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Le XIXe siècle au futur

The 20th century of the future

Penser, représenter, imaginer l’avenir au XIXe siècle – VIIe congrès de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes)

Thinking, representing, and imagining the future in the 19th century, 7th conference of the Société des études romantiques et dix-neuviémistes

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Publié le jeudi 05 mars 2015 par Céline Guilleux

Résumé

On a souvent remarqué que le XIXe siècle a été le premier à se penser en tant que siècle, et le premier aussi à se désigner par un numéral. Une autre de ses caractéristiques, c’est qu’il ne s’est pas centré autour d’une qualification unique, comme a fini par le faire le siècle des Lumières, mais qu’il a, au contraire, multiplié les appellations censées le caractériser. Nombreuses sont les expressions sous la forme « le siècle de... », insistant sur une de ses déterminations jugées essentielles : le siècle de l’histoire, le siècle des révolutions, le siècle des inventaires (Thibaudet), le siècle des dictionnaires (Larousse), le siècle de l’abstraction (Fortoul), le siècle de la science, le siècle des inventions, le siècle de la vitesse, le siècle positif, le siècle romantique, le siècle de la blague (Goncourt), etc.

Annonce

 Argumentaire

On a souvent remarqué que le XIXe siècle a été le premier à se penser en tant que siècle, et le premier aussi à se désigner par un numéral. Une autre de ses caractéristiques, c’est qu’il ne s’est pas centré autour d’une qualification unique, comme a fini par le faire le siècle des Lumières, mais qu’il a, au contraire, multiplié les appellations censées le caractériser. Nombreuses sont les expressions sous la forme « le siècle de... », insistant sur une de ses déterminations jugées essentielles : le siècle de l’histoire, le siècle des révolutions, le siècle des inventaires (Thibaudet), le siècle des dictionnaires (Larousse), le siècle de l’abstraction (Fortoul), le siècle de la science, le siècle des inventions, le siècle de la vitesse, le siècle positif, le siècle romantique, le siècle de la blague (Goncourt), etc.

Deux précédents Congrès de notre Société ayant déjà entamé la réflexion d’ensemble, tant sur les représentations du XIXe siècle par lui-même que sur ses représentations au siècle suivant, notre prochain Congrès se propose de prolonger cette réflexion en abordant la question sous un angle complémentaire.

Parmi les formulations récurrentes qui viennent d’être rappelées, nous avons choisi cette fois de mettre l’accent sur le rapport privilégié du « siècle du progrès » à l’avenir et au futur, tout en engageant une réflexion plus large sur les rapports du siècle au temps historique, sur sa manière de se construire dans l’Histoire et de gérer les trois grandes dimensions de la temporalité (Passé, Présent, Futur). En partant de la temporalisation des notions, des concepts et des vécus qui se joue à l’aune du nouveau « régime d’historicité » (François Hartog), l’enquête pourrait se tourner de manière privilégiée vers la manière que le XIXe siècle a eue de penser, de représenter, d’imaginer à la fois le futur, lointain et décroché de toute temporalité, et ce futur plus concrètement pensable et en prise sur les débats contemporains qu’est l’avenir, de les construire et de se construire par rapport à eux, tout en pensant d’emblée son présent au futur antérieur, de manière de plus en plus marquée à mesure que le temps historique s’accélère.

Le XIXe siècle qui fut, côté Passé, le siècle de l’Histoire, le siècle des inventaires, un siècle « rétrospectif », fut, côté Futur, à la fois le siècle du progrès, le siècle de l’avenir et le siècle des utopies (et des dystopies), et, côté Présent, le siècle du journal, et donc aussi de l’accélération, d’une actualisation montante des pratiques et des vécus. C’est ainsi le présent lui-même, qui, du fait de l’accélération des communications et des découvertes scientifiques en rafale, se voit comme projeté vers un futur qui tend à se rapprocher de lui à grande vitesse. En conséquence, l’avenir s’impose à la pensée avec une urgence et une nécessité nouvelles. La temporalité telle qu’on la pense est alors la proie d’une sorte d’impérialisme du futur, en réponse aux siècles antérieurs qu’on pense alors marqués par leur révérence à l’immuable tradition. La question de l’avenir, auparavant plus lointaine, uniquement virtuelle, propice à de simples rêveries et utopies, se pose avec plus d’acuité : à ceux qui s’y inscrivent résolument, l’envisagent avec joie et cherchent à anticiper le futur par des visions utopiques, mais aussi à ceux que l’avenir comme le futur plus lointain effraient ou rebutent, ce qui les provoque au passéisme et à la résistance. Alors que les hommes de la fin des Lumières envisageaient la « Postérité » comme une sorte de jugement dernier laïque propre à réparer les erreurs du « despotisme » et à rétribuer les justes, mais qui demeurait lointain et incertain, le XIXe siècle vit l’avenir de manière à la fois plus intense et plus instante.

