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L'expérience minoritaire

The minority experience

Revue Tracés numéro 30

Tracés journal, issue 30

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Publié le jeudi 04 décembre 2014 par João Fernandes

Résumé

En reposant la question de la minorité en termes d’expérience, le numéro 30 de la revue Tracés propose d’aborder les études sur les minorités à partir des processus sociaux, discursifs et affectifs qui participent, de manière souvent problématique et conflictuelle, à la construction du commun minoritaire. On réfléchira aux façons de vivre, dire et penser l’expérience minoritaire, sans pour autant renoncer à un examen des dispositifs juridiques ou administratifs qui façonnent celle-ci, et des mobilisations collectives qui s’emploient à la définir et à la transformer. Il ne s’agit pas tant ici d’opposer des approches par le haut et par le bas, que d’inciter à des allers-retours entre ces différents points de départ, sans préjuger de la méthode ou de la perspective dans lesquelles les contributions souhaiteront s’ancrer.

Annonce

Argumentaire

Publié en 2008, La condition noire. Essai sur une minorité française a contribué à mettre la question minoritaire au cœur du débat intellectuel français. S’emparant de la catégorie de « minorité » contre d’autres façons d’envisager l’histoire des populations noires françaises – à partir des notions d’identité ou de communauté, ou de la figure de l’immigré-e – Pap N’Diaye fait le choix scientifique de coupler celle-ci avec la catégorie de « condition ». Celle-ci « désigne une situation sociale qui n’est ni celle d’une classe, d’un État, d’une caste ou d’une communauté, mais d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe de personnes ayant en partage, nolens volens, l’expérience sociale d’être généralement considérées comme noires. La condition noire est donc la description dans la durée de cette expérience sociale minoritaire » (N’Diaye, 2008, p. 29). Ainsi, à la suite de nombreux travaux sur la dimension incorporée de la colonisation chez les colonisé-e-s (Memmi, 1957, Fanon, 1971), Pap N’Diaye montre, à propos de l’histoire et de la situation présente des populations noires françaises, la nécessité de compléter la conception politico-juridique de la minorité d’une conception expérientielle.

Issue de réflexions menées, au cours des siècles derniers, principalement sur les nationalismes, les États-nations et la géopolitique de l’Europe, la catégorie de minorité a d’abord été conçue en des termes juridiques. La notion trouve ainsi son fondement, d’une part, dans le droit de la famille pour désigner une situation de tutelle économique et morale, et, d’autre part, dans le droit international, qualifiant des groupes sociaux dont on considère que, par un ensemble de caractéristiques (religieuses, sexuelles, linguistiques, etc.), ils se distinguent de la majorité, comprise comme dominante sur les plans numérique et normatif. La « minorité » semble donc bien constituer un outil épistémologiquement et politiquement lié aux enjeux de gestion des populations dans le cadre des États-Nations modernes.

En reposant la question de la minorité en termes d’expérience, il ne s’agit pas d’évincer cette dimension politique et juridique mais, plutôt, d’aborder les études sur les minorités à partir des processus sociaux, discursifs et affectifs qui participent, de manière souvent problématique et conflictuelle, à la construction du commun minoritaire. La problématique de l’expérience minoritaire pose en effet, de manière centrale, la question du rapport entre individuel et collectif, singulier et général. Faut-il comprendre la formation d’une expérience minoritaire comme un processus de prise de conscience ? Si oui, le processus de généralisation de l’expérience minoritaire va-t-il nécessairement de l’individuel au collectif ? Peut-on et doit-on penser à l’inverse la formation de cette expérience minoritaire à partir de processus de diffusion de pratiques, menant à la formation de sous-cultures minoritaires, ce qui amènerait à penser une forme d’expérience qui ne soit pas exclusivement, ou pas premièrement liée à une expérience individuelle ?

