AccueilApproches sémantiques et morphosyntaxiques de la variation en français actuel. Traitement idéal des données dans les ouvrages de référence (dictionnaires / grammaires)

Approches sémantiques et morphosyntaxiques de la variation en français actuel. Traitement idéal des données dans les ouvrages de référence (dictionnaires / grammaires)

Semantic and morphosyntaxic approaches of the variation in France today. The ideal of treatment of data in reference works (dictionaries / grammar books)

Deuxième colloque international DIA du français actuel

Second international DIA conference of France today

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Publié le mardi 09 décembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

L’Observatoire du français en Suisse romande et le Centre de dialectologie et d’étude du français régional de l’Université de Neuchâtel organisent du mercredi 4 novembre au vendredi 6 novembre 2015 la deuxième édition du colloque international DIA du français actuel. Cette seconde édition s’inscrit dans le prolongement d’un atelier d’études qui s’est tenu à l’Université de Gand en mai 2012 et du premier colloque international DIA du français actuel qui a eu lieu, l’année suivante, à l’université de Sherbrooke dans le cadre des activités du Centre d’analyse et de traitement informatique du français québécois (CATIFQ). 

Annonce

Argumentaire

La variation a constitué, pendant longtemps, le champ d’étude de prédilection des dialectologues et des sociolinguistes qui s’attellent, entre autres, à déterminer les causes de l’existence de variétés de langue en les mettant en rapport avec le milieu social des locuteurs, avec leurs parcours personnels (dans l’espace et dans le temps), avec leurs rapports à l’interlocuteur, avec leur sensibilité aux registres de langues (Beeching et al. 2009 ; Auer et Schmidt 2010 ; Tagliamonte 2012). Grâce aux nombreux travaux dans le domaine, on parvient maintenant à se former une idée assez précise de ce que peut représenter la variation en langue, variation que nous définissons comme un phénomène qui couvre la coexistence de diverses formes ou structures concurrentes (ou variantes) et qui donne naissance à plusieurs microsystèmes. Il arrive que, au sein de tel ou tel microsystème, une des variantes disparaisse ou apparaisse, ce qui entraîne une restructuration associée à un changement. Ce changement entretient des rapports « conflictuels » avec les conventions linguistiques de la langue dite standard, qui constitue le repère social pour mesurer l’écart.

Grâce, en particulier, aux développements récents des corpus, notamment oraux (entre autres, Williams 2005 ; Baude 2006 ; Avanzi, Béguelin et Diémoz 2014), l’étude de la variation s’est vue enrichie d’outils performants, d’une part pour appréhender l’énorme productivité langagière et, d’autre part, pour distinguer ce qui a tendance à se figer dans la langue de ce qui appartient au domaine de la variabilité. Le chercheur devient ainsi de mieux en mieux outillé pour déceler les éventuelles régularités qui se cachent derrière l’apparente diversité des données et pour déterminer les grands principes qui pourraient sous-tendre la variation et le changement. De plus, dans ces processus-ci, il est intéressant d’isoler les traits innovants et d’identifier la manière dont ceux-ci se répandent : selon les couches sociales, dans l’espace, dans les registres, à l’oral ou à l’écrit… c’est-à-dire, respectivement, selon des paramètres diastratiques, diatopiques, diaphasiques et/ou diamésiques.

Ces différents paramètres dia, sous-jacents à la variation, permettent d’isoler l’existence de plusieurs sous-systèmes langagiers qui constituent ce que Coseriu (1987, cité par Verjans 2013 : 135) appelle le diasystème, « somme de systèmes langagiers entre lesquels s’exprime à tout moment la coexistence et l’interférence », alors que le système renverrait à « la couche des oppositions distinctives dans l’expression et dans le contenu, c’est-à-dire l’ensemble des fonctions qui constituent une langue ». Le diasystème a pour caractéristique principale que « le même fait matériel peut appartenir à un certain niveau et à un certain style dans un dialecte et à un autre niveau et à un autre style (ou, même, à tous les niveaux et à tous les styles) dans un autre dialecte » (Coseriu 1998 : 15).

