Accueil« Aysso es lo comessamen... ». Écritures et mémoires du Montpellier médiéval

« Aysso es lo comessamen... ». Écritures et mémoires du Montpellier médiéval

"Aysso es lo comessamen..." Writings and memoirs of medieval Montpellier

Autour du « Petit Thalamus » de Montpellier

Around the "Petit Thalamus" of Montpellier

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Publié le lundi 17 novembre 2014 par Elsa Zotian

Résumé

Le corpus montpelliérain des thalami, formé à partir du XIIIe siècle, constitue un ensemble documentaire unique à bien des égards, entre cartulaires et livres de gouvernement urbain. Composés sous l’égide du consulat, ils ont contribué à façonner, par le biais de l’élaboration d’un corpus normatif, de la construction d’une mémoire commune et de l’imposition de l’occitan comme langue d’écriture, une incontournable identité urbaine. À l’occasion de la mise en ligne de l’édition électronique du Petit Thalamus de Montpellier, ce colloque voudrait offrir l’occasion d’un dialogue constructif et fructueux entre historiens, historiens du droit, linguistes et spécialistes de l’image. Il a pour ambition de présenter les travaux issus des recherches menées sur les thalami, de replacer leur production dans le contexte politique et social du Montpellier médiéval et d’esquisser une comparaison avec des corpus documentaires analogues d’autres villes de Méditerranée occidentale. Le colloque s’accompagne d’une exposition de manuscrits des thalami préservés.

Annonce

Argumentaire

Le corpus montpelliérain des thalami, formé à partir du XIIIe siècle, constitue un ensemble documentaire unique à bien des égards, entre cartulaires et livres de gouvernement urbain, dont la genèse a récemment été retracée par Pierre Chastang. Composés sous l’égide d’un consulat qui affirme peu à peu son emprise sur la ville, ils ont contribué à façonner, par le biais de l’élaboration d’un corpus normatif, de la construction d’une mémoire commune et de l’imposition de l’occitan comme langue d’écriture, une incontournable identité urbaine. À l’occasion de la mise en ligne de l’édition électronique du Petit Thalamus de Montpellier (ms AA 9 des Archives Municipales de Montpellier), ce colloque, issu d’un programme financé par l’Agence Nationale de la Recherche, voudrait offrir l’occasion d’un dialogue constructif et fructueux entre historiens, historiens du droit, linguistes et spécialistes de l’image, à l’instar du travail pluridisciplinaire qui a rendu ce travail possible. Il aura pour ambition à la fois de présenter les travaux issus des recherches menées durant ces quatre dernières années sur les thalami, de replacer leur production dans le contexte politique et social du Montpellier médiéval et d’esquisser une comparaison avec les corpus documentaires d’un type identique préservés pour d’autres villes de Méditerranée occidentale, d’autant que de très nombreuses enquêtes restent à mener sur ces écritures urbaines. Le colloque sera décomposé en trois axes principaux : une approche historique qui permettra de démêler les relations complexes entre production documentaire, pouvoir consulaire et identité urbaine ; une approche juridique qui mettra l’accent sur le dynamisme législatif d’une ville dotée de la potestas statuendi ; une approche linguistique enfin qui soulignera l’originalité d’une production empruntant volontairement les chemins du vernaculaire et la richesse de la langue utilisée. Il s’accompagnera d’une exposition, organisée au sein de la faculté de Médecine de Montpellier, laquelle permettra pour la première fois depuis la fin de l’époque médiévale de réunir en un même lieu l’ensemble des thalami préservés.

1) Approche juridique

Le droit de Montpellier occupe une place à part dans le paysage juridique du Midi. Déjà dans la première moitié du XIIe siècle, les libertés des habitants de la ville sont citées en exemple. Mais c’est surtout par le dynamisme législatif que les consuls de cette ville développent tout au long du siècle suivant, à partir du moment où Pierre II d’Aragon leur a concédé la potestas statuendi et que l’évêque de Maguelonne a reconnu à son tour leur autonomie, qu’il reste sans équivalent, même s’il ne va pas sans être imité. Beaucoup d’études ont déjà été consacrées à ce corpus, fait des coutumes, dans leurs deux versions successives, et des statuts nombreux qui les suivent. L’édition électronique du Petit Thalamus, dans lequel ces textes sont consignés, est l’occasion de reprendre ces résultats historiographiques, de les confronter à un texte plus sûrement établi, mais aussi de les mettre en regard les uns par rapport aux autres et de les compléter afin de proposer une analyse qui sera désormais d’ensemble.

