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Les fêtes en Lorraine

Festivities in Lorraine

Construction d'images de mémoire à l'intention de l'Europe (XVIe-XVIIe siècle)

The construction of images of memory for Europe (16th-17th century)

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Publié le lundi 13 octobre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Aux XVIe et XVIIe siècles, l’inflation spectaculaire des fêtes et cérémonies publiques, déployant un appareil symbolique et allégorique très raffiné, met en place à travers l’Europe un réseau particulièrement dense d’images agissantes du pouvoir, destinées le théâtraliser autant qu’à le légitimer. Elles instruisent en profondeur une communauté en construisant ses lieux de mémoire collective. La présente journée consacrée à la Lorraine invite à identifier les lieux communs iconiques (visuels ou rhétoriques) figurant l’autorité politique-chrétienne au carrefour de l’Europe, et à leur mise en visibilité / lisibilité à travers toutes les figurations des cérémonies (artefacts allégoriques, relations, illustration, musique...).

Annonce

Argumentaire

Bernard Guenée et Françoise Lehoux ont souligné dans un ouvrage pionnier (Les entrées royales françaises de 1321 à 1515, Paris, 1968) un changement majeur en matière de représentation politique survenu à la charnière des XIVe et XVe siècles : si l’entrée du roi dans une ville signifiait jusqu’alors la reconnaissance de son droit de gîte, les fêtes qui ponctuèrent le voyage de Charles VI dans le Midi en 1389 engagèrent l’identification et la reconnaissance de sa majesté symbolique, une « Fête-Roi » comme il y a une « Fête-Dieu », selon un cérémonial quasiment identique. Quelques décennies plus tard, la création de la charge de grand-maître des cérémonies (1555) entérina le caractère crucial d’un tel déploiement festif : c’est là que se jouent les images les plus agissantes du pouvoir.

L’Europe politique des siècles suivants s’est écrite largement sur une telle conception, à travers une inflation spectaculaire des cérémonies publiques, temporelles et sacrées, destinées à théâtraliser autant qu’à légitimer. Diplomatie et communication d’État lors des mariages ou des pompes funèbres, apothéose glorieuse des vertus du souverain au coeur de la ville, positionnements singuliers d’une famille ou d’une cité sur un plus vaste échiquier, affirmation d’une toute-puissance géopolitique à l’aube ou à la fin d’une conquête territoriale et/ou spirituelle lors des conflits religieux ou à l’occasion des fêtes de canonisation, les manifestations festives d’Ancien Régime instruisent en profondeur une communauté en construisant ses lieux de mémoire collective.

Ces dernières décennies, ces manifestations éphémères ont fait l’objet de nombreux travaux : documentation de telle ou telle fête, histoire de l’art et de l’architecture, anthropologie de la société d’Ancien Régime à travers ses représentations glorieuses ou subversives, histoire des mentalités renaissantes et « baroques », histoire du geste, de la scène et du costume... C’est une autre approche qui est ici privilégiée, dans le cadre d’un pré-projet de la MSH Lorraine intitulé « Vocabulaire visuel des Fêtes au carrefour de l’Europe, XVIe-XVIIe siècles » (2VFE 16-17, http://www.msh-lorraine.fr). Consacré à l’identification des lieux communs iconiques (visuels ou rhétoriques) figurant l’autorité politique-chrétienne au carrefour de l’Europe, et à leur mise en visibilité/ lisibilité à travers les figurations matérielles des cérémonies (artefacts éphémères, allégories et emblèmes, relations écrites, dessins des ballets, cérémoniaux, place de la musique...), il souhaite proposer à un public large un outil d’aide à la lecture de ces images complexes, dont l’interprétation dépend de leur mise en mouvement (dans la temporalité de la fête, dans les échanges et les réécritures d’une fête à l’autre, d’une zone géographique à une autre...) et qui échappent ainsi largement à la réduction aux outils traditionnels (iconographies, dictionnaires de symboles...) et traditionnellement utilisés pour les comprendre.

Cette journée d’étude, la première d’un travail d’équipe destiné à se développer sur les trois prochaines années, est tout naturellement consacrée aux fêtes concernant la Lorraine pendant la première modernité. Les manifestations récentes de « Nancy à la Renaissance » l’ont bien rappelé pour la partie sud de la région : la Lorraine a joué dans son entier un rôle géopolitique essentiel, non seulement au XVIe siècle, mais aussi au XVIIe siècle, en servant à la fois d’enjeu et de plaque tournante dans la circulation et les échanges en matière diplomatique, culturelle, artistique et spirituelle. De fait, l’identification et l’étude des images de mémoire européennes y trouve d’autant plus sa place que, comme l’a démontré l’historienne de l’art Paulette Choné dans un ouvrage qui fit date (Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine (1525-1633). « Comme un jardin au coeur de la chrétienté », Paris, Klincksieck, 1991), la Lorraine fut à la première modernité un des lieux les plus productifs en matière d’emblématique et de pensée allégorique.

Ainsi, ont été privilégiées les pistes qui valorisaient cette situation-charnière de la Lorraine au coeur de l’Europe de la première modernité et sa dimension transfrontalière : la constitution d’une identité symbolique en contact avec d’autres lieux forts de pouvoir politique-chrétien, comme la Florence médicéenne et les Flandres méridionales ; en conséquence, l’invention, le remploi, l’échange des lieux communs visuels contemporains, qui constituent les variations signifiantes d’un tel imaginaire symbolique au service d’une expression littéraire, musicale et artistique au service d’un idéal curial ; enfin, et en filigrane, les liens entre politique et spirituel, sur lesquels se fonde l’invention symbolique du prince politique-chrétien à valeur mémorielle.

