AccueilPise : de la Grande Peste à la conquête florentine (1348-1406)

Pise : de la Grande Peste à la conquête florentine (1348-1406)

Pisa: from the great plague to the Florentine conquest (1348-1406)

Nouvelles orientations pour l’histoire d’une société en crise

New directions for the history of a society in crisis

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Publié le mardi 03 mars 2015 par João Fernandes

Résumé

Pise est sans doute l’un des observatoires privilégiés de la « crise du XIVe siècle ». La grande mortalité s’abat en effet sur une ville qui, déjà, connaît les affres des bouleversements économiques et politiques. L'historiographie a longtemps interprété l'histoire de la ville au Trecento, et a fortiori entre la Peste Noire et la conquête florentine (1406) selon un paradigme décliniste. Pourtant, à la suite des travaux menés sur cette période par F. Melis et M. Tangheroni et des renouvellements plus récents, profitant d’un regain d’intérêt pour l’exploitation des sources de la pratique, il est possible de réévaluer l'ampleur de la « crise » pisane, et de redéfinir les paramètres politiques, économiques et sociétaux qui ont marqué la période postérieure à la Grande peste.

Annonce

Programme

Pise, Università, Dipartimento di Civiltà e forme del Sapere, Via Pasquale Paoli 15,

vendredi 10 avril 2015 

Interventions de 25 minutes, suivies d’un débat de 15 minutes 

9h : accueil des participants.

  • 9h15-9h45 : Giuseppe Petralia (Università di Pisa) : introduction 

Les évolutions de la société pisane à la fin du Moyen Age

Président : Laurent Feller (Université Paris 1/LAMOP) 

  • 9h45-10h30 : Mauro Ronzani (Università di Pisa) : « Il complesso della cattedrale nel secondo Trecento: completamento degli edifici, sviluppo degli allestimenti interni, fruizione religiosa e 'civile' »
  • 10h30-11h15 : Sylvie Duval (EfR/CNRS/CIHAM) : « La société pisane vue à travers les testaments » (titre provisoire) 

11h15-11h30 : pause 

  • 11h30-12h15 : Cecilia Ianella (Università di Pisa) :« La rappresentazione della città. Pisa per immagini » (titre provisoire)

12h15-12h45 : discussion 

12h45-14h30 : Repas 

  • 14h30-15h : Table ronde des doctorants : Marco Conti (CIHAM), « Imposer la ville: étude de la fiscalité à Bologne de la fin du XIIIe au début du XVe siècle » et Philippe Lefeuvre (LAMOP), « Les hiérarchies des sociétés rurales du Chianti (Toscane) aux XIIe et XIIIe siècles ». 

L’économie pisane confrontée à la crise

Président : Armand Jamme (CNRS/CIHAM) 

  • 15h-15h45 : Alma Poloni (Università di Pisa) :« Economia e società a Pisa nella seconda metà del Trecento » (titre provisoire)
  • 15h45-16h30 : Cédric Quertier (EfR/LAMOP) : « Les étrangers à Pise : les cas de la nation des marchands florentins et du quartier de San Vito » (titre provisoire) 

16h30-16h45 : pause 

  • 16h45-17h30 : Jérôme Hayez (CNRS/LAMOP) : « S’observer, coopérer, se fréquenter ou rester avec les siens. Les interactions entre marchands florentins et pisans dans les correspondances Datini vers 1400 »

17h30-18h : discussion. 

  • 18h : Sandro Carocci (Università Roma Tor Vergata / responsable du projet de recherche "La mobilità sociale nel Medioevo italiano (secoli XII-XV))", PRIN 2012) : conclusions 

Organisateurs

Argumentaire 

La Grande peste est sans conteste l’une des catastrophes les plus profondes qu’aient dû subir les sociétés urbaines au Moyen Âge. On en mesure mal, encore aujourd’hui, les conséquences, notamment du fait des retours de peste, qui achèvent, dans les décennies suivantes, de briser les équilibres démographiques des sociétés européennes en décimant des générations entières[1]. Et pourtant, ces sociétés « résistent[2] », et se transforment. Elles ploient sous le poids de la mortalité mais ne rompent pas. Il faut donc admettre un fait qui n’est sans doute pas assez répété : les sociétés médiévales sont solides, et leurs structures culturelles, religieuses, et peut-être même économiques et politiques, si elles ont indéniablement subi des transformations profondes ont, malgré tout, tenu face aux catastrophes[3]. L’historiographie économique actuelle tend d’ailleurs à adopter une vision plus « optimiste » du XIVe siècle, liant l’effondrement démographique à l’essor, dans différentes régions européennes, de productions particulières, aussi bien dans le secteur agricole que dans le secteur industriel, et à la formation de marchés régionaux et interrégionaux plus intégrés[4], alors que l’amélioration des conditions de vie des survivants a été mise en évidence dans d’autres villes[5].

