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Démocratie d’entreprise

Workplace democracy

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Publié le mercredi 19 novembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

L’objectif de ce colloque est d’ouvrir un espace de discussions sur la démocratie d’entreprise (DE) (workplace democracy). Alors que la démocratie est un processus qui nous semble naturel et irrévocable dans la sphère politique, nous passons plus de la moitié de notre temps dans ce qui s’apparente encore à de petites oligarchies. Si nous pouvons nous étonner de ce constat, certains répondront en évoquant le droit de propriété, l'expertise des décideurs, ou encore la rentabilité. Mais les raisons justifiant traditionnellement d’une telle inégalité dans la répartition du pouvoir au sein de ces organisations sont-elles vraiment solides ?

Annonce

Argumentaire

Alors que la démocratie est un processus qui nous semble naturel et irrévocable dans la sphère politique, nous passons plus de la moitié de notre temps dans ce qui s’apparente encore à de petites oligarchies. Si nous pouvons nous étonner de ce constat, certains répondront en évoquant le droit de propriété, l'expertise des décideurs, ou encore la rentabilité. Mais les raisons justifiant traditionnellement d’une telle inégalité dans la répartition du pouvoir au sein de ces organisations sont-elles vraiment solides ? Depuis plusieurs décennies, les réflexions des chercheurs en philosophie, en économie ou encore en sociologie se multiplient sur ces questions, et entrent en résonance avec ce qui s'apparente à une prise de conscience publique et académique sur le statut de l’entreprise, qui apparait comme un lieu où les frontières entre sphère privée et sphère publique/politique se brouillent.

L’objectif de ce colloque est d’ouvrir un espace de discussions sur la démocratie d’entreprise (DE) (workplace democracy). Après plusieurs décennies de débats, quelles pistes ont été relativement bien explorées et où en est-on ? Quelles sont les questions qui restent encore à travailler ? Un nouvel agenda de recherche se dessine-t-il ? L’enjeu de cette journée d’étude étant de faire progresser le débat et la réflexion sur ce que l’on doit attendre d’un processus de démocratisation de l’entreprise, notre objectif n’est bien entendu pas d’aboutir à un consensus. Il est bien plutôt de faire se rejouer les débats entre démocratie directe/représentative, contestataire, participative, etc. Faire bouger les lignes ou clarifier les oppositions sont en effet les deux dynamiques que ce colloque veut suivre.

Nous pouvons peut-être donner un exemple des questions qui pourraient être abordées en les regroupant en deux axes :

1- Sur les arguments positifs en faveur de la DE

Ces dernières décennies, il a été question de justifier la démocratie d’entreprise en démontrant notamment le caractère factice ou peu solide des arguments traditionnels de ceux qui s’opposent à la démocratisation des entreprises. Mais selon la stratégie argumentative utilisée par les auteurs, les arguments positifs en faveur de la DE, résultats de ces stratégies, apparaissent finalement de nature assez différente. En conséquence, doit-on affirmer que certains arguments positifs sont plus centraux que d’autres afin de justifier la DE ? Si oui, lesquels ? Doit-on alors plaider pour l’existence d’une hiérarchie entre les différents arguments ou bien doit-on affirmer leur articulation (co-implication, etc.) ?

2- Quelle DE ?

La question de savoir pourquoi se préoccuper de la démocratie d’entreprise a été relativement bien explorée. Mais la question de savoir quel type de démocratie d’entreprise est souhaitable l’est encore assez peu.

La première difficulté que l’on peut rencontrer lorsque l’on veut clarifier les modalités de la DE est de parvenir à maitriser l’articulation nécessaire entre d’une part les concepts et les justifications propres à la philosophie politique et d’autre part les apports des études empiriques sur cet objet pratico-pratique qu’est l’entreprise. En effet, il apparait que toute justification sur ce que doit être la démocratie d’entreprise ne peut faire l’économie de la question de la possibilité du modèle qu’elle propose. On peut d’ailleurs souligner que cette exigence entre en écho avec les conclusions d’un certain nombre de chercheurs ayant travaillé sur la DE et qui appellent à davantage d’études empiriques dans le but de donner des sous-bassements solides à leurs prescriptions normatives. Une sensibilité des contributions « normatives » aux travaux empiriques est dans cette perspective plus que bienvenue.

