AccueilLes lieux du non-lieu 3 : l'utopie

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Publié le jeudi 18 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d’étude sur utopie et expérimentation artistique présuppose qu’il y a une puissance politique et esthétique à chercher dans l’invention de mondes alternatifs, subversifs ou excessifs, avec ses tâtonnements du possible et ses perceptions et expériences nouvelles. Nous voudrions mobiliser l’utopie justement en raison de sa propulsion vers des expériences esthétiques, existentielles et sociales inédites et innovatrices, et étudier la manière dont cette propulsion pourrait se traduire dans des formes concrètes à travers les expérimentations artistiques. En faisant dialoguer utopie et expérimentation artistique, nous souhaitons alors donner corps, horizons et espoirs à ces « lieux du non-lieu », pour continuer de tracer les lignes de fuite d’une forme de pensée qu’il nous semble nécessaire de réinvestir aujourd’hui.

Annonce

Argumentaire

De la fin de l’histoire (Fukuyama) à celle des idéologies (Daniel Bell) en passant par le fameux « There is no alternative » de Margaret Thatcher, le monde contemporain semble se refermer sur lui-même, réduire les possibles au réel et rabattre l’avenir sur la répétition d’un présent unidimensionnel. Toute idée d’altérité se trouve congédiée. Et la longue succession de réformes néolibérales n’y change rien puisqu’il s’agit d’un mode de domination qui, comme l’a relevé Luc Boltanski, consiste à changer pour mieux conserver (le « conservatisme progressiste », qui a pris la relève du « conservatisme déclaré » d’autrefois). Dans ce contexte, les utopies sont aux mieux inutiles puisqu’impossibles, au pire dangereuses car porteuses de germes totalitaires. Mais lorsqu’il proclame la « mort des utopies », l’anti-utopisme contemporain ne prend-il pas ses désirs pour la réalité ? Car qui accepte de prendre un minimum de distance à l’égard de l’ordre existant n’est-il pas amené à percevoir la présence de brèches utopiques qui fragilisent le bloc faussement inébranlable du capitalisme mondialisé ? Mais quels sont alors les « foyers de persistance » de l’utopie (Abensour) et comment celle-ci se manifeste-t-elle aujourd’hui ?

Laissons de côté le diagnostique.

L’utopie n’est pas une forme d’ignorance rêveuse qui aurait besoin de ces médecins capables de distinguer la réalité de l’imaginaire et séparer la pesanteur matérielle du monde de la légèreté démocratique des mots. Nous ne nous intéresserons pas à cette conception tragique et ædipienne de l’utopie comme le bon lieu rêvé et irréalisable se retournant forcement en violence ou en cauchemar totalitaire. L’utopie est traversée de tensions, de brèches, de dimensions non-totalisables qui ne prennent vie qu’à travers des expérimentations, des ouvertures fragiles, des modes d’inventivité créant de nouveaux possibles – souvent dans des situations épuisées, mornes, contextes de fatigue et de conservatisme. Elle agence des confusions créatives ou hétérogenèses entre des ailleurs, des futurs, des lointains, des passés, et des « ici et maintenant » : des « ici et maintenant » devenant ainsi étalés, tordus et écartés en tant qu’espace-temps multidimensionnels. C’est que l’utopie fait toujours jouer des excès. Elle se configure à travers des expérimentations littéraires, architecturales, sociales, industrielles, cartographiques, corporelles et politiques. Elle s’insère dans des situations et paysages sociaux et politiques pour agencer des « ici et maintenant » qui ne se laisseront pas réduire aux coordonnés et codifications de l’ordre social, entamant des pratiques qui brisent, fracturent, reconfigurent, projettent, reterritorialisent, construisant des « paysages du possible » dissensuels et inventifs.

« Du possible, sinon j’étouffe ». Quelles communautés peuvent se construire dans ces brèches, dans ces horizons ? Quels sont les dispositifs critiques - théoriques et pratiques, collectifs et individuels - de ces « mondes autres » ? Comment se configurent des temporalités et des spatialités excédant et travaillant nos registres consensuels, nos territoires existentiels quotidiens, nos captures sociales ? Comment penser la force de l’utopie, non pas comme une simple soif de l’impossible ou comme une simple ouverture inconditionnelle en face de l’étatique ou du totalitaire ou comme un « messianisme sans messianisme », mais comme configurations de pratiques individuelles et collectives, constructions de dispositifs critiques, expérimentations corporelles, agencement de communautés polémiques, réinvestissements industriels et économiques, imaginaires cartographiques et littéraires, comme autant de de- et reterritorialisations configurant des « ici et maintenant » étalés sur les futurs, les passés, les ailleurs, sur autant de lieux et de non-lieux qui soient nécessaires pour ouvrir ces possibles dissensuels, inventifs, et peut-être émancipateurs ?