Ces derniers temps, on assiste à un regain d’intérêt pour les études variationnelles en synchronie, notamment en phonétique et en phonologie avec, entre autres, le projet Phonologie du français contemporain (Durand, Laks et Lyche 2009). En revanche, la sémantique a en partie délaissé ce terreau fertile, du moins pour ce qui concerne la variation en français des années 2000. Or plusieurs approches théoriques, qui se situent à l’interface sémantique – morphologie – syntaxe, pourraient être mieux mises à profit pour aider à éclairer, sous un angle parfois inédit, divers aspects du diasystème français, comme les approches cognitives, le modèle Sens-Texte, la métalangue sémantique naturelle, les approches énonciatives, les approches modulaires et les modèles stratificationnels de la macro-syntaxe... Bien qu’on ne puisse se limiter ici à l’examen de la seule langue parlée en contexte informel, celle-ci est spécialement intéressante à étudier, parce que la norme sociale y a une faible prise et qu’elle présente, de ce fait, des zones marquées de variation dans l’espace francophone. À titre illustratif, une telle variation est frappante dans la classe des quantifieurs, des intensifieurs, des morphèmes négatifs ou encore des marqueurs discursifs (entre autres Zribi-Hertz à paraître ; Dostie 2013). De même, certaines constructions syntaxiques sont, elles aussi, réputées pour donner lieu à la variation, telles les interrogatives, les exclamatives et les subordonnées (Arrighi 2007 ; Elsig 2009 ; Coveney 2011 ; Lefeuvre à paraître ; Pusch à paraître).

Dans la foulée des deux premières rencontres DIA du français actuel, on souhaite accueillir, pour l’édition de 2015, des exposés axés prioritairement sur des cas ciblés de variation lexicale, morphologique et/ou syntaxique. Les analyses théoriques devraient idéalement être suivies d’une réflexion relative au traitement qui paraîtrait le plus apte à refléter, dans les dictionnaires et les grammaires, les spécificités linguistiques (sémantiques, morphologiques et syntaxiques) et non linguistiques des cas de figure examinés. Par exemple, quelles seraient les informations sémantiques, morphologiques et syntaxiques à inclure dans les ouvrages en question afin d’y refléter, au mieux, les spécificités des phénomènes traités ? Sous quel format ces informations devraient-elles se présenter ? Suffirait-il d’accoler aux phénomènes examinés une marque d’usage pour ensuite les intégrer aux types d’ouvrages de référence déjà existants sans autre forme d’aménagement ? N’y aurait-il pas risque, en pareil cas, d’obtenir l’effet inverse à celui désiré, c’est-à-dire la possibilité d’induire une lecture qui stigmatise un usage banal qu’on cherchait simplement à décrire ? Ne devrait-on pas, plutôt, envisager la constitution d’ouvrages de référence ciblant préférentiellement tel ou tel « sous-système langagier » ? Mais dans ce cas, ne risquerait-on pas d’entrainer une prolifération d’œuvres aux contenus se recoupant en partie ? …

Le colloque ne sera pas limité à l’étude de phénomènes propres à l’oralité. Toutefois, le comité organisateur souhaite insister sur l’intérêt que représente l’examen de la langue parlée, notamment en contexte informel, pour la thématique générale qui y sera abordée. Cette forme de langue étant souvent reléguée au second plan dans les ouvrages de référence, il y a donc ici doublement matière à réflexion : réflexion quant à la façon de présenter, dans ces ouvrages, les faits de variation observés, d’une part, et réflexion quant à la manière d’y intégrer ce qui caractérise en propre la langue parlée en contexte informel, d’autre part.

Références / Sélection

Arrighi, Laurence, 2007, « L’interrogation dans un corpus de français parlé en Acadie. Formes de la question et visée de l’interrogation », Linx, 57, p. 47-56. (http://linx.revues.org/277)

Auer, Peter et Jürgen Erich Schmidt, 2010, Language and Space : an International Handbook of Linguistic Variation, The Hague : Mouton de Gruyter.

Avanzi, Mathieu, Marie-José Béguelin et Federica Diémoz (organisateurs), 2014, Colloque international Corpus de français parlés et français des corpus, Université de Neuchâtel, ILCF, 8 et 9 mai 2014. (http://www5.unine.ch/dialectologie/colloque-corpus-UNINE.pdf)

Baude, Olivier (éd.), 2006, Corpus oraux. Guide des bonnes pratiques 2006, Orléans : Presses Universitaires d’Orléans / CNRS Éditions.

Beeching, Kate et al. (éds), 2009, Sociolinguistic Variation in Contemporary French, Amsterdam et Philadelphia : Benjamins.

Dostie, Gaétane, 2013, « Les associations de marqueurs discursifs. De la cooccurrence libre à la collocation », numéro thématique « Forms and Functions of Formulatic Construction Units in Authentic Conversation », Günter Schmale (éd.), Linguistik online, 62 : 5, p. 15-45. (www.linguistik-online.de/62_13)

Coseriu, Eugenio, 1998, « Le double problème des unités “DIA-S” », Communication et Cognition, coll. Les cahiers DIA : Études sur la diachronie et la variation linguistique, p. 9-16. 

Coveney, Adam, 2011, « L’interrogation directe », Travaux de linguistique, 63 : 2, p. 112-145.

Durand, Jacques, Bernard Laks et Chantal Lyche, 2009, « Le projet PFC : une source de données primaires structurées », dans : Jacques Durand, Bernard Laks et Chantal Lyche (éds), Phonologie, variation et accents du français, Paris : Hermès, p. 19-61.

