au moins trois caractéristiques liées à l'histoire du pays :

-elle est un instrument de règlement pacifique des conflits par les mécanismes mis en place ou par les instances de régulation institutionnelle ou non ;

-elle est aussi un lieu de confrontation entre deux légitimités, l'une populaire ou de base et l'autre, politique de l'ANC/Triple alliance, alimentant au sein même des structures du pouvoir, des tensions et des luttes ;

-elle engage enfin des jeux d'échelles mobilisés par l'action et la convergence des revendications de ces mouvements sur le plan international avec d'autres luttes (mobilisations en Afrique du Sud en 2001 et 2002, par exemple).

Ces divers mouvements et luttes sociaux fournissent donc de ce point de vue une matière à réflexion féconde et riche contribuant à repositionner les débats sur l'avenir et les enjeux démocratiques de ce pays.

Ce colloque mobilisera les approches et méthodes de plusieurs champs disciplinaires de sorte à croiser leurs regards et analyses dans le but de produire une réflexion plurielle, reflet de la diversité de ce pays.

Pour ce faire, ce colloque propose d'organiser les réflexions autour de trois axes principaux constitutifs de la démocratie sud-africaine.

Le premier axe sera consacré aux luttes politiques et juridiques en Afrique du Sud qui ont souligné les tensions entre le caractère formel de la démocratie et les principes qui la sous-tendent : luttes politiques que ce pays a largement mobilisées pour en finir avec l'apartheid.
Le deuxième axe portera sur les luttes et conflits dans le domaine socio-économique et du travail autour du slogan « Better life for all » qui peine à se concrétiser pour nombre de Sud-africains.

Le troisième axe questionnera la « nation arc-en-ciel », symbolisée par la volonté de réconciliation, à travers les luttes socio-culturelles ordonnées autour de l'unité dans la diversité et souvent connectées à d'autres luttes.

Programme

Jeudi 25

8h30 : Accueil des participants

9h00 : Discours o_ciels, Conseil Régional de Bourgogne, Province du Cap/Ambassade d'Afrique du Sud, Université de Bourgogne, Faculté de Droit et Science Politique

9h 30 : Présentation du colloque

MATIN

Luttes et démocratisation en Afrique du Sud

Présidence : Raphaël Porteilla

  • 10h00 Histoire des luttes politiques : de l'apartheid à la transition politique, Gérard Fritz et Raphaël Porteilla, Université de Bourgogne
  • 10h30 South Africa’s shifting ideologies, Patrick Bond, Université du Kwazulu-Natal
  • 11h00 La Lutte contre les inégalités/ The struggle against inequality, Jeremy Seekings, Université de Cape Town

Débats et déjeuner

APRES-MIDI

Luttes politiques/juridiques et démocratie - I

Présidence : Dominique Andolfatto, Université de Bourgogne

  • 14h00 Le cadre constitutionnel, enjeu de luttes politiques et sociales, David Cumin, Université de Lyon
  • 14h30 La cour constitutionnelle Sud-africaine et la démocratie, Albert Bourgi, Université de Reims
  • 15h00 A democratic developmental state in South Africa : A dream deferred?, Vusi Gumede, Thabo Mbeki African Leadership Institute, University of South Africa

Débats et pause

Luttes politiques/juridiques et démocratie - II

Présidence : Patrick Bond

  • 16h00 Les luttes au sein de l'ANC/Alliance tripartite, Marianne Séverin, LAM, Université de Bordeaux
  • 16h30 Les nouveaux partis politiques dissidents de l'ANC, Anne Dissez, journaliste, Paris
  • 17h00 La politique étrangère de l’Afrique du Sud, entre valeurs et pragmatisme, Pierre Paul Dika, Université de Ngaoundere, Cameroun

Débats

Vendredi 26

8h30 : Accueil des participants

MATIN

Mouvements sociaux et transformations socio-économiques

Présidence : Jeremy Seekings

  • 9h00 Marikana ou Quand les luttes a_rment leur distance avec les partis et l'Etat et le refus de la représentation, Judith Hayem, Clersé, Université de Lille
  • 9h30 Raisons et raisins de la colère : con_its dans les fermes commerciales et autour de la réforme agraire impuissante, Nancy Andrew, LAM, Université de Bordeaux
  • 10h00 Les nouveaux programmes de logements dits du “gap market” à Johannesburg Elodie Escusa, LAM, Université de Bordeaux
  • 10h30 Intervention du Conseil Régional de, Bourgogne : les enjeux de la coopération décentralisée

Débats et déjeuner

APRES-MIDI

I - Politiques publiques et luttes sociales

Présidence : Judith Hayem

  • 14h00 La xénophobie en Afrique du Sud, Simon Bekker, Université de Stellenbosch
  • 14h30 La lutte contre la pauvreté, l'exemple des femmes noires du Cap - le centre Saartje Baartman, Jacqueline Dérens, Renapas (Rencontre Nationale avec le Peuple d’Afrique du Sud), Paris
  • 15h00 Longue durée des politiques de population en Afrique du Sud au prisme de la santé reproductive, Ruptures et continuités ?, Frédéric Lemarcis, IRD, ENS Lyon

Débats et pause

II - « Nation-arc-en ciel » et luttes socio-culturelles

Présidence : Marianne Séverin

  • 16h00 Réconcilier par l'éducation à l'environnement, Nadia Belaidi, MNHN, Cnrs
  • 16h30 Les peuples autochtones, Jean-Claude Fritz, Université de Bourgogne
  • 17h00 Intervention du Conseil Régional de Bourgogne : Coopération décentralisée et culture

Conclusions, Judith Hayem

Perspectives, Sa_a Otokoré, Vice-présidente du Conseil Régional déléguée au développement à l’international, la coopération décentralisée, le sport et la lutte contre les discriminations

Inscription gratuite s'adresser à :martina.mayer-perreau@u-bourgogne.fr

Simultaneous interpreting service available at the conference (english-french-english)

Comité scientifique

  • Raphaël Porteilla, Université de Bourgogne
  • Pierre-Paul Dika, Université de N'gaoundere, Cameroun
  • Judith Hayem, Université de Lille 1
  • Marianne Séverin, Université de Bordeaux IV
  • Jean-Claude Fritz, Université de Bourgogne

Lieux

  • Salle des séances, Conseil Régional de Bourgogne - 17 boulevard de la Tremouille
    Dijon, France (21)

Dates

  • jeudi 25 septembre 2014
  • vendredi 26 septembre 2014

Mots-clés

  • Afrique du Sud, démocratie, constitution, ANC, lutte politique, mouvement social, lutte sociale

Contacts

  • Raphaël Porteilla
    courriel : raphael [dot] porteilla [at] u-bourgogne [dot] fr
  • Martina Mayer-Perreau
    courriel : martina [dot] mayer-perreau [at] u-bourgogne [dot] fr

Source de l'information

  • Martina Mayer-Perreau
    courriel : martina [dot] mayer-perreau [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Afrique du Sud : 20 ans de démocratie contrastée ? », Colloque, Calenda, Publié le lundi 28 juillet 2014, http://calenda.org/295827