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Paysages et imagination

Landscapes and imagination

Apports et relations de l'imagination et des imaginaires au projet de paysage

The contributions and relationships of the imagination in landscape projects

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Publié le mardi 03 mars 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Il s'agit par cette journée thématique de s’intéresser à l'imagination et à l'imaginaire comme à des sources vives qui ouvrent des horizons nous permettant d’agir sur le monde, irriguent toute à la fois la construction culturelle, symbolique et collective du terme de paysage, la pratique effective de son aménagement par une sphère professionnelle, et la réception de cette pratique aménagiste. L’ambition de cette journée d’étude est d'illustrer ou d'incarner ces questions par la présentation de pratiques projectuelles, éventuellement artistiques, pédagogiques, théoriques ou socio-politiques, qui renvoient, d’une manière ou d’une autre, au projet de paysage.

Annonce

Argumentaire

“On rêve avant de contempler. Avant d'être un spectacle conscient, tout paysage est une expérience onirique. On ne regarde avec une passion esthétique que les paysages qu'on a d'abord vus en rêve. Et c'est avec raison que Tieck a reconnu dans le rêve humain le préambule de la beauté naturelle. L'unité d'un paysage s’offre comme l'accomplissement d'un rêve souvent rêvé, “wie die Erfüllung eines oft getraumten Traums” (L. Tieck, Werke, t.V, p. 10). Mais le paysage onirique n'est pas un cadre qui se remplit d'impressions, c'est une matière qui foisonne.”

Gaston Bachelard, L'eau et les rêves, José Corti, 1978

Décrite par la philosophie comme dépendante de deux structures cognitives : une faculté motrice et une faculté imageante, l'imagination fait l'objet d'un paradoxe théorique. Faculté de l'esprit envisagé par Gaston Bachelard comme puissance de déformation et de transformation du réel, activité mentale décrite par la psychanalyse comme apte à imager tout à la fois le désir, la volonté, l’idéal, l’effroi et le convenu, elle est aussi envisagée, par Jean-Paul Sartre notamment, dans sa capacité à  "déréaliser", "absenter" voire "néantiser" son objet. Il ne s’agit pas ici de discuter ou de trancher ce paradoxe mais de s’intéresser aux différents rapports qu'entretiennent ces définitions de l’imagination et de l’imaginaire avec la formation et la transformation de ce que nous appelons communément le « paysage ». 

Il s'agit par cette journée thématique de s’intéresser à l'imagination et à l'imaginaire comme à des  sources vives qui ouvrent des horizons nous permettant d’agir sur le monde, irriguent toute à la fois la construction culturelle, symbolique et collective du terme de paysage, la pratique effective de son aménagement par une sphère professionnelle, et la réception de cette pratique aménagiste. Quelle part active l’imagination prend-t-elle dans le projet de paysage ? Comment aide-t-elle à concevoir ? Ou comment handicape-t-elle la conception? Quels sont les archétypes, stéréotypes, les fantasmes, les fixations, et/ou les mobilités et motricités psychiques qui président à une imagination « paysageante » ? Paysage est ici compris dans le contexte du projet de paysage, lequel associe toujours une réalité matérielle, une histoire culturelle et une intention de transformation, de conservation ou de mise en valeur de cette réalité. Dès lors, le terme de « paysage » induit une considération de la diversité des enjeux et des acteurs.

Nous proposons ainsi trois axes de réflexion :

La pratique des paysagistes

Puissance transformatrice et imageante, faculté liée a priori à toute activité créative, l’imagination pourrait naturellement se présenter comme l’une des activités majeures de la pratique du projet de paysage. Une hypothèse voudrait que l'imaginaire d'un concepteur, comme celle d'un créateur, devrait rester secrète, sorte de boite noire mettant à couvert toutes formes de transgressions, de régressions voire de naïvetés peu compatibles avec le sérieux de l’ingénierie et de l’expertise. Une autre hypothèse envisage la possibilité d'échanges féconds entre l'imagination et le savoir, le second ne recouvrant pas la première mais travaillant avec elle. Il s'agit ici de recueillir des expériences à même de nourrir l'analyse de ces rapports entre imagination et projetation. Nous proposons d'aborder cette analyse autours de trois questions : l'imaginaire d'un paysagiste est-il visible ? Est-il dicible ? Est-il négociable ?

La première question interroge plus particulièrement les rapports de l'imagination avec les activités imageantes ou représentatives induites par le projet. Dessiner, maquetter un projet est-ce donner forme à un imaginaire ? Est-ce incarner l'imagination ou l'impulser ? L'image projectuelle rend-t-elle visible l'à-venir ? et/ou rend-t-elle invisible l'existant ? Quels sont les liens entre imaginaire et prise de conscience du lieu ?

La seconde question s'intéresse aux conditions professionnelles. L’imagination est-elle une activité communicable dans le cadre des discours professionnels ? Est-elle directement valorisée comme faisant partie des compétences ou du travail attendu ? Ou bien est-elle recouverte par les dimensions du savoir, de l’analyse et de la volonté, dimensions a priori plus objectives et/ou plus opérationnelles ? La dernière question tente enfin d'interroger l'expérience des paysagistes sur les bonheurs ou les difficultés liées à l'imaginaire collectif.  Comment la faculté d’imagination du maître d’œuvre dialogue-t-elle avec un imaginaire collectif ? Un projet de paysage est-il apte à engendrer un tel imaginaire ? Comment « le paysage » passe-t-il, ou ne passe-t-il pas, de l’imagination de l’un à celle d’un autre, à celle d’autres, de beaucoup d’autres ?

