AccueilDany Laferrière et les francophonies d’Amérique

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Publié le mercredi 11 février 2015 par João Fernandes

Résumé

L’élection de Dany Laferrière à l’Académie française et les nombreux prix littéraires que lui vaut son œuvre – pour n’en citer qu’un, le Prix Médicis pour L’Enigme du retour en 2009 – semblent bien faire de lui un écrivain consacré. Pourtant, il a entamé sa carrière sur un sourire en dévoilant à son lectorat « comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » (1985) ; il a placé sa trajectoire littéraire sous le signe de la « dérive douce » (1994) et s’est joué des clichés et de la géographie, s’enracinant dans un « pays sans chapeau » (1996) pour s’affirmer « écrivain japonais » (2008) ou « écrivain en pyjama » (2013) et faire l’éloge de « l’art presque perdu de ne rien faire » (2014). Sa personnalité littéraire est donc marquée du sceau de la légèreté et de l’humour, du déplacement perpétuel dans l’ironie et du brouillage des cartes géographiques, et elle s’éloigne apparemment de toute gravité académique.

Annonce

Argumentaire

L’élection de Dany Laferrière à l’Académie française et les nombreux prix littéraires que lui vaut son œuvre – pour n’en citer qu’un, le Prix Médicis pour L’Enigme du retour en 2009 – semblent bien faire de lui un écrivain consacré. Pourtant, il a entamé sa carrière sur un sourire en dévoilant à son lectorat « comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » (1985) ; il a placé sa trajectoire littéraire sous le signe de la « dérive douce » (1994) et s’est joué des clichés et de la géographie, s’enracinant dans un « pays sans chapeau » (1996) pour s’affirmer « écrivain japonais » (2008) ou « écrivain en pyjama » (2013) et faire l’éloge de « l’art presque perdu de ne rien faire » (2014). Sa personnalité littéraire est donc marquée du sceau de la légèreté et de l’humour, du déplacement perpétuel dans l’ironie et du brouillage des cartes géographiques, et elle s’éloigne apparemment de toute gravité académique. A travers la trajectoire et l’œuvre de Dany Laferrière, on peut voir se dessiner une ambivalence caractéristique des littératures francophones contemporaines, on peut mettre à jour des dynamiques qui animent aujourd’hui cet espace littéraire.

