AccueilPour une histoire de l’espace au Moyen Âge

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Publié le jeudi 20 novembre 2014 par João Fernandes

Résumé

La recherche sur l’espace médiéval se développe aujourd’hui selon plusieurs axes complémentaires, en histoire comme en archéologie. Les sources textuelles en constituent le socle commun, dans leur diversité : documents d’archive, traités géographiques ou techniques ou encore descriptions médiévales de régions et de sites, récits de voyage. Dès lors, il semblera peut-être paradoxal de faire entrer les images, souvent réservées aux historiens de l’art, dans une journée d’étude d’histoire textuelle. Or, la réflexion historique sur l’espace médiéval, dans ses pratiques et ses concepts, ne peut faire l’impasse sur la question des représentations figurées. Est-ce que les images, prises au sens large, peuvent constituer une source, ou devenir un outil de travail, pour les historiens qui s’intéressent à l’espace médiéval ?

Annonce

Argumentaire

La recherche sur l’espace médiéval se développe aujourd’hui selon plusieurs axes complémentaires, en histoire comme en archéologie. Les sources textuelles en constituent le socle commun, dans leur diversité : documents d’archive, traités géographiques ou techniques ou encore descriptions médiévales de régions et de sites, récits de voyage. Dès lors, il semblera peut-être paradoxal de faire entrer les images, souvent réservées aux historiens de l’art, dans une journée d’étude d’histoire textuelle. Or, la réflexion historique sur l’espace médiéval, dans ses pratiques et ses concepts, ne peut faire l’impasse sur la question des représentations figurées. Est-ce que les images, prises au sens large, peuvent constituer une source, ou devenir un outil de travail, pour les historiens qui s’intéressent à l’espace médiéval ?

Il s’agit ici de confronter les points de vue et d’interroger le rapport des historiens de l’espace avec les sources textuelles et les sources iconographiques, et leur manière de construire un discours historique sur l’espace à partir de ces deux types de sources.

Deux méthodes opposées pourront ainsi être examinées : d’une part, l’analyse des représentations de l’espace au Moyen-Âge à partir de textes, mais aussi d’images médiévales (cartes, enluminures, fresques…), et le rapport entre elles ; d’autre part la construction d’images contemporaines (cartes, croquis, reconstitutions) à partir de sources textuelles médiévales, comme des documents d’archive ou des descriptions. Une troisième voie consiste à donner du sens à l’espace médiéval, c’est-à-dire à interpréter les formes d’occupation de l’espace en termes d’appropriation, de circulations, de sacralisation.

Programme 

Accueil : 9h30-10h00

Introduction : 10h00-10h20 

1. La reconstitution de l’espace à partir de sources médiévales. 

Président : Philippe Bernardi 

  • 10h20-10h40 : Hélène Noizet et Boris Bove : De l’intérêt de cartographier les textes médiévaux : des représentations contemporaines pour comprendre les pratiques médiévales. 
  • 10h40-11h00 : Keith Lilley : Navigating spaces? Geographical encounters and the multiple 'mapping worlds' of later medieval Bristol. 

Discussion : 11h00-11h20 

Pause : 11h20-11h40 

2. Donner du sens à l’espace (histoire de l’art/histoire urbaine)

Président: Dominique Iogna-Prat 

  • 11h40-12h00 : Leonie Hicks : Retrouver la compréhension et la signification de l’espace médiéval à l’abbaye du Bec-Hellouin en Normandie. 
  • 12h00-12h20 : Elodie Lecuppre-Desjardins : Représenter et penser le complexe territorial bourguignon à la fin du Moyen Âge : réalités médiévales et projections d'historiens. 

Discussion : 12h20-12h40 

Repas : 12h40-14h00 

3. L’espace décrit par les sources médiévales : rapport texte/images.

Président : Patrick Gautier Dalché 

  • 14h00-14h20 : Nathalie Bouloux : Construire un texte à partir d’une carte : quelques exemples italiens du XIVe siècle.
  • 14h20- 14h40 : Christine Gadrat : L’espace adverse : descriptions de l’Orient au début du XIIIe siècle.
  • 14h40- 15h00 : Emmanuelle Vagnon : Décrire et illustrer les ports de la Méditerranée. 

Discussion : 15h00-15h30 

Conclusion de Patrick Boucheron  

Résumés des communications 

  • Hélène Noizet et Boris Bove, Université Paris 1

De l’intérêt de cartographier les textes médiévaux : des représentations contemporaines pour comprendre les pratiques médiévales. 

