AccueilLes matinales de l'Institut francilien recherche innovation société (IFRIS) (2014-2015)

Les matinales de l'Institut francilien recherche innovation société (IFRIS) (2014-2015)

Institut francilien recherche innovation société (IFRIS) morning conferences (2014-2015)

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Publié le lundi 08 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

L’Institut francilien recherche innovation société (IFRIS) est heureux d’annoncer le lancement de ses matinales, avec le soutien du Conservatoire national des arts et métiers. Conçus comme un lieu de débats et de confrontations d'idées autour de résultats de recherche et de publications récentes, ces rendez-vous mensuels seront l’occasion de rencontres privilégiées, et parfois inattendues, entre les chercheurs de l’IFRIS et différents types d’acteurs (académiques, journalistes, responsables de l’administration, membres de la société civile, ...).

Annonce

L’inscription est obligatoire : prountzou@ifris.org

Programme

Jeudi 13 février 2014

La gestion des grandes catastrophes : des évènements inévitables ?

de 9h00 à 10h30

CNAM Paris

Autour de l'ouvrage : « Une catastrophe ordinaire. La tempête du 27 décembre 1999 » de François Dedieu, paru en octobre 2013 aux Editions de l’EHESS.

Aujourd’hui domine l'idée que des catastrophes comme le typhon Haiyan aux Philippines ou la tempête Xynthia en France ne seraient pas « naturelles », mais liées aux activités humaines. Cette idée a pris récemment un tournant plus critique et la gestion de ces évènements par les dispositifs d’action publique en charge de la sécurité civile donne souvent lieu à de vives polémiques. Le Cyclone Katrina aux Usa en est une bonne illustration : les dysfonctionnements, les lenteurs et errements des décisions des autorités sont considérés comme étant à l’origine même de la catastrophe. L’ouvrage de François Dedieu va à l’encontre de cette idée. L’analyse du déclenchement de l’alerte et de l’organisation des secours lors de la tempête du 27 décembre 1999 montre que les conséquences désastreuses de ces évènements sont provoquées par une succession de circonstances défavorables qui handicapent l’action de la sécurité civile. La survenue de ces grandes catastrophes peut alors être considérée comme « normale » dans la mesure où il est inévitable qu’elles se produisent.

Organisée en partenariat avec le Centre de Sociologie des Organisations (CSO), l’université Paris-Est (UPE) et les éditions de l’EHESS, cette première matinale sera l’occasion pour le sociologue d’ouvrir le dialogue et de débattre avec des acteurs institutionnels et scientifiques autour de la question :

  • Valérie November, directrice de recherche au CNRS, membre du laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS), spécialisée dans l’analyse des risques urbains, environnementaux et naturels.
  • Jean-Guy Mercan, Chef du bureau opérations et gestion interministérielle des crises, Ministère de l’intérieur.

Jeudi 27 mars 2014

Vices et vertus de l’excellence

de 9h00 à 10h30 

Au tournant des années 2000, les pays d’Europe occidentale, comme beaucoup d’autres, développent des politiques d’enseignement supérieur dont ils attendent à la fois une meilleure performance scientifique et une source de maîtrise de la dépense publique d’enseignement supérieur. Ces politiques cherchent à promouvoir “l’excellence” mesurée par des indicateurs de performances et par les classements internationaux. Après une décennie, que sait-on des effets de ces politiques ?

Accompagnée d’une équipe de chercheurs européens, Catherine Paradeise, sociologue et professeure émérite à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, a consacré ces quatre dernières années à ces questions dans le cadre du projet de recherche PrestEnce. S’appuyant sur de solides enquêtes de terrain, elle viendra présenter les résultats de cette étude et débattre de la question en présence de :

  • Christine Musselin, directrice scientifique de Sciences Po, ancienne directrice du Centre de sociologie des organisations (de février 2007 à mai 2013).
  • Jean-Yves Mérindol, président de Sorbonne Paris Cité, ancien conseiller Enseignement supérieur et recherche à la présidence de la République (de mai 2012 à octobre 2013) et ancien directeur de l’École normale supérieure de Cachan (de 2009 à 2012).