Partant donc de cette « exigence empirique », quelles sont les frontières conceptuelles à établir entre entreprises démocratiques et entreprises non-démocratiques ? Plusieurs questions doivent alors se poser :

Faut-il considérer le management participatif comme étant de la démocratie d’entreprise ? Comment faire la distinction entre un management par la participation et une démocratisation du pouvoir au sein des entreprises ?

Comment intégrer aux réflexions sur la DE les études féministes sur la place des femmes en entreprise, et plus généralement les études sur les autres types d’inégalités ?

Y-a-t-il encore une place pour les syndicats dans une configuration démocratique de l’entreprise ?

La délégation du pouvoir à travers des systèmes de représentation semble pertinente afin de pallier aux problèmes relatifs aux coûts de fonctionnement d’une démocratie directe et éclairée dans l’entreprise. Mais que faire des revendications de la démocratie directe, qui valorisent l’autonomisation des travailleurs à travers leur participation directe à la délibération et à la décision ? Peut-on penser qu’internet représente une belle opportunité de repenser la faisabilité de la démocratie directe dans les entreprises ?

La DE doit-elle nécessairement aboutir à la démocratisation de la possession de l’entreprise ? Faut-il au contraire séparer possession du capital et droit décisionnel ? Plus largement, quel doit être le lien entre la DE et le système économique capitaliste ? La DE a-t-elle pour objectif de faire émerger une société a-capitaliste ou bien de représenter uns sphère économique différente dans un système qu’elle ne remet nullement en cause ?

L’entreprise apparait bel et bien comme un nouveau terrain où reposer des questions relatives au fonctionnement de la démocratie dans la sphère étatique. Ces questions sont aussi vieilles que la philosophie. Mais si on peut s’en inspirer, il convient également de se demander en quoi la démocratie dans les organisations pose de nouveaux problèmes éthiques et politiques que ne posaient pas la démocratie au niveau étatique. Jusqu’où peut-on donc aller dans la mise en parallèle de ces deux sphères que sont État et entreprise ?

Telles sont notamment les questions qui pourront être débattues lors de cette journée.

Programme

  • 13h30 - 14h10 : Sandrine Blanc, « Démocratiser l'entreprise : un argument rawlsien à la lumière des sciences de gestion »
  • 14h10 - 14h50 : Sébastien Gand, « La pérennisation des entreprises démocratiques : contingences, création collective et dispositifs »
  • 14h50 - 15h30 : Pierre-Yves Néron, « Qu'y a-t-il de si particulier avec les salariés ? »
  • 15h30 - 15h50 : Pause
  • 15h50 - 16h30 : Camille Ternier, « A propos de la « loi d’airain de l’oligarchie » dans les entreprises démocratiques »
  • 16h30 - 17h10 : Thomas Ferretti, « Redistribution ou organisations égalitaires ? »
  • 17h10 - 17h20 : Mot de clôture par Éric Pezet

Organisation

  • Pierre-Yves Néron (MCF en éthique économique au C3E, Université Catholique de Lille) py.neron@gmail.com
  • Camille Ternier (assistante doctorante au C3E, Université Catholique de Lille ) terniercamille@gmail.com

Lieux

  • Université Catholique de Lille, 1er étage, Salle « Meeting Lab » - 60 boulevard Vauban
    Lille, France (59)

Dates

  • jeudi 27 novembre 2014

Mots-clés

  • workplace democracy, démocratie, entreprise

Contacts

  • Camille Ternier
    courriel : camille [dot] ternier [at] univ-catholille [dot] fr
  • Pierre-Yves Néron
    courriel : pierre-yves [dot] neron [at] univ-catholille [dot] fr

Source de l'information

  • Camille Ternier
    courriel : camille [dot] ternier [at] univ-catholille [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Démocratie d’entreprise », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 19 novembre 2014, http://calenda.org/308420