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Les professions de santé libérales face au défi de la santé de proximité

The professions of liberal health faced with the challenge of local health

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Publié le mardi 30 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Qu’ils soient démographiques et / ou médicaux (progression des maladies chroniques et des pathologies liées au grand âge, évolution défavorable des effectifs médicaux) ou encore économiques, les enjeux liés à l’organisation des soins de premier recours imposent à celle-ci de s’adapter aux besoins de la population, de veiller à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, et de maîtriser les dépenses inhérentes à cette offre de soins de proximité. Les membres des professions de santé de premier recours ont ainsi été incités à réaliser une prise en charge des malades partagée, coordonnée pluridisciplinaire et complémentaire (entre professions médicales et / ou paramédicales, équipes de soins ou secteurs institutionnel et libéral), en vue d’en améliorer la qualité et l’efficience. S’accompagnant d’une redéfinition et d’une redistribution des tâches entre les différents acteurs, cette coopération interprofessionnelle tend à redessiner les contours de ces métiers jusque-là indépendants, et, à terme, à modifier en les trajectoires professionnelles des uns et des autres, de fait de la diversification et l’extension des compétences, de l’évolution des fonctions, menant à de nouvelles perspectives de carrière, ou encore à l’émergence de nouveaux métiers.

Annonce

Ce colloque organisé par l'équipe lorientaise du Laboratoire d'études et de recherche en sociologie (LABERS - EA 3149) avec le soutien du pôle sociétés et santé de la MSHB se tiendra les 23 et 24 octobre 2014 à Lorient. 

Argumentaire

Qu’ils soient démographiques et/ou médicaux (progression des maladies chroniques et des pathologies liées au grand âge, évolution défavorable des effectifs médicaux) ou encore économiques, les enjeux liés à l’organisation des soins de premier recours imposent à celle-ci de s’adapter aux besoins de la population, de veiller à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, et de maîtriser les dépenses inhérentes à cette offre de soins de proximité.

Les membres des professions de santé de premier recours ont ainsi été incités à réaliser une prise en charge des malades partagée, coordonnée pluridisciplinaire et complémentaire (entre professions médicales et/ou paramédicales, équipes de soins ou secteurs institutionnel et libéral), en vue d’en améliorer la qualité et l’efficience. S’accompagnant d’une redéfinition et d’une redistribution des tâches entre les différents acteurs, cette coopération interprofessionnelle tend à redessiner les contours de ces métiers jusque-là indépendants, et, à terme, à modifier en les trajectoires professionnelles des uns et des autres, de fait de la diversification et l’extension des compétences, de l’évolution des fonctions, menant à de nouvelles perspectives de carrière, ou encore de l’émergence de nouveaux métiers.

Dans ce partage modifié des rôles, la formation des professionnels de santé est essentielle pour atteindre le but visé, à savoir l’émergence d’une culture professionnelle transversale. Question qui reste pourtant en suspens pour certaines professions.

Comment les différentes professions se positionnent-elles ? Quel est leur intérêt en la matière ? Vont-elles alors saisir la balle au bon ? Comment les nouvelles compétences attribuées à certains métiers sont-elles perçues par ceux et celles qui en bénéficient et par les autres, qui voient le cas échéant leur périmètre entamé ? Comment sont reçus les professionnels amenés à prendre place dans des fonctions ou des métiers inédits ? De quelle manière opèrent les instigateurs de ces  changements ?

L’objectif de ce colloque sera de repérer et d’analyser les enjeux de ces reconfigurations, de débattre entre acteurs engagés et chercheurs spécialistes de ce thème, et au final d’apporter des éléments de réponse éclairés à toutes ces interrogations.

Permettre à tous et dans les meilleures conditions possibles « l’accès aux soins de premier recours » et une « prise en charge continue […] dans le respect des exigences de proximité, qui s'apprécie en termes de distance et de temps de parcours, de qualité et de sécurité » comme le précise l’article L1411-11 du code de la santé publique est une priorité affichée des politiques de santé depuis déjà plusieurs années. Cette priorité a été réaffirmée par le Gouvernement lors du lancement de la Stratégie nationale de santé en septembre 2013. « Mieux organiser les soins pour les patients, garantir l’égalité d’accès, en privilégiant une logique territoriale » est en effet l’un des axes majeurs de la Stratégie nationale de santé dont l’une des ambitions annoncées « est de définir un service public territorial de santé qui conduit les acteurs à remplir de manière solidaire un certain nombre d’objectifs de santé publique[1] ».