On réfléchira aux façons de vivre, dire et penser l’expérience minoritaire, sans pour autant renoncer à un examen des dispositifs juridiques ou administratifs qui façonnent celle-ci, et des mobilisations collectives qui s’emploient à la définir et à la transformer. Il ne s’agit pas tant ici d’opposer des approches par le haut et par le bas, que d’inciter à des allers-retours entre ces différents points de départ, sans préjuger de la méthode ou de la perspective dans lesquelles les contributions souhaiteront s’ancrer. Ainsi ce numéro appelle-t-il des contributions de toutes disciplines, interrogeant ce qui constitue une expérience minoritaire, sur ce qui peut la distinguer d’autres expériences sociales d’oppression ou de stigmatisation, sur les moyens d’en rendre compte et sur la possibilité même de le faire. Seront également bienvenus des textes mettant en question ce qui peut distinguer le rapport minoritaire/majoritaire d’autres rapports sémantiquement proches : dominant/dominé, habituel/exceptionnel, normal/pathologique.

Axes thématiques

Axe 1. Subjectivités minoritaires

Le premier axe invite à explorer les conséquences du changement de perspective proposé, lorsque l’on passe de l’étude des « minorités » à celle des « expériences minoritaires ». Colette Guillaumin (1972) a souligné la tendance à l’essentialisation, l’objectivation et la dépossession dont la catégorie de « minorité » peut être elle-même vectrice – essentialisation à laquelle échappe la majorité tant sur le plan pratique qu’épistémologique. L’auteure propose alors un déplacement, du couple notionnel minorité/majorité vers le couple minoritaire/majoritaire, afin de mettre au jour une relation, fondée sur une appropriation des ressources sociales au sens large du terme par les groupes majoritaires, à partir de laquelle différents groupes, minoritaires et majoritaires s’organisent. Partant, comment rendre compte du contenu d’une expérience minoritaire, dès lors qu’il ne s’agit plus uniquement de circonscrire, de l’extérieur, une position sociale et politique ? Ici, les conceptions du sujet et des rapports de pouvoir développées par Michel Foucault (1975, 1977) et Judith Butler (2002, 2006) invitent à ouvrir un champ d’interrogations plus précises. Si le rapport au pouvoir implique toujours pour le sujet sa soumission à un cadre normatif, il constitue aussi la condition de sa propre subjectivation, c’est-à-dire de son propre devenir comme sujet par appropriation des normes et par écart avec elles. On peut dès lors se demander ce qui distingue comme telles les subjectivations minoritaires. Si l’écart par rapport au cadre normatif majoritaire est un processus indissociable de toute subjectivation minoritaire, comment l’appréhender, le mesurer ? Ne peut-il pas aussi prendre la forme d’une appropriation des normes imprévue par le dispositif de pouvoir ? Autrement dit, les expériences minoritaires sont-elles nécessairement porteuses d’une critique des dispositifs normatifs et de pouvoir ?

Nous suggérons quelques pistes, non limitatives, pour cet axe. Il est possible de s’intéresser, avec un souci de description empirique, aux formes et modes de vie qui constituent autant de modalités d’appropriation des normes vécues et/ou perçues comme minoritaires. Des travaux récents se sont consacrés aux diverses formes d’occupation des espaces urbains par des populations LGBT (Aldrich, 2004; Bell et Valentine éd., 1995; Cattan et Leroy, 2010), ou à la façon dont un devenir minoritaire, comme celui de femmes lesbiennes (Chetcuti, 2010), peut s’inscrire dans une temporalité sociale dominante, en redéfinir les rythmes et les étapes et produire ou non une alternative à l’investissement majoritaire de la temporalité d’une existence. Aussi, on pourra envisager les usages minoritaires de l’espace et du temps. Les travaux d’auteur-e-s appartenant aux champs des Middle East Studies, des études de genre et des Subaltern Studies (Abu-Lughod, 2013 ; Mahmood, 2009) incitent par ailleurs à ne pas réduire l’analyse des formes et modes de vie minoritaires à ceux qui présentent apparemment l’écart le plus important aux systèmes normatifs identifiés. On pourra ainsi se demander : comment fonctionnent les pratiques et les non-mixités féminines, dans différents contextes socio-culturels ? Quels rapports précis et concrets à l’espace public et aux temps sociaux entretiennent les minorités, notamment religieuses ?

