AccueilAux origines de la « mission civilisatrice »

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Publié le mardi 17 mars 2015 par João Fernandes

Résumé

Le concept de « mission civilisatrice » a fait l’objet d’une véritable entreprise de déconstruction par les historiens de la colonisation. Nul ne saurait désormais contester que cette notion a permis aux États européens de donner un habit respectable à leurs projets de domination territoriale, économique, sociale, politique et culturelle outre-mer. En France, l’entreprise coloniale a également constitué une composante importante de l’idéologie de la Troisième République, la volonté de propager les lumières de la raison et de la civilisation étant alors considérée comme un moyen de diffusion et de promotion des valeurs universalistes. Les travaux portant sur le fait colonial ne cessent de souligner le divorce entre le discours civilisateur et les réalités de la colonisation. La période qui va de 1870 aux années 1930, considérée comme l’apogée de l’idéologie colonialiste, a généralement été privilégiée jusqu’ici par les historiens.

Annonce

Programme

Mercredi 29 avril 2015 - 14h-17h

FRAMESPA – Thématique 3 : Identités, cultures, contacts, UMR 5136 

Salle E 412 – Nouvelle maison de la recherche 

Discutant : Mathieu Grenet, Maitre de conférences – Université Jean-François Champollion, Albi 

  • Colette Zytnicki (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès) - Introduction de la journée d’étude 
  • Alexandre Massé (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès) - Gustave d’Eichthal et la colonisation du Royaume de Grèce (1834-1836) 
  • Amina Maslah (Paris I Panthéon-Sorbonne) - L'expérience de la colonisation des îles Pélagie, un cas d'école pour l'Italie 
  • Valérie Assan (Paris I Panthéon-Sorbonne) - La régénération des Juifs d’Orient, un fruit de la pensée libérale ?

Argumentaire

Le concept de « mission civilisatrice » a fait l’objet d’une véritable entreprise de déconstruction par les historiens de la colonisation. Nul ne saurait désormais contester que cette notion a permis aux États européens de donner un habit respectable à leurs projets de domination territoriale, économique, sociale, politique et culturelle outre-mer. En France, l’entreprise coloniale a également constitué une composante importante de l’idéologie de la Troisième République, la volonté de propager les lumières de la raison et de la civilisation étant alors considérée comme un moyen de diffusion et de promotion des valeurs universalistes[1]. Les travaux portant sur le fait colonial ne cessent de souligner le divorce entre le discours civilisateur et les réalités de la colonisation. La période qui va de 1870 aux années 1930, considérée comme l’apogée de l’idéologie colonialiste, a généralement été privilégiée jusqu’ici par les historiens.

Or, d’autres travaux attirent notre attention sur l’enracinement de la « mission civilisatrice » dans la pensée des Lumières. Ainsi, l’expédition napoléonienne en Égypte puis l’entreprise de conquête et de colonisation de l’Algérie sous la Monarchie de Juillet s’inscrivent-elles dans la continuité du projet de « régénération » issu de la Révolution française : les conquêtes sont alors censées favoriser un contact fructueux entre l’Orient et l’Occident permettant la « civilisation » et la modernisation des peuples colonisés[2]. Plus récemment, Uday Singh Mehta et Jennifer Pitts ont mis en lumière l’évolution du regard porté sur le colonialisme par les penseurs libéraux : si des théoriciens comme Adam Smith et Benjamin Constant ont effectué une critique en règle de l’impérialisme au nom de la liberté des peuples, la plupart des libéraux français et britanniques se sont, au XIXe siècle, ralliés à la colonisation : ainsi, Tocqueville y voit un moyen de fédérer la collectivité nationale autour d’un projet collectif[3]. De telles analyses permettent de replacer les projets impériaux dans le temps long.

Il semble donc fructueux de revenir aux sources de la « bonne conscience coloniale » et d’enquêter sur les racines du projet « civilisateur » avant même l’essor de ce que l’on a coutume d’appeler la seconde colonisation. Nous proposons de consacrer une journée d’étude aux prodromes de la « mission civilisatrice », en nous attachant à la fois à la pensée politique européenne et à la mise en œuvre du projet colonial à ses débuts : quels furent les premiers maîtres d’œuvre de l’élaboration de l’idéologie coloniale mettant en avant la « mission civilisatrice » ? Quelles formes prit-elle sur le terrain pendant le premier XIXe siècle ? Quels furent les acteurs – officiers et fonctionnaires coloniaux – de la « mission civilisatrice » naissante ? Au nom de quelles convictions, de quelles influences idéologiques agirent-ils ? L’étude croisée de plusieurs aires coloniales devrait permettre d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche.


[1] Cf. par exemple Daniel Rivet, Le Maghreb à l’épreuve de la colonisation, Paris, Hachette, 2002 ; Alice Conklin, A Mission to civilize. The Republican Idea of Empire in France and West Africa, 1895-919, Stanford University Press, 1997.

[2] Henry Laurens, Le Royaume impossible: la France et la genèse du monde arabe, Paris, Armand Colin, 1991.

[3] Uday Singh Mehta, Liberalism and Empire : a Study in Ninetenth-Century British Liberal Thought, Chicago, University of Chicago Press, 1999 ; Jennifer Pitts, A Turn to Empire: the Rise of Imperial Liberalism in Britain and France, Princeton, Princeton University Press, 2005 (trad. française de Michel Cordillot : Naissance de la bonne conscience colonial: les libéraux français et britanniques et la question imperial, 1770-1870, Paris, Editions de l’Atelier, 2008). 

Organisation

Valérie Assan et Alexandre Massé

Lieux

  • Salle E 412 – Nouvelle maison de la recherche - Université Toulouse 2 Jean-Jaurès - 5 allées Antonio Machado
    Toulouse, France (31058)

Dates

  • mercredi 29 avril 2015

Mots-clés

  • colonisation, mission civilisatrice, Grèce, Algérie, Italie, Gustave d'Eichthal, Juifs

Contacts

  • Valérie Assan
    courriel :
  • Alexandre Massé
    courriel : alexandre [dot] masse [at] voila [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Alexandre Massé
    courriel : alexandre [dot] masse [at] voila [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Aux origines de la « mission civilisatrice » », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 17 mars 2015, http://calenda.org/321460