AccueilLe sonnet dans le monde

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Publié le mercredi 26 novembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

L’objectif principal de ce colloque est d’esquisser une première cartographie du sonnet dans le monde. Où trouve-t-on des sonnets au-delà des exemples bien connus de l’Europe occidentale (Italie, France, Espagne, Angleterre, Allemagne) ? Et où n’en trouve-t-on pas ? Par ailleurs, le sonnet fait-il figure d’exception (cas arabe, bengali et japonais) ou s’est-il, au contraire, développé en tradition locale (cas indonésien) ? L’adoption du sonnet est-elle liée à la modernité ou la tradition ne finit-elle pas par triompher d’une forme censée la contester ?

Annonce

 Argumentaire

La forme du sonnet naquit en Sicile, à la cour de Frédéric  II, au XIIIe siècle de l’ère chrétienne. L’italien, mais aussi l’hébreu, furent les langues primordiales de ce genre poétique majeur qui se répandit, depuis l’Italie, avec le succès que l’on sait, en Europe occidentale, depuis la Renaissance : en France (poètes de la Pléiade), en Espagne (Quevedo, Góngora), en Allemagne (Gryphius), mais aussi en Angleterre où ne tarda pas à s’imposer, au lieu de la forme canonique opposant une octave et un sizain (deux quatrains et deux tercets) une variante insulaire opposant trois quatrains au distique final : le sonnet dit « élisabéthain ». Mais le sonnet a également essaimé  dans les littératures lusophone (depuis Camões) et néerlandophones (van den Vondel), ainsi qu’en Europe orientale (Russie, Roumanie, Pologne, etc.) et méditerranéenne (Grèce).

Le premier objectif de ces journées littéraires serait d’abord d’esquisser une première cartographie du genre. Où trouve-t-on des sonnets au-delà de ces patrimoines littéraires bien connus des spécialistes ? Et où n’en trouve-t-on pas ? Par ailleurs, le sonnet fait-il figure d’exception (cas arabe, bengali et japonais) ou s’est-il, au contraire, développé en tradition locale ?

Repérer une éventuelle présence du sonnet au sein de telle ou telle littérature devrait également nous amener à en mesurer l’importance en situant le sonnet par rapport aux formes ou aux normes prévalant dans les systèmes littéraires dans lesquels il s’insère. A quels systèmes prosodiques la forme a-t-elle dû s’adapter ? S’agit-il d’une poésie reposant sur des mètres (opposant syllabes accentuées et inaccentuées, longues et brèves) ou d’une poésie isométrique ?  Y a-t-il des conditions formelles qui rendent l’assimilation du sonnet plus facile ? Ou le genre peut-il s’adapter avec fluidité à n’importe quelles structures prosodiques ? Ces questions formelles mènent naturellement à s’interroger sur les variations du genre, mais également sur sa recréation par les littératures nationales ou locales, les époques et les auteurs. Si, par exemple, le sonnet italien est hendécasyllabique, c’est en décasyllabes et en alexandrins (plus rarement en octosyllabes) qu’est rédigée la majorité des sonnets de langue française. Mais les sonnets de Rimbaud et de Baudelaire ne respectent pas la règle de parcimonie des rimes des quatrains et correspondent donc à une réinvention, une recomposition du genre. En France, le sonnet connaît une éclipse au XVIIIe siècle et réapparaît avec Nerval. Des auteurs férus de formalisme, tels Raymond Queneau et Jacques Roubaud, se réapproprient le genre au XXe siècle. Des poètes lyriques, comme Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy, en composent également. Ce type de variations et d’évolutions du genre se retrouve-t-il au sein d’autres littératures ?

Comment le sonnet s’est-il implanté hors de l’Europe occidentale ? Cette question est, comme nous l’avons évoqué, une question formelle qui porte sur les conditions de possibilité de l’emprunt littéraire. Mais c’est aussi, plus banalement, une question factuelle et historique. Comment s’est effectué ce transfert culturel ? Le sonnet puise-t-il directement à la source italienne (cas de la France) ou passe-t-il par la médiation de pays et de langues relais  comme le néerlandais pour le sonnet indonésien ? Y a-t-il des conditions historiques particulières : impérialisme culturel du colonisateur, recherches de modèles étrangers permettant d’échapper aux traditions locales ou des les renouveler, à l’introduction et au développement du sonnet ?