L’histoire des coutumes elles-mêmes y occupera évidemment une place centrale. Les circonstances politiques et juridiques de leur élaboration, les influences exogènes qui se sont exercées sur elles et l’influence qu’elles ont pu à leur tour avoir sur d’autres textes de même genre, mais aussi, au-delà des références spécifiques, la contextualisation du phénomène statutaire montpelliérain au sein de l’émergence de la législation communale dans toute l’aire méditerranéenne connaîtront ainsi un éclairage nouveau. Parallèlement, les statuts permettront, au-delà du droit privé, une analyse du droit public urbain qui n’a été jusque-là entreprise, au mieux, que de façon fragmentaire, thématique, alors que, des règlements des tavernes ou des lois somptuaires aux dispositions de nature pénale, l’ensemble vise la réalisation d’un idéal social unique et cohérent.

2) Approche historique

L’émergence des thalami et leur constitution progressive ne sauraient évidemment se concevoir sans prendre en considération l’émergence du pouvoir consulaire doté, à partir de 1206, d’une très large autonomie juridictionnelle dont l’affirmation passe, entre autres, par le maniement d’un outil scripturaire, aussi bien normatif que de nature historique. Au-delà des conditions de mise en place de ces thalami, l’édition électronique du manuscrit AA9 est aussi l’occasion, à travers la mise en regard des différents manuscrits conservés, de scruter la naissance et l’évolution de la première historiographie montpelliéraine et d’observer jusqu’à l’orée du XVIIe les modulations de cette mémoire urbaine forgée par le pouvoir consulaire. Il y a là matière à s’interroger sur les processus de sélection et de recomposition d’événements historiques particuliers érigés en véritables supports de mémoire et sur la transformation des listes d’événements initiales en une véritable chronique qui resitue l’histoire montpelliéraine dans un environnement politique et géographique en perpétuelle mutation au cours des siècles tout en faisant la part belle aux magistrats urbains.

3) Approche linguistique

La tradition manuscrite des thalami de Montpellier révèle le passage des grands cartulaires (Grand Thalamus, Livre Noir) aux livres de gouvernement de la ville, de format plus réduit, destinés à l’usage quotidien (les petits thalami). Cette évolution codicologique s’accompagne de l’affirmation progressive de l’occitan comme langue de la gestion du pouvoir consulaire à Montpellier à partir des années 1260.  L’attestation de l’usage juridique de l’occitan, malgré un cadre diglossique qui privilégie traditionnellement, dans ce domaine, le latin, est déjà, à lui seul,  une donnée sociolinguistique considérable.  Nous soulignerons ensuite que l’usage de la langue vernaculaire ne se limite pas à la « conversion » à l’occitan de matériaux latins préexistants, mais arrive jusqu’au développement autonome du projet historiographique des «annales occitanes ». Les annales représentent une documentation considérable pour l’étude de la graphie, de la morphologie, de la syntaxe de l’occitan de la scripta montpelliéraine sur pas moins de deux siècles pendant lesquels cette langue, n’est pas encore influencée par la graphie du français.

Nous ne saurons non plus exclure de l’approche linguistique la philologie : l’établissement du texte de l’édition demandant une application constante des connaissances linguistiques pour la rédaction d’apparats, traductions, index, bref dans tout ce qui représente la restitution du sens. La volonté de fournir une édition critique qui prend en compte non pas seulement l’aboutissement constitué par le ms. AA9 des archives municipales  mais toute la tradition manuscrite des annales occitanes permettra également une réflexion sur la génétique textuelle et sur l’analyse du discours. Nous évoquerons, pour terminer, la réception du texte à l’époque moderne et contemporaine et en particulier le sens de l’édition du XIXe siècle qui précède de quelques décennies la fondation de la société des Langues Romanes à Montpellier, moment historique pour la reconnaissance scientifique des études occitanes en France.

Programme

Mercredi 19 novembre

Le manuscrit AA 9 des Archives Municipales : présentation et édition

Auditorium de la Panacée (14, rue de l’École de Pharmacie)

  • 14h00-14h15 : Inauguration du colloque par M. le Professeur Frédéric Rousseau, directeur de la Maison des Sciences de l’Homme de Montpellier
  • 14h15-14h45 : Propos introductifs (G. Caïti-Russo, V. Challet, Y. Mausen) : « Le programme ANR Thalamus, un projet collectif »
  • 14h45-15h15 : Philippe Martel (Université Paul-Valéry Montpellier III), « La chronique romane retrouvée »
  • 15h15-15h45 : Claire Torreilles (Université Paul-Valéry Montpellier III), « Le Petit Thalamus, une source de l’historiographie languedocienne aux Temps Modernes »
  • 15h45-16h15 : Discussion et pause
  • 16h15-16h45 : Florence Clavaud (Archives Nationales de France), « L’édition électronique du Petit Thalamus de Montpellier »

18h00 : Vernissage de l’exposition de manuscrits à la Faculté de Médecine

20 novembre, matinée

Une ville et son droit : des coutumes aux statuts montpelliérains

Université Montpellier-I, Faculté de Droit, salle des Actes (39 rue de l'Université)

9h00-9h15 : Allocution de Madame le Doyen de la Faculté de Droit Marie-Elisabeth André

