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De la destruction

On destruction

Villes, mémoires, catastrophes

Cities, memoirs, and catastrophes

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Publié le vendredi 12 septembre 2014 par João Fernandes

Résumé

La journée intitulée « De la destruction » sera consacrée à l'appréhension des jeux de mémoire spécifiques à la destruction des villes et des territtoires en tentant de réinscrire l'expérience bas-normande des bombardements dans la perspective des grands événements du XXe siècle : Fukushima, Hiroshima, Tchernobyl, la destruction des villes allemnades. Au-delà du discours convenu qui a fait office de grand récit depuis 70 ans (le la « libération » à la « recontruction »), il s'agira de questionner les traces, mémoires et cicatrices propres aux catastrophes et aux grands événements collectifs. Nous choisirons pour cela la perspective historique bien entendu, mais aussi la voie sensible explorée par l'art, le 7e du nom en particulier : le cinéma. S'y rencontreront philosophes, sociologies, historiens..

Annonce

Programme

9 : 30 - Jean-Louis Déotte

Professeur à l'université de Paris VIII Saint-Denis, ses thèmes de recherche portent sur l'esthétique et la philosophie de l'art et de la culture, ainsi que sur la philosophie de la technique. Il a notamment travaillé, à partir des auteurs comme Jean-François Lyotard et Walter Benjamin, sur les notions de musée, d'appareil, de différend cosmétique et esthétique, et sur des questions qui relient l'esthétique à des enjeux politiques, telle la disparition des opposants politiques pendant la période des dictatures militaires en Amérique du Sud (Argentine, Chili). Auteur d’une trentaine d’ouvrages dont L’Époque de la disparition. Politique et esthétique, avec Alain Brossat, Paris, 2000, L’Harmattan.

  • Témoignage d’une destruction, destruction du témoin

Je partirai d'un massacre collectif, qui reste pour le moins irrationnel : la destruction du Havre par les Britanniques alors que Paris était libérée....Le Havre n'avait aucun intérêt stratégique. En apparence, le film de Belvaux, où cette ville est très présente, concerne la lâcheté de témoins auditifs du meurtre d'une jeune femme, resté inexpliqué. Seul, un pilote du port reconnaît avoir entendu son cri et lorsque les autorités veulent enterrer l'affaire, il a le courage de s'y opposer. C'est qu'il ne peut pas faire autre chose : ce sera au prix de son couple, de son métier, puisqu'il quittera volontairement la ville. De quoi ne peut-il témoigner ?

10 :15 - Frédérick Lemarchand

Maitre de conférences en sociologie à l’Université de Caen, Codirecteur du Pôle Risques de la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen. Attaché à la compréhension des mutations profondes de l’époque contemporaine, il a mené une réflexion sur les dynamiques des catastrophes, du patrimoine et de la mémoire collective. Dans l’héritage de la théorie critique, il travaille depuis quinze ans sur les aspects fondamentaux des sociétés technoscientifiques.

  • Jeux de mémoire et d’histoire, autour de la destruction des villes normandes

W. G. Sebald naît dans un petit village retiré de Bavière, quand les bombes pleuvent sur l’Allemagne. « Trop petit pour se souvenir mais incapable d’oublier », Sebald entreprend de penser le point aveugle de la mémoire allemande : les raids aériens des alliés sur les villes allemandes qui coûterons la vie à 600 000 civils. Il exhume, dans son essai manifeste De la destruction, publié en 1999, les traces et les cicatrices de la mémoire collective en se centrant sur l’expérience de la destruction comme moment décisif où tout bascule. L’après, le temps de la catastrophe, est rempli de fantômes et de ruines à la fois présents et absents, produisant des jeux de mémoire complexes qui, à leur manière, tentent de conserver le souvenir de la destruction, de la perte, tout en mettant en place des mécanismes d’oubli, de déni, afin d’éviter la douleur liée au trauma. Nous repartirons de la problématique de Sebald en la transposant au cas des villes normandes bombardées par les « libérateurs » à partir de témoignages audio enregistrés par les Archives Départementales de la Manche.