Les enjeux sont considérables. La France dispose d’un système de santé compétitif et reconnu tant au niveau européen que mondial mais qui est coûteux et ne permet pas d’atteindre, en termes de santé publique, pleinement ces objectifs : comme le souligne le Haut Conseil de la santé publique,  « les inégalités sociales de santé existent à un niveau élevé dans notre pays et ont tendance à s’accroître » ; l’accès aux soins n’est pas garanti de manière équitable sur l’ensemble du territoire. Dans un contexte de progression des maladies chroniques,  des pathologies liées au grand âge et d’évolution défavorable des effectifs médicaux, l’organisation des soins de premier recours ne paraît plus adaptée aux besoins de la population. Par ailleurs, les enjeux économiques liés à la maîtrise des dépenses consacrées à la santé imposent aussi la nécessité d’adapter l’offre de soins de proximité.

Depuis plusieurs années déjà, les pouvoirs publics incitent les professions de santé de premier recours à un exercice partagé et coordonné, en vue d’améliorer la qualité de la prise en charge des malades et de la rendre plus efficiente. Sont d’abord visés par ces incitations, les médecins généralistes, qui sont les premiers praticiens à être consultés et à être désignés comme médecins traitants par leurs patients. Le médecin généraliste apparaît bien être au cœur de tout ce dispositif et il est appelé à jouer un rôle pivot dans ces nouveaux modes de structuration des soins de premier recours. Il est attendu de ce praticien qu’il assure tout un travail d’articulation entre les différents professionnels libéraux qu’il côtoie. Plus largement, il lui revient de veiller à la complémentarité entre le secteur libéral et le secteur institutionnel des soins (hôpital, établissement pour personnes âgées, etc.). Sur ce point, la Stratégie nationale de santé suggère d’ailleurs la mise en place d’une « équipe de soins de proximité organisée autour du médecin généraliste », laquelle comprendrait l’ensemble des professionnels médicaux et paramédicaux de premier recours, y compris les pharmaciens.

Aux côtés des médecins généralistes, d’autres professions médicales et paramédicales du secteur libéral sont également concernées par ces changements. On croise ici principalement les infirmiers et les kinésithérapeutes, mais aussi l’ensemble des médecins spécialistes auxquels des patients peuvent s’adresser directement, tels que les gynécologues ou les ophtalmologues. Dans le domaine plus spécifique de la périnatalité, des évolutions d’importance peuvent aussi être observées et les sages-femmes libérales, dont le nombre est en pleine croissance, tendent désormais à devenir des professionnelles de premier recours dans le suivi des grossesses à bas risque.

Au cours de la dernière décennie, ces professions indépendantes ont été encouragées à développer des modes d’exercice groupés et pluridisciplinaires (maisons médicales, pôles et centres de santé, pratiques de groupe, etc.) afin de décloisonner les prises en charge des patients et d’éviter les ruptures dans les parcours de soins des malades. L’introduction de mécanismes de régulation de l’offre de soins de premier recours en secteur libéral, telle que par exemple les aides financières au maintien ou à l’installation octroyées en fonction du lieu d’exercice, conduit aussi à reconfigurer les professions qui y sont impliquées.

Cette incitation à la coopération interprofessionnelle, qui n’est pas nécessairement inscrite dans le cadre d’une pratique isolée de nombre de ces métiers de la santé exercés en libéral, s’accompagne d’une redéfinition et d’une redistribution des tâches entre les différents acteurs. Il est attendu de ces réformes qu’elles favorisent le développement de nouvelles compétences et prises de responsabilités. Dans tous les cas, ces évolutions conduisent à redessiner les contours de ces métiers indépendants et à terme, à modifier en profondeur le cours des trajectoires professionnelles des uns et des autres (nouvelles perspectives de carrière, évolutions des fonctions, etc.). Les mouvements de délégation et de transfert de tâches (par exemple, de l’ophtalmologiste vers l’orthoptiste pour des actes relatifs à des contrôles de la vue ou de surveillance de certaines pathologies chroniques), de diversification et d’extension des compétences, de déploiement de nouvelles activités, etc. peuvent simultanément contribuer à une meilleure reconnaissance de certaines de ces professions mais aussi à l’inverse, pour d’autres, au sentiment de leur dévalorisation.

Concomitamment, on assiste à l’émergence de nouveaux métiers, tels que celui d’animateur de territoire ou de référent de parcours. Ces acteurs assurent des fonctions de coordination entre les différents professionnels œuvrant sur un territoire donné et sont garants de la continuité et de la cohérence des parcours pour les patients les plus fragilisés. Ces nouvelles attributions, relativement éloignées de la production des soins stricto sensu, peuvent conduire au brouillage des frontières traditionnelles entre les métiers, entre les lieux de soins (l’hôpital et la ville), voire même entre le secteur libéral et salarié.