L’avenir et le futur deviennent ainsi cette dimension du temps historique que traitent avec prédilection les systèmes philosophiques. Philosophie des sciences, philosophie de l’histoire et des religions dialoguent et s’interpénètrent, comme en témoigne le parcours intellectuel de Renan. S'ouvre ainsi un champ propice aux représentations et aux imaginaires, qu'investissent également la littérature et les différents arts.

Mais l’avenir (en prise sur le présent) constitue d’abord et surtout le terrain privilégié d’affrontement des idéologies politiques, religieuses et sociales, le combat central se jouant, au moins depuis le XVIIIe siècle, autour de la notion de Progrès, notion à spectre large, qui impose une vision positivement orientée de l’avenir, qui dépasse le champ politique, puisque débouchant sur une « religion de l’avenir ». On cherche ainsi à répondre au passéisme traditionaliste des religions instituées, mais aussi à proposer une autre projection dans l’avenir qui ne soit pas de l’ordre de l’eschatologie. D’où l’affirmation de Larousse : « La foi à la loi du progrès est la vraie foi de notre âge. » Mais nombreux et actifs sont tout au long du siècle les adversaires de cette foi nouvelle. C’est pour et contre le Progrès que se joue le combat politique, mais aussi philosophique, des « progressistes » et des « réactionnaires » de tout acabit. Aux partisans de la « perfectibilité », menant la lutte au nom de l’étendard du Progrès, et qui prédisent des « lendemains qui chantent » selon des scénarios historico-politiques souvent rivaux, s’opposent alors tous ceux qui doutent, protestent ou ironisent face à une telle vision optimiste d’un avenir idéalisé.

Côté futur (plus lointain), on assiste alors à un développement des utopies, topographies imaginaires de la cité idéale (qui ont bientôt tendance à se transformer en dystopies), tandis que se cherchent aussi des genres littéraires nouveaux, tel le roman scientifique d’anticipation. Mais c’est souvent, là encore, en fonction d’une image du présent, et par des comparaisons ou antithèses facilement décryptables par rapport à lui, que se font ces voyages vers les lointains âges futurs.

Ainsi engagée, la réflexion permettrait aussi, en miroir, d’envisager le XIXe siècle depuis aujourd’hui, soit donc à partir de ce futur que nous étions pour lui, en le traitant à la fois comme un pan exemplaire de notre passé, et comme l’inventeur de visions de l’avenir qui ont continué de régir une bonne partie du XXe siècle. Que reste-t-il aujourd’hui de ce XIXe siècle penseur d’avenir et de futur, entre progrès et discours du déclin ? Quelles représentations semblent irrémédiablement datées, quelles théories, quels imaginaires sont encore vivants et parlent à notre début du XXIe siècle ?

Les propositions attendues pourront s’inscrire dans les axes présentés ci-dessous, qui ne sont toutefois que des pistes offertes à la réflexion. Un intérêt particulier sera accordé aux propositions qui éviteront les monographies en déployant une perspective transversale et qui manifesteront une approche interdisciplinaire (histoire, littérature, philosophie, histoire de l’art, histoire des sciences, histoire des techniques et des communications, etc.).

I. Avenir et progrès

1. Philosophies et politiques du progrès

  • comment évoluent au XIXe les conceptualisations du progrès héritées des Lumières ? (perfectibilité/progrès)
  • modélisations du temps (ligne orientée, cycle, éternel retour, spirale ascendante ou descendante, pensée de l’âge d’or)et de l’histoire selon des stades de développement – les trois états de Comte (théologique, métaphysique, positif), les trois stades des sociétés de Morgan (sauvage, barbare et civilisé)
  • influence des théories scientifiques sur la conception du temps (Cuvier, Lyell), évolution et évolutionnisme (de Darwin à Spencer)
  • la conception d’un progrès cumulatif (sciences vs arts et littérature) – Mme de Staël, Chateaubriand, Hugo
  • quelles relectures du passé et des différentes époques historiques à l’aune du progrès (modèles et repoussoirs)
  • les enjeux politiques du progrès : réforme et révolution
  • Le champ politique et social clivé par la croyance ou non au progrès ; luttes des « hommes de progrès », des « hommes de demain » et des « réactionnaires » et « rétrogrades ». Inscription des combats progressistes et anti- progressistes dans la topographie des partis politiques, et en particulier dans la presse (Revue du progrès, Revue du progrès social, L’Avenir, etc.)
  • progrès et religion : réinterprétations du christianisme (Ballanche, Lamennais...) ; les nouvelles « religions » fondées sur le progrès (saint-simonisme, positivisme...)
  • les relectures des pensées dix-neuviémistes du progrès par les idéologies du XXe siècle (Marx et le marxisme...)

