AccueilÉdition et engagement : une autre façon d’être éditeur ?

Édition et engagement : une autre façon d’être éditeur ?

Publishing and commitment: an alternative way of being a publisher?

L'édition engagée au XXIe siècle

Commited publishing in the 21st century

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Publié le jeudi 09 octobre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Édition indépendante, édition engagée, critique, militante, alternative, progressiste, résistante... Les termes utilisés pour qualifier les structures développant un projet éditorial ambitieux sur le plan intellectuel, artistique et/ou politique, à contre-courant des logiques de concentration et de rationalisation financière sont extrêmement divers. Ils recouvrent des réalités aussi multiples que peu stabilisées. L’existence même de débats sur le choix des termes est en soi le signe d’enjeux importants, de luttes de définition significatives pour les différents acteurs impliqués. Qui sont ces éditeurs et comment les définir ? Par quels idéaux et modèles professionnels sont-ils portés ? Comment travaillent-ils concrètement ? L'objectif de ce dossier est de fournir des éléments de réponse et d’illustration à ces questions, qui permettront de mieux cerner les contours, les motivations et les objectifs de l’édition engagée au début du XXIe siècle.

Annonce

Argumentaire

Édition indépendante, édition engagée, édition critique, militante, underground, alternative, progressiste, résistante, marginale, contestataire, hétérodoxe, etc. Les termes utilisés pour qualifier les structures développant un projet éditorial ambitieux sur le plan intellectuel, artistique et/ou politique, à contre-courant des logiques de concentration et de rationalisation financière qui caractérisent le monde éditorial depuis plusieurs décennies, sont extrêmement divers. Ils recouvrent des réalités aussi multiples que peu stabilisées. L’existence même de débats sur le choix des termes est en soi le signe d’enjeux importants, de luttes de définition significatives pour les différents acteurs impliqués. Tous ces termes ont cependant en commun de pointer un phénomène particulier : l’existence de maisons d’édition pour qui le métier d’éditeur s’apparente à un engagement, quelles que soient les formes prises par ce dernier. 

Face à cette dynamique complexe, l’intérêt porté aux structures éditoriales « engagées », sous diverses formes, n’en est que plus légitime : qui sont ces éditeurs et comment les définir ? Par quels idéaux et modèles professionnels sont-ils portés ? Comment travaillent-ils concrètement ? Ont-ils une approche particulière ou privilégiée des technologies numériques (numérisation des contenus pour la production, réseaux sociaux pour la promotion, etc.) ? Existe-t-il des méthodes de diffusion, de vente, de promotion spécifiques à ces acteurs ? Quels liens tissent-ils avec leurs lecteurs ? Quels types d’ouvrages et d’auteurs publient-ils ? Grâce à quelles ressources, privées ou publiques ? Quelles difficultés rencontrent-ils ? Comment conçoivent-ils l’engagement éditorial ? Quelles sont les différences observables entre les zones géographiques et les cadres nationaux considérés ? Comment et à quel prix parviennent-ils à s’inscrire dans la durée ? L’objectif est de fournir des éléments de réponse et d’illustration à ces questions, qui permettront de mieux cerner les contours, les motivations et les objectifs de l’édition engagée au début du XXIe siècle. Le périmètre retenu dans ce dossier pourra se dessiner à partir des éléments suivants :