  • 9h15 – 9h45 : Jean-Marie Carbasse (Université Montpellier-I), « Les délits et les peines à Montpellier au XIIIe siècle »
  • 9h45 – 10h15 : Yves Mausen (Université Montpellier-I), « Robe, amour et fantaisie. Les lois somptuaires montpelliéraines »
  • 10h15-10h45 : Maïté Ferret-Lesné (Université Montpellier-I), « Des contrats montpelliérains au XIIIe siècle : entre intégration et adaptation »

10h45 – 11h15 : Discussion et Pause

  • 11h15-11h45 : Claudia Storti-Storchi (Université de Milan), « Les statuts lombards du XIVe siècle entre coutume et lois seigneuriales »
  • 11h45-12h15 : Tomàs de Montagut Estragues (Université Pompeu Fabra, Barcelone), « Les privilèges et coutumes de Barcelone à l'époque médiévale »

12h15 – 12h45 : Discussion

Après-midi

Une ville et son histoire : six siècles de chronique montpelliéraine

Auditorium de la Panacée (14, rue de l’École de Pharmacie)

  • 14h00 – 14h30 : Pierre Chastang (Université Versailles/Saint-Quentin-enYvelines), « Les Thalami montpelliérains: typologie, fonctions et tradition manuscrite »
  • 14h30 – 15h00 : Vincent Challet (Université Paul-Valéry Montpellier-III), « Écrire, lire, raconter : Le Petit Thalamus ou l’invention d’une identité urbaine à Montpellier »
  • 15h00 – 15h30 : Daniel Le Blévec (Université Paul-Valéry Montpellier-III), « Montpellier et la papauté avignonnaise »

15h30 – 16h00 : Discussion et pause

  • 16h00 – 16h30 : Béatrice Beys (Université Paul-Valéry Montpellier-III), « D’un manuscrit à l’autre, le décor historié des Petits Thalami montpelliérains »
  • 16h30 – 17h00 : Marc Conesa et Stéphane Durand (Université Paul-Valéry Montpellier-III et Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse), « Récit, silences... et bricolage : la chronique française du Petit   Thalamus (1502-1604) »

17h00 – 17h30 : Discussion

21 novembre, matinée

Langue, Textualité et Réception du Petit Thalamus

Université de Montpellier, Faculté de Droit, salle des Actes  (39 rue de l'Université)

  • 9h00-9h30 : Hervé Lieutard (Université Paul-Valéry Montpellier-III), « L'occitan, langue officielle du consulat de Montpellier »
  • 9h30-10h00 : Gilda Caïti-Russo (Université Paul-Valéry Montpellier-III), « L’émergence de la textualité dans le corps documentaire »

10h -10h30 : Discussion et pause

  • 10h30-11h00 : Gérard Gouiran (Université Paul-Valéry Montpellier-III), « Les processions urbaines dans le Montpellier médiéval »
  • 11h00-11h30 : Pierre-Joan Bernard (Archives Municipales de Montpellier), « Édition et réécriture du Petit Thalamus au XIXe siècle : la « chronique romane » et le Carya Magalonensis »

11h30-12h00 : Discussion

Après-midi

Des horizons élargis : de Montpellier… et d’ailleurs

Université Montpellier-I, Faculté de Droit, salle Wahl  (39 rue de l'Université)

  • 14h00-14h30 : Alma Poloni (Université de Pise), « La costruzione di un territorio cittadino: il "Caleffo vecchio del comune di Siena" »
  • 14h30-15h00 : Stefano Cingolani, « Diritto e Memoria : monarchia, chiesa e municipalità alla Corona d’Aragona nei secoli XII-XIII »

15h30-16h00 : Discussion et pause

  • 16h00-16h30 : Nicolas Le Roy (Université de Nîmes) : « Écriture et statuts urbains »
  • 16h30-17h00 : Monique Bourin (Université Paris-I Panthéon-Sorbonne), Conclusions

Lieux

  • Auditorium de la Panacée, 14 rue de l'Ecole de Pharmacie | Université Montpellier-I Faculté de Droit, salle des Actes 39, rue de l'Université)
    Montpellier, France (34)

Dates

  • mercredi 19 novembre 2014
  • vendredi 21 novembre 2014
  • jeudi 20 novembre 2014

Mots-clés

  • Montpellier, identité urbaine, occitan, coutumes

Contacts

  • Vincent Challet
    courriel : vincent [dot] challet [at] univ-montp3 [dot] fr
  • Gilda Caïti-Russo
    courriel : gilda [dot] russo [at] univ-montp3 [dot] fr
  • Yves Mausen
    courriel : yves [dot] mausen [at] univ-montp1 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Vincent Challet
    courriel : vincent [dot] challet [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« « Aysso es lo comessamen... ». Écritures et mémoires du Montpellier médiéval », Colloque, Calenda, Publié le lundi 17 novembre 2014, http://calenda.org/307213