Pour penser les devenirs minoritaires, la question du corps et des affects paraît encore plus centrale. Saisir les expériences minoritaires peut passer par la restitution des formes et contours du monde sensible dans lesquelles elles s’inscrivent et qu’elles produisent. Ainsi, mobiliser l’histoire des émotions, des sensibilités et du quotidien ou investir les perspectives des théories queers (De Lauretis 2007, Bourcier 2011) permet d’aborder les contre-cultures, comme la contre-culture féministe noire-queer (Harris 1996), à partir de leur matérialité même et des pratiques ou « technologies » (Preciado 2008) de production de corps qu’elles mettent en visibilité et problématisent. L’enjeu n’est peut-être pas tant de souligner l’irréductible spécificité des pratiques contre-culturelles que de souligner les effets idéologiques de naturalisation et de légitimation qui fondent les pratiques majoritaires, et d’analyser la centralité de la production de corps minorisés et minoritaires dans les dispositifs de pouvoir contemporains (Puar, 2012). À partir de là, une série de questions peuvent être posées. Quels sont les corps minoritaires produits par les dispositifs de pouvoir contemporains ? Comment s’opère et se reconfigure, à travers les corps, le partage du majoritaire et du minoritaire ?

Ensuite, on pourra se demander quelles sont les fonctions des mises en récit (autobiographiques, fictionnelles, etc.) et en formes artistiques (cinématographiques, plastiques, etc.) des expériences minoritaires, et quels sont les effets de leur publication et publicisation ? Les récents débats autour de la parution de l’ouvrage En finir avec Eddy Bellegueule (Louis, 2014), témoignent de la complexité de ces questionnements. S’inscrivant dans la tradition française du récit de transfuge de classe, (Ernaux, 1983; Eribon, 2009), l’auteur explore l’enjeu du devenir homosexuel, tout en utilisant des outils d’analyse sociologique pour décrire le milieu populaire dont est issu le narrateur-personnage. Dès lors, les questionnements fusent : de quoi ce texte est-il le récit ? Quels sont les outils que s’est donnés l’auteur pour objectiver l’expérience minoritaire ? Quels effets cette objectivation produit-elle dans le contexte politique contemporain ? Comment et pourquoi la question de la loyauté au groupe minoritaire dont on est issu se pose-t-elle ? Ces préoccupations semblent recouper celles de littératures en langue dite minoritaire (Bodon, 1956, 1966, 1975), traversées des interrogations sur des processus croisés de domination. En quoi le recoupement de plusieurs catégories (politiques, sociales, sexuelles, linguistiques, religieuses), le plus souvent imposées et non maîtrisées par le personnage, fait-elle du récit littéraire un lieu privilégié de la mise au jour de l’expérience minoritaire et de sa complexité ? L’ensemble de ces questionnements, récemment réactualisés, ne doivent d’ailleurs pas se cantonner aux objets reçus comme littéraires. Nous ne pouvons qu’inciter les contributeurs/trices à s’en saisir, à les appliquer et les renouveler en les confrontant à divers objets et pratiques artistiques, de la musique aux arts graphiques.

On pourra donc enfin envisager les processus de subjectivations minoritaires à partir des traces laissées par ces mises en récit et mises en formes diverses. La première question que pose cette perspective est de savoir comment un « je « non majoritaire peut émerger (Butler, 2007). À quelles conditions un sujet minoritaire peut-il se dire et s’objectiver à travers, par exemple, un récit littéraire, alors que, par définition, il semble ne pas correspondre aux catégories à la fois sociales et littéraires qui rendent habituellement possible cette réflexivité et cette objectivation ? Les récits autobiographiques en langue minoritaire (Courouau, 2010) constituent à ce titre un bon exemple des possibilités d’analyse ouvertes, tout comme les traditions littéraires africaine-américaine et antillaise du récit d’esclavage et du récit d’apprentissage en contexte raciste (Condé, 1999, 2012 ; Douglass, 1845 ; Lorde, 1982 ; Neale Hurston, 1937 ; Wright, 1945). Ces ouvrages utilisent et subvertissent, sur un mode radicalement critique, la tradition du récit d’apprentissage blanc. Les questions relatives aux diverses formes prises par le récit de l’expérience minoritaire, de ses caractéristiques génériques et linguistiques et de son inscription dans le champ littéraire institutionnalisé ou encore aux conditions matérielles, économiques, sociales et politiques de production de ces récits minoritaires paraissent centrales. On pourra s’intéresser ici à la mise en récit ou en forme artistique des expériences minoritaires : peut-elle se constituer en patrimoine ? De quelles manières précises cette patrimonialisation s’opère-t-elle ? Quelles relations ce patrimoine minoritaire entretient-il au patrimoine majoritaire ?              