Sauf exceptions, récemment recensées, les sociétés médiévales sont globalement sans cartes jusqu’au XIIIe siècle inclus pour leur fonctionnement ordinaire et local : on obtient une terre sans en dresser un plan ; on exerce le pouvoir, qu’il soit judiciaire, fiscal ou militaire, sans faire de carte ; mieux même on construit des bâtiments parfois complexes sans dresser auparavant un plan de projet architectural. Ceci ne signifie évidemment pas que les sociétés médiévales ne sont pas capables de (se) représenter et d’utiliser l’espace : bien au contraire : les médiévaux savent très bien faire avec l’espace, qu’il s’agisse de circuler, exploiter le sol, construire, partager le pouvoir, assurer la suprématie chrétienne… À cet égard, cartographier les informations contenues dans les documents écrits médiévaux peut s’avérer déterminant pour la compréhension des pratiques sociales médiévales. La fabrication de cartes, c’est-à-dire de représentations contemporaines, notamment par le biais d’un système d’information géographique, permet d’éclairer sous un nouvel angle les informations contenues dans des textes, qu’il s’agisse de documents d’archives uniques ou mis en série, ou encore de  révéler certains ressorts de la société médiévale. Se donner les moyens de répondre à la simple question « où ? » permet de produire de nouvelles connaissances historiques. Seront présentés successivement quelques dossiers documentaires qui concernent Paris au Moyen Âge, et qui ont été exploités, par différents chercheurs, grâce à un système d’information géographique (SIG Alpage) : les itinéraires royaux en Ile-de-France, la socio-topographie des contribuables en 1300, le partage des pouvoirs entre le roi et l’évêque d’après la forma pacis (1222), les conséquences sur l’espace urbain des règles de vie régulière et séculière adoptées et pratiquées par les églises dans la longue durée. 

  • Keith D. Lilley, Queen's University Belfast, UK.

Navigating spaces? Geographical encounters and the multiple 'mapping worlds' of later medieval Bristol. 

This paper focuses on a visual depiction of the city of Bristol which appears in a civic book begun in c.1480. The image of Bristol, attributed to Robert Ricart, the town clerk, has been described as a 'map', or a 'plan', of the city, and seemingly is the first of its type in England. Placed in a mayor's register created for one of England's most wealthy cities of the fifteenth century, the presence of this unique 'map' can only be understood - I argue - if we think further about the locales of medieval geographic production and consumption. Why in Bristol, and why in 1480, does this visual representation of the city appear has much to do with what is happening in the city at this time, and the place Bristol occupies in the wider interconnected world of later medieval England. Using Ricart's map as a starting point, the paper explores the various geographical encounters, past and present, that are embedded in it, as well as its links to the pursuit of geographical futures at this time, of Bristol's role in an expanding Atlantic world. Navigating the spaces of Ricart's map means navigating the spaces and places of Bristol, and its inhabitants, and their tracing their links beyond the city, to London, to Venice, and to the Americas. Only through connecting these multiple 'mapping worlds' can we begin to understand why Ricart uses a map - rather than a text - to visualise his city in early 1480s England. 

  • Leonie Hicks, Christ Church University, Canterbury

Recreating medieval spatial understanding and meaning at the abbey of Le Bec-Hellouin, Normandy. 

This paper will consider how it is possible to reconstruct the use and meaning of space within the abbey of Le Bec-Hellouin during the middle ages, particularly between the eleventh and the thirteenth centuries. The abbey that became Le Bec was originally founded in 1034 at Bonneville by Herluin, who held land from Gilbert of Brionne. This site proved to be unsuitable and the community was moved to Le Bec where the new church was consecrated in 1042. Although the abbey had very humble beginnings its patrimony increased rapidly and reputation grew, especially once Lanfranc (appointed archbishop of Canterbury in 1070) joined the community. He was later joined by Anselm who became his successor as archbishop. The presence of such luminaries and their strong connection with events in England in the years following 1066 provided an impetus for the production of narrative sources in the twelfth century relating to the lives of the abbots and the history of the monastery. Initially these works were written in England – Gilbert Crispin, abbot of Westminster wrote the Vita Herluini, while Eadmer produced a life of Anselm – but from the mid-twelfth century onwards texts were written at Bec. These accounts provide glimpses into the early organisation of the community and the character of the abbots. Alongside other sources, notably monastic treatises and some of the charter material, we can begin to piece together an understanding of how space was understood, used and how its meanings changed for the monks. The use of this evidence also raises important methodological questions for how medievalists interpret and try to reconstruct the use and meanings of monastic space. Most of the narrative sources date from several decades after the foundation and might thus reflect a different spatial understanding reflecting the abbey’s now established position. Material remains from the abbey are virtually non-existent for the early centuries of its foundation and so we are heavily reliant on written texts. Such patchy survival of evidence, not uncommon for the middle ages, introduces elements of uncertainty into our modelling of space. In addition to the information provided by the narrative sources, I will also consider how, as scholars, we deal with these methodological problems in seeking to recreate what Hanawalt and Kobialka call ‘medieval practices of space’. 

