AccueilSciences sociales en guerre

Sciences sociales en guerre

Dispositifs et pratiques des sciences sociales en contexte de conflit violent

*  *  *

Publié le mercredi 25 février 2015 par Elsa Zotian

Résumé

Cette journée d’études vise à engager une recherche collective sur la production des sciences sociales en situation de guerre ou de conflit violent. Il s’agit d’examiner de façon comparatiste les effets de l’expérience guerrière et des contextes de violence sur les dispositifs et les pratiques locales de la recherche dans des « pays non hégémoniques » dans les hiérarchies scientifiques internationales et aux constructions étatiques récentes.

Annonce

Argumentaire

À la suite d’une première rencontre organisée à Beyrouth en 2014 [1] et de la préparation d’un numéro de la Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée (REMMM) sur ce que des « évènements historiques » font aux savoirs sociaux dans les sociétés arabes après 2011 [2], nous organisons une journée d’études visant à engager une recherche collective sur la production locale des sciences sociales en situation de guerre. Il s’agit d’examiner de façon comparatiste les effets de l’expérience guerrière et des contextes de violences sur la production des savoirs scientifiques dans et sur des « pays non hégémoniques » dans les hiérarchies scientifiques internationales (Losego et Arvanitis, 2008) et aux constructions étatiques récentes.

L’histoire et la sociologie des sciences humaines et sociales issues de ces pays constituent depuis plus de deux décennies un champ de recherche en constant développement. Elles ont largement contribué à une meilleure connaissance de la genèse des institutions de savoir et de la fabrique des acteurs scientifiques. Deux problématiques ont été privilégiées à cet égard : les rapports des sciences sociales autochtones avec l’héritage des sciences coloniales et/ou la recherche menée au Nord ; la construction des systèmes scientifiques nationaux concomitamment à celle de l’État. En revanche, les conflits violents auxquels nombre de ces sociétés ont été confrontées au cours des processus de décolonisation et de consolidation des États indépendants demeurent peu interrogés quant à leurs effets sur la production locale des sciences sociales. Ils représentent pourtant bien souvent une expérience commune à des sociétés engagées dans des dynamiques de redéfinition des modes de partage du pouvoir et des identités politiques et culturelles. Nous proposons dès lors d’interroger les effets durables et structurants de ces conflits violents dans l’histoire des sciences sociales produites par ces sociétés.

À l’évidence, l’expérience de la guerre – à l’instar de tout moment suscitant des mutations politiques et sociales brutales – interpelle les SHS dans leurs contenus. Mais la réflexion sur les effets heuristiques et herméneutiques de « l’événement-guerre » dans les différents domaines de savoir nous semble devoir être prolongée et complétée par une réflexion sur les transformations des dispositifs et des pratiques mêmes de la recherche en sciences sociales. La pratique de l’enquête de terrain en situation de conflit violent a jusqu’ici fait l’objet d’un intérêt particulier de la part des anthropologues. Dans une perspective réflexive, ils ont examiné les conditions d’exercice de la discipline sur ces « terrains minés » (Albera 2001) ou « sous le feu » (Nordstrom et Robben 1995). Notre ambition est un peu différente de cette littérature consacrée pour l’essentiel à l’expérience de chercheurs qui sont extérieurs à la société qu’ils étudient. Il s’agit pour nous de saisir les effets de contextes violents sur les champs locaux des sciences sociales et sur les pratiques qui s’y développent, en portant notre attention sur les acteurs autochtones et les dispositifs de production de savoirs ancrés durablement dans ces contextes. Il s’agit également de chercher à comprendre ce qui se joue autour de l’activité scientifique, au-delà du moment singulier de l’enquête.