  1. Tout d’abord, Dany Laferrière a d’emblée articulé son œuvre au champ littéraire québécois. Les opportunités et les stratégies éditoriales de l’écrivain, un certain nombre de références et d’intertextes mobilisés par les romans, ou tout simplement les paysages urbains décrits par l’auteur de Chronique de la dérive douce (1994) le rattachent à cette littérature. On peut alors rapprocher Dany Laferrière d’autres auteurs qui s’ancrent eux aussi dans l’espace littéraire québécois, tout en maintenant ouvertes des perspectives sur un ailleurs. En écho avec les romans de Ying Chen ou les pièces de théâtre de Wajdi Mouawad, l’œuvre de Dany Laferrière prend place dans une tendance actuelle de l’histoire littéraire québécoise. En même temps, l’écrivain n’a de cesse de revenir à l’histoire haïtienne, pour en réinterpréter de manière toute personnelle la culture (Pays sans chapeau en 1996, L’Enigme du retour en 2009). Il a aussi partie liée avec le champ littéraire haïtien, lui-même marqué par l’exil – comme l’observait Yanick Lahens dans un essai de 1990. Il se situe donc au confluent de deux histoires littéraires, écrivain haïtien exilé à Montréal, écrivain montréalais habité par le souvenir d’Haïti. A travers lui, se dessinent donc les questions de la construction d’une littérature en exil, de la place d’écrivains d’ailleurs dans une littérature. L’écrivain pose donc une problématique d’histoire, de société, de géographie autant que de littérature. On voit alors s’esquisser, à travers Dany Laferrière, une histoire littéraire complexe, fondée sur des échanges et des trajectoires, un mouvement et une dynamique, celle de francophonies américaines au pluriel.
  2. De ce faisceau de questions découle celle du statut de l’écrivain. Se demander à quelle littérature rattacher Dany Laferrière nous conduit à nous interroger sur sa conception du rôle de l’écrivain. Est-il un témoin, témoin d’une histoire qu’il retranscrit dans des souvenirs à hauteur d’homme, comme dans Le Cri des oiseaux fous (2000), témoin au présent des catastrophes d’un pays qu’il cherche à éclairer sans cesse par l’espoir, comme dans Tout tremble autour de moi (2010) ? Ou bien l’écrivain est-il justement celui qui interroge ou joue sur les identités – thème constant de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) à Je suis un écrivain japonais (2008) ? Ainsi, à la question d’histoire littéraire qu’il nous pose, Dany Laferrière semble répondre par un constant décentrement : élargissant son horizon à une dimension continentale, avec son « autobiographie américaine », l’écrivain se situe finalement de manière ambivalente entre une Weltliteratur à la Goethe et le refus de toute appartenance. Dans cette trajectoire, il se déporte des problématiques de l’engagement ou du témoignage pour proposer une réflexion sur la littérature.
  3. Cette question transite par des lectures. Dany Laferrière est un écrivain lettré qui ne cesse de se référer, sous différentes modalités, à d’autres œuvres. La trajectoire et l’œuvre de Dany Laferrière posent donc la question de l’écrivain et ses autres. L’auteur se montre aussi bien lecteur de Chester Himes que de Yukio Mishima ou Gabriel Garcia Marquez. Si bien qu’on peut trouver chez lui des traces des grands textes homériques ou du Coran aussi bien que des références à Woody Allen ou à des émissions de la télévision québécoise. Depuis les premiers romans jusqu’aux récents essais, l’écriture de Dany Laferrière joue d’une « entreglose », comme aurait dit Montaigne, qui fait de la littérature une mise en miroir et en question de la culture.
  4. Se pose alors la question du statut de la littérature. En effet, avant que d’être haïtienne ou québécoise, avant que d’être témoignage, prise de position ou jeu, avant que d’interroger un état de la culture, l’œuvre de Dany Laferrière se construit sur des choix esthétiques. L’auteur emprunte les différentes fonctions que l’on prête à la littérature pour s’en défier et, in fine, faire échapper son œuvre à toute définition fonctionnaliste. En se faisant Protée, l’écrivain ne se laisse prendre à aucun filet mais attire l’attention de ses lecteurs sur les différents masques qu’il se sculpte au fil de son œuvre et sur lesquels il fait porter tous ses efforts et toute son attention. En même temps, Dany Laferrière ouvre aussi son œuvre et la fait correspondre avec d’autres arts, comme la musique qui y est très présente. Ses ouvrages ont aussi fait l’objet de lectures théâtrales, ce qui pose la question de leur caractère dramatique – et ceci d’autant plus que Dany Laferrière entretient par ailleurs un lien particulier avec le cinéma. Scénariste et réalisateur (Comment conquérir l’Amérique en une nuit, 2004), il a aussi vu certains de ses récits adaptés pour le grand écran, par Jacques W. Benoît, John L’Ecuyer ou Laurent Cantet.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication sont à envoyer  à :

  • M. Romuald Fonkoua, Professeur des Universités, directeur du CIEF : rfonkoua_2@hotmail.fr
  • M. Florian Alix, MCF, CIEF : florianalix@hotmail.fr

avant le 23 mars 2015

Elles seront d’une longueur de 300 mots maximum, accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique (5 lignes maximum).

Après examen au sein du CIEF, réponse sera donnée le 26 mai 2015.

Le colloque aura lieu à l’Université Paris-Sorbonne les 16 et 17 octobre 2015.

Coordination scientifique

  • M. Romuald Fonkoua, Professeur des Universités, directeur du CIEF
  • M. Florian Alix, MCF, CIE

Lieux

  • Université Paris-Sorbonne - 1 rue Victor Cousin
    Paris, France (75005)

Dates

  • lundi 23 mars 2015

Mots-clés

  • Dany Laferrière, francophonie, Amériques, Québec, Haïti, cinéma, histoire littéraire

Contacts

  • Florian Alix
    courriel : florianalix [at] hotmail [dot] fr

Source de l'information

  • Florian Alix
    courriel : florianalix [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Dany Laferrière et les francophonies d’Amérique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 février 2015, http://calenda.org/317057