Axe 2. Définitions minoritaires et expériences de la minoration

Pour prolonger la réflexion sur l’articulation entre subjectivités minoritaires et rapports de pouvoir, nous invitons, dans ce deuxième axe, à des contributions sur les conceptions de l’expérience minoritaire qui sous-tendent tant les politiques de gestion étatique des minorités, que les revendications portées par les organisations de défense des minorités ou des groupes en situation de minoration. En retour, on peut s’interroger sur la façon dont ces politiques, dispositifs et revendications proposent, imposent ou encore dénoncent des définitions individuelles et collectives de l’expérience minoritaire – ou d’ailleurs échouent à le faire.

Une première ligne de questionnement émerge de l’exemple des minorités dites nationales, régionales ou ethniques. Ces minorités ont traditionnellement posé un problème politique à l’État-nation. Autant les relations entre minorités constituent la trame politique des États multinationaux et multiethniques, non sans heurts comme l’histoire des empires l’a montré, autant les États-nations ont tendu à se construire sur le rejet de l’existence des minorités. La France jacobine constitue un cas extrême de négation et de répression de l’expression sociale et politique des minorités (Le Coadic, 2013), mais des processus comparables d’assimilation sous une figure unique du citoyen – anglophone, masculine et blanche – ont été analysés dans des pays aux histoires politiques aussi différentes que la Grande-Bretagne et les États-Unis (Colley, 1992 ; Nakano Glenn, 2002). Ces modèles perdurent, et coexistent encore aujourd’hui avec des modèles multiculturalistes, qui constituent une orientation importante – mais controversée – des politiques publiques en Grande-Bretagne, au Canada ou en Australie. Depuis bientôt une cinquantaine d’année, le multiculturalisme constitue ainsi une modalité libérale et pluraliste de gestion d’une diversité jugée politiquement irréductible (Kymlicka, 2001 ; Taylor, 2009). Cette alternative entre assimilation et multiculturalisme, si elle est au coeur des débats publics contemporains des pays occidentaux, ne correspond cependant qu’à deux modèles par rapport à la grande diversité des expériences historiques faites par les minorités : on pourra étoffer notre compréhension des politiques étatiques à l’égard des minorités en examinant d’autres situations, à titre d’exemple la situation des Juifs dans l’Europe médiévale et moderne, celle des minorités religieuses dans l’Empire ottoman, ou encore celle des minorités ethniques en Asie de l’Est et du Sud-Est. De telles réflexions pourront prendre la forme d’études de cas, d’enquêtes de terrain, de comparaisons transnationales et historiques, ou même d’analyses des modes de recensement ou de comptabilisation des minoritaires, ou inversement de leur absence. Surtout, on pourra aborder ces politiques et ces modèles à partir des dispositifs étatiques et administratifs de construction des minorités et de l’expérience minoritaire (Hajjat, 2012) : Comment ces dispositifs se sont-ils construits ? Sur quelle compréhension des groupes minoritaires et de l’expérience minoritaire sont-ils fondés ? En retour, quelle expérience minoritaire construisent-ils, et quelles frontières des groupes minoritaires dessinent-ils ?

