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Entre technique et gestion

Les ingénieurs civils des mines dans l’industrialisation de la France et d’ailleurs (XIXe-XXe siècles)

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Publié le mardi 18 novembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

L’objectif du colloque est d’étudier les ingénieurs civils de mines, leurs métiers, leurs carrières, leur formation et leur influence sur l’industrie française et internationale, au cours des XIXe et XXe siècles. En théorie, le domaine d’activité des ICM se situait dans l’industrie extractive, notamment les houillères, pour lesquelles la formation avait été conçue, afin de promouvoir, voire d’organiser l’exploitation rationnelle des ressources nationales. Cependant, la réalité historique révèle des compétences et des parcours plus ambitieux et complexes que cet objectif initial. Ces ingénieurs ont occupé un éventail de positions beaucoup plus large que la seule branche minière, en étant recrutés dans la sidérurgie, la métallurgie, la mécanique, la chimie, l’électricité et, pour arriver à des périodes plus récentes, le nucléaire et l’informatique.

Annonce

Argumentaire

En conclusion de la notice publiée à l’occasion du 150e anniversaire de l’École des Mines de Saint-Étienne figure la phrase suivante : « Technicien et conducteur d’hommes, l’ingénieur s’impose de plus en plus comme le grand homme des temps modernes ». Dernière l’emphase de la formule se cache une réalité : les ingénieurs civils des mines (ICM) ont débordé de leurs champs d’activité originels, les mines et la métallurgie, pour figurer parmi les acteurs majeurs des industries de la deuxième industrialisation. Ils trouvent, avec la diffusion de la grande entreprise, un terrain d’épanouissement aux pratiques gestionnaires et managériales dont les grandes exploitations minières constituent le terreau. Ainsi, l’ingénieur civil des mines est devenu une figure professionnelle particulière dans le panorama industriel français.

En théorie, le domaine d’activité des ICM se situait dans l’industrie extractive, notamment les houillères, pour lesquelles la formation avait été conçue, afin de promouvoir, voire d’organiser l’exploitation rationnelle des ressources nationales. Cependant, la réalité historique révèle des compétences et des parcours plus ambitieux et complexes que cet objectif initial. Ces ingénieurs ont occupé un éventail de positions beaucoup plus large que la seule branche minière, en étant recrutés dans la sidérurgie, la métallurgie, la mécanique, la chimie, l’électricité et, pour arriver à des périodes plus récentes, le nucléaire et l’informatique. Car, en définitive, la formation d’ingénieur civil des mines débouche sur l’acquisition de compétences techniques variées, ainsi que sur la maîtrise de l’organisation du travail et des flux d’investissements. Elle les inscrit au sein d’une communauté où l’innovation se partage, se communique et se diffuse bien au-delà des seules industries minières et sidérurgiques. Cela ne doit pas surprendre, car le métier d’ICM s’est développé entre deux volets, celui de la technique et celui de la gestion. D’un côté, l’ICM est dépositaire d’un savoir-faire technique qui, dans des périodes bien définies, lui a apporté une valeur ajoutée particulière sur le marché de l’emploi. Ses connaissances comportent des capacités d’application de la technique à la production et aux champs de l’innovation. Grâce à ses compétences, l’ICM s’est progressivement imposé dans le monde industriel au cours du XIXe siècle, avant d’étendre son emprise au XXe siècle. L’application de la technique à la production a été une des bases matérielles du développement économique et de la structuration des systèmes de production modernes. Mais l’ICM n’était pas seulement un technicien. La formation de l’ingénieur était aussi caractérisée par des enseignements en économie industrielle qui ont modelé le métier, afin de fournir des gestionnaires, des dirigeants, ou, pour mieux dire, des managers. Dans un système économique en évolution, ses tâches sont devenues décisives afin de rationaliser le processus productif au niveau des approvisionnements, dans l’écoulement des produits vers le marché et dans la mobilisation du capital humain. Cette capacité à gérer doit être perçue dans son sens le plus large : celui d’administrer les affaires courantes, mais aussi de faire des prévisions et d’agir par anticipation dans des situations économiques fluctuantes.

