AccueilDiscours d’Europe, discours sur l’Europe. Quand polémiques et controverses s’en(m)mêlent…

Discours d’Europe, discours sur l’Europe. Quand polémiques et controverses s’en(m)mêlent…

Discourses of Europe, discourses about Europe. When polemic and controversy (inter)mingle

Colloque international et interdisciplinaire

Internation and interdisciplinary conference

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Publié le jeudi 18 décembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Le colloque a pour ambition de réunir deux jours durant des chercheur.e.s universitaires de diverses disciplines travaillant sur des terrains de recherche très variés et qui ont comme point commun de s’intéresser aux discours produits par les acteurs qui s’affrontent autour du processus de la construction européenne, que ce soit d’un point de vue diachronique ou synchronique. Le but est de faire le point sur l’état des principales controverses et polémiques sur la construction européenne pour réfléchir sur l’état réel de l’intégration européenne.

Annonce

Argumentaire

La construction européenne a déjà plus de 62 ans si l’on met en route le compteur à la naissance de la Communauté économique du charbon et de l’acier en 1952. Si dans un long premier temps, elle a été principalement l’affaire de la classe politique et de certaines professions directement concernées par son développement (fonctionnaires européens, financiers et exportateurs, industriels, juristes spécialisés en droit communautaire…), l’essentiel des populations européennes des États membres y était largement indifférente. Tout changea avec la décision prise par les élites politiques et économiques de transformer le marché commun des origines, surtout connu pour sa célèbre politique agricole commune (PAC), en une Union économique et monétaire (UEM). Pareil projet nécessitait de telles transformations des mentalités, notamment pour passer à une monnaie commune, qu’il a fallu entreprendre une extraordinaire politique de communication auprès des populations pour essayer de convaincre un maximum de monde possible du bien-fondé de l’entreprise et de ses bienfaits.

C’est avec les débats sur le projet de Traité de Maastricht, dès avant son adoption par les chefs d’État et de gouvernement en décembre 1991, que l’Europe sortit de son « anonymat » populaire… Naquirent ainsi de sérieuses et nombreuses polémiques et controverses dans l’espace public tant sur le sens de cette construction que sur son rythme et ses élargissements, donnant lieu à des dénominations, faisant circuler des argumentaires et des mots d’ordre, et cristallisant des postures politiques : néolibéralisme contre développement de la redistribution sociale, souveraineté nationale contre supranationalisme, Europe des États contre Europe des régions, Europe de gauche contre Europe de droite. Des bipolarisations fortes se construisirent engageant le rejet ou le soutien pur et simple soit de la construction européenne soit du tournant amorcé depuis 1985 et le grand marché. Intégration contre élargissement, fédéralisme contre confédéralisme, supranational contre intergouvernemental, Europe à une vitesse contre Europe à plusieurs vitesses : les polémiques sont aussi intenses parmi les partisans de la construction européenne. Certes ces débats sont plus anciens mais ils restent tout aussi vifs parmi ceux qui s’entendent pourtant à œuvrer à l’édification d’une Europe intégrée.

Avec le virage effectué par le pouvoir politique de l’Union européenne dès 2010 par l’adoption des mesures de la nouvelle gouvernance économique, controverses et polémiques se renforcent de plus belle tout comme la popularisation négative du pouvoir européen symbolisé par une Troïka dont la légitimité est elle aussi fortement mise en débat : Europe des riches contre Europe des pauvres, Europe des banques contre Europe des peuples… Le clivage semble s’accroître davantage de part et d’autre.

Ce prochain événement scientifique prolonge la réflexion commune entamée à l’automne 2013 par le « groupe de Besançon » sur la notion de contre-discours d’Europe et qui a débouché sur la création d’un réseau transnational de réflexion et d’échange dénommé l’Observatoire des discours d’Europe (http://disceurope.hypotheses.org/). Il vise à élargir le cercle de partage des études sur ce type de production discursive ainsi que les disciplines représentées : sciences politiques, socio-linguistique, sociologie, histoire, communication politique et journalisme, économie, philosophie.