Elsig, Martin, 2009, Grammatical Variation across Space and Time. The French Interrogative System, Amsterdam : J. Benjamins.

Lefeuvre, Florence, à paraître, « Analyse grammaticale et sur corpus de l’expression c’est quoi (?) » dans : Gaétane Dostie et Pascale Hadermann (éds), La dia-variation en français actuel. Études sur corpus, approches croisées et ouvrages de référence, Bern : Peter Lang, coll. Sciences pour la communication.

Pusch, Claus D., à paraître, « Que-relles. Descriptions et emplois variés du morphème jonctif que en français : un tour d’horizon »,  dans : Gaétane Dostie et Pascale Hadermann (éds), La dia-variation en français actuel. Études sur corpus, approches croisées et ouvrages de référence, Bern : Peter Lang, coll. Sciences pour la communication.

Tagliamonte, Sali, 2012, Variationist Sociolinguistics : change, observation, interpretation, Oxford : Wiley-Blackwell.

Verjans, Thomas (2013), « Les locutions conjonctives. Une hypothèse romane », dans : Marie-Guy Boutier et al. (éds), La variation et le changement en langue, Helsinki : Société Néophilologique, p. 133-147.

Williams, Geoffrey (éd.), 2005, La linguistique de corpus, Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Zribi-Hertz, Anne, à paraître, « De l’évolution des propriétés du mot grave en français européen moderne », dans : Gaétane Dostie et Pascale Hadermann (éds), La dia-variation en français actuel. Études sur corpus, approches croisées et ouvrages de référence, Bern : Peter Lang, coll. Sciences pour la communication.

Conférenciers invités

  • Marie-José Béguelin (Université de Neuchâtel)
  • Henri-José Deulofeu (Université d’Aix-Marseille)
  • Catherine Schnedecker (Lilpa, Université de Strasbourg)
  • Anne Zribi-Hertz (UMR SFL, CNRS/Université Paris 8)

Comité scientifique

  • Mathieu Avanzi (Université Catholique de Louvain)
  • Olivier Baude (Université d’Orléans)
  • Alain Berrendonner (Université de Fribourg)
  • Catherine Collin (Université de Nantes)
  • Gilles Corminboeuf (Université de Neuchâtel)
  • Bruno Courbon (Université Laval)
  • Céline Dugua (Université d’Orléans)
  • Françoise Gadet (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)
  • Pierre-Don Giancarli (Université de Poitiers)
  • Johannes Kabatek (Universität Zurich)
  • Andres Kristol (Université de Neuchâtel)
  • Pierre Larrivée (Université de Caen Basse-Normandie)
  • Florence Lefeuvre (Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle)
  • Jan Lindschouw (University of Copenhagen)
  • Louis Mercier (Université de Sherbrooke)
  • Estelle Moline (Université de Caen Basse-Normandie)
  • Michel Pierrard (Vrije Universiteit Brussel)
  • Claus D. Pusch (Albert-Ludwigs-Universität Freiburg)
  • Dan van Raemdonck (Université Libre de Bruxelles)
  • Chantal Wionet (Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse)
  • Inka Wissner (Universität Zürich)

Modalités de soumission   

Les personnes intéressées à intervenir au colloque sont priées de soumettre aux organisatrices, par courrier électronique, leurs propositions de communication

avant le 28 février 2015.

Adresses courriels pour l’envoi des propositions de communication : 

Chaque proposition sera examinée par deux membres du comité scientifique en respectant l’anonymat des auteurs, ainsi que par les organisatrices. Les résultats seront communiqués le 29 mai 2015.

Format de présentation

- Taille de la proposition : deux pages maximum, avec les références.

- Merci de transmettre deux documents Word (Times New Roman taille 12, interligne simple) :

            • un premier contenant les noms de ou des auteurs, leurs affiliations institutionnelles et leurs coordonnées, suivi d’un titre et de la proposition ;

            • un second ne contenant que le titre et la proposition.

Publication

Une sélection de textes sera faite à l’issue du colloque en vue d’une publication dans un ouvrage thématique. 

Lieux

  • Université de Neuchâtel
    Neuchâtel, Confédération Suisse

Dates

  • dimanche 28 février 2016

Mots-clés

  • Variation linguistique, langue, français, sémantique, morphosyntaxe, lexicologie, lexicographie

Contacts

  • Gaétane Dostie
    courriel : gaetane [dot] dostie [at] usherbrooke [dot] ca

Source de l'information

  • Gaétane Dostie
    courriel : gaetane [dot] dostie [at] usherbrooke [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Approches sémantiques et morphosyntaxiques de la variation en français actuel. Traitement idéal des données dans les ouvrages de référence (dictionnaires / grammaires) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 09 décembre 2014, http://calenda.org/309490