AccueilLes Italiens à Lyon : espace urbain, identités nationales et représentations

Les Italiens à Lyon : espace urbain, identités nationales et représentations

The Italians in Lyon: urban space, national identities and representations

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Publié le jeudi 16 octobre 2014 par João Fernandes

Résumé

Pendant un siècle (1860-1960), l’immigration italienne a constitué, une part majeure des flux migratoires vers l’agglomération lyonnaise. Aussi, son histoire, qui est encore largement à écrire, peut offrir de multiples points de vue pour mieux comprendre la place assignée aux immigrants dans l’espace urbain de l’agglomération lyonnaise et au sein du monde ouvrier, pour se pencher sur l’émergence et la construction des réactions de rejet et de violence qu’ils ont pu subir, et étudier les représentations multiformes dont ils ont été l’objet au cours de la période.

Annonce

Argumentaire

Pendant un siècle (1860-1960), l’immigration italienne a constitué, une part majeure des flux migratoires vers l’agglomération lyonnaise. Mais la mémoire de ces dizaines de milliers de migrants transalpins est peu présente dans l’espace urbain. Leur histoire, qui est encore largement à écrire, pourrait pourtant offrir de multiples points de vue pour étudier les dynamiques en cours dans l’espace urbain de l’agglomération lyonnaise et au sein du monde ouvrier pendant cette période.

Identités nationales et xénophobie

Les années 1880-1890 ont été marquées par le développement de manifestations xénophobes qui prennent de multiples formes et touchent en majorité, à Lyon, les immigrants transalpins : de la pétition ouvrière demandant l’interdiction des étrangers sur les chantiers publics aux attaques anti-italiennes consécutives à l’assassinat de Sadi Carnot par l’anarchiste italien Caserio en juin 1894, ces événements sont nombreux dans l’espace public.

Les syndicats sont  également touchés de plein fouet par la « question des étrangers » et traversés par des débats qui construisent, peu à peu, des lignes de partage nouvelles autour des notions de « classe » et de « nation ». Ces débats ont été très importants dans l’évolution des groupes ouvriers tant au plan national qu’au niveau local, comme en témoignent notamment le bâtiment à Lyon qui, dès le début du 20e siècle, invente des formes organisationnelles nouvelles pour répondre à la tentation xénophobe au sein du monde  ouvrier.

Les attaques anti-italiennes de 1894 doivent aussi être interrogées dans cette perspective. Comment se développe un tel événement dans l’espace urbain ?  Peut-il être comparé avec les Vêpres marseillaises (1881) et le Massacre d’Aigues-Mortes (1893). Quelle est la place des nouvelles normes identitaires liées au droit de la nationalité dans les flambées de violence anti-italienne ?

Accueil, logement et encadrement des Italiens à Gerland

En changeant d’échelle, nous passerons de l’agglomération lyonnaise à un quartier ouvrier marqué, dès la fin du 19e siècle, par une forte présence transalpine. La question du logement a été, pour les immigrants, une question lancinante : les garnis sordides de la fin du 19e siècle, les logements « gratuits » proposés au sein même des usines, les « baraques » de Gerland élevés à l’ombre des HBM réservés aux Français marquent un espace stigmatisé, dont il faut faire la géographie, notamment, pour les quartiers de « baraques », et où les étrangers s’installent aux marges de la ville avec des dynamiques et des usages sociaux qu’il s’agit de mieux cerner. Dans cet espace extrêmement contraint diverses formes d’encadrement ont pu voir le jour, notamment dans le domaine religieux. Les nouvelles paroisses qui naissent dans le quartier, les organisations caritatives catholiques françaises et italiennes qui s’y implantent, les fêtes religieuses italiennes qui s’y développent témoignent d’un territoire devenu terre de mission pour un catholicisme social, notamment au moment de la crise des années 1930, avec un regard sans complaisance sur le monde ouvrier des migrants.

Discours, récits et représentations de l’immigration italienne

Les associations catholiques ne sont pas les seules à s’intéresser aux Italiens à partir de la fin du 19e siècle. Une multitude d’acteurs (institutions publiques, associations, hommes  de science ou hommes politiques…) se mettent alors à s’intéresser et à intervenir auprès de ces immigrants, produisant des représentations et des discours publics toujours plus denses qui, bien souvent, fabriquent de la discrimination et contribuent à durcir les frontières entre les groupes nationaux. Journalistes et romanciers se mettent aussi à construire des récits mettant en scène des stéréotypes de l’« Italien » et du « Français » qui se diffusent dans le corps social et contribuent à informer le regard sur les Transalpins.

La fin de l’immigration italienne n’a pas interrompu cette production multiforme de discours publics sur les étrangers mais elle est à l’origine d’un nouveau type de récit, plus intime et lié à une approche mémorielle, que ce soit à travers la littérature ou le cinéma. Dans ces œuvres, le regard sur l’étranger se complexifie et les frontières entre « nous » et « eux » se brouillent. 