Dans ce partage modifié des rôles, la formation des professionnels de santé constitue de fait un enjeu très important. L’exercice de ces nouvelles tâches nécessite en effet, pour les praticiens du soin appelés à les exercer, des compléments de formation, voire une nouvelle spécialisation (proposition de créer un statut et un diplôme d’infirmier clinicien en soins primaires par le Centre d’analyse stratégique en 2011 par exemple). Les réformes des dispositifs afférents visent le décloisonnement des filières de formation initiale. Ainsi en va-t-il par exemple de la réforme de la première année d’études médicales ayant conduit à la mise en place, depuis 2010, d’une première année commune aux études de santé (PACES). Le but visé de ces dispositifs est de favoriser l’émergence d’une culture professionnelle transversale. De cette culture commune, il est attendu qu’elle facilite la coopération entre futurs professionnels émargeant à des métiers différents mais complémentaires, et aussi le partage d’informations concernant leurs mêmes patients, afin d’assurer au mieux la complémentarité des soins de premier recours. L’inscription des formations sanitaires dans le cadre européen Licence-Master-Doctorat (LMD) participe aussi de ce mouvement. Cependant, si cette question semble – en partie du moins – réglée pour certaines professions (le diplôme d’État d’infirmier-e est désormais assorti du grade de licence), elle est loin de l’être pour d’autres, d’où par exemple les actuelles revendications des sages-femmes pour l’obtention du grade de master. Les pouvoirs publics réfléchissent aussi à des métiers et à des formations de niveau intermédiaire, positionnés entre les médecins et les paramédicaux. Les expériences abondent au sein d’autres pays européens et elles sont étudiées de très près puisque considérées comme étant plutôt probantes.

Révolution copernicienne ou réforme qui ne fera pas vraiment « bouger les lignes » ?  Assurément des configurations nouvelles se mettent en place. Comment les différentes professions se positionnent-elles, et au premier chef les médecins généralistes, dont il est attendu un rôle central ? Médecins spécialistes, sages-femmes, kinésithérapeutes, infirmiers, etc. vont-ils saisir la balle au bond, et quel est leur intérêt en la matière ? Comment les nouvelles compétences attribuées à des métiers sont-elles perçues par ceux et celles qui en bénéficient – pensons aux sages-femmes – et par les autres, qui voient le cas échéant leur périmètre entamé – ici les gynécologues notamment – ? Comment sont reçus les professionnels amenés à prendre place dans des fonctions inédites voire dans des métiers tout ce qu’il y a de plus nouveau ? De quelle manière opèrent les instigateurs de ces  changements ? 

L’objectif de ce colloque sera de repérer et d’analyser les enjeux de ces reconfigurations, de débattre entre acteurs engagés et chercheurs spécialistes de ce thème, et au final d’apporter des éléments de réponse éclairés à toutes ces interrogations

[1] Ministère des affaires sociales et de la santé, « Stratégie nationale de santé. Feuille de route », 23 septembre 2013 [version longue, p. 12 et passim]

Programme

Jeudi 23 octobre 2014

9h00-9h30 : Accueil des participants

9h30 : Allocution d'ouverture, Jean Peteers, Président de l'Université de Bretagne-Sud.

9h45 : Introduction du colloque. Thierry Fillaut, Professeur des universités en histoire contemporaine, Directeur du Laboratoire d'Études et de Recherche en Sociologie (LABERS)- Équipe de Lorient (EA 3149).

10h00-12h00 : Territoires et parcours de soins de proximité

  • L'exercice coordonné et pluri-professionnel : quels rôles pour l'Agence Régionale de Santé ? Marine Chauvet, Directrice adjointe de l'offre de soins ambulatoires et de la coordination des acteurs, Agence Régionale de Santé de Bretagne.
  • Vers une culture de l'exercice coordonné ? Hervé Le Néel, Médecin généraliste, Président de l'Union Régionale des Professions de Santé de Bretagne.
  • Inventer et apprendre un nouveau métier. Les médecins généralistes dans les maisons et pôles de santéFrançois-Xavier Schweyer, Professeur de sociologie, École des Hautes Études en Santé Publique (Rennes)-Centre Maurice Halbwachs (UMR EHESS CNRS ENS 8097).