  • Les éditeurs pris en compte peuvent être des entités de taille et de statut juridique variables : micro-structures d’édition, coopératives ou associations au fonctionnement semi-professionnel, petites ou moyennes entreprises professionnalisées, etc. Plusieurs modèles sont possibles, à partir du moment où l’indépendance est effective sur le plan capitalistique et juridique, à savoir que l’éditeur possède son capital et contrôle de ce fait l’orientation tant stratégique qu’intellectuelle de sa maison. Ce critère est en effet l’un des plus objectifs à notre disposition, qui permet de se tenir à l’écart des querelles byzantines et bien souvent normatives autour des critères de l’indépendance.
  • L’expérience des « jeunes » éditeurs, ou plus exactement des « nouveaux entrants », aux projets encore peu affirmés ou développés, nous semble particulièrement digne d’intérêt : stratégies éditoriales, usage des nouvelles technologies, insertion dans le marché, relations à la puissance publique, etc. L’objectif est d’élargir la perspective au-delà des acteurs installés de longue date dans le paysage éditorial, qui ont souvent été étudiés, et d’accorder une large place aux nouveaux venus.
  • La frontière entre édition professionnelle et édition amateur est mouvante, et bien des structures appartiennent à un entre-deux difficilement qualifiable. Un certain nombre de critères professionnels a minima sont indispensables pour délimiter les frontières de ce dossier. Au risque d’énoncer des évidences, le terme « d’éditeur » est ici compris comme concernant les structures pratiquant l’édition de livres à compte d’éditeur comme activité principale, ce qui exclut les formes d’édition à compte d’auteur, qui relèvent d’une autre logique, tout autant que l’édition institutionnelle, tirant l’essentiel de ses ressources de contrats publics. La signature d’un contrat de caractère commercial avec les auteurs est un second critère, même si le versement de droits d’auteurs peut demeurer virtuel, du fait des faibles ventes dégagées.
  • Le métier d’éditeur au sens plein du terme implique la poursuite d’un projet intellectuel au travers de la recherche active d’auteurs, de textes, d’idées. Pour reprendre la célèbre formule d’André Schiffrin, il s’agit de traiter d’édition avec éditeurs, au sens fort du terme.  Traditionnellement, les éditeurs sont supposés remplir un rôle de « filtre » ou de gatekeeper  entre l’océan de la production et ce qui est effectivement publié, c’est à dire rendu public. Mais au-delà de cette fonction classique d’intermédiaire, le développement d’une ligne éditoriale singulière est un élément de définition essentiel du métier. Il ne s’agit pas seulement de mettre en forme des textes ni de les mettre en vente sur un support matériel ou immatériel, mais aussi d’avoir en amont une certaine idée de ce que l’on veut rendre accessible au public et d’agir en conséquence : créer des lecteurs pour ses ouvrages plutôt que l’inverse.
  • L’engagement n’est pas le privilège des sciences sociales, même si ces dernières sont, du fait de leur prise directe avec les problématiques d’actualité (questions économiques, politiques, culturelles…), souvent en première ligne. Dans bien des pays, publier de la poésie, ou des traductions de littératures « périphériques » relève d’un engagement fort et volontariste. Plusieurs secteurs de production peuvent de ce fait être envisagés : essais et sciences humaines, mais aussi littérature, poésie, théâtre, jeunesse, bandes dessinées, etc. L’engagement envisagé ici ne renvoie ainsi pas tant à une dimension politique dans son acception traditionnelle, qu’à un engagement au sens large d’intérêt pour la vie de la cité (polis), pour le vivre ensemble, pour le débat d’idées.
  • S’engager par les contenus publiés, mais aussi par les façons de publier, au plus près des pratiques de travail quotidiennes : relations avec les sous-traitants, les libraires, les collaborateurs, les auteurs et les traducteurs de la maison d’édition. Ces aspects du travail éditorial, souvent éludés, nous semblent fondamentaux. Plusieurs voix se sont faites entendre pour revendiquer une certaine éthique dans l’exercice du métier, en pointant chez les acteurs indépendants la reproduction trop fréquente des pratiques des grands groupes tant vilipendés par ailleurs (lieu d’impression, relations aux libraires, gestion des ressources humaines, etc.). Interroger les pratiques de travail innovantes en la matière est donc d’actualité.
  • Enfin, la volonté de ne pas se limiter à un espace national, mais d’embrasser une réalité plus vaste à des fins comparatives évidentes, n’est pas sans créer des difficultés. En effet, les risques de glissements sémantiques, de malentendus linguistiques en passant d’une langue à une autre sont réels. Traiter de la question de l’engagement à l’échelle internationale oblige par conséquent à préciser chacun des termes utilisés pour tenter d’en dégager les différents implicites, à défaut d’en trouver un équivalent structural.

Modalités de soumission

Les rédacteurs sont invités à proposer à la Rédaction un résumé de leur contribution (1000 caractères, espaces compris)

avant le 27 octobre 2014.

Les articles totaliseront au maximum 25 000 caractères espaces compris, et peuvent être rédigés en français, en anglais ou en espagnol. Une marge de 10 % en plus ou en moins est considérée comme acceptable. 

Les éléments sont à envoyer à l'adresse suivante :

contact@double-ponctuation.com

Les articles feront l’objet d’un processus d’évaluation « en double aveugle ». Deux universitaires référents seront sollicités par la Rédaction pour lire les articles proposés, rendus anonymes. Les articles ne seront publiés qu’en cas d’évaluation positive. Si les avis divergent, une troisième lecture pourra être requise. Les auteurs dont les articles sont acceptés en publication sont invités à tenir compte des remarques formulées par leurs pairs.

Comité scientifique de la revue

  • Françoise Benhamou (France),
  • Jacques Michon (Québec – Canada), 
  • Jean-Yves Mollier (France),
  • † André Schiffrin (États-Unis).

Comité éditorial de la revue

  • Eva Hemmungs Wirtén (Suède),
  • Simone Murray (Australie),
  • Luc Pinhas (France),
  • Gisèle Sapiro (France),
  • Gustavo Sorá (Argentine),
  • Josée Vincent (Québec – Canada).

Directeur de publication

Étienne Galliand, Double ponctuation (France) – contact@double-ponctuation.com

Dates

  • lundi 27 octobre 2014

Mots-clés

  • Édition, engagement, livre

Contacts

  • Sophie Noël
    courriel : nolsophie [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Sophie Noël
    courriel : nolsophie [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Édition et engagement : une autre façon d’être éditeur ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 09 octobre 2014, http://calenda.org/302965