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Frontières et circulations au Moyen-Orient

Revue « L’espace politique » n°28

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Publié le mercredi 26 novembre 2014 par João Fernandes

Résumé

L’actualité du Moyen-Orient, nous rappelle régulièrement l’importance des frontières internationales, de leur position, mais aussi de leur franchissement. Des mouvements d’aller-retour constants organisent la vie de nombreux habitants de cette région. Beaucoup font l’expérience de la mobilité entre les États, tantôt volontaire et tantôt forcée. Les articles contribuant à ce numéro situeront leur problématique à l’articulation des notions de frontière (entendu ici comme dispositif de démarcation entre deux États ou entités nationales) et de circulation (des personnes, mais aussi des marchandises).

 

Annonce

Argumentaire

L’actualité du Moyen-Orient – hier palestinienne ou irakienne, aujourd'hui syrienne – nous rappelle régulièrement l’importance des frontières internationales, de leur position, mais aussi de leur franchissement. Des mouvements d’aller-retour constants organisent la vie de nombreux habitants de cette région : voyageurs, migrants, familles dispersées, réfugiés ou populations déplacées. Toutes et tous font l’expérience de la mobilité entre les États, tantôt volontaire et tantôt forcée. Les articles contribuant à ce numéro situeront leur problématique à l’articulation des notions de frontière (entendu ici comme dispositif de démarcation entre deux États ou entités nationales) et de circulation (des personnes, mais aussi des marchandises).

Les frontières, et au-delà les zones frontières dans toute leur épaisseur, ne sont jamais des espaces neutres : elles ont leur part d’incertitude, de risque, d’imprévu. Elles sont généralement des espaces de tension, militarisés, où la circulation est entravée et le franchissement contrôlé. Si l'on adopte le point de vue des personnes qui la franchissent et des populations qui les jouxtent, les frontières sont aussi le lieu de rapports de voisinage et de circulations migratoires qui produisent des formes particulières d’espace, ainsi que des processus spatiaux et des relations sociales en constante recomposition. La circulation des biens et des personnes s’adapte à chaque phase d’ouverture et de fermeture, à chaque période de tension et d’apaisement.

Que la circulation soit « légale » ou non, ces processus d’adaptation aux contraintes de passage des frontières sont généralement mal connus. Pourtant, ils mobilisent des acteurs divers et nombreux, des savoir-faire et des connaissances qui permettent à des populations séparées de maintenir des contacts, de vivre du commerce transfrontalier, de mener des combats politiques, de contourner un embargo, bref de s’affirmer. L’objet de cette publication sera de montrer comment, dans le contexte moyen-oriental marqué par une prégnance du politique sur l’espace et par une persistance des tensions entre États voisins, des systèmes d’acteurs se mettent en place et s’adaptent aux contraintes frontalières pour permettre le maintien de flux de circulation de migrants et/ou de marchandises.

Les contributions attendues analyseront les dynamiques transfrontalières : comment se sont-elles constituées ? Se sont-elles renforcées, recomposées, ou au contraire éteintes depuis le morcellement de l’Empire ottoman? Cette étude devra mettre ces phénomènes en parallèle avec l’évolution des rapports interétatiques sur les plans politique et diplomatique. Croisant l’ethnographie des dispositifs de contrôle frontaliers avec celle des pratiques des « traversants », les contributions devront permettre d’analyser les transformations de phénomènes de circulation sous contrainte, ou d’espaces frontaliers érigés en dispositifs de contrôle. En privilégiant l’approche ethnographique et la variation des échelles d’observation, cet appel à communications interroge la dichotomie produite par les États (ou les autorités de contrôle) entre passages « légaux » et « illégaux », ainsi que les effets d’asymétrie de ce qui est « autorisé » ou « interdit » de part et d’autres des frontières. Cela permettra de produire une cartographie alternative de la région, montrant les territoires effectivement vécus et pratiqués par les acteurs, par rapport à ceux qui sont déterminés par les instances administratives ou les délimitations étatiques des frontières.

Axes thématiques

Trois cas de figures majeurs pourront être envisagés. Il ne s’agit pas de cadres figés dans lesquels les contributions devraient nécessairement s’inscrire, mais d’exemples à partir desquels nous pourrions articuler notre réflexion.  

1) Les frontières comme entraves et circulations « transgressives »

Dans sa conception la plus classique, la frontière est pensée comme obstacle à la mobilité. Elle est un outil et un symbole d’interdiction, de contrôle et de filtrage. Cette réalité de l’obstacle frontalier apparaît plus que jamais d’actualité au Moyen-Orient : pensons au Mur de séparation entre Israël et les Territoires palestiniens occupés, aux contraintes de circulation entre la Cisjordanie et la Jordanie, à la fermeture hermétique entre Liban et Israël. Pourtant elle est aussi un objet de transgression et donc de déplacements ; elle n’empêche pas les liens de se maintenir de part et d’autres, créant des formes d’espaces relationnels qu’il nous appartient de définir : passages clandestins, contournement de la frontière par un autre pays par exemple. Le maintien de relations transfrontalières est, dans un espace encore parfois imaginé comme unitaire, d'une importance toute particulière pour les populations que les frontières séparent. Pourquoi et comment se met en place cette circulation transgressive ? Quels en sont les acteurs, les ressources et les bénéfices ? 