11 :30 – Claire Angelini

Formation aux Beaux-Arts de Paris (ENSBA), à Paris-4 et à l'école de cinéma de Munich (HFF). Utilise l’installation, le cinéma, la photographie et le dessin pour explorer les rapports entre l’art, la politique et l’histoire sous les espèces de la trace, la ruine, la réminiscence et la survivance des images. Son travail se situe à la conjonction d'un récit historique et des lieux contemporains. A fondé à Munich le Laboratorium Geschichte pour répondre à la commande publique dans un contexte de pédagogie artistique où elle a produit en collaboration entre 2001 et 2005, des projets d’installations et des livres d’artiste.Claire Angelini.

  • Autour du travail présenté la veille à l’ESAM de Caen : « Ce gigantesque retournement de la terre, Note cinématographique : Une archéologie du regard pour l'archéologie d'un film » consacré à la mémoire sociale des bombardements alliés en dans la Manche. 

12 :00 – Déjeuner 

14 :00 - Gérard Larnac

Philosophe, écrivain, essayiste et journaliste, Gérard Larnac est l'auteur de Après la Shoah - raison instrumentale et barbarie (Ellipses, 1997). Membre fondateur des Cahiers de Géopoétique dirigés par Kenneth White (1989), Gérard Larnac a publié ses premiers récits dans les pages de la Nouvelle Revue Française (Gallimard). Il a grandi à Caen, dans la ville reconstruite sur les ruines de la destruction. A l’écart des institutions, son travail porte essentiellement sur la philosophie de la perception, la critique de l’âge techniciste et l’art d’habiter le monde, ici maintenant et ensemble.

  • Incidemment l’apocalypse – pour un portrait-robot de l’Homme-Catastrophique

Autrefois la catastrophe était l’expression de la colère des dieux. En se laïcisant, le monde de la catastrophe est devenu une affaire d’hommes. Du coup la question qu’il pose relève moins d’une fatalité que d’une responsabilité. C’est pourquoi grande est la tentation des potentats de la réduire à de simples dommages collatéraux. Et si au contraire la question de la catastrophe était centrale ; le centre impensé de ce temps ?

Vivant ici et maintenant dans une époque coincée entre les catastrophes mémorielles (Auschwitz, Hiroshima, Cambodge, Rwanda, Tchernobyl, 11-Septembre, Fukushima…) et les catastrophes annoncées (pénuries des ressources et changement climatique, dont la convergence prochaine nous promet le chaos civilisationnel et la fin de la biosphère), l’Homme-Catastrophique se définit à la fois comme victime et comme coupable. Comme le rappelle Günther Anders, ce n’est plus seulement que l’homme est mortel : c’est l’humanité toute entière qui peut être détruite. En esquissant le portrait-robot de cet Homme-Catastrophique que nous sommes devenus, nous tenterons de saisir ce qui, dans l’événement même de la catastrophe contemporaine, relève du moment de vérité : du recommencement. 

15 : 00 - Michèle Martel

Docteur en Histoire de l'art de l'Université de Paris I. Elle enseigne à l'ESAM Caen/Cherbourg et coordonne le laboratoire de recherche de l'école. Son travail de recherche porte sur l'analyse des processus de création mis en place par l'artiste entre 1915 et 1920 et sur leurs conséquences quant à l'élaboration de sa forme plastique. Ses textes les plus récents ont paru dans L'Art comme expérience (Liénart, 2010), Arp en ses ateliers d'art et d'écriture (Musée de Strasbourg, 2011), Itinérance. L'Art en déplacement (De L'incidence éditeur, 2012, sous la direction de Laurent Buffet) et dans L'Espace des paysages. Premier temps, quatre mouvements (École Supérieure d'art de Clermont-Métropole, 2013).