Jeudi 10 avril 2014

de 9h00 à 10h30

Les « Communs » comme alternative à la marchandisation de la connaissance

Depuis plusieurs décennies, le renforcement et l’extension des droits de propriété intellectuelle à des domaines nouveaux (logiciels, gènes, …) a alimenté la formation de véritables marchés de la connaissance. Le brevet occupe désormais le centre de ces marchés multiples. Dans nombre de cas, l’attribution de brevets, en multipliant les situations de monopoles, crée des difficultés et des obstacles nouveaux - et pour partie inédits - au développement de la connaissance et de l’innovation.

Pour tenter d’y faire face, de multiples initiatives d’acteurs issus de la communauté des chercheurs (souvent relayés par des initiatives citoyennes et associatives), se sont développées afin de limiter l’extension irraisonnée des brevets et prévenir les abus dans leurs usages.

Parmi les initiatives les plus remarquables figurent celles qui ont consisté à favoriser l’essor des « Communs ». Ceux-ci supposent la mise en place de règles d’accès et de bénéfices partagés aux informations et aux connaissances sur lesquels travaillent des collectifs d’acteurs. Ces entités nouvelles, qui travaillent à l’inclusion plutôt qu’à l’exclusion, fractionnent les différents attributs de la propriété intellectuelle et les partagent afin de les distribuer entre différentes parties-prenantes. L’objectif des Communs est ainsi de rendre possible un accès conjoint à l’information technique et scientifique et aux résultats obtenus par son traitement.

Benjamin Coriat, professeur d’économie à l’université de Paris 13, spécialisé en économie industrielle, de l’innovation et de la propriété intellectuelle, viendra présenter la nature de ces entités nouvelles, et débattre des possibilités inédites qu’elles offrent aux communautés de chercheurs et d’innovateurs, en compagnie de :

  • Philippe Aigrain, informaticien, chercheur, co-fondateur de « La quadrature du net », directeur de Sopinspace et auteur du blog Communs / Commons.
  • Gabriel Galvez-Behar, Maître de Conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille 3, chercheur à l’Institut de Recherches Historiques du Septentrion (IRHiS).

Jeudi 22 mai 2014

Le marketing scientifique de la pharmacie : recherche clinique, prescription et construction du marché des médicaments

de 9h00 à 10h30 

L’affaire Mediator a remis au cœur du débat public sur les usages et la consommation de médicament en France la question des conflits d’intérêts, de la publicité médicale et du rôle des firmes pharmaceutiques dans la définition des normes et pratiques de prescription. Le constat d’échec de la régulation a ainsi amené de nombreux acteurs de santé publique à proposer des mesures allant de la surveillance renforcée des liens d’intérêt des évaluateurs des agences sanitaires à l’interdiction de la visite médicale.

Cette exigence de nouvelles régulations est souvent motivée par l’idée selon laquelle des firmes toutes puissantes ont recours au lobbying et au marketing pour soudoyer médecins et autorités sanitaires et imposer des produits cliniquement inutiles. Si les conflits entre intérêts industriels et santé publique sont une dimension fondamentale de la pharmacie moderne, les pratiques de construction du marché des médicaments, les liens qu’elles entretiennent à la recherche sont plus troublants et complexes que ne le laisse entendre ce modèle de « fabrication de l’ignorance ».

Les travaux que les historiens ont récemment consacrés à l’émergence et la généralisation, après la Seconde Guerre mondiale, des dispositifs de marketing scientifique dans le secteur de la pharmacie aident à déplacer les termes de la discussion. Si le marketing scientifique correspond bien à un nouveau mode de construction du marché dans lequel professionnels et pratiques de prescription sont devenues la cible privilégiée, sa caractéristique principale est moins la multiplication des outils publicitaires que la mise en place de dispositifs de recherche industrielle mêlant intimement acquisition de connaissances sur les produits, redéfinition des besoins de santé et promotion.

  • Jean-Paul Gaudillière, historien des sciences et de la médecine, directeur de recherche à l’Inserm, viendra présenter cette nouvelle historiographie et discuter des pistes qu’elle ouvre pour un autre gouvernement du médicament, en compagnie de :
  • Martine Bungener, économiste, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des politiques de santé.
  • Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest dont les recherches ont joué un rôle essentiel dans l’identification des effets du Mediator (sous réserve de confirmation)

Jeudi 11 septembre 2014

Les politiques d’innovation en France au prisme de l’OCDE

L'OCDE vient de remettre au gouvernement français les résultats de la "revue" organisée sur la politique d'innovation française, commandée l’an dernier par le Commissariat général à l’investissement (CGI).