A ce titre, cette journée d’étude s’inscrit dans le double cadre de la MSH Lorraine et de l’équipe d’accueil Ecritures (Université de Lorraine).

  • Dans l’axe 4 de la MSH Lorraine, qui accueille le pré-projet, où se développent les réflexions consacrées aux liens entre mémoire et culture (http://www.msh-lorraine.fr/index.php?id=37): cette journée comme le pré-projet dessinent un amont pour les travaux plus contemporains qui y sont portés, en mettant l’accent sur la patrimonialisation lorraine en diachronie longue et les fondements symboliques de son identité moderne, ainsi que sur les transferts politiques et culturels qui s’y motivent.
  • Dans les axes 4 et 5 du centre Ecritures, consacrés respectivement à l’articulation du littéraire et de la spiritualité, et aux sacralisations mémorielles : dans l’axe 4, la part accordée aux siècles d’Ancien Régime est grande comme à la problématisation des méthodes d’interprétation pour une lecture instruite de cette articulation ; dans l’axe 5, l’étude des inflexions symboliques à valeur sacralisante du pouvoir temporel et plus généralement des figures publiques, à pour l’époque contemporaine, trouve là encore un amont heuristique.

Il convenait de proposer une journée d’étude resserrée pour favoriser à l’échelle d’un atelier de travail démultiplié la concentration et la précision des échanges, non pas un colloque plus solennel et plus formel : cette journée, enfin, peut s’appréhender sous un double aspect. Elle est à la fois conclusive du pré-projet MSH d’un an, qui avait pour but de tester les capacités de l’équipe constituée de collègues lorrains et non-lorrains tous réputés pour leur expertise dans les champs identifiés (histoire et histoire de l’art, en particulier pour la Lorraine, arts du spectacle, échanges littérature et arts, néo-latin, histoire de la spiritualité catholique post-tridentine) et de construire une méthodologie commune – ce qui vient d’être validé au sein de l’équipe, la phase de rédaction peut désormais commencer ; à ce titre, il était nécessaire d’ouvrir en fin de première année de réflexion, en Lorraine où le projet s’inscrit, les discussions à d’autres doctorants, jeunes docteurs ou collègues aguerris qui s’intéressent à ces perspectives, en particulier les collègues belges porteurs du projet fédéral à visée européenne « Cultures du spectacle baroque : la fête entre Italie et anciens Pays Bas, 1585-1685 ». Elle est, en même temps, l’occasion de fonder de manière officielle et publique la dynamique de l’équipe porteuse, en mettant en valeur les recherches lorraines. Voilà qui ne peut qu’assurer, tout spécialement auprès des doctorants et jeunes docteurs destinés à monter en puissance et à diffuser un tel type de recherche, la publicité du travail à venir, à commencer par la rédaction participative des notices, en interaction avec les dernières recherches en cours, et la publication d’ici trois ans de ce « Vocabulaire visuel des fêtes au carrefour de l’Europe, XVIe-XVIIe siècles ».

Cette manifestation, plus qu’une autre peut-être lorsqu’il s’agit de recherche académique, s'adresse à un public large au-delà des seuls spécialistes, intéressé par l’histoire régionale et la valorisation du patrimoine local.

Programme

10h30 : Accueil

11h00 : Ouverture de la journée

11h15 : Présidence : Colette Nativel (U. Paris I, GRANIT)

  • Catherine Bourdieu (U.Lorraine, CRULH) : Les réceptions officielles dans les Trois-Evêchés aux XVIe et XVIIe siècles (1547-1685).
  • Rosa De Marco (U.Dijon, CPTC) : Les thèses jésuites en Lorraine au XVIIe siècle : lieux éphémères et lieux de mémoire.

12h30 : Déjeuner

14h30 : Présidence : Annick Delfosse (U.Liège, Transitions)

  • Vincent Dorothée (U. Paris-I, GRANIT) : Les ballets lorrains de Catherine de Bourbon : synthèses et « révisions ».
  • Marie Chaufour (U.Dijon, CPTC) : Le Combat à la barrière. Pour une herméneutique politique.
  • Mélanie Logre (U.Dijon, CPTC) : Principi pacifero. Principi patri populi. Principi heroi. Déruet, Le Clerc et Bardin pour Le Triomphe de son Altesse Charles IIII, duc de Lorraine, à son retour dans ses Etats (1664).

Discussion

Pause

16h30 : Présidence : Alain Cullière (U. Lorraine, Ecritures)

  • Arnaud Rusch (U.Liège, Transitions / U.Grenoble-Alpes, CRHIPA) : Après la cérémonie : le livre de fête. L’exemple de l’usage et de la fonction du livre des funérailles de Charles III de Lorraine (1611) au regard de la pratique éditoriale d'un genre.
  • Grégory Ems, Caroline Heering (UCL, GEMCA) : De la Lorraine aux Flandres : Les fêtes dans les anciens Pays-Bas espagnols, entre traditions, récupérations et innovations.
  • Paulette Choné (U.Dijon, CPTC) : Les fêtes, les arts et les archives : considérations de méthode.

Discussion et perspectives

Journée organisée par la Maison des Sciences de l'Homme Lorraine, en partenariat avec le centre Ecritures, Université de Lorraine

Responsable scientifique

Pr Anne-Alisabeth Spica, université de Lorraine

Lieux

  • Université de Lorraine - Salle Ferrari - Ile du Saulcy
    Metz, France (57)

Dates

  • vendredi 17 octobre 2014

Mots-clés

  • fête, Lorraine, construction, image, mémoire

Contacts

  • Lydie Cuny
    courriel : lydie [dot] cuny [at] univ-lorraine [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sandrine D'Alimonte
    courriel : sandrine [dot] dalimonte [at] univ-lorraine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les fêtes en Lorraine », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 13 octobre 2014, http://calenda.org/303281