2. Géographie du progrès

  • quels continents, quels pays, quelles provinces, quelles villes apparaissent comme des incarnations de l’avenir, par opposition à des lieux perçus comme conservatoires des traditions (le Brésil, les « jeunes nations » face à la « vieille Europe ») ?
  • visions comparées du progrès selon les nations (Allemagne, Angleterre, États-Unis, Italie, Espagne, Russie, Amérique latine...)
  • géopolitique du progrès (construction des nations, fédération européenne, utopies internationalistes)
  • le siècle des empires : politiques coloniales et diffusion du progrès
  • rôle des migrations dans cette géographie du progrès
  • importance symbolique du canal de Suez et du canal de Panama pour redéfinir les circulations internationales

3. Les envers du progrès

  • les imaginaires de la fin des temps (disparition de l’espèce humaine, refroidissement de la terre, apocalypse et eschatologie)
  • « Ceci tuera cela » (Hugo) : la dynamique de destruction à l'œuvre dans l'avènement du nouveau
  • les discours de la décadence
  • les « prophètes du passé » (Barbey d’Aurevilly)
  • la hantise fin-de-siècle de la « dégénérescence »
  • la crainte des effets de la science dans le quotidien (la chimie associée à la fraude et à la frelaterie) : « Le siècle des inventions est le siècle des succédanés »
  • la « scie » du progrès : l’ironisation des discours progressistes ; l’avenir côté Homais
  • les exclus du progrès

II. L’avenir au présent

1. L’avenir incarné dans le présent

  • l’accélération du temps (transports, communications, presse)
  • le «siècle des inventions»: objets emblématiques de l’avenir (télégraphe, téléphone, daguerréotype, phonographe, éclairage au gaz, bitume, aéroscaphe...)
  • progrès et économie : industrialisme, grands travaux (Haussmann, Suez, Panama), système bancaire...
  • les disciplines de l’avenir et émergence de nouvelles disciplines et reconfiguration des champs scientifiques au XIXe siècle (psychologie, sociologie, préhistoire, anthropologie, ethnologie, linguistique, aliénisme...)
  • l’inventeur, le pionnier, l’explorateur, le précurseur : les « hommes de l’avenir »
  • l’avenir au collectif (clubs, communautés utopistes) : la notion d’« avant-garde »
  • le panthéon des hommes du progrès (Pasteur, Berthelot, Bernard, Larousse...) ; les « phares » de l’avenir (Hugo, Michelet...)
  • la mise en spectacle de l’avenir : expositions universelles, célébrations de Paris comme ville du Progrès (Paris-guide de Hugo)
  • la réclame de l’avenir, l’avenir comme argument publicitaire

2. La haine du présent

  • vomir le siècle : vitupérations, tirades et pamphlets, contre un présent manifestant de manière prémonitoire les effets nocifs du progrès
  • la haine du bourgeois, du philistin adepte du progrès
  • la civilisation de l’avenir comme satire de la société contemporaine
  • de la Révolution à la fin du siècle : typologie des « réactionnaires »
  • renverser les « idoles de l’avenir » : les cibles de l’anti-progressisme

3. Langages et représentations de l’avenir

  • la rhétorique de l’avenir dans le discours politique, économique, religieux et dans la presse (tant à l’échelon local que national)...
  • slogans, formules à l’emporte-pièce, phraséologies, stéréotypes
  • poétisation, métaphorisation, mythologisation de l’avenir
  • prophètes, mages, et Cassandres : ethos des voix de l’avenir
  • l’avenir selon les arts plastiques : affiches politiques, statuaire, fresques
  • aménagement de lieux symboliques : Assemblée Nationale, Panthéon, ministères, universités (Chenavard, Puvis de Chavanne, etc.)
  • l’avenir dans l’urbanisme et l’architecture (Crystal Palace, Baltard, Eiffel...)
  • l’avenir investi et imaginé par les avant-gardes littéraires et esthétiques
  • les nouvelles formes artistiques (photographie, premier cinéma), le discours sur leur modernité, leur représentation de l’avenir
  • l’avenir en farce : l’imaginaire visuel de l’avenir dans la presse satirique