Présenté au gouvernement français le 27 juin, ce rapport intitulé « Examen de l’OCDE des politiques d’innovation : La France » fait une critique sans concessions du système français de recherche et d’innovation, ce que n’a pas manqué de relever une presse unanime.

Selon Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, "Avec les réformes entamées depuis 10 ans, la création de l’ANR, l’agence d’évaluation de la recherche, le programme d’investissement d’avenirs, le rattachement des unités de recherche aux universités… la France dispose de tous les outils pour mettre en œuvre un mode de financement concurrentiel et un mode d’évaluation efficace. Mais cette nouvelle gouvernance s’est ajoutée au système existant. Et la superposition a parfois alourdi le système. Il faut donner la priorité au nouveau système." 

Pour stimuler la compétitivité et accélérer la croissance économique, l’OCDE  recommande à la France de développer et mieux exploiter son potentiel d'innovation et souligne la nécessité d'encourager l'innovation dans le secteur privé en soutenant la croissance des entreprises et en revoyant le crédit d'impôt recherche.

Le rapport insiste également sur l’importance d’ouvrir davantage la recherche publique aux besoins de la société et de l’économie, et de canaliser les ressources vers les équipes et les projets d’excellence. 

Qu'il s'agisse de l'organisation de la recherche publique ou des dispositifs de soutien à l'innovation, notamment du crédit d'impôt recherche, ce rapport remplit déjà son office en suscitant la discussion voire la polémique. L’objet de cette Matinale est à la fois de discuter de l’état des politiques d’innovation en France au prisme de ce rapport mais également de s’interroger sur le cadre d’une telle évaluation, sur les connaissances sur lesquelles elle se base, sur ses hypothèses implicites et sur ses éventuels angles morts.

Dominique Guellec, Responsable pour l’OCDE de l’évaluation et coordonnateur du rapport sur la France, et Patrick Llerena, Professeur de sciences économiques à l’Université de Strasbourg et chercheur au BETA, présenteront ce rapport et discuteront  les points qui font débat, en compagnie de :

  • Alain Fuchs, Président du CNRS.
  • Yves Lichtenberger, Professeur émérite, Université Paris-Est.
  • Dominique Pestre, Historien des sciences, directeur d’étude, École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il est l’un des principaux représentants français de l’histoire sociale et culturelle des sciences.

Modération : Philippe Larédo, Directeur de recherche à l’université Paris-Est et à l’IFRIS, professeur à l’université de Manchester. Il est spécialisé dans l’étude des politiques d’innovation.

Jeudi 27 novembre 2014

11h00 à 13h00

Le Gouvernement des technosciences

Plusieurs chercheurs de l’IFRIS ont contribué à un ouvrage collectif décrivant comment le progrès technique et ses effets sociaux et environnementaux ont été gérés depuis l'après-guerre dans le monde. Cet ouvrage analyse, de 1945 à 2014, la mutation des technosciences, de l'ordre économique et financier, des écosystèmes. Ses auteurs partent des nœuds de pouvoir et observent comment se sont reconfigurés les rapports entre États, société civile et marchés dans toutes sortes d'espaces de gouvernement, légaux comme scientifiques, politiques comme économiques, locaux comme globaux.

S'appuyant sur des études documentées - transformations du gouvernement des substances chimiques, des thérapies et de la santé publique, du changement climatique, de l'environnement et de la biosphère, de la “faim dans le monde”, de l'eau, etc. -, cet ouvrage soulève aussi des questions plus théoriques : la complexité de ce qu'il faut entendre sous le vocable “néolibéral”, ce qu'implique penser en termes de gouvernement, le rôle central du calcul coût/bénéfice dans le gouvernement du progrès. Il revient enfin sur ces manières de gérer les hommes et les choses qui se donnent souvent aujourd'hui comme inéluctables et transparentes, reposant sur l'expertise et l' “efficience”, et faisant appel - ironie suprême - à la “participation” des populations, à leur engagement et leur devoir de s'adapter.

