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Les normes corporelles comme enjeu d'altérité

Bodily norms - the issue of otherness

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Publié le mardi 09 septembre 2014 par João Fernandes

Résumé

Au croisement de la sociologie, de l’anthropologie, de l’histoire et de la psychologie, ce colloque a pour objectif de susciter un dialogue entre disciplines et champs de recherche autour de la question du corps et des normes corporelles. Il propose plus précisément d'explorer les processus de régulation sociale des normes corporelles sous l'angle de la (re)production des différences et de l'altérité. Son objectif est d'engager une réflexion sur le corps comme lieu d'imposition et/ou de subversion de normes corporelles au sein des rapports sociaux de sexe / genre, de classe et interethniques / de « race », mais aussi en lien avec d'autres critères tels que l'âge, le handicap, la religion ou l'orientation sexuelle. Nous nous intéresserons particulièrement aux travaux proposant une lecture en termes d'articulation des rapports sociaux ou d'intersectionnalité, et portant sur des contextes ou des lieux institutionnels au sein desquels les normes corporelles apparaissent comme des enjeux d'importance, telles que les institutions à vocation sanitaire, sportive, sociale ou d'enfermement.

Annonce

Argumentaire

Au croisement de la sociologie, de l’anthropologie, de la psychologie et de l’histoire, l’objectif de ce colloque pluridisciplinaire est de susciter des échanges entre disciplines et champs de recherche autour de la question du corps et des normes corporelles.

Plus précisément, cet appel à communication propose d’explorer les processus de régulation sociale[1] des normes corporelles sous l’angle de la (re)production des différences et de l’altérité. Son objectif est d’engager une réflexion sur le corps comme lieu d’imposition et/ou de subversion de normes corporelles au sein des rapports sociaux de sexe/genre, de classe et interethniques/de « race », mais aussi en lien avec d’autres critères tels que l’âge, le handicap, la religion ou l’orientation sexuelle.

Depuis le travail de Michel Foucault (de Surveiller et punir, 1975, à l’Histoire de la sexualité, 1984), de nombreuses recherches se sont intéressées aux processus sociaux explicites et implicites qui participent à réguler, normaliser et contrôler les corps, mais aussi aux processus de subversion et de transformation par lesquels les individus composent avec les normes corporelles ou y résistent (Goffman 1977 [1963]). Les normes corporelles apparaissent en effet comme un outil de contrôle social, les corps faisant l’objet d’un tri sociétal et institutionnel impliquant une différenciation, une hiérarchisation (corps sains/malades ; civilisés/sauvages ; culturels/naturels), voire une mise à l’écart symbolique et matérielle des « Autres » (ouvriers, pauvres, femmes, étrangers, malades…). Dans cette optique, nous ne négligerons pas la dimension sensorielle à l’œuvre dans l’incorporation ou l’expression des normes corporelles. Les stimuli sensoriels jouent en effet un rôle non négligeable, souvent à notre insu, dans les processus de catégorisation sociale, notamment sous la forme de jugements moraux et de stéréotypes (raciaux, ethniques, de genre, d’âge, sociaux, etc.), ce que Joël Candau a appelé un essentialisme sensoriel (2013).

Les normes corporelles, en ce qu’elles participent à la hiérarchisation symbolique et matérielle des corps, sont ainsi centrales dans la (re)production et la naturalisation des rapports sociaux de classe, de « race », de sexe, etc. et dans les résistances qu’elles impliquent.

Les études portant sur les rapports de classe ont par exemple montré l’usage des normes corporelles dans les processus d’exploitation de classe et dans les processus de distinction sociale (Bourdieu 1979). De même, les études féministes ou de genre rendent compte des processus de régulation sociale des corps sur la base du sexe, du genre  ou de la sexualité (Delphy 1998, 2001 ; Foucault 1984 ; Guillaumin 1992 ; Mathieu 1991). Les normes corporelles sont ainsi un enjeu central dans les représentations et catégorisations sociales instituant la « différence naturelle » des sexes (la « nature » supposée des femmes, l’hétéronormativité), mais aussi dans la division sexuelle de l’espace, du travail, des loisirs, de la famille (Cardi 2007 ; Vozari 2012) et dans les formes de résistance ou de contournement de ces injonctions (la subversion des normes de genre et de sexualité (Dorlin 2009).

