AccueilAgir sur le réel : la part de la mise en scène dans la sociologie visuelle

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Publié le mercredi 17 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Un atelier « Dire la vérité par l'image : fabriques filmiques de la preuve » s’est tenu au Centre Jacques Berque en Janvier 2013. Il a permis de saisir les manières dont des objets filmiques, enchâssés dans des contextes de production spécifiques, déploient des techniques multiples pour montrer, démontrer et prouver. En 2014, en partenariat avec l’Institut français de Rabat, le Centre Jacques Berque prolonge la problématique de l’année précédente en interrogeant la part de la mise en scène dans la captation du réel et dans quelle mesure le chercheur peut prétendre à une liberté de réalisateur. Surtout utilisée en théâtre, la terminologie de « mise en scène » est la disposition des éléments temporels et spatiaux sur scène. En cinéma, chaque scène ou chaque action peut avoir son espace et sa temporalité propre. L’objectif de ce nouveau séminaire est de réunir des cinéastes et des chercheurs de champs disciplinaires différents, qui utilisent dans leurs travaux l’image et le son et qui sont confrontés, pendant la fabrication de leur film (de l’écriture au montage), à des questions relatives à la mise en scène.

Annonce

Argumentaire

Un atelier « Dire la vérité par l'image : fabriques filmiques de la preuve » s’est tenu au Centre Jacques Berque en Janvier 2013. Il a permis de saisir les manières dont des objets filmiques, enchâssés dans des contextes de production spécifiques, déploient des techniques multiples pour montrer, démontrer et prouver. En 2014, en partenariat avec l’Institut français de Rabat, le Centre Jacques Berque prolonge la problématique de l’année précédente en interrogeant la part de la mise en scène dans la captation du réel et dans quelle mesure le chercheur peut prétendre à une liberté de réalisateur.

L’objectif de ce nouveau séminaire est de réunir des cinéastes et des chercheurs de champs disciplinaires différents, qui utilisent dans leurs travaux l’image et le son et qui sont confrontés, pendant la fabrication de leur film (de l’écriture au montage), à des questions relatives à la mise en scène. Surtout utilisée en théâtre, la terminologie de « mise en scène » est la disposition des éléments temporels et spatiaux sur scène. En cinéma, chaque scène ou chaque action peut avoir son espace et sa temporalité propre[1].

À propos de Nanouk[2], considéré comme l’un des premiers documentaires de l’histoire du cinéma, Robert Flaherty nous apprend dans son récit de tournage qu’il a payé les Inuits pour les filmer. Il les a incité à faire des trous dans la glace, à pêcher et il a remplacé la femme de Nanouk, dans certains passages du film, par une femme Inuite plus photogénique. Il a recréé des pratiques abandonnées et a aussi réalisé, comme dans les films de fiction, des séquences de suspens ou de comique[3].

L’outil cinématographique documentaire n’offre qu’une interprétation de la réalité. Le cinéma est aussi un espace d’invention ; il peut relater l’objet ou la réalité filmée par de multiples procédés, en fonction de la composition de l’ensemble des éléments de chaque scène et des contraintes techniques. Plusieurs réalisateurs de films à caractère ethnographique ont ainsi aboli les frontières entre la fiction et le documentaire. Jean Rouch, dans Moi un noir[4], met en scène trois jeunes nigérians qui jouent leur propre rôle, un film scénarisé, dialogué, où apparaissent des scènes de rêves. Il a également demandé à ses acteurs de doubler leurs voix, n’utilisant pas le son direct enregistré au moment du tournage.

La problématique de ce séminaire : « La part de la mise en scène dans la sociologie visuelle altère-t-elle la réalité objective des faits ? » soulève des questions qui interrogent le chercheur sur son intention d’auteur, son point de vue de réalisateur, ses choix esthétiques, etc. Des questions souvent reléguées à un plan secondaire en sociologie visuelle. Peut-on user de la mise en scène dans le cinéma du réel ou dans la réalisation de films à caractère ethnographique sans dénaturer la vérité et sans se heurter à des considérations éthiques ? Quelles sont les limites qu’un chercheur se fixe quand il met en scène le réel pour le filmer ? Peut-il y avoir une démarche esthétique dans la réalisation de documents filmés et enregistrés pour informer et documenter ?