Lorsque la catégorie « minoritaire » est produite par les États et leurs administrations ou par les groupes politiques dominants et leurs relais, elle est susceptible de participer d’une logique paternaliste d’infantilisation des groupes ainsi placés dans une situation de minoration. Ceci nous ramène à l’idée de minorité telle qu’elle s’applique aux personnes mineures : être « minoritaire », c’est être socialement et légalement placé sous la protection d’un État ou autre figure paternelle. On pourra dès lors examiner la façon dont la production de la catégorie « minoritaire » et la mise en récit exogène d’ « expériences minoritaires » ont souvent constitué de puissants outils de justification des politiques interventionnistes des pays occidentaux. La minoration produite par la perception occidentale du reste du monde, et par les politiques colonialistes et impérialistes menées par les États occidentaux, constitue dès lors le point de départ d’un ensemble de travaux ancrées dans des réflexions sur les mondes arabe (Said, 1978), antillais (Glissant, 1981), africain (Mbembé, 2013) ou indien(Spivak, 1999). Critiquant la perpétuation d’une relation de subordination, ces traditions s’emploient à penser un positionnement épistémologique et pratique hors des structures de savoir et de pouvoir hégémoniques, afin d’échapper à la situation de minoration. Ici encore, on pourra s’interroger sur les enjeux de savoir et de pouvoir autour de la définition d’une condition comme minoritaire, sur les effets produits par une telle définition, et sur les conflits d’interprétation et les contre-définitions auxquelles une telle qualification peut donner lieu.

Enfin, la catégorie « minoritaire » et les formes de l’expérience minoritaire ne sont cependant pas toujours d’abord saisies administrativement, prises dans les catégories de la politique publique, ou mobilisées comme ressorts argumentatifs dans les discours dominants. Elles sont aussi, de manière parfois antérieure, convergente, concurrente ou antagoniste, produites par des organisations de défense des droits des minorités. Les organisations LGBT ou les organisations noires, par exemple, produisent ainsi des définitions de l’expérience minoritaire, des mises en récit et des mises en scène de celle-ci qui entendent tout autant faire autorité que les définitions administratives, voire déplacer ou remplacer celles-ci. Les larges mouvements minoritaires, dont ces organisations émergent et qu’elles contribuent en retour à structurer, sont eux-mêmes des lieux de production de définitions et de mises en récit, et de contestation de celles proposées tant par les États et leurs administrations, par les groupes dominants, que par des organisations qui peuvent elles-mêmes accéder à une position dominante et majoritaire au sein d’un mouvement minoritaire. Ce sont ces conflits de définition et ces mises en scène concurrentes qu’on pourra explorer à partir d’enquêtes de terrain, d’entretiens ou d’analyses de discours relevant des sciences de l’information et de la communication, de la sociologie, l’ethnologie, la science politique ou la linguistique.

Axe 3. Politiques minoritaires

On peut approcher la question des politiques minoritaires de deux manières : soit du point de vue d’une identité commune se revendiquant d’une expérience minoritaire ; soit du point de vue de cette expérience-même, et de ce qu’elle fait aux pratiques politiques.

L’État-nation est un dispositif par lequel des minorités nationales sont passées à une situation de majorité. Les mouvements nationalistes, qui isolent une « nation » d’un ensemble plus vaste, et lui confèrent une cohérence politique et culturelle interne, ont fait l’objet d’analyses marxistes qui ont souligné l’ancrage des projets nationalistes dans une culture et un projet de classe bourgeois qui gomment les rapports de classe (Anderson, 1983; Luxembourg, 2001). La force de cette critique marxiste ne doit pas empêcher d’observer les effets pratiques et symboliques forts produits par les nationalismes – que les mouvements se réclamant du marxisme ont d’ailleurs reconnu et mobilisé dans les luttes de libération du XXe siècle –, et de poser une série de questions : autour de quels types de rapport minoritaire/majoritaire se cristallisent les projets nationaux ? Comment parviennent-ils à proposer des définitions d’une expérience minoritaire commune ? Comment gomment-ils, ou inversement prennent-ils en compte, les fractures au sein du groupe ainsi délimité ? Quels imaginaires politiques produisent-ils, et comment redessinent-ils les frontières entre groupes sociaux ? Quelles formes institutionnelles et organisationnelles, et quel contenu programmatique l’expérience pratique de la minoration donne-t-elle à ces projets politiques ? Quels effets d’identification de sa propre expérience comme expérience minoritaire, et quels processus de redéfinition identitaire produisent-ils ?