2) Des frontières en recomposition ; production d’espaces marchands entre « légal » et « illégal »

Le Moyen-Orient actuel constitue une région aux frontières relativement récentes et résultant, pour l'essentiel, de l'effondrement de l'Empire ottoman en 1918 puis des conflits israélo-arabes à partir de 1948. Ces frontières ont été fortement affectées par la récurrence des conflits qui ont provoqué des mouvements transfrontaliers massifs de réfugiés. De nombreux groupes (familles, tribus, clans, communautés) se sont retrouvés soudainement dispersés dans leurs pays (déplacés) ou dans un autre pays (réfugiés). Dans ce contexte nouveau, les liens – familiaux ou communautaires par exemple – établis avant la mise en place des frontières actuelles peuvent servir de ressources économiques à des acteurs divers (migrants de travail, transporteurs, marchands circulants, entrepreneurs transfrontaliers…) qui sont amenés à franchir des frontières aujourd’hui étatiques. Comment des personnes, des familles, des groupes particuliers – qu’il faudra définir – ont-ils cherché à tirer parti de leur proximité et de leur connaissance de la frontière, malgré les obstacles érigés par les puissances publiques ? Comment ont-ils, entre le « légal » et l’« illégal », organisé leur mobilité et leurs activités marchandes et économiques vis-à-vis de ces obstacles ? 

3) Les frontières comme facilitateurs de flux 

Au Moyen-Orient, certains espaces frontaliers, compte tenu d’une circulation accrue liée à l’intensification des échanges économiques, constituent des zones de développement à étudier en tant que telles : l’exemple de la frontière entre la Turquie et le Kurdistan d’Irak est particulièrement éclairante. Lorsque des liens transfrontaliers forts et anciens sont doublés par une volonté politique de renforcer la fluidité des échanges à la frontière (accords de libre-échange entre pays voisins ; politiques de collaboration transfrontalière), les mutations spatiales qui en résultent peuvent être rapides et spectaculaires[2]. C’est généralement le cas des endroits où la frontière internationale n’est plus, ou presque plus, soumise à des tensions ou à des revendications territoriales. L’analyse de l’interface frontalière entre deux organisations politico-territoriales distinctes, des configurations d’acteurs transfrontaliers et du processus de recomposition territoriale qui en découle, donc « à cheval » sur la frontière, sera au cœur des questionnements.

Modalités pratiques d'envoi des propositions 

Les propositions de contribution (4000 signes maximum, tout compris) sont à adresser à Véronique Bontemps (veronique.bontemps@cnrs.fr), Philippe Bourmaud (pbourmaud@gmail.com) et Cyril Roussel (cyr.roussel72@gmail.com)

avant le 31 janvier 2015 

Calendrier

15 février 2015 : sélection des propositions

30 avril 2015 : soumission des articles (60 000 signes maximum, tout compris)

Coordination

  • Véronique Bontemps (CNRS),
  • Philippe Bourmaud (Université Lyon III)
  • Cyril Roussel (Ifpo)

Comité scientifique

  • Luc Cambrezy, Directeur de recherche, Institut de Recherche pour le Développement. Secteur R013 - Migration, mobilités, dynamique du peuplement et des territoires (MMP), Département Sociétés et Santé (DSS). 
  • Kevin Cox, Professeur, département de géographie, Ohio State University.
  • Carl Dalhman, Assistant Professor, Département de géographie, Miami University, Ohio.
  • Rodolphe De Koninck, Professeur, Centre d'études de l'Asie de l'Est (CETASE), Université de Montréal.
  • Gérard Dussouy, Professeur, Université Montesquieu (Bordeaux 4), CAPCGRI, Département de sciences politiques.
  • Ina Elias de Castro, Université de Rio de Janeiro
  • Pierre Grosser, IEP de Paris/Institut diplomatique du ministère des Affaires Etrangères.
  • Vladimir Kolossov, Professeur, Centre de géopolitique, Institut de Géographie, Académie des Sciences de Russie.
  • Frédéric Lasserre, Professeur, département de géographie, Université Laval, Québec.
  • Virginie Mamadouh, Professeure associée, Département of Géographie, Planning and International Development Studies, Université libre d'Amsterdam, Pays-Bas http://virginiemamadouh.socsci.uva.nl/
  • Alexander B. Murphy, Professeur, University of Oregon.
  • Gearóid Ó Tuathail, Professor, Virginia Polytechnic Institute & State University Institute.
  • Anssi Paasi, Professeur, Département de Géographie, University of Oulu.
  • Philippe Pelletier, Professeur, Département de géographie, Université Louis Lumière (Lyon 2).
  • Michel Roux, Professeur émérite, Département de géographie, Université Toulouse Le Mirail (Toulouse 2).
  • Christian Vandermotten, Professeur, Département de Géographie, Université Libre de Bruxelles. http://www.ulb.ac.be/rech/inventaire/chercheurs/9/CH779.html
  • José William Vesentini, Professeur, Département de Géographie, Universidade de São Paulo (USP).

[1]              Par « Moyen-Orient », nous entendons ici plus précisément les territoires formés à partir de l'Empire ottoman à la fin de la Première guerre mondiale, incluant aussi bien le Machrek arabe que la Turquie.

[2] Comme ce fut le cas entre la Turquie et la Syrie jusqu’en 2011 ; ce processus s’observe actuellement entre l’Iran et l’Irak ; la Turquie et l’Irak.

Dates

  • samedi 31 janvier 2015

Mots-clés

  • Moyen-Orient, frontières, mobilités, conflits

Contacts

  • Cyril Roussel
    courriel : cyr [dot] roussel72 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Cyril Roussel
    courriel : cyr [dot] roussel72 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Frontières et circulations au Moyen-Orient », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 26 novembre 2014, http://calenda.org/307434