Paul Oppenheimer, dans The Birth of the Modern Mind. Self, Consciousness and the Invention of the Sonnet (Oxford University Press, 1989), confère au sonnet une importance capitale, puisqu’il le relie à la lecture silencieuse, l’introspection et l’émergence d’une subjectivité individuelle, rompant avec le domaine de l’oralité et des traditions collectives. Le sonnet a-t-il partie liée avec la modernité et l’Occident ? L’introduction du sonnet n’est-elle qu’un simple enrichissement de la palette de genres et de formes dont dispose une littérature ou fait-elle figure de restructuration, de renouvellement radical, comme le suggère la thèse d’Oppenheimer ?

Mais si l’adoption du sonnet signifie une intention de modernité, de rupture avec la tradition, cette intention est-elle forcément satisfaite ? La tradition ne finit-elle pas par triompher d’une forme censée la contester ? C’est en tout cas ce que tend à montrer l’exemple du sonnet indonésien. S’il s’impose dans l’archipel plutôt que dans la péninsule malaise, c’est parce que le malais n’est pas la langue maternelle de la plupart des poètes indonésiens. Ceux-ci ne sont donc pas bloqués par la tradition pour réinventer, adopter de nouvelles formes pour leurs poésies imprimées. Mais d’un autre côté, le sonnet indonésien ne décalque-t-il pas la forme binaire du pantoun, quatrain à rimes croisés reposant sur l’opposition d’un premier distique qui pose une atmosphère à un second distique, porteur du sens final du message ? La tradition dont on prétendait sortir ne ressurgit-elle pas en une sorte de « retour du refoulé » ?

Telles sont les quelques questions, évidemment non exclusives d’autres approches, sur lesquelles je vous propose de revenir lors de ces journées d’études consacrées à ce genre foisonnant, constamment réinventé et redéfini selon les langues, les époques, les auteurs. Notre souci sera de nous édifier mutuellement, d’esquisser ensemble une approche du sonnet dépassant les limites de l’Europe occidentale. Chacun d’entre nous ne devra pas hésiter à aller à l’essentiel, à faire œuvre de pédagogie en rappelant les normes et genres poétiques en vigueur dans les littératures qu’il étudie, ces normes et ces genres constituant en effet une toile de fond, un arrière-plan, mais aussi des conditions affectant l’adoption, la situation et l’adaptation du sonnet dans les diverses langues dans lesquelles s’écrivent ces littératures.

Modalités de soumission

Les propositions de communications (maximum 300 mots) accompagnées d’une notice bio-bibliographique (environ 100 mots) sont à envoyer à l’adresse suivante : etienne.naveau@inalco.fr.

jusqu’au 17 décembre 2014.

Le colloque aura lieu les 16, 17 et 18 juin 2015

Responsable scientifique

Étienne Naveau (INALCO-CERLOM)

Conseil scientifique

  • Ana Maria Binet (poésie portugaise.Bordeaux 3)
  • Catherine Mayaux (poésie française. Université de Cergy-Pontoise)
  • Maria Tsoutsoura (poésie grecque moderne, traductrice, Université Paris-Sorbonne ?)
  • Simona Antofi (poésie roumaine, Université de Galaţi)
  • Stéphane Sawas (littérature grecque moderne, Inalco)
  • Etienne Naveau (poésie indonésienne, Inalco)

Lieux

  • Salons de l'INALCO - 2, rue de Lille
    Paris, France (75007)

Dates

  • mercredi 17 décembre 2014

Mots-clés

  • Sonnet, modernité, genre littéraire, inculturation

Contacts

  • Etienne Naveau
    courriel : etienne [dot] naveau [at] inalco [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Etienne Naveau
    courriel : etienne [dot] naveau [at] inalco [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le sonnet dans le monde », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 26 novembre 2014, http://calenda.org/306767