Cette question de la constitution d’une identité commune et singulière se pose, en vérité, pour tout mouvement qui se réclame d’une minorité. La dénomination en tant que « mouvement » – mouvement noir, mouvement ouvrier, mouvement féministe, mouvement LGBTQI par exemple – constitue certes une prise en compte de la diversité des expériences sociales faites par les personnes qui s’y trouvent ainsi affiliées, et de la pluralité des projets politiques dont ces mouvements sont porteurs. Mais ce terme est également une façon de redécouper le monde social (Bourdieu, 1981), et de lui donner cohérence à partir d’une expérience sociale considérée comme fondatrice. La nécessité de prendre en compte la complexité des expériences sociales minoritaires faites par les personnes identifiées comme relevant de ces différents mouvements, et leurs frictions possibles, a conduit à la production d’outils permettant de penser ensemble plusieurs rapports de minoration, à l’instar du concept d’intersectionnalité développé pour penser l’articulation des rapports sociaux de sexe et de race (Crenshaw, 1989). Dès lors, on pourra s’interroger : quels sont les processus, sociaux et discursifs, par lesquels une expérience sociale de minoration en vient à être conçue comme telle, et comme partagée par un groupe porteur d’intérêts communs ? Quels sont les mécanismes et les acteurs et actrices de ces processus de montée en généralité ? Comment l’expérience minoritaire y devient-elle un critère d’unification d’un groupe qui peut être traversé par des divisions ? Comment est-elle mobilisée, vis-à-vis de l’extérieur, comme un critère de légitimation des demandes du groupe, et au sein du mouvement ainsi constitué, comme une source d’autorité pour certain-e-s membres ? Comment la complexité des expériences minoritaires est-elle prise en charge – ou non – au sein du mouvement, par la négation de certaines des expériences de minoration, leur reconnaissance partielle, ou la révision et reformulation des revendications du groupe et de la compréhension des expériences sociales qui les fondent ?

Poser la question en termes de « politiques minoritaires » amène à réfléchir non seulement sur les projets politiques ancrés dans des expériences minoritaires, mais aussi, à partir de l’expérience minoritaire, sur ce que celle-ci fait à la politique. C’est donc l’occasiond’interroger à nouveaux frais les formes diverses que peut prendre la politisation de l’expérience minoritaire : par quelles modalités et à quelles conditions cette expérience, individuelle ou collective, peut-elle être mise commun et en partie objectivée, ce qui semble nécessaire à sa constitution en objet politique dans de nombreux contextes sociaux ? Les réflexions sur les non-mixités en milieu féministe (Smith, 1998; Smith éd., 1983), ou encore les enquêtes biographiques sur des militantes (Molinier, 2010), posent des questions applicables à d’autres terrains : quels aspects de l’histoire personnelle et du vécu social sont sollicités par les acteurs et actrices pour expliquer leur investissement dans des groupes ? Comment les modes d’organisation et d’action choisis par ces groupes sont-ils reliés à la nature spécifique des expériences minoritaires vécues ? Comment la relation minoritaire/majoritaire, tant dans le rapport à un groupe social majoritaire que dans le rapport à d’autres organisations politiques considérées comme majoritaires (groupes féministes institutionnalisés ou organisations syndicales par exemple), est-elle pensée et utilisée dans le cadre de l’action militante ? Il s’agit notamment de se demander si et comment le contenu de l’expérience minoritaire peut déterminer non seulement un programme politique minoritaire mais aussi l’entièreté des modalités du devenir commun et politique de cette expérience.