En croisant différentes études de cas consacrées à des dispositifs concrets de production et de diffusion des sciences sociales (laboratoires, centres de recherche universitaires et non universitaires, programmes de recherche, mais aussi maisons d’édition spécialisées, revues intellectuelles ou revues disciplinaires…), nous souhaitons explorer les axes de réflexion suivants :

• Comment le paysage institutionnel local de la recherche et de la formation en sciences sociales est-il affecté par la guerre ? Quels sont les effets durables du conflit sur les modes d’organisation et de fonctionnement des différents dispositifs étudiés ? Quelle nouvelle géographie des « lieux de savoir » (Jacob 2007) en sciences sociales est-elle dessinée ?

• Comment les procédures concrètes de la recherche qui y sont mises en oeuvre (modalités d’enquête, usages documentaires, écriture scientifique, évaluation, etc.) s’adaptent-elles aux contraintes issues de la situation de conflit violent ?

• Comment les modes de sociabilité savante, d’organisation de la discussion scientifique et de diffusion des savoirs sont-ils affectés par l’élévation du niveau de violence physique et symbolique ? Autrement dit, comment les communautés scientifiques fonctionnent-elles dans la guerre ?

Conditions de soumission

Cette journée d’étude vise à discuter de travaux en cours ou nouveaux afin d’explorer des pistes de réflexion communes et d’envisager de futures collaborations.

Les propositions, sous forme de résumés de 300 mots maximum, sont à envoyer aux organisateurs à l’adresse suivante : craymond@mmsh.univ-aix.fr

avant le 16 mars 2015

 Les interventions retenues seront notifiées avant le 6 avril 2015.

Les papiers, sous forme de draft papers, devront être soumis aux discutants le 5 juin.

Comité scientifique et d'organisation

  • Myriam Catusse (Institut Français du Proche-Orient/UMIFRE6/USR3135)
  • Candice Raymond (IREMAM, Aix-Marseille Université/LabexMed)
  • François Siino, (IREMAM, CNRS)

Indications bibliographiques

  • Agier M. (dir.), 1997, Anthropologues en dangers. L'engagement sur le terrain, Paris, Éditions Jean-Michel Place.
  • Albera D. (dir.), 2001, « Terrains minés en ethnologie », Ethnologie française, vol. 31, n° 1.
  • Amiraux V. et Cefaï D., 2002, « Les risques du métier. Engagements problématiques en sciences sociales », Cultures et conflits, 47.
  • Audoin Rouzeau S., 2008, Combattre. Une anthropologie historique de la guerre moderne, XIXe-XXIe siècle, Paris, Seuil.
  • Jacob Ch. (dir.), 2007, Lieux de savoirs, Paris, Albin Michel.
  • Losego Ph. et Arvanitis R. (dir.), 2008, « La science dans les pays non hégémoniques », Revue d'anthropologie des connaissances, vol. 2, n° 3.
  • Nordstrom C. et Robben A. (dir.), 1995, Fieldwork Under Fire. Contemporary Studies of Violence and Culture, Berkeley, University of California Press.
  • Romani V., à paraitre 2015, Coercition et sciences sociales. Universitaires palestiniens entre occupation militaire et mondialisation académique, Aix-en-Provence, IREMAM/Karthala.

[1] 17 avril 2014 : Faire des sciences humaines et sociales en contexte de conflit : acteurs et pratiques de savoir, journée d’étude IFPO/OIB organisée dans le cadre du séminaire Conflits de savoirs, savoirs en conflits. Production et usages sociaux des sciences humaines et sociales au Proche-Orient : http://www.ifporient.org/node/1467

[2] http://remmm.revues.org/8177

Lieux

  • Salle Duby - Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme (MMSH)
    Aix-en-Provence, France (13090)

Dates

  • lundi 16 mars 2015

Mots-clés

  • pratiques scientifiques, champs scientifiques, savoirs, guerre, violence, conflit

Contacts

  • Candice Raymond
    courriel : craymond [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Candice Raymond
    courriel : craymond [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sciences sociales en guerre », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 février 2015, http://calenda.org/319513