De nombreux travaux ont également montré la régulation des corps selon des différenciations « raciales », ethniques et nationales dans les rapports esclavagistes, coloniaux (Clancy Smith 2006 ; Fanon 1952 ; Stoler 2013 ; Taraud 2003), mais aussi dans les contextes contemporains, autour de la (re)production des frontières – tant géopolitiques qu’ethniques, tant matérielles (mise à l’écart, enfermement) que symboliques (construction de l’altérité) (Fassin 2010 ; Guénif 2005 ; Poutignat & Streiff-Fénart 1999 ; Sayad 2006, 1999). En ce sens, les travaux portant sur le renforcement des frontières nationales et aujourd’hui européennes face aux migrations interrogent la dimension du corps, à la fois dans les modes de catégorisation des non-nationaux ou non-européens et dans les modes de contrôle, de mise à l’écart ou de rétention produits par les Etats et les réglementations européennes. Ici encore, les normes corporelles racisées, ethniques, nationales ou culturelles peuvent donner lieu à des usages subversifs de la part des groupes minorisés : des tactiques d’invisibilisation au retournement du stigmate (« black is beautiful ») et à l’expression identitaire par les corps.

Outre les assignations corporelles symboliques ou matérielles (re)produites au sein des rapports sociaux de classe, de sexe et de « race », d’autres catégories participent de la production de l’altérité, des frontières ou des discriminations. Ainsi des travaux récents (Bessin & Blidon 2012) montrent que l’âge est également une catégorie de classement à laquelle sont associées des caractéristiques sociales et des normes corporelles. Il en va de même pour les catégories relatives au handicap ou à l’apparence physique qui peuvent, elles aussi, fonctionner comme des « stigmates » (Goffman 1977), c’est-à-dire avant tout comme des écarts aux normes corporelles dominantes.

Enfin, les courants récents portant sur les approches « intersectionnelles » (Anthias 2013, Creshaw 1991) ou imbriquées des rapports de pouvoir ont montré l’intérêt de considérer la combinaison de ces rapports sociaux et de ces catégories (Bilge 2009 ; Yuval Davis & Anthias 1992). Ainsi, la régulation des corps selon des classements de genre et de classe sociale (Kergoat 2009), combinés aux catégorisations ethniques (Delphy 2008 ; Falquet et al. 2006 ; Guénif & Macé 2006 ; Juteau 1999 ; Sarah Banet-Wieser 1999 ; Scrinzi 2008 ; Stoler 2002) ou nationales (Dorlin 2007 ; Fassin 2006 ; Juteau 2000 ; Varikas 1998 ; Yuval-Davis & Anthias 1992) ainsi qu’à d’autres formes de classement tels que l’âge ou le handicap, constituent autant d’objets d’analyse particulièrement pertinents.

Ce colloque s'intéresse en particulier à des contextes ou à des lieux institutionnels au sein desquels les normes corporelles apparaissent comme des enjeux d’importance, que ce soit à travers des formes de sublimation et de savoir des corps (les institutions sportives), des formes de construction et de prise en charge de la vulnérabilité, à travers des pratiques d’accompagnement ou de soin (les institutions médicales et de travail social, de care) ou des formes de contrôle physique ou répressif du corps (les institutions d’enfermement à vocation punitive, préventive ou de rétention administrative). De fait, chacune de ces institutions présente des logiques propres, de par son histoire, ses règles et ses pratiques internes. Mais elles partagent peut-être la caractéristique d’être des lieux où le « langage du pouvoir » s’ancre dans la normalisation des corps (Foucault 1976) et contribuent à modeler les corps, ses usages et ses pratiques, de sorte à (re)produire des rapports sociaux constitutifs de nos sociétés. Il nous importera alors de caractériser les façons dont le corps peut dans ces contextes s’avérer être un objet de discours (médical, psychologique, éducatif administratif, sécuritaire) et de pratiques de régulation, mais aussi un objet d’identification, de transformation ou de résistance.


[1] La régulation sociale est entendue comme les processus d’imposition, de maintien et de négociation des règles et  normes sociales.