  • Nathalie Bouloux, Université François Rabelais, CESR, Tours

Construire un texte à partir d’une carte : quelques exemples italiens du XIVe siècle.

Les rapports entre textes et cartes au Moyen Âge sont complexes. Ils sont la plupart du temps envisagés sous l’aspect de l’utilisation de sources textuelles pour élaborer des cartes, plus rarement sous celui du rôle des cartes dans la construction des textes. À partir de quelques exemples italiens du XIVe siècle, on montrera comment les cartes sont susceptibles d’être utilisées dans l’écriture géographique. Pour ce faire,  trois textes de nature différente, laissant une place variable aux descriptions géographiques appuyées sur l’utilisation d’une carte marine, seront examinés : la Nuova cronica de Giovanni Villani ; le Dittamondo de Fazio degli Uberti, longue description du monde inachevée, écrite en toscan au milieu du XIVe siècle; l’Itinerarium syriacum de Pétrarque, texte humaniste décrivant un itinéraire en Terre sainte. À partir de l’étude précise de quelques passages de ces textes, on montrera la diversité des usages de la carte dans les pratiques d’écriture (description d’ensemble de l’orbis terrarum, recherche de données précises, aide à l’organisation spatiale).

  • Christine Gadrat-Ouerfelli, CNRS-LA3M, Aix-en-Provence

L’espace adverse : descriptions de l’Orient au début du XIIIe siècle. 

Dans le cadre de la préparation de la cinquième croisade, Innocent III demande au patriarche latin de Jérusalem de l’informer sur l’état de la Terre sainte et sur les forces ennemies en présence. Il en résulte un texte qui décrit les territoires en possession des Ayyoubides et les moyens dont ils disposent. Bien que sommaire, ce texte énumère et caractérise en quelques mots les espaces concernés. Pour ce faire, l’auteur utilise un procédé original, qui est probablement lié à son objectif – de l’ordre du renseignement militaire davantage que du traité de géographie – mais que l’on trouve également dans un autre texte contemporain, lui aussi élaboré en Orient, mais décrivant des espaces plus lointains, la Relatio de Davide. 

  • Emmanuelle Vagnon, CNRS-LAMOP, Paris.

Décrire et illustrer les ports de la Méditerranée : le portulan français 2794. 

La bibliothèque nationale de France conserve un très bel exemplaire d’instructions nautiques illustré de croquis cartographiques, représentant les ports et les îles de la Méditerranée et de la mer Noire. Ce manuscrit de grand luxe, unique en son genre, réalisé pour le prince François d’Angoulême, le futur François Ier, est jusqu’à présent resté inédit, malgré sa qualité esthétique et l’intérêt des indications géographiques. Nous proposons ici d’aborder la manière dont cette œuvre rend compte de l’espace maritime méditerranéen, en combinant les textes et les images cartographiques. Pour cela nous aborderons deux aspects du manuscrit : d’une part l’histoire de la transmission de ce texte, c’est-à-dire les enjeux d’une adaptation en français de deux modèles italiens du XIIIe siècle, le Compasso da navigare et le Liber insularum Archipelagi du Florentin Cristoforo Buondelmonti ; d’autre part, la nature cartographique de l’illustration et sa relation au texte, pour essayer de comprendre si ces images sont bien des cartes, en quoi elles servent le texte, et en quoi le texte a pu servir ou non à élaborer les croquis cartographiques. Enfin, nous replacerons le manuscrit dans une perspective plus large de production et de réception de manuels d’instruction nautique à la fin du XVe siècle pour en apprécier la réception et la portée documentaire.

Lieux

  • Institut des Traditions Textuelles - 7 rue Guy Môquet
    Villejuif, France (94)

Dates

  • jeudi 04 décembre 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire, textes, espaces, images

Contacts

  • Emmanuelle Vagnon
    courriel : colloquemappamundi [at] listes [dot] univ-jfc [dot] fr

Source de l'information

  • Emmanuelle Vagnon
    courriel : colloquemappamundi [at] listes [dot] univ-jfc [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pour une histoire de l’espace au Moyen Âge », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 20 novembre 2014, http://calenda.org/307608