Pise est sans doute l’un des observatoires privilégiés de la « crise du XIVe siècle ». La grande mortalité s’abat en effet sur une ville qui, déjà, connaît les affres des bouleversements économiques et politiques : perte de ses positions commerciales en Méditerranée, intensification insuffisante des cultures et faibles densité de population dans le contado[6]. Après avoir connu un âge d’or au XIIe siècle, le désastre de la Meloria (1284), la perte de la Sardaigne (1324) et la conquête florentine (1406) furent longtemps présentés comme les marqueurs d’un inexorable déclin, notamment par G. Volpe[7] et ses épigones : ainsi P. Silva peut-il parler de « lente décadence économique et politique de Pise[8] » et G. Rossi Sabatini sous-titrer son livre sur le premier XIVe siècle « Studi sulla crisi costituzionale del Comune », dans lequel il oppose la « décadence économique [de Pise] et les progrès de Florence[9] ». Jusque dans les années 1970, une partie de l’historiographie persistait en ce sens, notamment O. Banti dans son ouvrage sur la seigneurie de Iacopo d’Appiano (1392-1399)[10].

Pourtant, après la Meloria, l’histoire pisane continue, et certains historiens, comme E. Cristiani[11], critiquent le paradigme décliniste. Il faudrait donc déterminer à quel niveau appréhender cette « crise ». Alors que ses ressources sont bien moindres, la commune pisane est capable, grâce au très fort ancrage du gibelinisme et à la résidence périodique des empereurs en ville[12], de préserver durant une cinquantaine d’années son indépendance, notamment par un jeu d’équilibriste diplomatique consistant à jouer de la rivalité entre Milan et Florence. Dans le domaine économique, les travaux de F. Melis et de M. Tangheroni ont permis de démontrer que des années 1340 aux années 1390, le commerce pisan se porte bien, que ce soit pour les banquiers comme pour les marchands[13]. G. Ciccaglioni a également prouvé que les familles de lanaioli pisans sont en ascension sociale et politique au moins jusqu’en 1369[14]. Ne peut-on d’ailleurs expliquer les mesures protectionnistes prises par Florence contre Pise par une concurrence de ces lanaioli pisans[15] ? La diffusion du denier pisan en Toscane et la « guerre des monnaies » menée par Florence entre 1366 et 1371 (dévaluation du florin) ne prouvent-elles pas l’importance ou du moins la résistance de l’économie pisane[16] ? Si par ailleurs les Pisans perdent le monopole sur le transport des marchandises depuis leur port (dès 1369 face aux Florentins), cela n’empêche pas le complexe portuaire (Pise-Porto Pisano-Livourne) d’être vu comme la bocca di Toscana (Goro Dati) ou l’occhio di Toscana (Francesco di Marco Datini) et d’être considéré comme un des principaux ports de la méditerranée occidentale, qui voit passer plus de 1000 bateaux par an en provenance de tous horizons[17]. Enfin, le prestige de Pise est encore grand au début du XVe siècle, puisqu’elle accueille, en 1409, le concile qui élit le « troisième » pape, Alexandre V[18]. Les périodes de déclin, de fait, n’apparaissent comme telles qu’a posteriori, et l’intégration de Pise au nouvel état florentin en 1406 ne saurait être considérée comme l’aboutissement inévitable de la crise qu’elle a traversé dans la seconde moitié du XIVe siècle. L'aisance des élites pisanes face à la pauvreté grandissante de la masse de la population pourrait également s'expliquer par un phénomène de polarisation de la société - hypothèse qu'il faudra interroger - comme on peut l'observer ailleurs[19].

A la suite des travaux menés sur cette période par F. Melis et M. Tangheroni notamment, notre rencontre aura pour but d’explorer une période mal aimée des historiens, en partie, justement, du fait de sa réputation de « période de déclin ». Le renouveau actuel des recherches sur ce sujet, profitant d’un regain d’intérêt pour l’exploitation des sources de la pratique, conduit à une réévaluation de la « crise » pisane, et à une redéfinition des paramètres politiques, économiques et sociétaux qui ont marqué la période postérieure à la Grande peste[20]. Cette rencontre aura donc pour but de déterminer de nouvelles orientations pour la définition de la « crise » et de son ampleur, ainsi que de la « réadaptation » de la société pisane après la Peste, à travers deux axes problématiques principaux :

1) les perspectives offertes par l’exploitation des sources de la pratique pour l’histoire sociale, économique et politique (archives notariales[21], archives des compagnies marchandes, archives des grands établissements pieux[22], archives de la curie et de la mensa archiépiscopale) et la possibilité de déceler, à travers leur examen, les changements profonds des cadres sociétaux,

2) dans la continuité du volume Firenze e Pisa dopo il 1406 (2010)[23], la mise en valeur des caractéristiques « pisanes » de l’adaptation de la société durant la crise, au sein du contexte toscan et dans une perspective comparatiste, notamment par rapport au très étudié « modèle » florentin.


