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La position néoréaliste

The Neo-Realistic position

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Publié le mercredi 22 octobre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d’étude a pour but de remettre sur le métier la réflexion autour d’un mouvement cinématographique majeur : le néoréalisme italien. À rebours d’une pensée canonique existant sur le sujet (l’apport d’André Bazin), mais également des discours de ceux qui ont été les acteurs directs de ce mouvement (revendiquant une recherche de vérité), il conviendra de problématiser le rapport qu’entretiennent les films néoréalistes avec le réel. Là où l’évidence première serait d’affirmer que le néoréalisme ouvrait dans le cinéma une brèche pour le réel, est-il possible — et avec quels outils — d’affirmer par exemple qu’il s’agissait d’une progression du cinéma dans le réel ? Moins qu’une réponse directe et unanime, une telle question vise à ouvrir le champ à une nouvelle mobilisation de ce corpus ainsi qu’à d’autres regards. Par le dialogue entre études et approches diverses (esthétique, spectatorielle, historique, etc.) des films néoréalistes eux-mêmes, mais aussi par la création de réseaux entre le néoréalisme et d’autres cinématographies, il deviendra peut-être possible de concevoir la place du néoréalisme dans l’histoire du cinéma autrement que comme un moment, fortement marqué géographiquement et historiquement, dont la caractéristique communément déterminante est la rupture avec l’artifice.

Annonce

Argumentaire

Dans l’histoire des arts, le cinéma a souvent été perçu comme le moyen d’expression qui approchait de la reproduction du réel la plus fidèle qui soit. L’image cinématographique a de ce fait entraîné un trouble dans notre rapport à ce réel. Il est ainsi possible de considérer que le cinéma opère, vis-à-vis du réel, un double mouvement d’authentification — l’image comme empreinte et preuve et de mise à distance et en doute — l’image comme une réalité propre qui concurrence le réel dans l’esprit du spectateur.

À l’heure où les théories réalistes du cinéma ont été profondément questionnées, il semble pertinent de revenir sur un mouvement cinématographique sur lequel ont pu s’appuyer des penseurs comme Bazin ou Kracauer. Chacun fait, à sa manière, du néoréalisme un courant qui rapprocherait le cinéma de sa spécificité, renonçant aux artifices et à la création imaginaire, pour faire advenir le réel à l’écran. Bazin semble parfois penser que l’accroissement du réel sur l’écran s’accompagne d’une disparition du cinéma comme art. Nous voudrions pour notre part mettre l’accent sur la distance nécessairement maintenue, et décelable, entre l’image et le réel, et non pas sur l’assimilation de l’une à l’autre. Admettre que le sentiment d’un « plus de réel » peut signifier « davantage de cinéma », c’est permettre de considérer les théories réalistes comme l’indice d’un trouble et se donner les moyens de les retourner, au profit d’une productivité de l’image (en termes de réalité et d’effets subjectifs).

Si le néoréalisme, en rejetant les figures spectaculaires, semble se soumettre davantage au réel, il ouvre aussi au cinéma un champ auparavant relativement préservé, celui de l’action et de la durée quotidiennes, faisant aussi progresser le cinéma au sein du réel. Il convient, sans lui accorder d’emblée le pouvoir de montrer « les faits », de problématiser le rapport du néoréalisme au réel, et de mener une interrogation nécessaire sur la médiation des images et sur les effets que pouvait avoir ce nouveau spectacle, « spectacle du quotidien » (Zavattini), chez le spectateur de cinéma.

Afin de problématiser cette relation du néoréalisme au réel, nous proposons trois grands axes :

Études des stratégies de mise en images

  • À quels procédés ou figures esthétiques le cinéma néoréaliste recourt-il ? Quelle conception du personnage et de l’action le néoréalisme développe-t-il ?  Il s’agit d’étudier le choix et l’assemblage des faits et des situations, en tentant d’y cerner la place qu’y occupe l’intentionnalité du réalisateur, ou l’influence qu’il y exerce. Il pourrait être intéressant de pointer le thème récurrent de la solitude de l’être humain, ou du double rapport de l’individu à d’autres individus et à la société prise dans son ensemble.
  • Peut-on identifier des déplacements de l’esthétique et des personnages dans d’autres cinémas ?

Inscription historique du néoréalisme

  • Le néoréalisme ne peut se concevoir indépendamment de son contexte. Une manière de se poser la question du préfixe « néo » est de se demander si le néoréalisme constitue une rupture ou une relance. Le néoréalisme signe-t-il le retour de problèmes déjà rencontrés par le cinéma, fait-il advenir une nouveauté radicale ? La visée néoréaliste de mettre son spectateur en contact avec la réalité du monde dans lequel il vit n’indique-t-elle pas une perte irrémédiable ?
  • Quelle est l’histoire du réalisme ou du sentiment de réel avant et après le néoréalisme ? L’étude du néoréalisme peut servir à produire une histoire du sentiment de réel, de son évolution, peut-être faite d’alternances, de montées et de déclins, à travers les âges du cinéma. Comment, historiquement, articuler l’approche du réel mise en place dans le néoréalisme avec celle de courants ultérieurs qui interrogeront moins le réel que l’image, ou se feront les témoins d’une « perte de réel », d’une confusion entre vie et spectacle ?

Étude du spectateur néoréaliste

  • Comment le cinéma néoréaliste travaille-t-il le positionnement de son spectateur ? Les films ne sont pas conçus indépendamment d’un effet devant se poursuivre hors de la salle. Il s’agit de discerner ce qui, tant à l’intérieur des films (esthétique, dramaturgique) que dans leur réception (part mentale ou sociale) permet ou contrarie l’effectuation de cette visée émancipatrice.

Nous avons tenu à distinguer ces axes, esthétique, historique, et spectatoriel au travers desquels la position néoréaliste peut se voir définie : ceux-ci sont néanmoins amenés à  communiquer, à faire l’objet d’un plus ou moins profond enchevêtrement. Ces trois axes ne sont pas limitatifs et toute proposition d’intervention sera étudiée.

Modalités de soumission

Les propositions sont à envoyer à jeneorealisme@gmail.com

avant le 15 novembre 2014.

Elles doivent comprendre entre 300 et 500 mots. Une réponse sera transmise à la mi-décembre.

Une durée de quarante minute est prévue pour chaque intervention lors de la journée d’étude qui aura lieu le jeudi 12 mars 2015 à l’université Lille 3 Charles-de-Gaulle.

Comité scientifique

  • Sylvie Dubois (Université Lille 3 Charles-de-Gaulle, laboratoire CEAC)
  • Romain Lefebvre (Université Lille 3 Charles-de-Gaulle, laboratoire CEAC)

Lieux

  • Villeneuve-d'Ascq, France (59)

Dates

  • samedi 15 novembre 2014

Mots-clés

  • cinéma, néoréalisme, réalisme, esthétique, spectateur

Contacts

  • Romain Lefebvre
    courriel : jeneorealisme [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Romain Lefebvre
    courriel : jeneorealisme [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La position néoréaliste », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 22 octobre 2014, http://calenda.org/302546