Dominique Pestre, Historien des sciences, directeur d'études à l'EHESS et chercheur au Centre Alexandre Koyré, présentera et discutera cet ouvrage en compagnie de :

  • Yves Sintomer, Professeur de science politique, Membre de l’Institut Universitaire de France.
  • Laurent Jeanpierre, Professeur de science politique, chercheur au CSU-CRESPPA (CNRS/Université de Paris 8). 

Jeudi 11 décembre 2014

de 9h00 à 10h30

Deux ans après l'étude Séralini : comment évoluent les tests de toxicité ?

La question des tests de toxicité est posée par de nombreuses affaires sanitaires et environnementales aujourd'hui. Si les risques liés au bisphénol A, aux OGM, à l'aspartame mais aussi à certains pesticides font controverse, c'est aussi parce que d'aucuns considèrent que ces risques sont mal évalués. Les tests de toxicité tels qu'ils sont pratiqués par les industriels, et utilisés par les autorités sanitaires, manqueraient de révéler la totalité des effets nocifs de ses produits. 

En septembre 2012, le professeur Gilles-Eric Séralini et ses collègues tentaient, par une publication dans Food & Chemical Toxicology, de montrer que la limitation conventionnelle des tests de toxicité pour les OGM à 90 jours empêchaient de mesurer les effets indésirables de l'exposition à ces substances. En portant l'expérimentation à deux ans, l'équipe Séralini revendiquait de nouveaux effets de l'exposition au NK603 et au Round-Up, telle une incidence accrue de tumeurs mammaires.

La publication ouvrait ainsi, parmi d'autres débats, celui de savoir si et comment il fallait faire évoluer le protocole à 90 jours recommandé par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments et la réglementation européenne. 

Deux ans après cette publication, les tests de toxicité évoluent-ils davantage ou autrement ? Le protocole du test à 90 jours a-t-il évolué, dans les textes ou en pratique ? De nouveaux tests, à deux ans ou autre, sont-ils venus compléter la batterie de tests que l'on applique aux OGM ? Plus généralement, qu'est-ce que cette affaire dit de la manière dont des tests sont construits, puis répliqués, validés, parfois standardisés pour fonder ce qu'on appelle parfois toxicologie réglementaire ? Qui fondent ces normes de preuve ? 

David Demortain, sociologue des sciences et de l'action publique à l'INRA, viendra discuter de ces questions et des recherches récentes qui peuvent les éclairer, en compagnie de:

  • Robert Barouki, directeur de recherche, Laboratoire Pharmacologie, Toxicologie et Signalisation cellulaire, UMR S747 Université Paris Descartes et INSERM
  • Nicolas Defarge, chercheur, Laboratoire OERECA-IBFA/Université de Caen Basse Normandie et Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie Génétique (CRIIGEN)
  • Stéphane Foucart, du journal Le Monde (sous réserve)

Jeudi 12 mars 2015

de 9h00 à 11h30

La gouvernance du climat : quel bilan ? Quels futurs ?

Autour de l’ouvrage : Gouverner le climat ? 20 ans de négociations climatiques, Stefan Aykut, Amy Dahan. Presses de Sciences Po.

Depuis vingt ans, le problème climatique s'est hissé au sommet de l'agenda mondial, et un processus multilatéral s'est mis en place pour y répondre. Or, les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, responsables des dérèglements climatiques, ont atteint un niveau record en 2013. Comment apprécier le bilan de ces négociations ? Revenant sur le traitement politique du changement climatique, du protocole de Kyoto à aujourd’hui, les débats vont s’attacher à proposer une analyse des enjeux stratégiques de la gouvernance climatique: les rapports entre sciences et politiques et le rôle des experts ; l’évolution de la géopolitique du climat ; les transitions énergétiques en Europe, aux États-Unis et dans les grands pays émergents ; les articulations entre problème climatique et mondialisation économique et financière, entre adaptation et développement ; enfin, la changement climatique comme signature de l’entrée dans l’Anthropocène, âge de la Terre où l’humanité est devenue une force géologique majeure.

Est-il possible de changer de paradigme, alors que le monde connaît des accélérations majeures et se voit confronté à de multiples crises ? Dans quel cadre repenser le défi climatique pour y faire face et l’inscrire dans le champ des futurs ?