III. Écrire, imaginer le futur

1. Écrire le futur : genres, poétiques, supports

  • renouveau du genre utopique au XIXe siècle (Étienne Cabet, Félix Bodin, Paul Adam, Émile Zola, Edward Bellamy, William Morris), naissance de la dystopie (Émile Souvestre, Didier de Chousy, Samuel Butler, H.G. Wells)
  • quels autres genres pour mettre en récit le futur ? Romans d’anticipation scientifique (Verne, Robida, Rosny), romans d’aventures (voyages interplanétaires, robinsonnades futuristes), exploration des ruines de Paris, récits de guerre du futur...
  • la poésie scientifique, célébration ou rejet du progrès en poésie (Hugo, Du Camp, Verhaeren...)
  • l’avenir sur la scène : spectacles et féeries scientifiques (cf. Excelsior), présence du futur dans les revues de fin d’année
  • personnages topiques: le scientifique, l’ingénieur, le journaliste, l’architecte... (fonctions et enjeux idéologiques dans les divers genres)
  • registres mobilisés et régimes de référentialité des textes: didactique, épique, parodique, satirique, fantastique, merveilleux...
  • usages de la description : comment donner chair à l’imaginaire du futur?
  • le développement de supports éditoriaux spécifiques pour une littérature d’anticipation: collections populaires, éditions pour la jeunesse, fascicules illustrés, revues de vulgarisation scientifique...

2. L’imagination du futur (utopies, dystopies)

Comment on imagine la cité du futur sur les plans...

  • politique (ses institutions, son régime)
  • social (ses rapports de classe et de genre)
  • économique (modes de production, échanges, monnaies, systèmes bancaires, économique, question du libre-échange)
  • scientifique et technologique : quelles inventions dans les transports, les communications, les armes, quelles sources d’énergie futures ?
  • physiologique : l’évolution de l’espèce humaine, l’eugénisme, l’homme « augmenté », l’homme artificiel, la vie prolongée (Brown-Séquard)...
  • urbanistique : comment pense-t-on la ville du futur, ses moyens de transports, les habitations du futur, les nouveaux monuments, le destin futur des nouveaux lieux (les grands magasins, les usines, les gares), la cohabitation du moderne et de l’ancien...
  • linguistique : la langue du futur, la langue universelle, les utopies linguistiques (espéranto, volapuk), les néologismes...
  • pédagogique : les méthodes d’éducation du futur, la place de l’enfant dans la cité de demain, l’avenir tel qu’il est suggéré dans les manuels scolaires...

3. Les arts du futur

  • comment rêve-t-on l’évolution des spectacles, la peinture et la littérature du futur, l’architecture de demain, la « musique de l’avenir » (Wagner)
  • avec quels acteurs et dans le cadre de quelles institutions culturelles ?
  • le musée entre passé et avenir
  • comment les progrès techniques (par exemple l’électricité) influent-ils sur cette évolution ?
  • la transformation de l’objet livre (imaginé sous forme sonore), ses effets sur les pratiques de lecture et sur
  • le statut de la culture lettrée dans la société du futur
  • les nouveaux supports de diffusion des arts et de la littérature dans la culture médiatique de masse 

Modalités de soumission

Les propositions de communications (d’environ 2000 signes), accompagnées d’une brève notice bio- bibliographique, sont à adresser à Claire Barel-Moisan (claire.barel-moisan[at]ens-lyon.fr)

avant le 15 mai 2015.

Le comité scientifique se réunira et sélectionnera les propositions avant l’été.

Le colloque aura lieu les 20, 21, 22 Janvier 2016 à la Fondation Singer-Polignac

Comité scientifique

  • Claire Barel-Moisan (CNRS),
  • Marta Caraion (Lausanne),
  • Jean-Claude Caron (Clermont-Ferrand II),
  • Aude Déruelle (Orléans),
  • Frédérique Desbuissons (INHA),
  • José- Luis Diaz (Paris-Diderot),
  • Françoise Gaillard (Paris-Diderot),
  • François Hartog (EHESS),
  • Jean- Yves Mollier (Saint-Quentin),
  • Jean-Claude Yon (Saint-Quentin).

Comité d’organisation

  • Claire Barel-Moisan (CNRS),
  • Aude Déruelle (Orléans),
  • José-Luis Diaz (Paris-Diderot)

Dates

  • vendredi 15 mai 2015

Mots-clés

  • futur, avenir, progrès, utopie, dystopie

Contacts

  • Aude Déruelle
    courriel : aude [dot] deruelle [at] univ-orleans [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Aude Déruelle
    courriel : aude [dot] deruelle [at] univ-orleans [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le XIXe siècle au futur », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 05 mars 2015, http://calenda.org/320501