L’ICM se doit, dans ces conditions, d’expérimenter, adopter, modifier les méthodes industrielles. Sur ce point, le rôle des ingénieurs civils a été essentiel et il semble pertinent de s’interroger sur les liens existants au niveau des réseaux organisés par cette catégorie, comme la Société de l’Industrie Minérale ou celle des Ingénieurs Civils de France. Enfin, cette approche a été caractéristique d’un des principaux ICM, Henri Fayol, qui a théorisé sa doctrine gestionnaire (le Fayolisme) en 1916, après un demi-siècle d’expériences à la tête de Commentry-Fourchambault et Decazeville. L’expérience de Fayol et celle des ICM nous amènent à formuler l’hypothèse qu’un processus de transfert de savoir-faire comme de pratiques techniques et gestionnaires s’est produit des mines vers d’autres activités économiques. Autrement dit, les nécessités économiques et de gestion d’une branche industrielle spécifique (l’industrie extractive), fortement liées à la prévision par la technique, se sont avérées former le substrat commun de toute activité productive.

Le métier et les pratiques de l’ICM ont donc contribué à transformer l’industrie, en lui donnant des modèles techniques et de gestion.

Programme

Jeudi 4 décembre

Salle 1, Centre Panthéon, de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

  • Café de bienvenue (9h00)
  • Allocutions d’ouverture (9h15-9h30) :
  • Michel COURNIL, Directeur adjoint de l’École des Mines de Saint-Étienne
  • Bruno BELHOSTE, Directeur de l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine
  • Introduction générale (9h30-10h00), Anne-Françoise GARÇON (Paris I Panthéon-Sorbonne)

Première session (10h00-11h50)

Les Ingénieurs civils des mines. Des profils de carrières

Président : Dominique BARJOT (Université Paris-Sorbonne)

Discutant : André GRELON (EHESS)

  • 10h00-10h20 : Marco BERTILORENZI (EMSE & Paris I Panthéon-Sorbonne), « Les Ingénieurs civils des mines de l’EMSE, 1890-1970 »
  • 10h20-10h40 : Jean-Philippe PASSAQUI (Paris I Panthéon-Sorbonne), « Les élèves externes de l’EMP, 1816-1914 »
  • 10h40-11h00 : Alexandre GIANDOU (Université Lyon II), « Les ingénieurs des arts et métiers dans l’industrie minière, 1870-1914 »
  • 11h00-11h20 : Anne DALMASSO (Université Pierre-Mendès France de Grenoble), « Les ingénieurs des industries électrotechniques, 1880-1960 »
  • 11h20-11h50 : Discussions & débats

Conférence (11h50-12h30)

  • Philippe MIOCHE (Aix-Marseille Université) :« François de Wendel, un grand industriel ICM »

12h30-13h30  Pause déjeuner – buffet, salle du colloque

Deuxième session, (13h30-15h00)

La carrière des ICM à l’international

Président : Hervé JACQUEMIN (EMSE)

Discutante : Florence HACHEZ-LEROY (Université d'Artois et Centre de recherches historiques, EHESS)

  • 13h30-13h50 : Yamina BETTAHAR (Université de Lorraine), « La contribution de l’École des Mines de Nancy au processus de modernisation du Maghreb : regards croisés Algérie-Maroc (1960-2000) »
  • 13h50-14h10 : Miguel LOPEZ-MORELL & Miguel A. PÉREZ de PERCEVAL VERDE (Universidad de la Murcia), « French civils engineers in the Spanish mining industry »
  • 14h10-14h30 : Yann BENCIVENGO (Université Paris I Panthéon-Sorbonne), « Les ICM dans l’industrie du Nickel de Nouvelle-Calédonie »
  • 14h30-15h00 : Discussions & débats
  • 15h00-15h30 : Pause thé ou café

Troisième session (15h30-17h00)

Le tissu industriel et la formation. Quelles interconnexions ?