D’autres questions se posent dès lors : si les expériences minoritaires peuvent susciter des formes spécifiques d’expression et d’action politiques, impliquent-elles aussi une mise en question et une redéfinition de l’ordre du politique lui-même, c’est-à-dire des critères distinguant le politique de ce qu’il n’est pas ? À partir de là, quelles perspectives politiques ouvrent la prise en charge effective des expériences minoritaires dans leur caractère transformateur ? On peut penser par exemple à la manière dont la politisation et la théorisation des expériences minoritaires impliquées par la hiérarchisation raciale et sexuelle des sociétés occidentales permet de qualifier les groupes majoritaires et leurs pratiques en terme de privilège blanc ou hétérosexuel (McIntosh, 1989; Kebabza, 2006; Rich, 2010). Ou encore à la façon dont Judith Butler (2005) analyse la façon dont le sujet majoritaire américain et sa politique se fondent sur le déni nationaliste de la vulnérabilité comme de l’interdépendance des êtres humains, si bien qu’une politique d’opposition ne peut, quant à elle, que se fonder sur l’expérience minoritaire de la vulnérabilité et de la souffrance individuelle et collective, dans le cadre d’une « démocratie sensible ». Suivant ces réflexions, on posera alors les questions suivantes : quelles sont les politiques minoritaires contemporaines ? Sur quelles expériences minoritaires se fondent-elles ? Comment permettent-elles de penser le champ politique et les organisations sociales contemporaines ?

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  • Said Edward, 1978, Orientalism, New York, Pantheon Books.
  • Smith Barbara,1998, Writings on Race, Gender and Freedom : The Truth that Never Hurts, New Jersey, Rutgers University Press.
  • Smith Barbara éd., 1983, Home Girls : A Black Feminist Anthology. New York, Kitchen Table : Women of Color Press.
  • Spivak Gayatri Chakravorty, 1999, A Critique of Postcolonial Reason : toward a history of the vanishing present, Cambridge, Harvard University Press.
  • Taylor Charles, 2009, Multiculturalisme : différence et démocratie, Paris, Flammarion.
  • Wright Richard, 1945, Black boy, New York, Harper. 

Soumission des propositions 

L’appel à contribution a valeur de cadrage et permet la sélection des contributions en fonction de leur pertinence par rapport au thème et aux enjeux du numéro. Il a, en outre, vocation à suggérer aux auteur-e-s quelques pistes générales de réflexion, et à leur rappeler que la revue Tracés attend un propos analytique et argumenté.

Articles

Les articles représentent des contributions originales à la recherche, qui suivent les normes habituelles de la production scientifique. Ils doivent tous se positionner par rapport à l’appel à contributions.

Différents types d’approches sont possibles, permettant de diversifier la manière d’aborder la thématique : nous accueillons tant des articles à vocation essentiellement théorique, que des contributions fondées sur des recherches empiriques, où les enjeux méthodologiques seront précisés et discutés.

Tracés étant une revue interdisciplinaire, les articles doivent pouvoir être envisagés cette perspective : ils doivent être compréhensibles et pertinents pour des lecteurs et lectrices non spécialistes ; ils peuvent également faire appel à des méthodes et des références de plusieurs disciplines, ou interroger les présupposés ou les outils empiriques et théoriques d’une discipline à partir du point de vue d’une autre discipline.

Les articles soumis ne peuvent excéder 45 000 signes (espaces, notes, et bibliographie incluses).

Notes

Nous publions des notes critiques qui présentent un ensemble de travaux (éventuellement un ouvrage en particulier), une controverse scientifique, ou l’état d’une question actuelle. Elles doivent dans tous les cas se rattacher explicitement à la thématique du numéro et permettre d’éclairer des orientations de recherche ou des débats inhérents à cette dernière, notamment pour des lecteurs et lectrices non spécialistes des disciplines concernées.

Les notes soumises ne peuvent excéder 30 000 signes (espaces, notes, et bibliographie incluses).

Entretiens

Des entretiens avec des chercheurs et chercheuses ou d’autres experts des questions étudiées sont également publiés dans chaque numéro. Les contributeurs et contributrices qui souhaiteraient en réaliser sont invité-e-s à prendre contact directement avec le comité de rédaction (redactraces (a) ens-lyon.fr).