L’approche historique

Deux entrées principales sont proposées pour les approches historiques, portant soit sur un projet précis, réalisé ou utopique, soit sur l’œuvre d’un-e paysagiste. La première entrée s'attacherait explicitement aux imaginaires. Elle chercherait soit à découvrir les images fixes, voire les stéréotypes et l'univers symbolique propre à un concepteur, soit à montrer comment certains projets utilisent et mettent en scène les stéréotypes et symboles attachés à un lieu ou un territoire, ou bien encore à décrire l’imaginaire propre à une période historique associant par exemple, des réalisations, des éléments de discours, des modalités de représentation du paysage. Au-delà ou en deçà du paysage, cette dernière approche est ouverte à l’histoire des jardins. La seconde entrée s'aventurerait à décrire l'imagination propre à un concepteur ou à un projet comme faculté motrice (« faculté du possible » selon Gilbert Durand), à savoir ce qui entraîne à une mise en forme, à une composition, à une spatialisation.

La réception des projets de paysage

Que ce soit en milieu urbain, péri urbain ou rural, l’imagination et l’imaginaire participent-ils de la réception (acceptation ou rejet) des projets d’aménagement paysager ? Cet axe de réflexion recouvre deux sortes d’interrogation. L’imagination et l’imaginaire sont-ils partis prenante des discours promotionnels et critiques ? Induisent-ils des pratiques, des usages, un attrait, un désintérêt, qui n’auraient peut-être pas été envisagés dans le projet lui-même et qui lui apporteraient une interprétation nouvelle ? La première interrogation se fonderait sur une analyse des discours ; d’une part, ceux du concepteur et de la maîtrise d’ouvrage via les supports de communication et de promotion du projet, d’autre part, ceux des associations, de la presse (générale ou spécialisée) et des habitants via l’ensemble des supports critiques. Il s’agirait alors de s’intéresser à l’apport et à l’utilisation de l’imaginaire (en tant que réservoir d’images renvoyant à des structures fondamentales) et/ou à l’apport de l’imagination (en tant que faculté) dans l’évocation d’un projet, sa définition dans un cahier des charges, sa communication ou sa mise en discours. L’analyse critique pourra être conduite, entre autres, par le souci d’évaluer si l’imaginaire mis en jeu (dans un projet ou un contre-projet), se révèle comme motif d’adhésion, de conflits ou de désaffection de la part des différents acteurs et locuteurs concernés. La seconde interrogation se fonde sur l’articulation féconde indiquée par Michel Conan à propos du jardin, entre la conception d’un espace (avec ce qui le constitue concrètement), sa pratique (ou les activités qui s’y déroulent) et le sens imaginé associé à son expérience (ou sa réception émotionnelle). Cette articulation entre projetation et réception imaginée, permet d’interroger ce qui engage les personnes à réaliser certains gestes ou actions dans un paysage conçu, parfois à d’autres fins.

Plutôt que de répondre définitivement à ces nombreuses questions, l’ambition de cette journée d’étude est de les illustrer ou de les incarner par la présentation de pratiques projectuelles, éventuellement artistiques, pédagogiques, théoriques ou socio-politiques, qui renvoient, d’une manière ou d’une autre, au projet de paysage. On y cherchera moins à produire “un cadre qui se remplit d'impressions”, qu’à rassembler “une matière qui foisonne” (Bachelard) et qui met en mouvement.

Cette Journée thématique, ouverte, entre autres, aux jeunes chercheurs et doctorants, participe à un appel à contributions (qui sera lancé au printemps 2015) portant sur la même thématique pour une publication dans le numéro 14 de la revue Projets de paysage, à paraître au premier semestre 2016 (www.projetsdepaysage.fr). La journée d’étude est organisée par Sylvie Brosseau (Architecte-chercheure, université Waseda, Tokyo), Sabine Ehrmann (Artiste, Docteur en Esthétique, Enseignante et chercheuse en Paysage, Ensapl, LACTH)  et Catherine Grout (Professeure d’esthétique, HDR, ensapl, chercheure au LACTH).

Modalités de soumission

Une proposition résumée de 1500 à 2000 signes sera transmise à Mathilde Christmann, en charge du suivi, à m-christmann@lille.archi.fr,

au plus tard le 1er avril 2015

afin d’être soumise au comité scientifique, qui l’examinera dans un délai d’un mois.

Les contributions développées autour de 5000 signes devront parvenir au plus tard le 10 juillet.

Le LACTH organise le 23 septembre 2015 la journée d’étude « Paysage et imagination. Apports et relations de l’imagination et des imaginaires au projet de paysage », à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille.

Comité scientifique

  • Sylvie Brosseau (Architecte-chercheure, université Waseda, Tokyo)
  • Sabine Ehrmann (Artiste, Docteur en Esthétique, Enseignante et chercheuse en Paysage, Ensapl, LACTH)
  • Catherine Grout (Professeure d’esthétique, HDR, ensapl, chercheure au LACTH)
  • Louis-Michel Nourry (Professeur honoraire des Ecoles d'Architecture, Historien des jardins et du paysage)
  • Rita Occhiuto (Professeure à la Faculté d’Architecture, Université de Liège, architecte-paysagiste)
  • Anne Sgard (Professeure associée à l’université de Genève, géographe)

Lieux

  • Lille, France

Dates

  • mercredi 01 avril 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • projet, paysage, imaginaire, imagination

Contacts

  • Mathilde CHRISTMANN
    courriel : secretariatchaireicima [at] cnac [dot] fr

Source de l'information

  • Mathilde CHRISTMANN
    courriel : secretariatchaireicima [at] cnac [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Paysages et imagination », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 03 mars 2015, http://calenda.org/319550