[1] Les épidémies de peste se succèdent en Toscane, et tout particulièrement en 1362/3, 1373/4, 1400.

[2] Ainsi, E. Carpentier note, dans son étude sur Orvieto, que la peste n’a provoqué « aucun changement révolutionnaire, aucun bouleversement total », même si la  « vie profonde des Orviétans a été atteinte » (Une ville devant la peste. Orvieto et la Peste Noire de 1348, Paris, 1962, p. 192). 

[3] L’ensemble de la question est abordé dans Italia 1350-1450 : tra crisi, trasformazione, sviluppo, Pistoia, 1993.

[4] On pourra se référer en particulier, pour l’Italie, aux travaux de S. R. Epstein, en particulier : Freedom and Growth. The Rise of States and Markets in Europe, 1300-1750, London 2000, et Id., I caratteri originali. L’economia, dans L’Italia alla fine del Medioevo: i caratteri originali nel quadro Europeo, Salvestrini F. éd., Florence, 2006, I, p. 381-431.

[5] La Roncière C.-M. de, Prix et salaires à Florence au xive siècle (1280-1380), Rome, 1982 et Pinto G., « I livelli di vita dei salariati cittadini nel periodo successivo al Tumulto dei Ciompi (1380-1430), dans Il tumulto dei ciompi. Un momento di storia fiorentina ed europea, Florence, 1981, p. 161-198.

[6] Puisque les densités de ce dernier auraient été 6 fois plus élevées à Florence (120 habitants /km2) qu’à Pise (18 habitant/km2) au début du XIVe siècle. Cf. Malanima P., « La formazione di una regione economica : la Toscana nei secoli XIII-XV », Società e storia, 20, aprile-giugno 1983, p. 229-269.

[7] Volpe G., « Pisa, Firenze, Impero al principio del 1300 », Studi Storici del prof. Crivellucci, 11, 1911, p. 193-249 et 293-337, notamment p. 180 et p. 308. Les causes du déclin sont exposées dans Volpe G., Studi sulle istituzioni comunali di Pisa. Città e contado, consoli e podestà. Secoli xii-xiii, Pise, 1902, p. 268 [Florence, Sansoni, 1970, p. 177-178].

[8] Silva P., Il governo di Pietro Gambacorta in Pisa e le sue relazioni col resto della Toscana e coi Visconti. Contributo alla storia delle Signorie italiane, Pise, 1912, p. 5.

[9] Rossi Sabatini G., Pisa al tempo dei Donoratico (1316-1347). Studi sulla crisi costituzionale del Comune, Florence, 1938, p. 283.

[10] O. Banti reprend ce point de vue classique dès la première phrase de son ouvrage sur Iacopo d’Appiano : « Il periodo della signoria dei D’Appiano (21 ottobre 1392 – 18 febbraio 1399) rappresenta senza dubbio nella storia di Pisa il momento più critico, prima della perdità della libertà, e la fase conclusiva di un lungo, secolare, periodo di decadenza che, attraverso fasi alterne, aveva ridotto la già potente repubblica marinara ad un’ombra dell’antica grandezza ». Iacopo d’Appiano. Economia, società e politica del Comune di Pisa al suo tramonto (1392-1399), Pise, Pubblicazioni dell’Istituto di Storia della Facoltà di Lettere, 1971, p. 7.

[11] Cristiani E., Nobiltà e Popolo nel Comune di Pisa dalle origini del Podestariato alla Signoria dei Donoratico, Naples, 1962.

[12] Pauler R., La Signoria dell'Imperatore : Pisa e l'Impero al tempo di Carlo IV (1354-1369), Pise, 1995

[13] Voir notamment : Melis F.: La Banca pisana e le origini della banca moderna, Florence, 1987 ; Tangheroni, M. : Politica, commercio, agricoltura a Pisa nel Trecento, Pisa, 2002.

[14] Ciccaglioni G., « Priores antianorum, primi tra gli Anziani. Criteri di preminenza, cicli economici e ricambio dei gruppi dirigenti popolari a Pisa nel xiv secolo », dans Firenze e Pisa dopo il 1406. La creazione di un nuovo spazio regionale, Tognetti S. dir., Florence, Olschki, 2010, p. 1-47.