Organisée en partenariat avec le LISIS (Université Paris-Est Marne-la-Vallée, INRA et CNRS), le Centre Alexandre Koyré (EHESS, CNRS) et les Presses de Sciences Po, cette matinale sera l’occasion pour Stefan Aykut et Amy Dahan d’ouvrir le dialogue et de débattre avec :

  • Bruno Latour, Professeur à Sciences Po Paris et professeur associé à la LSE et à Harvard, est l’auteur de très nombreux ouvrages et articles scientifiques sur les questions sciences/politiques et les politiques de la nature. Il travaille actuellement sur une enquête sur les « modes d'existence ». En 2013, il a reçu le prix Holberg pour l'ensemble de son œuvre.
  • Yohan Ariffin, Maître de conférences et de recherche à l’Institut d’études politiques, historiques et internationales de l’Université de Lausanne, est spécialiste de l’histoire des relations internationales, des politiques de développement et des politiques internationales de l’environnement. Il est l’auteur de Généalogie de l’idée de progrès : histoire d’une philosophie cruelle sous un nom consolant (Le Félin, 2012).
  • Paul Watkinson (en attente de confirmation), Chef de l'équipe de négociation sur le climat au Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie.

Jeudi 25 juin 2015

de 9h00 à 10h30

Éducation par capitalisation, éducation par répartition : enjeux pour l’enseignement supérieur en France

Autour de l’ouvrage « Arrêtons les frais ! Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur » (éd. Raisons d’agir, 2015)

Dans la majorité des universités et des établissements d’enseignement supérieur français, les frais d'inscription demeurent très faibles. De peur de voir les étudiants descendre massivement dans la rue, aucun ministre n’a encore osé mettre publiquement le sujet de leur hausse sur la table. Pourtant, depuis quelques années, le relèvement substantiel des frais d’inscription est souvent présenté comme la solution miracle aux difficultés que rencontre l’enseignement supérieur en France. Il permettrait, ainsi, de donner aux universités les moyens d’être « compétitives » sur le plan mondial ou, plus modestement, de retrouver un équilibre budgétaire ; il rendrait le financement de l’enseignement supérieur plus « équitable » en faisant payer ceux qui, en poursuivant des études supérieures, peuvent espérer de meilleurs revenus ; il aurait encore le mérite de « désinciter » les étudiants les plus faibles scolairement de s’inscrire à l’université afin de résoudre le problème de l’échec en premier cycle.

Outre une partie du personnel politique, de nombreux groupes de réflexion ont contribué à inscrire ce débat dans l’agenda politico-médiatique et à le nourrir. Il n’y aurait donc rien de surprenant à ce qu’un gouvernement cherche à fait imposer dans les années à venir un relèvement, voire une libéralisation, des frais d’inscription. Il trouverait pour cela un grand nombre de soutiens au sein du monde académique lui-même.

Pourtant, comme nous le montrons, la hausse des frais d’inscription ne constitue en rien une solution. À l’encontre d’un tel projet, nous proposons de rendre complètement gratuit le système éducatif, de la maternelle à l’enseignement supérieur, et d’accorder une allocation d’autonomie à chaque étudiant afin qu’il puisse entreprendre et poursuivre ses études sereinement, sans dépendance ni à l’égard des revenus familiaux, par définition fort inégaux, ni d’un emploi salarié qui diminue les chances de réussite.  À l’heure où politiciens et experts unissent leurs forces pour faire accepter d’amples réductions des dépenses publiques, nous proposons d’accroître très sensiblement les dépenses consacrées à l’enseignement supérieur et, plus largement, à l’éducation. C’est seulement à ce prix qu’il sera possible d’assumer pleinement des choix de société, notamment de réduire les inégalités devant l’école et de faire de l’accès à l’enseignement supérieur un véritable droit visant la satisfaction des besoins sociaux.