Traductions

Les traductions sont l’occasion de mettre à la disposition du public des textes peu ou pas connus en France et qui constituent un apport capital à la question traitée. Il doit s’agir d’une traduction originale. Le choix du texte devra se faire en accord avec le comité de rédaction et les questions de droits devront être réglées en amont de la publication.

Il est donc demandé aux auteur-e-s de bien préciser pour quelle rubrique la contribution est proposée.

Procédure de soumission

Les auteur-e-s devront envoyer leur contribution à l’adresse suivante redactraces (a) ens-lyon.fr,

avant le 15 mai 2015

Les auteur-e-s doivent informer préalablement le comité de rédaction de Tracés (redactraces (a) ens-lyon.fr) de leur projet par courrier électronique en indiquant le titre de leur contribution, la rubrique dans laquelle celle-ci est proposée, ainsi qu’un bref résumé du propos.

Modalités d’évaluation

Chaque contribution est lue est par un membre du comité de rédaction et par deux évaluateurs et évaluatrices extérieur-e-s.

Nous maintenons l’anonymat des lecteurs et lectrices et des auteur-e-s. A l’aide de ces rapports de lecture, les coordinateurs et coordinatrices du numéro rendent un avis sur la publication et décident des modifications à demander aux auteur-e-s afin de pouvoir publier la contribution.

Dans le cas de propositions trop éloignées de l’appel à contribution ou des exigences scientifiques de la revue, les coordinateurs et coordinatrices se réservent le droit, en accord avec le comité de rédaction, de rendre un avis négatif sur la publication sans faire appel à une évaluation extérieure.

Hormis ces exceptions, une réponse motivée et argumentée est transmise aux auteur-e-s suite à la délibération du comité de lecture.

Nous demandons aux auteur-e-s de tenir compte des recommandations en matière de présentation indiquées sur la page suivante de notre site : http ://traces.revues.org/index103.html

Les contributions envoyées à la revue Tracés doivent être des contributions originales. L’auteur-e s’engage à réserver l’exclusivité de sa proposition à Tracés jusqu’à ce que l’avis du comité de lecture soit rendu. L’auteur-e s’engage également à ne pas retirer sa contribution une fois que la publication a été acceptée et retravaillée en fonction des commentaires du comité de lecture.

NB : L’insertion d’images et de supports iconographiques est possible dans un nombre limité (Précisez-le dans votre déclaration d’intention).

Comité de rédaction

Anaïs Albert, Olivier Allard, Thomas Angeletti, Guillaume Calafat, Sonia Goldblum, Samuel Hayat, Yaël Kreplak, Natalia La Valle, Cécile Lavergne, Marc Lenormand, Éric Monnet, Pierre Saint-Germier, Lucie Tangy et Barbara Turquier

Comité de lecture

Nicolas Auray, Romain Badouard, Antonio Casilli, Eric Dagiral, Lucile Desmoulins, Florence Faucher, Gustavo Gomez-Mejia, Alexandra Haché, Emilie Hache, Igor Krtolica, Francesca Musiani, Vincent Rouzé, Alexis Vrignon

Comité scientifique

Howard S. Becker, Sacha Bourgeois-Gironde, Olivier Cayla, Olivier Christin, Jacques Commaille, Jean-Charles Darmon, Philippe Descola, Vincent Descombes, Georges Didi-Huberman, Didier Fassin, Ian Hacking, Bernard Lahire, Paul Lichterman, Bertrand Marchal, Jacques Morizot, Paul-André Rosental, Jean-Claude Schmitt, Quentin Skinner et Isabelle Sommier

Dates

  • vendredi 15 mai 2015

Mots-clés

  • expérience, minorité, subjectivité, corps, point de vue, mobilisation, collectif

Contacts

  • Comité de rédaction Revue Tracés
    courriel : redactraces-request [at] listes [dot] ens-lyon [dot] fr

Source de l'information

  • Comité de rédaction Revue Tracés
    courriel : redactraces-request [at] listes [dot] ens-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'expérience minoritaire », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 04 décembre 2014, http://calenda.org/309059