Dans une perspective d’analyse réflexive, en s'appuyant sur des films réalisés par les intervenants ou sur des oeuvres du répertoire cinématographique (que nous utiliserons comme matériaux de recherche), ce séminaire permettra d’échanger sur ce que peut nous apprendre la manipulation visuelle et sonore du réel. La mise en situation des personnages et des objets filmés, la sélection des lieux et des moments pour filmer, la luminosité, le temps accordé à un plan ou à une séquence, les techniques de narrations (voix-off, interactions verbales, communications non verbales, procédés du cinéma direct, etc.…), les contraintes techniques, se combinent pour tisser la dramaturgie d’un film. Frédéric Wiseman, auteur de films sans commentaires ni interviews[5], profondément ancrés dans le réel, se défend de faire de la sociologie dans ses films : « Je ne connais pas de sociologue qui utilise la caméra et peu d’ethnologues qui réalisent des films. Mais le peu de films réalisés par des ethnologues que j’ai pu voir sont souvent ennuyeux parce qu’ils ne sont pas organisés de façon dramatique. Or c’est quelque chose qui est très important pour moi. La relation entre le théâtre et le cinéma m’intéresse beaucoup. Si un film marche, c’est grâce à sa structure dramatique. »[6]

Ce point de vue soulève de nombreuses questions, à l’image des futurs échanges de ce séminaire qui se veut un espace ouvert à différentes manières d’appréhender le réel avec l’outil cinématographique.

Une publication sera éventuellement réalisée à l’issue de ces deux journées.

[1]  Sergueï Eisenstein, 1986, Le Mouvement de l'art, Edition du Cerf. 

[2]  Robert J. Flaherty, 1922, Nanouk l’Esquimau, 70 minutes, 2006, Editions Montparnasse.

[3]  Nicholas Serruys, 2008, Nanook of the North et le cinéma ethnographique : cinédoc ou synecdoque, The   Canadian Journal of Film Studies / Revue canadienne d’études cinématographiques, 17, 2, pp 59-76.

[4] Jean Rouch, Moi un noir, 1958, 70 min, 2005, Editions Montparnasse.

[5] Delmas Corinne, « Frederick Wiseman, Boxing Gym », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2012, mis en ligne le 18 décembre 2012, consulté le 20 novembre 2013. URL : http://lectures.revues.org/10170

[6] Wiseman Frederick et Mikles Laetita, 2001, « Filmer la mise en scène du quotidien », L'Homme et la société, 4, 142, p. 153-169, p 164

Modalités d'envoi des propositions et calendrier

15 décembre 2014 : date limite de l’envoi des résumés (une page)

Document au format Word (.doc) en Times 12, interligne simple

aux adresses suivantes :

10 février 2015 : sélection et établissement du programme

11 et 12 mars 2015 : Séminaire (Rabat)

Comité scientifique 

  • Kenza Afsahi (chercheuse associée Clersé Lille 1, Centre Jacques Berque Rabat, cinéaste indépendante)
  • Antoine Le Bihan (chargé de Mission Cinéma, Institut Français Maroc)
  • Rina Sherman (chercheuse ethnographe, cinéaste indépendante, auteur, réalisatrice et producteur, Label K)

Comité d’organisation

  • Kenza Afsahi, Aziz Hlaoua (doctorant, PACTE UPMF Grenoble, Centre Jacques Berque Rabat),
  • Antoine Le Bihan

Catégories

Lieux

  • Centre Jacques Berque (Rabat), Institut français (Rabat)
    Rabat, Maroc

Dates

  • lundi 15 décembre 2014

Mots-clés

  • mise en scène, sociologie visuelle, cinéma, film, montage, réalité

Contacts

  • kenza afsahi
    courriel : afkenza [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • kenza afsahi
    courriel : afkenza [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Agir sur le réel : la part de la mise en scène dans la sociologie visuelle », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 17 septembre 2014, http://calenda.org/299582