Cette perspective sera présentée par David Flacher (Université Paris 13, CEPN - CNRS UMR 7234), co-auteur du livre « Arrêtons les frais ! Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur » (éd. Raisons d’agir, 2015) en présence de :

  • Séverine Chauvel, LIRTES, Université Paris Est Créteil
  • Pierre Clément, CSO, Sciences Po
  • Hugo Harari-Kermadec, IDHES, ENS Cachan
  • Sabina Issehnane, CIAPHS, Université de Rennes 2 et CEE
  • Léonard Moulin, LADYSS, Université Paris 7
  • Ugo Palheta, CIREL, Université Lille 3

La matinale sera enrichie par de la participation et le témoignage de Gabriel Nadeau-Dubois, ancien co-porte-parole de la « Coalition large de l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante » (CLASSE), ayant joué un rôle majeur dans l’opposition victorieuse à la hausse des frais de scolarité universitaires au Québec en 2012.

Jeudi 24 septembre 2015

de 9h00 à 10h30

Au-delà de l’accaparement

Autour de l’ouvrage : Au-delà de l’accaparement. Ruptures et continuités dans l’accès aux ressources naturelles, coordonné par Laura Silva Castañeda, Etienne Verhaegen, Sophie Charlier et An Ansoms.

Les crises alimentaire et financière ayant marqué la fin des années 2000 ont précipité l’acquisition massive de terres par des investisseurs étrangers dans de nombreux pays du Sud. Ces formes souvent spectaculaires d’accaparement de terres ne constituent cependant qu’un aspect des transformations locales et globales des modes d’accès aux ressources naturelles. Dans le cadre de cette matinale, nous engagerons une réflexion sur ces enjeux grâce à un débat autour de l’ouvrage Au-delà de l’accaparement. Ruptures et continuités dans l’accès aux ressources naturelles coordonné par Laura Silva Castañeda, Etienne Verhaegen, Sophie Charlier et An Ansoms.

En rupture avec une représentation réductrice du « land grabbing », cet ouvrage collectif invite à replacer ce phénomène dans le temps long et à mettre en évidence la diversité des dynamiques à l’œuvre, au-delà des seules acquisitions à grande échelle. Il propose également une réflexion sur les alternatives mises en place pour contrer les dynamiques d’exclusion des populations rurales. Cette mise en perspective donne à voir de multiples tensions: entre la formalisation de droits individuels et la défense des « communs » ; entre légitimités autochtones et revendications paysannes; entre approches institutionnelles et mobilisations locales pour la réappropriation des territoires. Menée par des auteurs d’origines géographique et disciplinaire variées, cette réflexion est enrichie par les contributions d’ONG et de mouvements sociaux. Ainsi, l’ouvrage entend stimuler un dialogue à la fois constructif et critique entre les chercheurs du monde académique et les acteurs directement engagés dans l’action.

Laura Silva Castañeda et Etienne Verhaegen viendront présenter et discuter cet ouvrage en compagnie de :

Pablo Luna, Maître de Conférences à Paris Sorbonne et chercheur rattaché à l’Equipe de recherches pour l’histoire du monde rural (CRH-ERHIMOR). Ses thèmes de recherche incluent l’histoire rurale européenne et hispano-américaine, les projets de réforme de la propriété, la réforme agraire et le land grabbing contemporain. Il a récemment coordonné un numéro spécial de la revue HISAL intitulé L'expropriation des terres et la formation du latifundium en Amérique latine (2013).

Jean-Pierre Jacob, Professeur d’anthropologie du développement à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement de Genève.  Ses travaux portent sur le foncier rural et les services publics à l’échelle locale. Il a notamment publié Terres communes, terres privées. Gouvernement de la nature et des hommes en pays winye (2007) et Politique de la terre et de l’appartenance. Droits fonciers et citoyenneté locale dans les sociétés du Sud (2010, avec P.-Y. Le Meur).

08 octobre 2015

CNAM, Paris

La mondialisation des risques sanitaires et environnementaux

Présentation de l’ouvrage parS oraya Boudia, professeure de sociologie à l’Université Paris Descartes et Emmanuel Henry, professeur de sociologie à l’Université Paris-Dauphine

Discussion générale introduite par :