14h00-17h30 : Répartition des compétences et délégations des tâches entre professionnels

  • L'accompagnement des femmes au sortir de la maternité et la continuité dans les parcours de soins : quel rôle pour les sages-femmes libérales ? Florence Douguet. Maître de conférences en sociologie, Université de Bretagne-Sud-LABERS {EA 3149) et Alain Vil brod. Professeur des universités en sociologie, Université de Bretagne Occidentale-LABERS {EA 3149).
  • La place des médecins généralistes dans le diagnostic de la maladie d'Alzheimer. Entre coopérations, mises à distance et regards critiques. Guillaume Fernandez, Maître de conférences en sociologie, Université de Bretagne Occidentale-LABERS (EA 3149) et Armelle Gentric. Professeure des universités-Praticien hospitalier en gériatrie, CHU de Brest- Éthique, Professionnalisme et Santé {EA 4686).
  • Le dialogue entre médecins généralistes et maisons de retraite autour de la fin de vie : entre partenariat et incompréhensionsAdeline Beyrie, Docteure en sociologie, Post-doctorante, Université de Bretagne-Sud-LABERS.
  • Les pratiques pluri-professionnelles dans des maisons de santé libérales : attentes, interactions et outils mobilisésCécile Fournier. Médecin de santé publique. Doctorante en santé publique et sociologie, INSERM-CERMES3 (UMR 8211 U988) (Villejuif).

Vendredi 24 octobre 2014

9h00-12h30 : Nouvelles organisations des soins, nouveaux métiers ...

  • Naître à la maison : quelle place dans l'activité des sages-femmes ? Juliette Hontebeyrie, Professeure agrégée en sciences économiques et sociales, Docte ure en sociologie, Université de Bretagne-Sud-LABERS (EA 3149).
  • L'intervention des médecins généralistes dans le « façonnement du travail familial de santé » au fil des parcours de soins de vieilles personnes à domicileFrançoise Le Borgne-Uguen, Professeure des universités en sociologie, Université de Bretagne Occidentale-LABERS (EA 3149).
  • Pôles de santé, maisons de santé pluridisciplinaires, réseaux : la maison du bonheur pour qui ? Sandrine Hugé, Maître de conférences associée en médecine générale, Directrice du département de médecine générale, Université de Rennes 1.
  • Une coordination d'appui au médecin traitant: un singulier gestionnaire de cas. Michel Naiditch, Médecin de santé publique, Chercheur associé, Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé (Paris).
  • Travailler ensemble en soins primaires au service du patient : intérêt des formations interprofessionnelles et des coopérations pluri-professionnelles. Laure Fiquet. Chef de clinique de médecine générale, Département de médecine générale, Université de Rennes 1.

14h00-17h30 : Formations initiale et continue : quelles évolutions ?

  • À quel objet du travail commun peuvent être formés les professionnels de santé ? Anne-Chantal Hardy, Directrice de recherche, Laboratoire Droit et changement social {UMR CNRS 6297), Université de Nantes-CNRS.
  • L'enseignement des sciences humaines et sociales en médecine : développement tout au long du cursus. Claudie Haxaire, Maître de conférences en socio-anthropologie, Université de Bretagne Occidentale-LABERS (EA 3149).
  • Les rencontres interculturelles inédites produites par l'universitarisation des formations paramédicales. Laurence Kotobi. Maître de conférences en anthropologie. Université de Bordeaux-Aménagement, Développement. Environnement, Santé et Sociétés (UMR CNRS 5185 Université de Bordeaux).
  • Mise en place et organisation des nouveaux outils au service de la formation infirmière. Pascal Hallouët. Cadre de santé formateur. Institut de Formation des Professionnels de Santé, Centre Hospitalier de Bretagne-Sud.
  • Pour ne pas conclure ... Claudie Gautier. Directrice, Institut de Formation des Professionnels de Santé, Centre Hospitalier de Bretagne-Sud.

Clôture du colloque

Informations pratiques

Public

Le colloque s'adresse aux chercheurs, doctorants en sciences humaines et sociales, médecine, santé publique et aussi aux professionnels, formateurs, étudiants des secteurs du sanitaire, médico-social et social.

Inscription

Le bulletin d'inscription est à retourner de préférence avant le 15 octobre 2014 (nombre de places limité) avec votre règlement (chèque à établir l'ordre de l'agent comptable de I'UBS) à :

  • UBS - Maison de la Recherche - Faculté des Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales
  • Secrétariat du LABERS - Marie-Laure Le Goc - 4 rue Jean Zay- BP 92116 - 56321 Lorient Cedex
  • Teléphone: 02 97 87 65 07

Catégories

Lieux

  • Amphithéâtre Germaine Tillion, Pôle des formations sanitaires et sociales - 7 rue des Montagnes
    Lorient, France (56)

Dates

  • jeudi 23 octobre 2014
  • vendredi 24 octobre 2014

Mots-clés

  • professions, santé, libérales, défi, santé, proximité

Contacts

  • Marie-Laure Le Goc
    courriel : marie-laure [dot] le-goc [at] univ-ubs [dot] fr

Source de l'information

  • Catherine Godest
    courriel : catherine [dot] godest [at] mshb [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Intervenir en première ligne », Colloque, Calenda, Publié le mardi 30 septembre 2014, http://calenda.org/300100