[15] Voir l’hypothèse formulée dans Quertier C. : Guerres et richesses des nations. La communauté des marchands florentins à Pise au XIVe siècle, thèse de doctorat dirigée par L. Feller e G. Pinto (Università Paris 1 – Università degli Studi di Firenze), 2014, p. 201-203 en reprenant l’idée d’une tripartition de la demande interne de laine à Pise Ciccaglioni G., « Priores antianorum, primi tra gli Anziani. Criteri di preminenza, cicli economici e ricambio dei gruppi dirigenti popolari a Pisa nel xiv secolo », dans Firenze e Pisa dopo il 1406. La creazione di un nuovo spazio regionale, Tognetti S. dir., Florence, 2010, p. 1-47, ici p. 34-35.

[16] Cipolla C. M., Il fiorino e il quattrino : la politica monetaria a Firenze nel Trecento, Bologne, Il Mulino, 1982, notamment p. 79-103 ; Goldthwaite R. A. et Mandich G., Studi sulla moneta fiorentina : secoli xiii-xvi, Florence, 1994.

[17] Voir notamment I sistemi portuali della Toscana mediterranea. Infrastrutture, scambi, economie d’allantichità a oggi, Ceccarelli Lemut M. L., Garzella G., Vaccari O. dir., Pise, 2011 ; Vaccari O., « Da Porto Pisano a Livorno : i ‘tempi della modificazione’ del sistema portuale pisano », dans « Un filo rosso ». Studi antichi e nuove ricerche sule orme di Gabriella Rossetti in occasione dei suoi settanta anni, Garzella G. et Salvatori E. dir., Pise, 2007, p. 127-143 ; Melis F., « Firenze e le sue comunicazioni con il mare nei secoli xiv-xv », dans Melis F., I trasporti e le comunicazioni nel Medioevo,Florence, 1984,p. 121-141.

[18] Voir notamment Millet H., Le concile de Pise. Qui travaillait à l’union de l’Église d’Occident en 1409 ?, Brepols, 2010. Le concile a donné lieu à la rédaction d’un estimo : L’estimo di Pisa nell’anno del Concilio, 1409. L’introduzione, trascrizione e repertorio computerizzato, Fanucci M., Lovitch L., Luzzati M., Pise, 1986.

[19] Voir La mobilità sociale nel Medioevo, Carocci S. dir., Rome, 2010 et Pinto G., « Ricchezza e povertà nelle città toscane del Trecento », dans Id., Il lavoro, la povertà, l’assistenza, Rome, 2008, p. 93-107.

[20] Notamment, sur la vie politique, Ciccaglioni G. : « Il Conservator boni et pacifici status. Alcune osservazioni sugli equilibri politico istituzionali a Pisa nel Trecento » dans Per Marco Tangheroni. Studi su Pisa e sul Mediterraneo medievale offerti dai suoi ultimi allievi, Iannella C. dir., Pise, 2005, p. 39-56 ; sur l’économie : Quertier C. : Guerres et richesses des nations. La communauté des marchands florentins à Pise au XIVe siècle ; sur les aspects religieux, voir Duval S., L’Observance au féminin. Les moniales dominicaines entre réforme religieuse et transformations sociales, 1385-1461, thèse de doctorat dirigée par N. Bériou et G. Zarri (Université Lyon 2 – Università degli Studi di Firenze) ; Ead., « Chiara Gambacorta e le prime monache del monastero San Domenico di Pisa : l’osservanza domenicana al femminile », dans Zarri G. et Festa G. dir. : Il velo, le penna e la parola. Le domenicane: storia, istituzioni e scritture, Florence, 2009, p. 93-112.

[21] Cfr. Luzzati M. : « I registri notarili pisani dal XIII al XV secolo » in Gli atti privati nel tardo medioevo. Fonti per la storia sociale, a cura di Paolo Brezzi et Egmont Lee, Roma, 1984, p. 7-22

[22] Principalement Opera del Duomo, Ospedale S Chiara.

[23] Firenze e Pisa dopo il 1406. La creazione di un nuovo spazio regionale, dir. Tognetti S., Florence, 2010.

Lieux

  • Università degli Studi, Dipartimento di Civiltà e forme del Sapere - Via Pasquale Paoli 15
    Pise, Italie (56126)

Dates

  • vendredi 10 avril 2015

Mots-clés

  • Toscane, Florence, Pise, histoire de l'Église, mobilité sociale, étrangers, marchands, testaments, crise économique, Francesco di Marco Datini

Contacts

  • Sylvie Duval
    courriel : duvalsylvie [at] hotmail [dot] com
  • Alma Poloni
    courriel : a_poloni75 [at] hotmail [dot] com
  • Cedric Quertier
    courriel : cedric [dot] quertier [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Cedric Quertier
    courriel : cedric [dot] quertier [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Pise : de la Grande Peste à la conquête florentine (1348-1406) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 03 mars 2015, http://calenda.org/319927