Henri Bastos, adjoint au directeur de l'évaluation des risques, en charge de la thématique santé-travail, ancien chef de l’unité REACH-CPL, Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) et Dominique Pestre, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Cet ouvrage pluridisciplinaire, croisant les regards d’historiens, de sociologues, de politistes et d’anthropologues, explore un des phénomènes marquants des sociétés contemporaines : la mondialisation risques technologiques, sanitaires et environnementaux. Ces risques, qu’ils soient de long terme comme le changement climatique ou les atteintes à la biodiversité, plus ponctuels comme les crises sanitaires liées au SRAS ou à la grippe H1N1 ou constituant de véritables catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima, sont d’importants opérateurs de la production du transnational. Tout en s’enracinant localement, ces risques se posent de plus en plus à une échelle qui dépasse les frontières nationales, du fait du caractère global des problèmes comme les conséquences du réchauffement climatique ou de la montée en puissance de firmes internationales qui opèrent une gestion des risques à l’échelle internationale comme l’a révélé la catastrophe de Bhopal ou comme le montre plus silencieusement la production et l’utilisation de l’amiante dans de nombreux pays. Ils ont conduit depuis le XIXe siècle et, de façon croissante, à partir de 1945 et plus encore de 1970 à la mise en place d’instances transnationales chargées d’encadrer ces activités à risque. Cet essor d’une expertise scientifique transnationale et d’instruments de régulation est allé de pair avec des mobilisations multiformes, donnant lieu à la création de nouvelles organisations comme les ONG, elles aussi de plus en plus transnationales. Ainsi les cadres « transnationaux » sont devenus déterminants dans la circulation de connaissances, dans la conduite d’actions concertées face à des crises sanitaires ou des catastrophes, dans l’activité de production de normes communes de gestion, dans l’élaboration de politiques sanitaires et environnementales ainsi que dans les mobilisations publiques.

Cet ouvrage propose une histoire politique et transnationale de la mondialisation des risques sanitaires et environnementaux, en explorant un ensemble de situations et de dynamiques scientifiques, institutionnelles, sociales et politiques. Attentif aux tensions et aux asymétries de pouvoir ainsi qu’à la temporalité et à la spatialisation des processus, il montre que cette mondialisation résulte d’un fort investissement politique et soulève des questions fondamentales liées aux modes de gouvernement des sociétés contemporaines.

Jeudi 19 novembre 2015,

12e matinale 

de 9h00 à 10h30 

Autour de l’ouvrage : Le pouvoir de la biodiversité, Néolibéralisation de la nature dans les pays émergents, publié sous la direction de Valérie Boisvert et de Frédéric Thomas, Editions Quae/IRD. 

Depuis vingt ans, la communauté internationale promeut le développement de contrats d'accès aux ressources génétiques afin d’assurer une exploitation durable et équitable de la biodiversité. On constate cependant que les impacts de telles politiques sont limités, en termes de conservation de la nature comme de justice environnementale ou de retombées financières pour les populations locales. Leur influence sur les agendas et les positionnements des gouvernements des pays émergents et de certains scientifiques est en revanche manifeste. 

Une grande partie de ces derniers a en effet été convertie aux instruments économiques de mise en valeur de la biodiversité : filières de produits naturels, projets d'écotourisme, paiements pour services environnementaux. Les formes de savoirs et de pouvoirs construits sur la biodiversité et les services écosystémiques témoignent de ce ralliement.

Le pari de cet ouvrage est ainsi d'analyser le « pouvoir de la biodiversité » en termes d’économie politique, à partir de l’examen des régimes de propriété industrielle sur le vivant dans trois pays émergents – le Vietnam, le Brésil et le Mexique –, et d’études de cas sur la mobilisation des savoirs de communautés autochtones et locales dans ces pays. Les notions de biodiversité et de services écosystémiques et leur diffusion ne seraient-elles pas avant tout les marqueurs d'une néolibéralisation des politiques de conservation de la nature ?

Avec les contributions de: Catherine Aubertin, Valérie Boisvert, Christophe Bonneuil, Dao The Anh, Eric Deibel, Geoffroy Filoche, Jean Foyer, Jean-Paul Gaudillière, Pierre-Benoît Joly, Jack Kloppenburg, Lê Duc Thinh, Kathleen McAfee, Florence Pinton, Elizabeth Shapiro-Garza, Frédéric Thomas. 