Cette journée d’étude sur utopie et expérimentation artistique présuppose qu’il y a une puissance politique et esthétique à chercher dans l’invention de mondes alternatifs, subversifs ou excessifs, avec ses tâtonnements du possible et ses perceptions et expériences nouvelles. Nous voudrions mobiliser l’utopie justement en raison de sa propulsion vers des expériences esthétiques, existentielles et sociales inédites et innovatrices, et étudier la manière dont cette propulsion pourrait se traduire dans des formes concrètes à travers les expérimentations artistiques. En faisant dialoguer utopie et expérimentation artistique, nous souhaitons alors donner corps, horizons et espoirs à ces « lieux du non-lieu », pour continuer de tracer les lignes de fuite d’une forme de pensée qu’il nous semble nécessaire de réinvestir aujourd’hui.

Description du dispositif de la journée

La fabrique du commun consiste en effet, en la création d'un espace « horizontal » qui brise les frontières entre les différents types de parole (celle du spécialiste et de l'amateur ; du professeur et de l 'étudiant, de l'artiste et du spectateur) pour les replacer, à niveau égal, « autour d'une table » composée par la variété des provenances des divers participants.

Pour la journée du 25, L'archipel des devenirs ouvre donc un tel espace en occupant l'une des salles de l'Université Paris 7 (Salle des thèses, Halle aux Farines, Hall F, 5ème étage), par une dizaine de tables, chacune pouvant accueillir entre 5 et 6 personnes, réunies selon ce principe d'hétérogénéité pour s'emparer, ensemble et dans les différences, de la thématique générale de la journée. Celle-ci sera introduite, dans un premier temps (à peu près 20minutes), à partir d'un montage de textes, vidéos, entretiens sonores...afin « d'immerger » l'ensemble des participants dans un bain sensible pouvant faire « gouter » les notions abordées sans exigence première de maitrise ou d'évidence
partagée.

A la suite de ce « bain introductif », la parole sera donnée à l'un des intervenants invités pour l'occasion, qui se lancera dans l'exposition de ses idées non depuis la place « séparée » de la tribune, mais bien depuis sa chaise, à l'une des tables et à côté d'un autre participant de la fabrique qu'il soit étudiant, professeur, artiste...L'enjeu de son intervention sera moins de « diagnostiquer » et de conclure que de risquer des hypothèses et d'ouvrir ainsi la conversation, à la fois au sein de sa table mais aussi de toutes les tables qui, alors, s'empareront ensemble des différentes pistes et thématiques dessinées jusqu'à présent.

Alors que chaque table se lancera, à l'échelle de 5 ou 6, dans ce travail de réappropriation- remise en question, le groupe de l'Archipel des devenirs, saisira des extraits des différentes conversations, les retranscrira et les projettera sur un grand écran permettant à chacun des participants d'être à la fois dans une situation de conversation intime et de « fabrique en commun », avec tous les participants, d'une réflexion partagée.

Apparaitront alors, dans la dynamique de la traduction-projection, des lignes de tensions et nœuds problématiques qui orienteront la réflexion générale vers tel ou tel aspect de la question et permettront de donner à nouveau la parole à un intervenant, connu pour être plus particulièrement concerné par cet aspect. La conversation sera ainsi renourrie, réimpulsée et continuera dans son mouvement propre permettant de dessiner, en simultané, le déroule des prises de paroles, invitations à l'expression ou ouverture des discussions au sein de chaque table, connectées les unes aux autres de façon de plus en plus tenue.

C'est cette dynamique qui sera suivie tout au long de la journée (avec une pause déjeuner et une pause dans l'après midi) afin de composer, depuis la matière des échanges toujours repris et recommencés, non pas une réponse finale aux questions ouvertes, mais plutôt une nouvelle invitation à poursuivre ces échanges, que ce soit à l'échelle d'une relation à deux amorcée dans la journée, d'un petit groupe souhaitant continuer à travailler ensemble ou du séminaire tout aussi interdisciplinaire proposé par le groupe de l'Archipel des devenirs, à l'université Paris 7 et commençant le Mardi 14 Octobre, de 17 à 19h 

Invités

  • Isabelle Daëron,
  • Silvia Casalino,
  • Maria Kakogianni,
  • Céline Cartillier

Comité d’organisation

  • Alice Carabédian,
  • Manuel Cervera-Marzal,
  • Anders Fjeld,
  • Camille Louis,
  • Etienne Tassin

Catégories

Lieux

  • Salle de thèses, Halle aux Farines, Halle F, 5e étage, Université Paris Diderot-Paris 7 - 5, rue Thomas Mann
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 25 septembre 2014

Mots-clés

  • utopie, expérimentation, art, architecture

Contacts

  • Anders Fjeld
    courriel : afjeld [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Anders Fjeld
    courriel : afjeld [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les lieux du non-lieu 3 : l'utopie », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 18 septembre 2014, http://calenda.org/299586