Le colloque a pour ambition de réunir deux jours durant des chercheur.e.s universitaires de diverses disciplines travaillant sur des terrains de recherche très variés et qui ont comme point commun de s’intéresser aux discours produits par les acteurs qui s’affrontent autour du processus de la construction européenne, que ce soit d’un point de vue diachronique ou synchronique. Le but est de faire le point sur l’état des principales controverses et polémiques sur la construction européenne pour réfléchir sur l’état réel de l’intégration européenne : quelles sont les polémiques qui s’éteignent ? Quelles sont celles qui survivent au temps ? Retrouve-t-on les mêmes types de débats dans tous les espaces nationaux ? Y a-t-il vraiment débat ou bien s’enferre-t-on dans des monologues imperméables les uns aux autres ? Existe-il au contraire des dialogues qui s’enrichissent mutuellement dans la durée ? Quelles sont les controverses-clés de l’heure ? Quels sont les styles, les arguments, les figures, les artifices les plus mobilisés pour polémiquer ? Qui soutient l’Union européenne, qui la condamne ? Qui soutient l’Europe, qui la condamne ? Ces deux dernières questions amenant des réponses bien différentes. Nous serons également amenés à nous demander quel est le rôle des discours médiatiques dans la construction des problèmes publics liés à l’Europe (i.e. l’entrée de la Turquie) et dans la médiatisation des débats présentés comme des polémiques ou des controverses. Enfin, les polémiques et controverses autour de l’Europe sont également éclairées par leur contraire, la recherche d’un consensus, par exemple lorsque les élites politiques nationales tendent à invoquer l’Union européenne pour créer le consensus autour de mesures entreprises, en particulier dans le champ socio-économique. Quelles sont les modalités de ces types de discours? L’Europe y joue-t-elle le rôle d’un bouc émissaire, d’une contrainte extérieure ? Est-elle présentée comme le lieu de définition du politiquement raisonnable ? Comme l’échelle de gouvernement (ou de « gouvernance ») adéquate pour faire face aux « défis de la mondialisation » ? Bref, comment l’Europe s’articule-t-elle aux discours politiques et économiques ? Comment participe-t-elle au découpage discursif des différentes sphères d’activité sociale ? Comment participe-t-elle à la distinction, en amont de la polémique, entre ce qui peut faire l’objet d’une polémique et ce qui ne le peut pas ? Au-delà des discours politique et médiatique, il nous intéresse d’interroger aussi la dimension des publics médiatiques ou citoyens par le biais des polémiques « profanes », que l’on peut retrouver sur des forums de discussion ou des réseaux sociaux. Les publics vont en effet acquérir une importance de plus en plus grande au fur et à mesure que le processus de construction européenne avance et que se développent des outils de consultation et des dispositifs sociotechniques de participation. La parole citoyenne, qu’elle apparaisse comme des énoncés éclatés (commentaires sur Facebook par exemple) ou sous forme organisée (sondage), est en effet toujours convoquée par les instances de décision, soucieuses de développer les processus de consultation. Mais cette parole peut également déclencher la polémique en lançant des pétitions ou des initiatives citoyennes. Dans ce contexte, la polémique peut être vue comme un outil de démocratisation.

Travailler sur l’Europe, c’est aussi s’inscrire dans un contexte de multilinguisme ; l’Union européenne prend en compte officiellement 24 langues distinctes. Des travaux sur des corpus multilingues seront particulièrement appréciés.

Un appel est lancé afin de recueillir des propositions de communication, que ce soit tant de praticiens de l’analyse du discours, quelle que soit la méthode d’analyse pratiquée, que des analystes travaillant sur les acteurs, les institutions et les politiques de l’Union européenne : le point de convergence des communications qui animeront ce colloque étant l’analyse de polémiques tant passées qu’actuelles sur le contenu et la forme de l’Europe à partir de matériaux textuels. Nous encourageons les participants à construire des corpus ad hoc susceptibles d’exemplifier les questions ici évoquées –la liste n’étant pas par ailleurs exhaustive.

Modalités de soumission

Lieu : Université libre de Bruxelles (ULB); date : 17 et 18 décembre 2015

Langue de travail : français et anglais

Calendrier

  • Appel à communication : 5 décembre 2014

  • Retour des projets de communication : 1er mars 2015
  • Sélection des projets : 1er mai 2015
  • Retour des textes de communication : 1er décembre 2015

Projet de communication

3500 signes (espaces compris) comportant le nom, la discipline, l’Université de rattachement et le courriel du/des auteurs, le titre de la communication, la description de l’objet de la recherche, la/les méthodes d’analyses mobilisées, la mise en évidence de son inscription dans le thème du colloque.

Comité d'organisation belge

  • Arthur Borriello (Politologue, Cevipol-ULB),
  • Laura Calabrese (Analyse du discours, RESIC-ULB),
  • Jean-Claude Deroubaix (Sociologue, sciences du langage, ESHS-UMons),
  • Denis Duez (Politologue, IEE-USL-B ; GT ABSP « Europe »),
  • François Fecteau (Sociologue, GRAID-ULB),
  • Geoffrey Geuens (Communication, LEMME-ULg),
  • Corinne Gobin (Politologue, GRAID-ULB ; GT ABSP « Questions sociales »),
  • Clément Jadot (Politologue, Cevipol-ULB),
  • Heidi Mercenier (Politologue, CRESPO-USLB, groupe de contact F.R.S.-FNRS Langue(s) et Politique (s)).

Comité scientifique international 

  • Julien Auboussier (Communication, Université de Franche-Comté),
  • Paul Bacot (Politologue, professeur émérite de l’IEP Lyon),
  • Michelangelo Conoscenti (Linguiste, Università di Torino),
  • Alice Krieg-Planque (Communication, Université Paris Est-Créteil),
  • Hélène Michel (Politologue, IEP de Strasbourg),
  • Susan Milner (Politologue, University of Bath),
  • Umberto Morelli (Historien, Università di Torino),
  • Coco Norén (Linguiste, Uppsala University),
  • Claire Oger (Communication, Université Paris Est-Créteil),
  • Rachele Raus (Linguiste, Università di Torino),
  • Philippe Schepens (Linguiste, Université de Franche-Comté),
  • Agnès Steuckardt (Linguiste, Université de Montpellier),
  • Pierre Tilly, (Historien, Université catholique de Louvain).

Les projets de communication sont à envoyer à cogobin@ulb.ac.be, François.Fecteau@ulb.ac.be, lcalabre@ulb.ac.be

Version anglaise de l'appel en pièce jointe.

Lieux

  • Bruxelles, Belgique

Dates

  • samedi 05 décembre 2015

Mots-clés

  • intégration européenne, construction européenne, analyse de discours, polémique, controverse, discours politique, discours médiatique

Contacts

  • Laura Calabrese
    courriel : laura [dot] calabrese [at] ulb [dot] ac [dot] be
  • Corinne Gobin
    courriel : cogobin [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • julien auboussier
    courriel : auboussier_julien [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Discours d’Europe, discours sur l’Europe. Quand polémiques et controverses s’en(m)mêlent… », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 18 décembre 2014, http://calenda.org/311425