  • Dada Zurich : Le plaisir de détruire

Europe, Zurich, 1916. Le rejet des formes du passé, qui caractérise finalement toute l'histoire de la modernité, se transforme chez les acteurs du mouvement Dada, en véritable plaisir de détruire. Les artistes s'opposent radicalement à la nécessité de produire des figures mais aussi du sens, dans leurs productions plastiques et textuelles. Ils mettent pour ce faire en place des procédures de création qui font appel au hasard, à la mécanisation des gestes, à la non-volition... Leur acharnement destructif trouve un écho dans une conception de la création fondée sur une puissance dissolvante originelle. Le sans-fond, l'indifférence ou encore l'apeiron (terme qu'ils empruntent à la philosophie grecque) deviennent l'un des enjeux de la pratique artistique. Comme dans les ténèbres mallarméennes, il s'agit d'atteindre un détachement afin de saisir plus distinctement le flux de la vie, la réalité des choses. 

16 : 00 - Yoann Moreau (EHESS / CNRS)

Après avoir entrepris des études de Mathématiques, de Sciences Physiques puis d'Anthropologie, Yoann Moreau a travaillé un an en Amazonie brésilienne, au Japon, en Mongolie. ,… parcours qui aboutira à une thèse sur les catastrophes reconnue aujourd’hui comme novatrice. Indomptable touche-à-tout, son parcours académique comprend également un passage par la philosophie et la géographie. Actuellement chargé de cours à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, il coordonne un séminaire de Mésologie à l'EHESS Paris et a intégré la Cie Jours Tranquilles pour laquelle il travaille en tant que dramaturge et comédien. Premier prix de la Fondation Bullikian.

  • Fukushima. Les images du revers de fortune, le revers des images de fortune

Commentaires et analyses des vidéos et photographies publiées sur le net et dans la presse après le 11 mars 2011. A partir d’une mise en perspective historique et ethnologique nous prendrons du recul sur les manières dont sont mobilisées les images de destruction (afin de servir quel propos, de répondre à quels besoins, d’être diffusé auprès de quel audimat ?). Ce faisant, nous proposerons de conjoindre à une dramaturgie du spectaculaire, de l’exotisme et de l’événement, une dramaturgie du spectral, de l’anomal et de l’avènement. Cette mise en regard sera elle même déployée sous forme visuelle au travers d’un outil d’analyse des catastrophes, un « visiogramme ».

17 : 00 - Vincent Amiel

Professeur à l'université de Caen, enseigne l'histoire du cinéma à l'école Louis-Lumière et à l'ESRA, Paris. Il est membre du comité de rédaction de la revue Positif et critique pour la revue Esprit. Essayiste, théoricien du cinéma, de l'image et des médias, Vincent Amiel a publié de nombreux ouvrages sur le cinéma et plus largement sur le monde télévisuel. 

  • Tu n’as rien vu à Hiroshima…

Dès les années 50, dans Hiroshima mon amour, Alain Resnais et Marguerite Duras interrogent la capacité des médias (du cinéma en particulier, et de toute médiation en général) à témoigner d’un événement, d’une catastrophe, d’une destruction. Le film oscille en particulier entre le témoignage et la reconstitution, mettant l’accent sur cette dernière comme ressource ultime de la mémoire, et donc du récit. Nous examinerons les caractéristiques de ce « blocage » testimonial, son contexte, et son héritage.

Lieux

  • Salle Mathilde, Conseil Régional - Abbaye aux Dames
    Caen, France (14)

Dates

  • jeudi 18 septembre 2014

Mots-clés

  • destruction, catastrophes, mémoire

Contacts

  • Frédérick Lemarchand
    courriel : frederick [dot] lemarchand [at] unicaen [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Frédérick Lemarchand
    courriel : frederick [dot] lemarchand [at] unicaen [dot] fr

Pour citer cette annonce

« De la destruction », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 12 septembre 2014, http://calenda.org/299439