Programme

(voir le site du colloque : norm-corpo-2014.sciencesconf.org)

Jeudi 9 octobre 2014

8h30-9h - Accueil des participants

9h-9h15 - Ouverture du colloque, allocutions de bienvenue

9h15-9h30 - Introduction - Manier Marion

9h30-10h15 - Séance plénière : Bohuon Anaïs – Du sexe musculaire au genre de la testostérone: l'exemple des tests de féminité dans les compétitions sportives

10h15-10h30 - Pause-café

10h30-12h30 - 1ère session thématique : Le corps sexué à l’épreuve de la santé publique

Présidente de session : Cognet Marguerite / Discutant de session : Vidal Laurent

  • Gomez-Medina Angélica - De l'exercice de droits sexuels vers le gouvernement de la reproduction des jeunes: Une étude de cas en Colombie
  • Piccand Laura - Comparer des populations, définir le sexe dans les études sur le développement pubertaire
  • Besnard-Santini Tiphaine - Clinique de la sexualité : diagnostiquer la différence et reproduire l'hétéronormativité
  • Virole Louise -  Corps vulnérable, sujet vulnérable ? Analyse de groupes de parole en périnatalité destinés aux femmes migrantes.

12h30-14h - Pause Déjeuner

14h-16h - 2ème session thématique : Esthétique et performativité du corps

Présidente de session : Lambert Karine / Discutante de session : Schuft Laura

  • Carof Solenn - Des normes corporelles en question : genre, classe, race et surcharge pondérale
  • Hidri Oumaya &  Louchet Cindy - Les centres de remise en forme ‘réservés aux femmes’ : de la résistance à la reproduction de normes corporelles
  • Kuijlaars Antoinette - L'hexis corporelle des filles des baterias : entre idéal de féminité et modèle de virilité
  • Fidolini Vulca - La construction de la masculinité par la reproduction de modèles normatifs. Y a-t-il un sujet dans l'habitation des représentations hégémoniques ?

16h-16h30 - Pause-café

16h30-17h15 - Séance plénière : Héas Stéphane – Normes, stigmates et chevrons

17h30-18h15 - Conférence performative : Pouilly Delphine - Corps sait décorseter.De la pudeur à l'impudeur des codes vestimentaires

18h30 - Apéritif dinatoire 

Vendredi 10 octobre 2014

9h-11h - 3ème session thématique : Le corps, fabrique de frontières identitaires ?

Présidente de session : Manier Marion / Discutante de session : Cunin Elisabeth

  • Bourgeois Catherine  - Défrise-toi, tiens-toi correctement et tu seras une Dominicaine, ma fille !
  • Dupeyrat Marion -  La ligature des corps. Quelles normes corporelles au sein des villages touristiques de réfugiés kayan ? (Thaïlande)
  • Le Renard Amélie - Se vendre à  Dubaï. Comment les normes corporelles contribuent à  construire la position privilégiée des "Occidentaux".
  • Zéphir Stéphane  - Les normes corporelles dans la catégorisation ethnoraciale à  l'école

11h-11h30 - Pause-café

11h30-12h15 - Séance plénière : Bilge Sirma - Analogie, articulation, co-formation: différentes manières de penser l’inégalité complexe

12h15-14h - Pause Déjeuner

14h-14h45 - Dialogue hors-norme entre Photographie & Danse

  • Gay Olivia (photographe)Pouilly Delphine (chorégraphe) - La construction du corps féminin dans les institutions

15h-16h45 - 4ème session thématique : Agents et pratiques de la normalisation corporelle

Présidente de session : Verguet Céline / Discutant de session : Candau Joël

  • Bloy Géraldine, Richerand Nathalie & Rigal Laurent - Entre normes médicales et normes sociales : quand lesmédecins généralistes abordent la prévention etrencontrent l'altérité
  • Soissons Juliette - Les corps enfermés. Production et hiérarchisation des normes sexuées en détention
  • Vialle Manon- L' "horloge biologique" des femmes : un modèle naturaliste en question. Les normes et pratiques françaises face à  la croissance de l'infertilité liée à  l'âge.

16h45 - 17h - Pause-café

17h-17h45- Séance plénière : Schadron  Georges - Odeurs et stéréotypes: quand le candidat a l'odeur de l'emploi

Lieux

  • MSHS-Campus Saint Jean d'Angely - 3 Boulevard François Mitterand
    Nice, France (06)

Dates

  • jeudi 09 octobre 2014
  • vendredi 10 octobre 2014

Mots-clés

  • corps, normes, altérité, intersectionalité

Contacts

  • Marion Manier
    courriel : norm-corpo-2014 [at] sciencesconf [dot] org

Source de l'information

  • Laura Schuft
    courriel : schuft [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les normes corporelles comme enjeu d'altérité », Colloque, Calenda, Publié le mardi 09 septembre 2014, http://calenda.org/298908