President : Michel COURNIL (EMSE)

Discutant : Gérard EMPTOZ (Université de Nantes)

  • 15h30-15h50 : Renaud d’ENFERT (Université Cergy-Pontoise), « L'École des mineurs de Saint-Étienne et l'offre stéphanoise d'enseignement scientifique dans la première moitié du XIXe siècle »
  • 15h50-16h10 : Stéphane LEMBRÉ (Université Artois), « L'ingénieur civil des mines et l'enseignement technique industriel : l'action d'Henry Küss (1852-1914) »
  • 16h10-16h30 : Françoise BIRCK (MSH Lorraine), « Les enjeux historiques de l'innovation pédagogique à l'École des Mines de Nancy : la réforme Schwartz et le projet ARTEM »
  • 16h30-17h00 : Discussions & débats

Table-ronde, (17h00-18h00)

Les ingénieurs civils des mines et l’industrie. Un lien qui persiste ?

Animée par André GRELON (EHESS)

Avec :

  • Dominique BARJOT (Paris IV),
  • Michel COURNIL (EMSE),
  • Anne-Françoise GARÇON (Paris I),
  • Philippe JAMET (IMT),
  • Philippe MIOCHE (Aix-Marseille)
  • Gilles ROCH (SIM).

18h30-21h30 Cocktail dînatoire à l’appartement Décanal de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, allocution de Caroline MORICOT, Vice-présidente de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Vendredi 5 décembre

Salle 404, 17 rue de Tolbiac, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Qautrième session (8h30-10h50)

Stratégies d’une formation complexe entre technologie et gestion

Président : André GRELON (EHESS)

Discutante : Virginie FONTENEAU (Paris-Sud)

  • 8h30-8h50 : Marie-Reine BOUDAREL (Mines Nancy), « La figure managériale des ICM. Le cas de Nancy »
  • 8h50-9h10 : Nadine DUBRUC (EMSE), « Entre formation et travail. Les stages à l’EMSE »
  • 9h10-9h30: Hervé JOLY (Triangle-CNRS, Université de Lyon), « L'ingénieur civil des mines polytechnicien, une espèce particulière d'ingénieur civil aux apparences de Corpsard ? »
  • 9h30-9h50 : Guy MINGUET (Mines Nantes), « Les imbrications complexes entre technologie, ingénierie et gestion dans la formation des futurs ingénieurs de l’École des Mines de Nantes »
  • 9h50-10h20 : Discussions & débats
  • 10h20-10h50 : Pause thé ou café

Cinquième session, (10h50-12h30)

Les autres pays. Comparaisons et transferts

Président : Hervé JACQUEMIN (EMSE)

Discutant : Hervé JOLY (Laboratoire Triangle-CNRS, Université de Lyon)

  • 10h50-11h10 : Andrew PERCHARD (Strathclyde University), « ‘Colliers with a collar on’: managerial status and professionalisation in the 20th century British coalfields »
  • 11h10-11h30 : Irina GOUZEVITCH, (EHESS), « La formation des ingénieurs des mines en Russie »
  • 11h30-11h50 : Ana CARDOSO DE MATOS (Université d’Evora), « Les élèves portugais à l’École des mines de Paris ».
  • 11h50-12h20 : Discussions & débats

12h20-13h30 : Pause déjeuner – buffet, la salle du colloque

Sixième session, (13h30-15h00)

L’innovation chez les ICM : entre théorie et pratique

Président : Denis WORONOFF (Paris I Panthéon-Sorbonne)

Discutant : Pierre MOUNIER-KUHN (CNRS, Université Paris-Sorbonne & Centre Alexandre Koyré)

  • 13h30-13h50 : Armand HATCHUEL (Mines Paris), « Fayol : un théoricien de l’innovation»
  • 13h50-14h10 : François DUFFAUT (ICM), « La recherche au cœur de la stratégie de l’entreprise, du tandem Henri Fayol-Pierre Chevenard au duo Pierre-Marie Fourt et Jean Morlet, à Imphy »
  • 14h10-14h30 : Robert MAHL (Mines Paris), « La naissance de l’enseignement de l’informatique dans les écoles des mines »
  • 14h30-15h00 : Discussions & débats
  • 15h00-15h30 : Pause thé ou café