Après une présentation du livre par Valérie Boisvert et Frédéric Thomas, le débat sera introduit par : 

  • Alain Karsenty, économiste de l’environnement (Cirad), spécialiste des instruments économiques pour l’environnement, il travaille en particulier sur les forêts tropicales et allie travaux de recherche et d’expertise, et  
  • Fabien Girard (Maison Française d'Oxford, Grenoble Université), maître de conférences en droit privé, spécialiste de théorie du droit et de propriété industrielle, il travaille depuis plusieurs années sur l'articulation entre les régimes de propriété intellectuelle et l'innovation végétale. 

Jeudi 10 décembre 2015

de 9h00 à 10h30

Autour de l’ouvrage : « Sciences et technologies émergentes: pourquoi tant de promesses? », dirigé et édité par Marc Audétat, Dominique Vinck, Gaïa Barazzetti, Gabriel Dorthe, Claude Joseph et Alain Kaufmann. Editions Hermann.
 
Les technosciences (numériques, bio- et nanotechnologies, neurosciences, médecine personnalisée, biologie de synthèse) sont accompagnées de promesses fabuleuses à l’attention du public et des décideurs. L’économie des promesses qui en résulte affecte le régime de financement de la recherche et la gouvernance du changement sociotechnique. Elle crée de l’engouement, soutient la compétition scientifique, attire des ressources financières et légitime d’importantes dépenses publiques.
 

Cet ouvrage réunissant une vingtaine d'auteurs met en évidence les cycles accélérés d’enthousiasme et de désillusion, les décalages entre horizons d’attente et les questions démocratiques qu’ils soulèvent. Fondé sur des recherches de terrain relevant de l’étude sociale des sciences et des techniques, de la philosophie et de l’histoire, il examine les formes alternatives d’organisation de la recherche, de participation citoyenne et de répartition des droits de propriété et des bénéfices, et montre qu’une forme de ralentissement des promesses, non des sciences, favoriserait l’articulation de ces dernières avec les besoins de la société.

L’ouvrage qui sera discuté lors de cette matinale réunit des textes sur ce régime des promesses technoscientifiques.

  • Après une présentation du livre par Marc Audétat (politologue, docteur ès sciences, et chercheur à l’Interface sciences – société de l’Université de Lausanne en sociologie des sciences et techniques) et Dominique Vinck (professeur à l’Université de Lausanne), le débat sera introduit par :
  • Sarah Aguiton, post-doctorante de l’IFRIS au Centre Alexandre Koyré, poursuit ses travaux sur l’économie politique des risques liés au changement climatique après une thèse de doctorat sur le « La démocratie des chimères. Gouvernement des risques et des critiques de la biologie synthétique » et des travaux sur les biotechnologies et la biologie de synthèse, et
  • Jean Foyer, chargé de recherche à l’Institut des sciences de la communication (CNRS, Paris) auteur de Il était une fois la bio-révolution : nature et savoirs dans la modernité globale, (Presses universitaires de France, 2010), lequel a étudié les mouvements sociaux indigènes et environnementaux, les controverses autour de la bioprospection, les OGM ou encore les nanotechnologies et les politiques publiques de conservation de l’agro-biodiversité.

L’inscription est obligatoire :prountzou@ifris.org

Lieux

  • CNAM, salon d’honneur (Accès 37, 1er étage, Salle 50 Honneur) - 2, rue Conté
    Paris, France (75003)

Dates

  • jeudi 11 septembre 2014
  • jeudi 13 février 2014
  • jeudi 27 mars 2014
  • jeudi 10 avril 2014
  • jeudi 22 mai 2014
  • vendredi 12 décembre 2014
  • jeudi 27 novembre 2014
  • jeudi 12 mars 2015
  • jeudi 25 juin 2015
  • jeudi 24 septembre 2015
  • jeudi 08 octobre 2015
  • jeudi 19 novembre 2015

Mots-clés

  • OCDE, innovation, sciences, connaissance, marketing, marchandisation, catastrophe, communs, santé, environnement, mondialisation, risque

Contacts

  • Georgia Prontzou
    courriel : georgia [dot] prountzou [at] u-pem [dot] fr

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Source de l'information

  • Georgia Prontzou
    courriel : georgia [dot] prountzou [at] u-pem [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les matinales de l'Institut francilien recherche innovation société (IFRIS) (2014-2015) », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 08 septembre 2014, http://calenda.org/295970