Programme 

Jeudi 6  novembre 2014, Université Jean Moulin Lyon 3

10h – Accueil

10h30 – Présidence et Introduction du colloque : Pierre Girard, professeur d’études italiennes, université Jean Moulin Lyon 3,  membre du CERPHI

  • 10h45 - Marie-Claude Blanc-Chaléard, professeur d'histoire contemporaine émérite, Université de Paris Ouest, membre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (UMR 8058), L’histoire de l’immigration italienne en France. Retour sur trente ans de recherche
  • 11h30 - Antonio Bechelloni,historien, Université Charles de Gaulle - Lille 3, Vingt-cinq ans (1983-2008) de recherches sur l'immigration italienne en France en perspective

Débats

12h30 - Déjeuner

Identité nationale et xénophobie

Présidence : Romain Descendre, Professeur d’études italiennes à l’ENS de Lyon, membre de Triangle (UMR 5206)

14h – Introduction par Laurent Dornel

  •  14h15 - Stéphane Mourlane, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille, membre de  TELEMME (UMR 7303), Les Vêpres marseillaises (1881) : retour sur une crise xénophobe fondatrice
  • 14h45 - Gérard Noiriel, directeur d'études à l'EHESS, membre de l’IRIS (UMR 8156), Le massacre  des Italiens à Aigues-Mortes : socio-histoire d’un événement xénophobe
  • 15h15 - Michelle Zancarini-Fournel,Professeur d'histoire contemporaine émérite, Université Lyon 1, membre du LARHRA (UMR 5190), « Chers voisins » : les émeutes anti-italiennes à Lyon en 1894 après l’assassinat de Sadi Carnot

16h - Pause

  • 16h30 - Table-ronde animée par Laurent Dornel avec Michelle Zancarini-Fournel, Gérard Noiriel et Stéphane Mourlane, Nationalisation du monde ouvrier et violences xénophobes à la fin du XIXe siècle
  • 17h - Jean-Luc de Ochandiano, membre associé du LARHRA (UMR 5190), Xénophobie et réorganisation ouvrière dans le bâtiment de Lyon (1880-1914) 

Vendredi 7 novembre 2014, archives municipales de Lyon

Les Italiens dans l’espace urbain : Gerland (1930-1960)

Présidence : Michelle Zancarini-Fournel

  • 10h - Pauline Guignard, étudiante en master 2, Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Les Italiens des baraques de Gerland et la crise des années 1930
  • 10h30 - Jean-Luc Pinol, professeur des universités en histoire contemporaine, ENS de Lyon, membre du LARHRA (UMR 5190), Cartographier les baraques de Gerland : quelle place dans l’immigration italienne du quartier
  • 11h - Xavier Vigna, maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Bourgogne, membre du Centre Georges Chevrier (UMR 7366), membre junior de l'IUF, « Les défricheuses de la zone » : récit sur les baraques de Gerland

Débats

12h - Déjeuner

Discours, récits et représentations de l’immigration italienne

Présidence : Stéphanie Lanfranchi, maîtresse de conférences en études italiennes, ENS de Lyon, membre de Triangle (UMR 5206)

  • 14h30 - Laurent Dornel, maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Pau, membre de l’ITEM (EA 3002), Les Italiens et la race latine dans la presse française (années 1880-1900)
  • 15h15 - Laurent Baggioni, maître de conférences en études italiennes, Université Jean Moulin Lyon 3, membre de Triangle (UMR 5206), La figure de l'immigré dans la pensée sociologique au début du XXe siècle
  • 16h00 - Alessandro Martini, maître de conférences en études italiennes, Université Jean Moulin - Lyon 3, membre du GERCI, « Un émigré, un aventurier, un héros » : Mario Soldati et l’Amérique (America primo amore, 1935)

Organisateurs

  • LARHRA / Triangle
  • Département d’Italien de Lyon 3 / Archives municipales de Lyon

Lieux

  • Archives municipales de Lyon - 1 place des Archives
    Lyon, France (69002)

Dates

  • jeudi 06 novembre 2014
  • vendredi 07 novembre 2014

Mots-clés

  • immigration italienne, xénophobie, logement insalubre

Contacts

  • Michelle Zancarini-Fournel
    courriel : michelle [dot] zancarini-fournel [at] wanadoo [dot] fr
  • Jean-Luc de Ochandiano
    courriel : jldeochandiano [at] gmail [dot] com
  • Pierre Girard
    courriel : pgirard75 [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Jean-Luc de Ochandiano
    courriel : jldeochandiano [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les Italiens à Lyon : espace urbain, identités nationales et représentations », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 16 octobre 2014, http://calenda.org/301890