Septième session, (15h30-17h00)

La science et les Écoles des mines

Présidente : Anne-Françoise GARÇON (Paris I Panthéon-Sorbonne)

Discutante : Danielle FAUQUE (Université Paris-Sud)

  • 15h30-15h50 : Claudine FONTANON (EHESS), « Les ingénieurs civils des mines et la vie académique, XIXe – début XXe siècles »
  • 15h50-16h10 : Virginie FONTENEAU (Université Paris-Sud), « Les enseignements de chimie à l'École des mines au XIXe siècle : acteurs et contenus »
  • 16h10-16h30 : Laurent LE MEUR (Université Paris-Sud – Université de Nantes), « Rôle des professeurs des écoles des mines dans la constitution de la mécanique chimique. Recherche et enseignement »
  • 16h30-17h00 : Discussions & débats

Conclusions générales (17h00-17h40)

L’offre et la demande d’ingénieurs

  • 17h00-17h20 : L’offre, par André GRELON (EHESS) (ingénieurs : formation, changements, continuités)
  • 17h20-17h40 : La demande, par Dominique BARJOT (Université Paris-Sorbonne) (industries : carrières, hommes, organisations)

Clôture des travaux, propositions pour le futur.

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Colloque international dans le cadre de la Commémoration nationale du bicentenaire de l’École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne (1816-2016)

Direction scientifique

  • Anne-Françoise Garçon, Professeur des universités, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Michel Cournil, Professeur et Directeur-adjoint, EMSE

Comité d’organisation

  • Marco Bertilorenzi, Post-doctorant Institut Fayol – EMSE & chercheur associé à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine - UMR 8066, Centre d’Histoire des Techniques – Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Jean-Philippe Passaqui, Chercheur affilié à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine - UMR 8066, Centre d’Histoire des Techniques – Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Comité scientifique

  • Dominique Barjot, Professeur d’histoire économique et sociale, Centre Roland Mousnier, Université Paris-Sorbonne (Paris IV)
  • Michel Cournil, Professeur de Génie des procédés, Directeur-adjoint de l’EMSE
  • Anne-Françoise Garçon, Professeur d’histoire des techniques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • André Grelon, Directeur d’études à l’EHESS, Centre Maurice Halbwachs
  • Philippe Mioche, Professeur d’histoire économique et sociale, TELEMME, Aix-Marseille Université

Organisateurs principaux

  • Institut d’histoire moderne et contemporaine – UMR 8066, Centre d’Histoire des Techniques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • L’École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne (EMSE)

Partenaires associés

  • Le Comité du Bicentenaire de l’EMSE, Commémoration nationale (1816-2016)
  • L’École des Mines de Nantes
  • L’École des Mines de Nancy
  • L’Association des Ingénieurs civils des mines de Saint-Étienne
  • La Société de l’industrie minérale
  • L’UMR 5206 Triangle
  • Le Laboratoire d’Histoire des Sciences et de Philosophie Archives Henri Poincaré
  • Ingénieurs et scientifiques de France
  • Avec le généreux soutien du Groupement des Écoles des Mines

Lieux

  • Centre Panthéon, salle 404, salle 1 - 17 rue Tolbiac
    Paris, France (75013)

Dates

  • jeudi 04 décembre 2014
  • vendredi 05 décembre 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • ingénieur, ingénieur civil des mines, industrialisation, innovation, technique, gestion

Contacts

  • Marco Bertilorenzi
    courriel : marcobertilorenzi [at] yahoo [dot] it
  • Jean-Philippe Passaqui
    courriel : jpeduen [at] hotmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Marco Bertilorenzi
    courriel : marcobertilorenzi [at] yahoo [dot] it

Pour citer cette annonce

« Entre technique et gestion », Colloque, Calenda, Publié le mardi 18 novembre 2014, http://calenda.org/306128