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Publié le mardi 24 février 2015 par João Fernandes

Résumé

En 2015 sera célébré le tricentenaire de la mort de Fénelon. À cette occasion, deux importants colloques se tiendront à Strasbourg et à Lille, en juin et septembre, où sera très probablement abordée la question des liens, complexes, que Fénelon a entretenus avec le jansénisme. Cette question, que Henk Hillenaar, en 2000, estimait quelque peu délaissée parmi les études féneloniennes, demeure encore, près de quinze ans plus tard, trop peu examinée — tandis que la thèse, qu’Eugène Griselle appelait de ses vœux en 1912, n’a toujours par trouvé de candidat. Pourtant les quelques travaux publiés — par Jacques Le Brun ou Sylvio Hermann de Franceschi —, de même que les récentes études sur la bulle Unigenitus, ont permis de mesurer la nécessité d’approfondir cette perspective afin d’enrichir la connaissance de la philosophie de Fénelon, celle des interprétations de la théologie augustinienne, et enfin l’ecclésiologie de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle.

Annonce

Argumentaire

En 2015 sera célébré le tricentenaire de la mort de Fénelon. À cette occasion, deux importants colloques se tiendront à Strasbourg et à Lille, en juin et septembre, où sera très probablement abordée la question des liens, complexes, que Fénelon a entretenus avec le jansénisme. Cette question, que Henk Hillenaar, en 2000, estimait quelque peu délaissée parmi les études féneloniennes, demeure encore, près de quinze ans plus tard, trop peu examinée — tandis que la thèse, qu’Eugène Griselle appelait de ses vœux en 1912, n’a toujours par trouvé de candidat.

Pourtant les quelques travaux publiés — par Jacques Le Brun ou Sylvio Hermann de Franceschi —, de même que les récentes études sur la bulle Unigenitus, ont permis de mesurer la nécessité d’approfondir cette perspective afin d’enrichir la connaissance de la philosophie de Fénelon, celle des interprétations de la théologie augustinienne, et enfin l’ecclésiologie de la fin du 17e siècle et du début du 18e siècle.

Le combat que Fénelon entend mener contre le jansénisme — qui fut, rappelons-le, le dernier combat d’une existence pour le moins mouvementée — lui permet en effet de préciser sa théologie, son ecclésiologie, mais tout d’abord sa philosophie qui trouve là une forme de maturité, sinon d’achèvement, par les réponses qu’elle apporte à la doctrine supposée des jansénistes, et plus généralement aux grandes problématiques du temps : celles de l’accord du libre arbitre et de la grâce, de la nature du libre arbitre, de la volonté, de la concupiscence, et de la délectation dans l’amour de Dieu. Que ce soit dans l’Instruction pastorale en forme de dialogues sur le système de Jansénius, ou bien dans l’importante correspondance avec François Lamy, Fénelon entend combattre ce qu’il pense être les erreurs du jansénisme. Il nourrissait d’ailleurs le projet d’opposer un Augustinus à celui de Jansénius. Car le jansénisme se trompe : il se trompe sur l’interprétation à donner de la grâce, ce qui entraîne une erreur quant à la nature de la délectation suscitée par la grâce et au rôle joué par la volonté ; il se trompe aussi sur la nature de la volonté et du libre arbitre, donc également sur le sens du péché, ce qui conduit à une anthropologie entièrement négative qui se traduit à son tour par une position proche du calvinisme quant à la part prise par l’homme à son salut. Son erreur porte donc sur Dieu et sur l’homme. Enfin, le refus de se soumettre aux décisions de l’Église, par l’acceptation pleine des conclusions de la bulle Unigenitus, revient à en contester l’autorité suprême — supérieure à celle d’Augustin.

Cette controverse, Fénelon l’expose, à l’instar des Provinciales, à travers des dialogues échangés avec un certain Fremont incarnant le « jansénisme ». Beaucoup de ses aspects restent à élucider, dont celui des sources qu’exploite le prélat, pour réfuter l’adversaire, et des interprétations qu’il en propose : qu’elles soient philosophiques (Aristote, saint Augustin, saint Thomas, Suarez, Descartes, l’occasionnalisme de Malebranche), patristiques ou spirituelles. C’est par l’élucidation de ces sources qu’il sera permis de mesurer plus objectivement l’écart qui sépare Fénelon de ce qui n’est peut-être qu’un adversaire imaginaire, un « fantôme ». Par ailleurs, le combat contre le jansénisme ne saurait être analysé sans être référé à l’autre grande querelle, celle du quiétisme, qui a aussi fait de Fénelon un ennemi de l’Église. Dans cette perspective, il conviendra d’examiner le paradoxe auquel n’échappent ni les partisans de Jansénius (partisans d’un « fixisme » doctrinal, ils ne se soumettent cependant pas aux décisions de l’Église), ni Fénelon (disposé à toute obéissance mais ouvert à la notion de tradition vivante).

Au demeurant, que Fénelon se soit présenté comme l’adversaire du jansénisme, signifie-t-il qu’il l’ait été de Port-Royal ? Le différend autour de l’oraison qui a opposé si vivement Bossuet et Nicole à Fénelon permet-il de conclure à une incompatibilité générale d’idées ? Au contraire, bien des conclusions, qu’elles touchent à la morale, à la pédagogie ou à l’esthétique, leur sont communes — tandis qu’elles s’écartent, ensemble et résolument, de celles des  jésuites — Fénelon pas plus que ses prétendus « ennemis » n’appréciant l’indigne souplesse de la morale des casuistes ni l’excès ornemental de leur prose ou de leurs ouvrages plastiques. Ennemi des jansénistes, le prélat ne le serait pas autant de Port-Royal. Ce sont ces différents aspects qui, nous l’espérons, nous conduirons à nuancer l’image sans doute trop rigide d’un Fénelon adversaire du jansénisme, que nous nous proposerons d’examiner dans le cadre de cette journée. 

Programme

9h45. Accueil des participants.
10h. Allocution d’ouverture : A. Frigo, L. Devillairs, P. Touboul.

I. Théologie, mystique, spiritualité

  • 10h30. Sylvio de FranceschiLa notion théologique de délectation victorieuse au temps de l’antijansénisme fénelonien.
  • 11h. François TrémolièresQui peut juger du sens d’un texte ?
  • 11h30. Alberto FrigoL’antimysticisme de Port-Royal et la mystique de Fénelon.

12h. Questions et discussions.

II. Philosophie, pédagogie, esthétique, morale: Des textes à l’action

  • 14h30. Hélène MichonLe François de Sales de Fénelon.
  • 15h. Laurence Devillairs et Patricia TouboulLe(s) plaisir(s) : Fénelon et Port-Royal.
  • 15h30. Philippe MoulisLes jansénistes de Fénelon de 1708 à 1715 : mythe ou réalité ?

16h. Questions et discussions.

16h30. Jacques Le BrunConclusions générales

Lieux

  • Saint-Germain des Prés - 3 bis rue de l'abbaye
    Paris, France (75006)

Dates

  • lundi 02 mars 2015

Mots-clés

  • Fénelon, Port-Royal

Contacts

  • Patricia Touboul
    courriel : pa [dot] tou [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Fabien Vandermarcq
    courriel : portr [at] voila [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Fénelon et Port-Royal », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 24 février 2015, http://calenda.org/317983